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L’illusion du Temps

           

Vous devez comprendre que fondamentalement le temps est simultané. Jane Roberts, La réalité personnelle, T-II, p. 135.

 

 

J

’ai déjà parlé, dans un ouvrage précédent (1), de la notion de Temps par rapport à celle d’Éternité ou Présent intemporel. On pourra s’y référer ; ici, dans ce premier chapitre, je veux simplement faire ressortir, en autant qu’on puisse le faire dans un contexte temporel, ce que signifie ce Présent intemporelle ou Éternité, non seulement en théorie, mais de façon concrète et vivante. Pour y arriver, je me suis inspiré des descriptions de ceux qui ont fait une expérience près de la mort (NDE ou EMI)* (2) ; et également des explications données par une entité qui, par un médium en transe profonde (channelling), communique avec notre monde. Ce sont deux explications complémentaires, l’une donnée par des personnalités humaines incarnées, l’autre par une entité qui communique avec notre monde.

 

            Voici tout d’abord le témoignage du grand psychiatre suisse, Carl Gustav Jung, qui dans un coma où le plongea un infarctus qu’il subit en 1944, a vécu une expérience de mort imminente (EMI). Après l’avoir décrite dans son autobiographie (3), il ajoute le commentaire suivant : « Je ne peux décrire ce que j’ai vécu que comme la béatitude d’un état intemporel dans lequel passé, présent, avenir ne font qu’un. […] Un tout indescriptible dans lequel on est fondu et que cependant on perçoit avec une totale objectivité. »

 

            Plus loin, dans son ouvrage, se questionnant sur l’éventualité d’une vie après la mort, il poursuit en expliquant que « la psyché* fonctionne par-delà la loi causale spatio-temporelle. » En conséquence, nos représentations de l’espace et du temps, de même que de la causalité sont très incomplètes (4).

            D’autres témoins (5) affirment avoir eu la même perception du Temps pendant leur propre expérience de mort imminente. En voici deux exemples qui présentent un intérêt particulier de par leur qualité de médecins. Le Dr John Lilly, grand spécialiste des dauphins, tombé en coma après s’être injecté des antibiotiques, affirme à son retour : «  Dans cet état, il n’y a pas de temps, il y a une perception immédiate du passé, présent et futur comme si c’était le présent (6). » Présentée de façon un peu différente, la description du Dr Georges Ritchie concorde néanmoins avec les précédentes : « Tout ce qui m’était arrivé était là, simplement, pleinement visible, actuel et réel, paraissant se dérouler devant nous… Il ne semblait pas que cela se passât avant ou après… (7). »

 

            Mrs Smith, médium dont le Dr Arthur Guirdam raconte les « plongées » dans une existence antérieure, avouait : « Parfois le temps n’a plus aucune signification : le passé, le présent et l’avenir sont mélangés… Je suis parfois si confuse qu’il m’arrive très sincèrement de ne pas être sûre que l’on vient de me dire quelque chose, ou qu’on me le dira un jour, ou que cela m’a été dit dans le passé. (8)

 

Comparons maintenant, ces narrations avec celle d’une Entité* (9) qui communique par un médium et explique à ses lecteurs comment lui apparaissent les personnalités incarnées avec qui elle vient en relation. Voici son explication de la perception qu’elle a des gens auxquels elle s’adresse lors des séances d’E.S.P.* tenues par le médium.



            Elle affirme que sa perception des gens est très différente de la leur. Elle peut percevoir leurs personnalités réincarnées passées et futures. Mais ces aspects réincarnés, leurs différentes manifestations, sont vus comme un dessin animé représentant les attitudes variées de chacune des personnalités présentes dans le lieu où se tient la séance; mais elle doit garder à l’esprit de limiter ses remarques et de se concentrer sur le « soi présent » de la personne actuellement incarnée. Même si le médium ne jouit pas de la « dimension multidimensionnelle », l’entité a besoin des yeux de ce dernier pour focaliser son attention sur le « soi présent » dont chaque individualité est consciente à ce moment. De plus, pour entrer en communication avec notre système, elle doit user d’une grande diligence et davantage d’un pouvoir de discrimination pour atteindre le moment précis vécu par les participants

