L’acte sexuel

 

            L’acte sexuel marque, à un niveau tout physique, l’union vitalisante du subjectif à l’objectif propre à la Terre. Son but est de faire revenir des âmes sur le plan physique.

            Pour les jeunes l’accouplement est quasi automatique. Leur instinct les pousse à satisfaire leur appétit sexuel. C’est la loi de la Terre. La progéniture qui en résulte justifie cet acte, spirituellement parlant; elle est imposée aux parents par la nature plutôt que recherchée par eux, mais le couple doit ensuite élever ses enfants et apprendre la générosité.

            Pour le désincarné l’acte sexuel n’est plus qu’une hantise de temps révolus. S’il ne peut aucunement s’en dégager l’esprit, il se réincarne vite. Sinon, il a d’autres manières de jouir plus satisfaisantes que de retourner vers ce qui devient une piètre distraction et qui décourage vite lorsqu’on en perçoit d’ici le mécanisme. Sur Terre on entoure l’accouplement de poésie, mais vu de l’Au-delà il est en soi purement animal. Pourtant, nous savons bien que nous sommes destinés à nous réincarner et à retrouver les illusions d’un plan voilé de mystère.

            Il nous semble plus utile qu’agréable que les âmes soient conviées ainsi à renaître, c’est-à-dire à aller de nouveau vers les tribulations humaines. Si l’on avait cette opinion-là sur Terre, on finirait, nous dis-tu, par ne plus pouvoir y renaître ? Non, on y naitra et on y renaitra tant que l’incarné`restera assujetti à ses instincts, et tant qu’il aura la fascination du différent de soi que lui apporte son conjoint, de sorte que nous ne croyons pas que l’occasion de se réincarner risque de ne plus s’offrir.

            Il est peu sage de pratiquer l’acte sexuel en évitant de donner la vie car on y use une force vive qui pourrait servir plus utilement qu’à la recherche d’une simple sensation. Le penseur et l’artiste y perdent beaucoup, et tout homme est, potentiellement du moins, un penseur et un artiste, Son esprit dégagé de la hantise du plaisir, lui permettrait des jouissances plus profitables, cette conjonction du subjectif et de l’objectif pouvant se faire d’une manière subtile dans un monde extérieur qui s’offre à l’intelligence, aux sentiments et au talent. Mais nous savons que nous prêchons dans le désert, et que nous oublierons probablement nous-mêmes ce quid devient si clair sur ce plan-ci.

            Tout ce qui retient gratuitement l’être au niveau de la sensualité l’empêche d’évoluer et le laisse à la merci des maux qui l’affligent. Les sens tiraillent dans une direction alors que l’esprit appelle dans une autre. Le conflit stimule la pensée, et l’instinct est peu à peu contrebalancé par l’esprit qui se libère insensiblement. Lorsqu’on détourne son attention d’une certaine chose on finit par s’en affranchir, mais les attitudes mentales ataviques s’y opposent et elles sont puissantes.

            Nous n’avons plus rien à dire sur la reproduction humaine. Elle est en elle-même au niveau de celle des animaux et des végétaux. Il est évident que le plan terrestre est nécessaire à l’être en voie d’évolution, mais la pensée de cet être devient graduellement plus robuste; il apprend à se servir de la sensation au lieu de la servir et il lui est de moins ebn moins utile de se retrouver emprisonné par la Terre. Un enfant n’a plus à copier et à recopier un modèle lorsqu’il a enfin appris à écrire; les mots cessent d’être pour lui des signes à reproduire mécaniquement; ils deviennent l’expression de l’Idée.

            Ne nous demande plus rien là-dessus. Il n’est pas sage de trop parler. Les délices du monde physique ne sont qu’un pauvre simili de celles du plan spirituel. Il n’est pas facile de s’élever à ce plan de la pensée libérée, mais nous savons que c’est le but pour tous, […]

            Ne me retiens plus. J’ai à faire avec tous les petits soldats qui arrivent, sans compter les civils qu’on tue ces temps-ci en Italie et ailleurs.

 

New-York, Août 1942.

 

Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus ? pp. 217-220.