DONNER

 

            La générosité n’appauvrit pas; elle enrichit. Nous n’énonçons pas ici une utopie mais la loi du plan spirituel traduite par l’abondance sur le plan physique. Les richesses de l’égoïste – et il les conservera probablement sur Terre tant qu’il sera certain que rien ne les menace – l’appauvrissent en esprit pour l’enchainer plus tard. Par contre, être confiant mais généreux, c’est avoir le véritable sens de l’abondance : c’est laisser circuler au lieu de faire obstacle, Plus on donne plus on prospère car, en donnant, on s’élargit l’esprit, et sur le plan physique tout dépend de la vie mentale. Lorsque celui qui donne semble y perdre, il n’a pas encore compris que son manque de confiance empêche la loi d’agir, mais il ne perd jamais que pour un temps. De plus, en aidant au bonheur des autres, on se fait des amis, on se crée l’atmosphère même du bonheur, On ne saurait pas plus être heureux dans l’isolement qu’on ne pourrait faire de la musique dans le vide.

 

            Tout ce qui arrive sur la Terre vise le même but : développer en chacun l’amour. Progresser, c’est se rendre compte que les hommes sont solidaires, et c’est aider à les unir. Mais on fait bien souvent fausse route; moins on est évolué, plus on est enclin à faire des calculs superficiels sur la valeur des choses et à s’en tenir aux biens concrets et aux avantages matériels. Cela n’est pas le vrai bonheur; c’est la comédie humaine des vanités et des intérêts passagers. Le vrai bonheur ne se perd pas; il est définitivement acquis car il n’émane pas d’un monde extérieur mais de l’être lui-même.

 

Washington, Janvier 1953.

 

Morton, Marie-Louise, Quant et où retrouverons nous nos disparus ? pp. 301-302.