L’expérience future de ceux qui assistent à la séance n’est pas non plus un mystère pour elle, car leur futur est aussi réel que leur présent. Mais parfois, elle doit se rappeler que ce que les assistants pensent est déjà arrivé ou ne l’est pas encore, car elle est consciente à la fois de leurs actions passées et futures et de leurs pensées, tout en percevant d’autres actions possibles, en changement constant, tant dans leur passé que dans leur futur. Il se pourrait que ces probabilités, en tant  qu’événements futurs liés à ces personnes, puissent ne pas émerger dans la réalité physique. Elle doit alors se projeter dans le futur pour voir si les actions probables vues dans leur plus tôt se sont actualisées dans leur plus tard. (10).

Que peut-on ou doit-on comprendre de ces différentes façons d’approcher la notion de temps (11)? Kenneth Ring*, un psychologue qui s’est penché sérieusement sur le phénomène des NDE ou EMI, a présenté dans sa recherche (12) une interprétation qu’il qualifie de parapsychologique-holographique, empruntée à la théorie de l’hologramme* élaborée par le neurochirurgien Karl Pribram. Ce dernier avait émis l’hypothèse que le fonctionnement du cerveau s’exprimait par un schéma holographique. Il expliquait par là les investigations surprenantes du neurochirurgien canadien Wilder Penfield* (13) qui, par des stimulations électriques de certaines aires du cerveau (lobe temporal droit) avait suscité chez ses patients, entre autres, des expériences de sorties du corps et des visions de séquences de leur vie.

            Des sceptiques ont fait état de ces investigations, pour nier la réalité des « supposées » expériences de mort imminente en les expliquant comme l’effet d’une simple sécrétion chimique du cerveau; ce dernier chercherait ainsi à se protéger, illusoirement, disent-ils, de la destruction de sa vie physique : ainsi les expériences supposément vécues par des sujets pendant leur coma n’auraient aucune valeur objective, étant de simples hallucinations produites par les endorphines (14).

La question n’est pas si simple : j’en parlerai plus loin (15) en montrant toutes les différences existant entre les investigations de Penfield et une véritable EMI. Qu’il suffise de dire ici que le cerveau enregistre toutes les expériences de la personnalité incarnée actuelle et gardent codées dans l’ADN* de ses cellules, toutes les expériences de ses personnalités antérieures, dont possiblement aussi leurs EMI. Dans cette optique, les séquences « ressuscitées » chez un patient par l’anode de Penfield seraient des souvenirs enregistrés d’expériences réelles et objectives vécues par le patient, qu’il en ait été conscient ou non.

            L’hypothèse de l’hologramme appliquée au fonctionnement du cerveau fait référence au domaine de la fréquence ou des vibrations qui caractérisent toutes choses (16). Dans certaines circonstances, la conscience est, pour ainsi dire, plongée dans un autre domaine de fréquence à n dimensions. De sorte que, même si son fonctionnement normal dans le monde physique est lié à la tridimensionnalité, rien n’empêche qu’au moment de la mort, par exemple, la conscience, séparée du corps, dans l’expérience d’agonie (selon l’hypothèse de Ring), se voit confrontée à un domaine de fréquences différent et puisse appréhender autrement la réalité dans une autre dimension. La conscience, dans ce cas, joue le rôle d’un 2e rayon laser qui, dans l’hologramme physique, restitue, par exemple, l’image d’une orange en trois dimensions.

            À l’inverse, une entité désirant contacter notre monde doit se concentrer sur un fragment de la réalité physique, oubliant ou court-circuitant « la profondeur multidimensionnelle »  de sa vision globale en se servant du « mécanisme » de la vision oculaire (les yeux physiques) du médium pour ne percevoir que (se focaliser sur) les événements contemporains de ce dernier. Cette entité perçoit par soustraction alors que le témoin d’une mort clinique perçoit par addition : toutes les séquences de sa vie lui apparaissant simultanées et en trois dimensions.

