Amours humaines

 

            Il y a une chose qui tourmente beaucoup les hommes : l’amour, au sens physique du terme, car ce qu’ils appellent amour n’est bien souvent que sensualité.

            Nous avons tous, sur Terre, le besoin inné de nous mettre en rapport avec le sexe opposé au nôtre puisque c’est la loi naturelle de la conservation de l’espèce, et nous passons des années précieuses à dorer des êtres qui nous resteraient totalement indifférents, voire même antipathiques, si ce n’était pour cette opposition des sexes. L’enveloppe physique nous leurre : nous voyons un charme, une grâce irrésistible là où il n’y a que le décor en trompe-l’œil préparé aux humains par la nature pour qu’ils aillent en scène jouer la pièce qui tourne si fréquemment au drame ou à la tragédie.

            Le plan physique est vite dangereux. Il nous invite à jouir par les yeux, à jouir par tous les sens. Il est un mirage du bonheur dont la substance n’existe que sur le plan spirituel. Que de fois on s’y laisse prendre au cours de ses incarnations successives pour mourir sans y avoir encore rien compris ! De sorte que même dans l’Au-delà le désincarné cherche à poursuivre une existence qui répète la vie terrestre le plus fidèlement possible, et comme il ne peut y parvenir pour ce qui l’intéressait surtout : les rapports sexuels, il aspire à retourner à ses mirages terrestres et se réincarne vite. « Vanité des vanités… »

            Nous ne prétendons pas que la beauté physique soit indésirable, nous qui avons tant apprécié le charme féminin de notre temps sur Terre et qui y restons encore si sensibles. Et nous ne prétendons pas non plus que l’amour véritable soit impossible d’un sexe à l’autre; mais il n’a pas l’appétit pour base. Les caractéristiques de l’homme et celles de la femme sont comme des pôles opposés qui se juxtaposeraient pour former un tout équilibré, la sensualité jouant le rôle d’entremetteuse. L’homme apporte la force, la femme la grâce; lui l’énergie, elle la douceur. Lui pense en termes généraux, elle en termes particuliers. Il est agressif, impatient, changeant; elle est passive, persévérante, constante. Il est rationnel, elle est intuitive. Il a l’instabilité du feu, elle a la persistance de l’eau. Lui est prêt à donner, elle préfère recevoir, ne serait-ce que pour transmettre. (Nous parlons en termes fort généraux), Bref chacun des deux conjoints apporte à l’autre le point de vue opposé au sien.

            Si l’on passe d’un sexe à l’autre en se réincarnant c’est pour incorporer peu à peu en un sel être les caractéristiques des deux sexes et en arriver à un équilibre de plus en plus parfait. En attendant, la vie à deux y prépare.

            De retour dans l’Au-delà il devient totalement impossible de s’adjoindre ainsi ce qui est différent de soi puisque tout est devenu subjectif. Mais comme on a déjà vécu maintes fois soi-même de la vie de l’un et de l’autre sexe on possède, à un certains degré, les qualités de l’un et de l’autre, et ces dispositions commune retiennent autour de nous sur ce plan-ci, les êtres – hommes et femmes en termes terrestres – qui nous ressemblent mentalement. Par contre, nous perdons tout contact avec ce qui va à l’inverse de ce que nous sommes, pour le retrouver dans notre monde extérieur à l’incarnation suivante, et surtout dans le sexe opposé au nôtre.

 

New-York, Octobre 1955.

 

Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus, Éditions Jepp, Paris, pp. 214-216.