Introduction
Mythe
et mystère de l’androgyne
L’Androgyne
est à la fois le symbole de l’indistinction primordiale et divine et de toute
expérience tendant pour l’homme à la réintégrer. (1)
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D |
ans le
processus conduisant à la réalisation de leur imago Dei, l’aventure des amants ressortit au mythe de l'Androgyne, cette image
archétypique qui génère des désirs de fusion, d'unification, de perfection,
d'achèvement, de complétude et de plénitude. Ces désirs s'expriment d’abord sur
le plan primitif et inconscient dans le besoin ou l'instinct sexuel, puis, sur
le plan psychique, dans l'émotion amoureuse en vue de l’unification et de la
fusion du masculin et du féminin, pour évoluer enfin, au plan spirituel, dans
les noces mystiques et les retrouvailles de deux âmes-sœurs qui se sont
séparées en s’incarnant. C'est pourquoi ce drame, déjà figuré dans le mariage
alchimique*, se joue autour du symbole de l'union sexuelle, le hieros gamos.
L'Androgynie,
fusion des deux sexes, constitue un juste équilibre entre la féminité, toute en
intériorité et en continuité et la masculinité, toute en extériorité et en
action dispersée. Parce que l'être humain est bisexuel, portant en lui ces deux
tendances, le symbole de l’Androgyne signifie la réalisation d'un état
intérieur se traduisant par un parfait équilibre des qualités féminines (telles
que l'intuition et la créativité) et les qualités masculines (comme la raison
et l’agressivité). C'est le but ultime que vise l'Humanité dans son évolution
par la transmutation de l'énergie sexuelle ou l'accession à un état
transcendant le sexe. L'hermaphrodisme, qui est une bisexualité anatomique,
appartient à l'Infra-sexe, étant un signe de dégénérescence (2), un échec de la
séparation sexuelle au cours de l’incarnation. En fait, le véritable état
androgyne ne se réalise que sur le plan psychique et spirituel où la
personnalité incarnée fusionne avec son entité.
Dans
cette perspective, l'amour physique entre un homme et une femme, parés de tous
les attraits de la vie et de tous les dynamismes sensoriels, émotionnels et
spirituels, devient le véhicule d'une action créatrice vers le plus-être. Ainsi
l'accouplement constitue le temple d'une liturgie intérieure dont l'apothéose
culmine dans le retour de deux esprits qui se retrouvent après l'involution
dans la fragmentation matérielle. Ceci est au cœur de la philosophie du
tantrisme* hindou.
L'Archétype de
Cette fonction vitale de
La
femme est également un être de ce monde physique qui a besoin de la présence
masculine pour exister en tant que Femme, c'est-à-dire pour prendre conscience
de son rôle complémentaire dans le Jeu de
En
ce sens, l'égalité des sexes se retrouve dans leur essence, car ils sont les
deux pôles de la réalité humaine, et dans leur besoin d'unité, car ils sont à
la recherche de leur commune origine. Le mot sexe viendrait du latin secare
(couper, séparer): deux aspects de l'être total divisé dans et par la
matière, incapable, dans ses limites essentielles, d'en exprimer toute la
richesse. L'Androgyne est donc l'image de cet être total dont l'attrait de
l'Homme vers
Les
Archétypes de l'anima et de l'animus, mis en lumière par C.G.
Jung*, prennent ici toute leur signification. L'anima, chez l'Homme, est
cette part féminine de son être qui cherche à se réaliser, comme l'animus,
chez
L'instinct sexuel apparaît donc comme la réponse de la matière à l’attraction de l'Esprit qui tous deux trouvent leur équilibre et leur harmonie dans l'amour humain. L'érotisme, qui naît de la réflexion de l'esprit sur les désirs de la chair, constitue la condition essentielle du dialogue amoureux. ÉROS* se transmue en AGAPÈ*, l'amour sensuel et sentimental évolue vers l'Amour mystique. C'est l'itinéraire du Tantrisme (4) et la signification du Cantique des Cantiques* (Je suis à mon chéri, et mon chéri est à moi, lui qui paît parmi les lis. Cantique, 6, 3), mais aussi le sens profond de tous les rites des anciennes religions, comme l'exprime Joseph-Marie Lo Duca :
Tout érotisme ancien est une référence continuelle aux mythes de la vie religieuse, à une liturgie secrète qui permet de le représenter, d'en faire la scène ouverte sur l'univers et de voir dans l'extension des plaisirs charnels un moyen de progression de l'âme (Vâtayâma). C'est un univers chaud et fertile où l'acte sexuel offre une profonde expérience du mystère de l'entité unique qui s'est doublée en se manifestant (Kama-Sutra). »(5)

(1) Suzanne Lilar, L’androgyne : un mythe confirmé par la biologie, dans PLANÈTE No 12, p. 111.
Les astérisques renvoient au Glossaire.
(2) Ouspensky, P.
D., A New Model of the Universe, Chapter XII: Sex and Evolution, Vintage
Books, N.Y. 1971.
(3) Voir Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 245.
(4) Voir Document C : Le Tantrisme
(5) Joseph-Marie Lo Duca, Pourquoi le sexe ?, dans PLANÈTE No 26, p. 76.