            Au-delà du temps linéaire, il y a un présent intemporel que nous appelons éternité, royaume de l’Être suprême, dont sont issus tous les êtres et leurs dimensions de réalité. Cet Être auquel les civilisations humaines ont attribué le nom de Dieu ou son équivalent, est reflété dans l’inconscient collectif en tant qu’imago Dei (17).  Cet  océan de conscience  est l’Énergie globale d’où tout émane, c’est-à-dire Tout-ce-qui-est.

 

            Le philosophe et orientaliste Alan Watts affirme que Cela (terme désignant Dieu dans sa philosophie) englobe tout ce qui existe ou mieux l’existence même qui joue à cache-cache à travers toutes les formes apparentes (maya). « Dieu est le Moi du monde. Si tu ne peux pas le voir, c’est simplement pour une raison analogue qui t’empêche de voir tes propres yeux sans miroir, de te mordre toi-même les dents ou de regarder à l’intérieur de ta tête. Ton moi est bien caché parce que c’est Dieu qui se cache. (18)»

NOTES

 

(1) La santé psycho-spirituelle, Chapitre 8.

(2) NDE ou Near Death Experience (expérience près de la mort); EMI ou Expérience de mort imminente.

 (3) Ma vie, Gallimard, 1973, p. 338. Son expérience d’EMI sera racontée au chapitre 6.

(4) Ibidem, pp. 346-347.

(5) Voir Raymond Moody Jr., La vie après la vie, Robert Laffont, 1977. 

(6) Pierre Jovanovic, Enquête sur l’existence des anges gardiens, p. 97.

 (7) Cité dans François Brune, Les morts nous parlent, p, 126.

(8) Arthur Guirdam, Les Cathares et la réincarnation, Éditions Payot, Paris, 1971, pp. 41 et 49

(9) Il s’agit de l’entité nommée Seth qui communique son enseignement par le truchement d’un médium, en l’occurrence Jane Roberts*.

(10) Jane Roberts, L’enseignement de Seth, Éd. J’ai Lu, pp. 380-381.

(11) Voir aussi ce qu’en dit Arthur Ford  dans  l’Appendice A.

(12) Kenneth Ring, Sur la frontière de la vie, Robert Laffont, 1982.

(13) Wilder Penfield, The Mystery of the Mind. A Critical Study of Counsciousness and the Human Brain.

(14) Telle est l’explication qu’avance le Dr Ronald Siegel sans avoir jamais étudié de cas de NDE. Voir Patrice van Eersel, La source noire, France Loisirs, 1997, pp. 30-36.

(15) Chapitre 5 : Le phénomène des NDE ou EMI

(16) Voir page  34 : Qu’est-ce que la mort?

(17) Carl Gustav Jung, Les racines de la conscience, Buchet/Chatel, 1971, p. 14.

(18) Alan Watts, Le livre de la sagesse, p. 152.

 


Appendice A


A

Le temps n'existe pas

Bien sûr, le temps est ici complètement différent. Il n'est pas indiqué par une horloge, car nous sommes à même de l'éliminer tout comme l'espace; nous pouvons nous trouver à tout moment en un endroit quelconque et nous sommes capables de voir très loin devant nous dans ce que vous appelez l'avenir, ce qui transcende l'idée terrestre du temps qui s'écoule …

 

Ici […] le temps n'a pas de signification. Nous sommes éternels, puisque nous existons depuis le commencement des siècles et que nous n'avons pas de fin. Nous sommes ici, et c'est là tout notre rapport avec ce que vous appelez « le temps ». Quand nous avons saisi cette vérité, nous sommes aptes à comprendre que le désert et le vide n'existent pas. Rien ne meurt…

 

Au niveau où je me trouve maintenant, le temps n'a pas de sens, car nous savons que nous sommes éternels, que nous n'avons pas eu de commencement et n'auront pas de fin. Le temps n'existe donc pas ici, alors que, sur la terre, il constitue une absolue nécessité pour régler le sommeil et la veille, la naissance et la mort, ainsi que la succession des occupations journalières. De ce côté-ci du rideau, nous percevons un spectre de temps plus étendu que vous ne pouvez le faire, mais nous ne voyons ni le commencement ni la fin de la vie éternelle…

 

Ruth Montgomery, Au-delà de notre monde, Édition J'ai Lu New Age, pp. 19, 99, 233.


Illustration


Jane Roberts, médium