2

Androgynie

 

L

e Soi total i.e. l’Entité individuelle, après la dernière réincarnation « contient les caractéristiques mâles et femelles, finalement accordées, mêlées de telle sorte que la véritable identité peut alors surgir - ce qui ne peut avoir lieu si une partie des caractéristiques l’emporte sur l’autre, comme cela doit être dans votre existence présente. »[1] Thérèse de Jésus et Jean de la Croix ont-ils réalisé en eux l’androgynie?

 


 

Certains de leurs écrits  et les témoignages de personnages littéraires le laissent supposer. En voici quelques exemples[2]. Thérèse d’Avila l’exprime dans ces écrits (Vie, Chemin, Fondations) et aussi dans quelques poèmes. En voici un exemple[3] :

Je vis sans vivre en moi-même

avec l’espoir d’une vie si haute

que je meurs de ne pas mourir.

Dans le Chemin de la perfection, elle exhorte ainsi ses filles :

Mes filles, si vous faites ce que vous devez, le Seigneur vous rendra si viriles que les hommes en seront ébahis. (Chemin, 390)

 

Pour marquer la féminité de Jean de la Croix et la masculinité de Thérèse d’Avila, le poète Miguel de Unamuno crée un vocabulaire synthétique :

Alors que Jean de la Croix est Madrecito (le petit Mère), Thérèse est Padraza (la grande Père. Miguel de Unamuno.

 

Quant à Simone de Beauvoir, elle affirme ainsi l’existence de l’androgynie chez Thérèse d’Avila :

Elle a vécu en femme une expérience dont le sens dépasse toute spécificité sexuelle (Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, Gallimard, 1949).

 

J.K. Huysmans, pour sa part, décrit concrètement des comportements androgynes de la grande mystique.

Mais quel singulier mélange, mystique ardente, admirable psychologue et femme d’affaires froide ! Contemplative hors du monde, elle est également un homme d’État : le Colbert féminin des cloîtres. Jamais femme ne fut ouvrière de précision aussi parfaite et une organisatrice aussi puissante. (J.K. Huysmans, En route, Plon, 1949).

 

3

La réalisation de l’androgynie

S

elon les révélations de Cayce, il existait au temps de l’Atlantide des êtres androgynes qui étaient venus sur terre sous la direction d’Amilius, première « incarnation du Christ ». Ces êtres n’étaient pas totalement incarnés comme les humains d’aujourd’hui, mais avaient revêtu une forme éthérée de la matière, une forme dite astrale. Sous cette forme, le Soi se présentait encore dans l’unité des deux caractéristiques masculine et féminine. Ce n’est que plus tard, dans une deuxième migration d’âmes, qu’Amilius s’incarna définitivement dans le couple physique d’Adam et Ève en Éden.

Au début, ils ressemblaient plus à des formes-pensées qui pouvaient, selon leur désir, être projetées ou cristallisées dans une manifestation corporelle. Ce n’était qu’une question de visualisation. Étant co-créateurs eux-mêmes, ils pouvaient puiser aux Forces Créatrices pour traduire des images mentales en formes et en substances matérielles, par un changement ou un abaissement du taux vibratoire de la matrice mentale. Ils étaient pleinement conscients de l’Esprit Universel comme constructeur. […]

 

Ces androgynes divins étaient capables de se séparer comme l’amibe et de créer un « double » à volonté. […]

 

Leur forme originelle était encore essentiellement éthérique, mais ils pouvaient se matérialiser ou se dématérialiser à volonté.[4]

 

Redevenir androgyne i.e. réunifier en nous l’animus et l’anima, cette dualité qui exprime  l’imago Dei dans notre être, fait appel à deux procédures : 1. en utilisant la sexualité et l’amour; 2.   en  sublimant ceux-ci dans l’amour mystique.

 

            Dans la quête amoureuse (voir l’Introduction), les amants, par l’amour et la sexualité, atteignent dans l’orgasme une réunification temporaire de l’anima et de l’animus qui attise le désir d’une union permanente. Mais celle-ci ne peut se réaliser qu’au-delà de la vie physique dans le Soi ou l’Entité primordiale. C’est ce que visent les grands mystiques de tous les temps dans toutes les civilisations.

 

 Dans l’expérience mystique le désir peut devenir d’une intensité telle que le corps en est affecté sous différents phénomènes, tels que des visions en transe, des extases, des lévitations. Mais ces phénomènes ne peuvent conduire à une parfaite unification, à moins que le ou la mystique ne meure i.e. quitte définitivement son corps. Les exemples que j’ai donnés plus haut concernant les expériences de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix parlent par eux-mêmes.

