Deux tableaux mythologiques

 

de Raphaël Sanzio

 

1

Les Trois Grâces

 

 

 

Trois Grâces (Raphaël)

Année 1504-1505

Type Huile sur bois (peuplier)

 

 

Ce tableau peint par Raphaël en 1504 est actuellement conservé au Musée Condé à Chantilly (France). Il s'agit d'un des premiers tableaux profanes exécutés par le peintre. On le désigne traditionnellement sous le nom des Trois Grâces, déesses romaines représentant l'Allégresse (Euphrosyne), l'Abondance (Thalia) et la Splendeur (Aglaé). Pour les penseurs de la Renaissance, c’était des incarnations de la beauté, de la chasteté et de l'amour, ce qui explique l'inscription Castitas, Pulchritudo, Amor, qui les accompagne parfois.

 

Filles de Jupiter et d'Eurynome, les trois Grâces étaient des vierges pures qui vivaient avec les dieux, assistaient aux banquets et répandaient la joie de vivre. Elles étaient au service d’Aphrodite, la déesse de l’amour et ne connaissaient jamais l’ennui. Suivantes de Vénus ou d'Apollon, elles ont pour attributs une rose, un rameau de myrte, une pomme et un dé. Une fresque de Pompéi les montre nues et enlacées, l'une d'entre elles, au milieu de la composition, tournant le dos au spectateur. Cette disposition fut reprise plus tard par de nombreux artistes (Rubens, Cranach, Fragonard, etc.). Nous les avons déjà vues dans le tableau de Botticelli : Le Printemps :

 

 

 

Historique

 

On ne connaît pas la date exacte d'exécution de ce tableau mais il est sans doute réalisé à Urbino après un court séjour effectué à Florence à la fin de l'année 1504. Des mêmes dimensions que le tableau Le Songe du chevalier, actuellement conservé à la National Gallery de Londres, il en constituait peut-être soit le pendant dans un dyptique, soit le revers. Ils sont mentionnés pour la première fois dans un inventaire de la collection Borghese en 1633 mais ils étaient sans doute déjà séparés l'un de l'autre.

 

 

Le Songe du chevalier (1503-1504)

 

 

 Thème, hypothèses et inspirations. L'attribution du tableau à Raphaël n'a jamais été remis en cause, mais le thème présenté reste énigmatique et a fait l'objet de plusieurs interprétations.

 

Une des plus célèbres est celle d'Erwin Panofsky. Selon lui, il s'agit d'une représentation des Hespérides, tenant leur pomme comme une récompense faite au héros, le chevalier représenté sur l'autre tableau du dyptique, qui serait selon lui Scipion l'Africain. L'ensemble aurait donc été peint pour Scipion di Tommaso Borghese à l'occasion de sa communion en 1500, alors que cette famille et le peintre résidaient alors à Sienne. Raphaël travaillait alors à bibliothèque de la cathédrale de la ville qui conservait alors une statue antique représentant ce même thème. Selon Cecil Gould, le paysage du Songe du chevalier est directement inspiré de la peinture florentine et a donc été réalisé sans doute après un déplacement à Florence, auprès de Pier Soderini, alors qu'il travaille à l'atelier du Pérugin à Urbino.

 

Selon des historiens de l'art plus contemporains, l'hypothèse du dyptique est remise en cause par la différence de taille des personnages entre les deux tableaux. Selon eux, les deux tableaux formaient une paire, et non un dyptique. Les trois femmes seraient des représentations de servantes de Vénus, présentant les pommes d'or comme symboles de la Vertu du héros de l'autre tableau.

 

(D’après Wikipedia)

 

2

Le triomphe de Galatée

 

 

Le triomphe de Galatée

 

 

Le triomphe de Galatée est une fresque de petite taille (2,25 x 2,95 m), proportionnellement aux dimensions habituelles des fresques classiques. Elle fut commandée à Raphaël en 1511, par le banquier Augustin Chigi, pour sa villa des bords du Tibre, aujourd'hui appelée la Farnésine. L'œuvre fut achevée vers 1514. Il s'agit du premier sujet mythologique traité par le peintre depuis Les Trois Grâces de 1501-1504.

 

LE MYTHE

 

Dans la mythologie grecque, Galatée est la fille de Nérée et de Doris. Elle vit au large de la Sicile, où le cyclope Polyphème (fils de Poséidon et de la nymphe Thoosa) fait paître ses moutons et ses chèvres. Ce dernier tombe amoureux d'elle et la poursuit. Mais Galatée, qui lui préfère le jeune berger Acis, repousse les avances du géant, ayant en horreur son corps monstrueux. Le jeune couple arrogant se moque des démonstrations grotesques de Polyphème et provoque sa jalousie. Pour se venger, il ramasse un énorme rocher et écrase le jeune berger. Galatée, le cœur brisé, fait jaillir une source sous le rocher et fait d'Acis le dieu du cours d'eau.

