L’Androgynie

dans les fresques de Michel-Ange

 

            Fidèle à l’enseignement de la Kabbale qu’il avait étudiée auprès de Marsille Ficin, le Politien et Pic de la Mirandole, Michel-Ange a bien campé dans les fresques de la Sixtine le caractère bisexuel de l’homme. Pour ce faire, il a veillé à mettre en parallèle les prophètes juifs de la Bible et les sibylles des traditions gréco-romaines dans la mouvance de la Renaissance. Et pour accentuer l’idéal androgynique de l’Homme, il a peint de nombreux nus masculins (ignudi) avec des traits quelque peu féminins, de même que ses personnages féminins (Ève, Sibylles) présentaient également des traits quelque peu masculins. On pourra s’en rendre compte en regardant les fresques suivantes telles qu'elles apparaissent après leur restauration (1980-1994).

Les prophètes et les sibylles

 

Le prophète Joël                                 La sibylle de Delphes

 

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La sibylle d’Érithrée                          Le prophète Isaïe

 

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Le prophète Ézéchiel                                     La sibylle de Cumes

 

La sibylle de Perse                                 Le prophète Daniel

 

Le prophète Jérémie                                            La sibylle de Libye

 

Les Nus (Ignudi) et les Putti

 

            Michel-Ange a toujours été impressionné par les statues antiques gréco-romaines qui représentaient des corps physiques que Socrate présentait comme le canon de la Beauté (Dialogues de Platon). Il alla contempler le « Laocoon et ses fils tués par les serpents » qu’on venait d’exhumer d’un terrain de Rome. Il s’en est inspiré pour le torse du Créateur. À dix-huit ans, il étudia clandestinement l’anatomie du corps humain en disséquant des cadavres[1]. Il acquit ainsi une connaissance du corps qui lui permit de le sculpter ou de le peindre parfaitement. L’histoire de l’homme (Adam) occupe le centre du plafond de la Sixtine, comme si Michel-Ange avait voulu montrer que toute l’histoire tourne autour de l’homme, image de Dieu. Sa beauté physique témoigne de l’amour et de la puissance du Créateur et Michel-Ange a voulu exprimer cette beauté par ses nus dans des positions qui marquent la souplesse et la versatilité du corps humain.

 

            À cause de son attirance vers les beaux jeunes éphèbes, certains historiens ont conclu que Michel-Ange aurait peut-être été homosexuel (ce mot n’existait pas de son temps). Il n’y a aucune certitude à ce sujet, car il sculptait aussi des nus féminins (voir la Nuit du tombeau de Julien de Médicis) et entretint un temps une correspondance assidue avec une femme cultivée, la marquise Vittoria Colonna, à laquelle il dédia, entre autres, ses plus beaux poèmes.

La Nuit. Tombeau de Laurent de Médicis

Toutefois, il n’a jamais été marié : sa seule maîtresse était la sculpture (son art). On remarque facilement que ces nus ont un caractère féminin et qu’il utilisait de beaux jeunes gens pour dessiner les canevas des personnages féminins de ses fresques. Peut-être voulait-il exprimer par là l’androgynie de l’être humain, suggérée abondamment dans la Kabbale? Un autre artiste admirait lui aussi les jeunes gens de belle apparence. Il s’agit de Beethoven qu’on ne peut certes pas qualifier d’homosexuel. Ce dernier voyait dans les femmes et les beaux jeunes gens des représentants de la Beauté de la Nature. Mais si leur apparence physique ne concordait pas avec des intérêts psycho-spirituels élevés, ceux-ci ne l’attiraient plus et il mettait fin à leur amitié. Voici quelques-uns de ses Ignudi qui encadrent avantageusement et rehaussent la majesté des tableaux de la voûte de la Sixtine.








 

            Les nus féminins ne sont pas absents dans les fresques de Michel-Ange. Ils figurent également chez les « Putti » et dans d’autres tableaux.

 

Conclusion

         Précédemment, nous avons vu dans la Chute selon Michel-Ange que l'interprétation que l'artiste faisait de la scène de la tentation ne suivait pas l'interprétation traditionnelle de l'Église qui associe la sexualité au péché originel. Dans cette fresque, l'artiste soulignait le libre-arbitre de l'homme, au lieu du concept chrétien traditionnel du péché originel.

         Lors de l'inauguration de la restauration des fresques de la chapelle Sixtine, le Pape Jean-Paul II affirmait ceci au mérite du génie de Michel-Ange: "Il semble que Michel-Ange, à sa manière, se soit laissé guider par les paroles suggestives du livre de la Genèse qui, en ce qui concerne la création de l'homme, homme et femme, relève: « Tous deux étaient nus [..], et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre » (Gn 2, 25). La Chapelle Sixtine est précisément - pour ainsi dire - le sanctuaire de la théologie du corps humain. En témoignant de la beauté de l'homme créé par Dieu comme homme et femme, elle exprime aussi, d'une certaine manière, l'espérance d'un monde transfiguré, le monde inauguré par le Christ ressuscité, et avant même le Christ du Mont Thabor. Nous savons que la Transfiguration constitue l'une des principales sources de la dévotion orientale; elle est un livre éloquent pour les mystiques, de même que le Christ crucifié contemplé sur le mont de La Vema a été un livre ouvert pour saint François." (Homélie du 8 avril 1994).



[1] L’Église défendait alors la dissection des cadavres même des condamnés pour meurtre. Seule l’université de Bologne en avait la permission.