 

 

 

Conclusion

D

epuis le Jardin d’Éden, les hommes recherchent leur propre réalisation sous la poussée d’un sentiment d’incomplétude et de nostalgie. Aiguillonné par l’instinct sexuel et l’attirance amoureuse, l’individu, recherche sa propre perfection dans l’union sexuelle avec un ou une partenaire qui lui reflète sa partie complémentaire inconsciente, animus ou anima selon le cas. C’est qu’il a été créé à l’image de Dieu, mâle et femelle, et, pour retourner dans l’unité divine en réalisant son imago Dei, il doit faire, dans le monde physique, nombre d’expériences concernant les caractéristiques masculine et féminine, les archétypes de l’animus et de l’anima étant issus de ses incarnations antérieures dans l’un et l’autre sexe.[5]

 

            L’unification de ces dernières se réalise dans la conscience du Soi total, où  l’animus et l’anima sont unifiés dans l’harmonie avec les autres caractéristiques de l’Entité. Cette réalisation de l’androgynie a toujours été, plus ou moins consciemment, poursuivie par les humains dans des rituels religieux aussi simples et variés que divers selon les cultures et les civilisations. Le culte de la déesse-mère Isis, par exemple, impliquait le hieros gamos, le mariage sacré, exécuté par des adeptes des deux sexes. C’était aussi, depuis le culte de la déesse Cybèle, un symbole de la fertilité de la Nature. Mais avec l’évolution des cultures et des civilisations, le symbolisme de l’union sexuelle physique devint, surtout pour les philosophies orientales, le retour à l’unité dans l’orgasme permettant au dieu Shiva et à sa parèdre Shakti de s’unir pour l’illumination du couple. Cette doctrine a été élaborée et codifiée dans le Tantrisme tibétain.

 

            Mais en occident, ce culte, sous l’influence de la religion, a pris un caractère plus spirituel. Il « sanctifia » le rite du mariage par un sacrement, c’est-à-dire un symbole de la volonté de Dieu  qui créa l’homme à son image, mâle et femelle et lui enjoignit de croître et de se multiplier. Les autorités religieuses en firent également le symbole de l’union de Dieu et de son peuple (Hébreux) et du Christ et de son Église (Christianisme). Mais, sur le plan psychologique, l’individu est en quête de sa propre réalisation, stimulé en cela par la sexualité et l’amour qui attirent l’un vers l’autre l’homme et la femme.

 

            Les divers cultes et comportements sexuels des humains simulaient cette recherche incoercible de la fusion de l’animus et de l’anima, présents, depuis la création, au plus profond de l’être humain. La source de cette recherche d’unité, c’est l’imago Dei qui fait de l’homme un être divin. Si l’homme a été créé à l’image de Dieu dans la dualité du mâle et de la femelle, il doit retrouver l’unité divine par l’androgynie, c’est-à-dire par l’unification dans l’harmonie de ses deux caractéristiques masculine et féminine.

 

            Pour ce faire, deux possibilités s’offrent à lui : l’usage de la sexualité physique et l’évolution de l’amour mystique. Si peu ou point d’amants atteignent cette fusion par le commerce sexuel dans cette vie (sauf durant l’orgasme), par contre beaucoup de mystiques le réalisent au cours de leur évolution spirituelle, durant laquelle des visions et des extases les mettent en contact conscient avec leur Entité sous diverses images symboliques de la divinité. Mais cette recherche des mystiques se fait à la fois dans la jouissance et dans la souffrance. Thérèse d’Avila et Jean de la Croix en sont des exemples éclatants[6]. La jouissance est le fruit de l’unification des deux composantes essentielles de l’individu humain et la souffrance témoigne de l’écartèlement de l’âme encore liée au corps physique. Ce n’est qu’après la mort, que l’âme pourra jouir définitivement de sa complétude dans son Entité globale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Jane Roberts, L’enseignement de Seth, pp. 248-249

[2] Cités dans Antier, Op. Cit.

[3] Poème 1. Voir  le Document E : La transverbération pour d’autres poèmes.

[4] W.H.Church, Les retours d’Edgar Cayce, Éditions de Mortagne, p. 45.

[5] Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 244.

[6] Voir Document E : La Transverbération.