Dans une autre version, Acis n'existe pas et Polyphème fini par gagner le cœur de Galatée en chantant et en jouant de la flûte.

La scène représentée dans cette fresque est relatée dans un poème du Florentin Ange Politien. Raphaël a choisi l'épisode où Galatée, dans une conque tirée par deux dauphins, vogue sur les eaux, se riant des chants malhabiles du cyclope qui tente de la séduire.

 

 

DESCRIPTION

 

La fresque est divisée en quatre parties égales par un axe vertical marqué par le personnage de Galatée, et par un axe horizontal qui correspond à la ligne de l'horizon. Ces deux axes se coupent au centre exact du tableau. On voit que dans cette double symétrie :

- la surface du ciel est égale à celle de l'eau.

- la partie située à gauche du personnage central de Galatée est équivalente à celle de droite.

 

Le personnage qui souffle dans le coquillage à gauche de l'image et celui de droite qui joue de la trompette se font écho, ainsi que les deux couples marins et les deux Amours qui sont de part et d'autre de Galatée. De même, le troisième Amour placé au dessus d'elle rappelle celui du bas.

 

Le format vertical et rectangulaire de la fresque insiste sur ce dernier parallèle entre le haut et le bas, tiraillement dont la notion sera développée ensuite.

Autour de ces deux perpendiculaires, le peintre a habilement placé les personnages, suivant la forme d'un losange, dont Galatée et l'horizon forment les diagonales.

Cette composition donne à la fois une sensation d'équilibre et de mouvement, puisque l'on a en même temps des symétries et des diagonales dont les directions s'opposent. On retrouve ce type de construction dans la Résurrection, de 1501, puis, plus tard, dans la Madone Sixtine vers 1514.

 

Les postures des personnages sont très naturelles et en même temps, construisent l'image. En effet, ce n'est pas tant l'emplacement des personnages dans l'image qui compose le losange, mais principalement l'attitude des corps, la direction des membres.

 

Mais cette volonté de montrer l'éclatement depuis le centre de la fresque est principalement mise en valeur par le visage de Galatée qui lève les yeux au ciel vers la gauche. Elle regarde en arrière, endroit d'où doit venir la mélodie chantée par Polyphème. La représentation du géant aurait dû se situer sur le mur de gauche. L'Amour, caché derrière son nuage avec ses flèches, seul personnage qui ne trouve pas son écho dans la composition invite notre regard à aller dans sa direction, et à sortir de la fresque. Cette ligne ascendante est aussi renforcée par le visage de l'Amour du bas, qui regarde dans la même direction que Galatée.

 

Ici Raphaël a modelé les corps en fonction de sa composition. Ce sont eux qui créent la structure de l'image. Il ne part pas d'une figure observée pour composer autour mais au contraire, il construit d'abord la structure pour ensuite y intégrer les différents éléments.

Les attitudes ont une grande dynamique qui reste cependant naturelle et aisée. Chaque mouvement a un contre mouvement. On ressent, dans ses figures, la très nette influence de Michel-Ange.

 

 

COULEUR ET LUMIÈRE

 

Dans cette image, les contrastes forts ne se situent pas au niveau des valeurs. Les passages de l'ombre à la lumière se font de manière très subtile. Les zones sombres ne sont pas brutalement plaquées mais sont amenées par de doux camaïeux. L'image est assez claire, toute la surface de la fresque a à peu près la même valeur, mis à part les deux dauphins, qui marquent une zone sombre.

 

La suite divine qui entoure Galatée de haut en bas, de droite et de gauche, l'entoure aussi d'avant en arrière : on a dans un premier plan l'Amour posé sur l'eau, ensuite le premier couple, puis, derrière le personnage central, on voit les deux musiciens et le second couple.

 

Ainsi, Galatée se trouve au centre de l'image, dans sa hauteur, dans sa largeur et dans sa profondeur. Sa pose résume en quelque sorte la totalité de la composition. Elle traduit la dynamique d'avancée qui s'oppose à celle du drapé qui la tire vers l'arrière, le mouvement contradictoire de ses bras tendus vers la droite, alors que le tissu flotte sur la gauche, les dauphins qui la traînent vers le bas, quand son regard se perd dans le ciel. Le peintre attache aussi une attention toute particulière à l'expression profondément humaine de la divinité. La douceur du visage et du rendu de la peau ne peut que rappeler l'admiration qu'a le peintre pour Léonard de Vinci.

Toute l'émotivité et la dynamique de la fresque sont traduites dans ce seul personnage. Galatée, tiraillée entre la mélodie du géant et son univers marin, prête une oreille rêveuse à cette musique. Elle se laisse entraîner par les dauphins à l'air cruel loin de celle-ci.

 

 

(Extrait de Wikipedia : résumé de l’analyse d’Élodie Aliadière)