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L’Androgynie est-elle le but de la vie humaine ?


L’Androgyne est à la fois le symbole de l’indistinction primordiale et divine et de toute expérience tendant pour l’homme à la réintégrer. (1)

 

Si on se réfère au récit biblique, qui est un écho de la sagesse des Anciens, l’homme a été créé sous deux formes distinctes mais complémentaires. Ce que confirme l’attirance mutuelle du mâle et de la femelle. Le jour où Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu. Homme et femme il les créa, il les bénit et leur donna le nom d’ « Homme ». (2)

 

Pour créer l’homme à son image, Dieu a dû le diviser en deux êtres potentiels pour s’exprimer plus adéquatement à travers eux. Les propriétés du mâle, différentes de celle de la femme, devaient, après la prise de conscience de ces différences, amener les deux partenaires à se compléter dans l’unité de l’amour tout en restant distincts et bien individualisés. Dans sa compagne, l’homme découvre l’archétype de l’anima, qui reflète ce même archétype enfoui dans son inconscient et qui tend à se réaliser. Comme dans son compagnon, la femme découvre l’archétype de l’animus, qui actualise ce même archétype de son inconscient qui cherche également à s’exprimer. Cet élan de l’homme vers la femme et vice versa est inhérent à leur nature et s’exprime par le sexe et l’amour.

 

            L'Androgynie, fusion des deux sexes, constitue un juste équilibre entre la féminité, toute en intériorité et en continuité et la masculinité, toute en extériorité et en action dispersée. Parce que l'être humain est bisexuel, portant en lui ces deux tendances, le symbole de l’Androgyne signifie la réalisation d'un état intérieur se traduisant par un parfait équilibre des qualités féminines (telles que l'intuition et la créativité) et les qualités masculines (comme la raison et l’agressivité). C'est le but ultime que vise l'Humanité dans son évolution par la transmutation de l'énergie sexuelle ou l'accession à un état transcendant le sexe. L'hermaphrodisme, qui est une bisexualité anatomique, appartient à l'Infra-sexe, étant un signe de dégénérescence (3), un échec de la séparation sexuelle au cours de l’incarnation. En fait, le véritable état androgyne ne se réalise que sur le plan psychique et spirituel où la personnalité incarnée fusionne avec son entité.

 

            Dans cette perspective, l'amour physique entre un homme et une femme, parés de tous les attraits de la vie et de tous les dynamismes sensoriels, émotionnels et spirituels, devient le véhicule d'une action créatrice vers le plus-être. Ainsi l'accouplement constitue le temple d'une liturgie intérieure dont l'apothéose culmine dans le retour de deux esprits qui se retrouvent après l'involution dans la fragmentation matérielle. Ceci est également au cœur de la philosophie du tantrisme hindou et tibétain.

 

             L'Archétype de la Femme qui se manifeste dans la douceur, la délicatesse et la bonté qui en font l'inspiratrice de l'Homme, s’exprime charnellement dans la beauté plastique de son corps désirable, incarnation sublime de la Vie. C'est au contact de cette chair, source de Vie, que l'Homme apprend le goût de vivre. Il en a été imprégné et nourri pendant les neuf mois de la gestation et abreuvé ensuite au sein. Le corps de la Femme est donc la fontaine de Vie par son utérus, par ses seins, par sa bouche affectueuse et par son regard profond et ses bras sécurisants. C'est pourquoi le lien maternel est si puissant parce qu’il a sa source dans l’archétype de l’anima qui alimente la force de l’union conjugale. Le rôle de la mère consiste à révéler à l’enfant son anima et celui du père, son animus.

 

Cette fonction vitale de la Femme émane de l'Énergie primordiale qui est l'Esprit divin. Toute femme est la Voie vers l'Esprit parce qu'elle en exprime l'intériorité. Tout homme est le pionnier de l'Esprit qu’il extériorise dans la multiplicité du créé. C'est pourquoi son action est dynamisée par la présence féminine qui le rapproche de l'Esprit dont il est le messager en ce monde manifesté. L’agressivité de l’animus vient stimuler la créativité de l’anima, qui répond en orientant l’agressivité de l’animus vers des buts créatifs(4). Quelle image peut mieux illustrer ce dynamisme que la Quête du Graal où l’on voit le Chevalier partir à sa recherche, stimulé par l’amour de sa Dame, l’idéal du Féminin ?

 

Il est évident, que l’homme et la femme, dans leur comportement sexuel recherchent, même inconsciemment, cette unité inhérente à leur essence fondamentale. En constituant, pendant leur vie physique, une finalité ou l’aboutissement de la recherche de leur identité, l’androgynie s’avère donc le but ultime de la maturité humaine. C’est le sens et la signification de son épanouissement personnelle ou la réalisation de Soi. Ainsi, c’est l’archétype inconscient de l’animus ou de l’anima en l’homme ou la femme, qui est intégré dans leur Ego ou leur Moi conscient pour parfaire leur individuation.

 

Dans une communication médiumnique déjà citée, Ruth Montgomery demanda à Arthur Ford si, au stade spirituel, les âmes possédaient une identité sexuelle. Voici sa réponse :

Non. Nous sommes à la fois mâle et femelle. Ou pour mieux dire, nous ne sommes ni l’un ni l’autre, mais simplement un ‘moi’ unique, chacun différent de l’autre, tout en possédant la plénitude d’un tout. Ici, comme je crois l’avoir déjà précisé, il n’existe pas d’acte sexuel, puisqu’il n’y a pas de sexes à proprement parler; mais nous sommes à même de nous mélanger si intimement à ceux que nous aimons que l’union est encore plus parfaite que sous la forme physique. (5)

 

            C’est affirmer, on ne peut mieux, la nature de l’Androgyne : c’est la réalisation harmonieuse des polarités masculines et féminines, c’est-à-dire des caractéristiques masculines et féminines dans la « plénitude d’un tout ». Cette plénitude n’est-elle pas l’aboutissement du désir de perfection dont le manque nous laisse un sentiment de nostalgie après l’acte sexuel ?

Lorsque vous ferez les deux (êtres) un,  et que vous ferez le dedans comme le dehors,  et le dehors comme le dedans et le haut comme le bas. Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin  que  le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle, alors vous entrerez dans le royaume. (6)

 

 

(1) Suzanne Lilar, L’androgyne : un mythe confirmé par la biologie, dans PLANÈTE No 12, p. 111.

(2) [1] Genèse, 5, 1.

(3) Ouspensky, P. D., A New Model of the Universe, Chapter XII: Sex and Evolution, Vintage Books, N.Y. 1971.

(4) Voir Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 245.9

(5) Ruth Montgomery, Au-delà de notre monde, pp. 143-144.

(6) Évangile de Thomas, v. 22.

 

 

Illustrations

                      William Blake. Adam et Ève. Détail

                      Jean Melville. L'amour des âmes