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Dans les années 20, naquit à Congonhas do Campos, au Brésil, José Pedro Freitas, mieux connu sous le nom d'Arigo. Le Dr Andrija Puharich le décrit comme un homme de taille moyenne, puissamment charpenté et d'un contact chaleureux. «Il émanait de lui, écrit-il, une confiance rayonnante.» Arigo était un ancien mineur peu instruit. Son surnom d'Arigo d'ailleurs signifie en brésilien «le rustre», «le paysan ignorant». Ses début comme guérisseur commencèrent à son insu de façon étonnante.
Un femme se mourait d'un cancer à l'utérus. Un prêtre lui donnait les derniers sacrements, entouré d'amis et des membres de la famille de la mourante. Soudain, Arigo sort de la pièce, puis revient quelques minutes plus tard tenant en main un long couteau de cuisine. Il donne l'ordre à tout le monde de s'écarter, puis s'approche du lit, soulève les draps et enfonce le couteau dans le vagin de la femme. Il le retourne plusieurs fois dans la plaie, le retire et glisse la main dans l'ouverture. Il en sort une énorme tumeur de la grosseur d'un pamplemousse. Se dirigeant vers l'évier de la cuisine, il y dépose le couteau et la tumeur toute sanguinolante. Enfin il s'asseoit sur une chaise et éclate en sanglots.
La femme retrouva totalement la santé. Quant à Arigo, il devint célèbre du jour au lendemain. Mais jamais il ne se souvint d'avoir opéré cette femme du cancer.
Bientôt de telles opérations devinrent habituelles à Congonhas do Campos. On se rendit compte alors que lorsqu'il soignait, Arigo était en transe car sa voix changeait et montrait un fort accent allemand. Questionné sur ce fait, il répondit qu'un certain docteur Adolphus Frtiz, mort en 1918, opérait à travers lui.
La clinique d'Arigo ouvrait à 7 heures du matin et déjà plus deux cents personnes attendaient pour se faire soigner. Chaque jour, un millier de malades défilaient dans sa maison, Il aurait traité plus de deux millions de personnes dans les quinze dernières années de sa vie.
Lors de ses opérations, le guérisseur se servait de ciseaux, de couteaux de cuivre sans stérilisation et ses patients n'étaient pas anesthésiés. Il procédait parfois avec rapidité et brutalité. Poussant les malades contre le mur, il les transperçait d'un couteau non stérilisé qu'il essuyait ensuite sur sa chemise. Mais les malades ne se plaignaient pas et ne paraissaient nullement souffrir. La blessure saignait très peu et se cicatrisait en quelques jours.
Parfois Arigo jugeait que la chirurgie était inutile. Il examinait rapidement le malade, ne posait aucune question et faisait rapidement une ordonnance. Les médicaments qu'il administrait étaient des drogues connues et fabriquées par de grandes entreprises pharmaceutiques. Mais ses prescriptions portaient des doses anormalement élevées. À l'encontre de l'opinion des médecins conventionnels, elles guérissaient les malades. Bientôt sa réputation fit le tour du monde et le docteur Andrija Puharich, un chercheur s'intéressant aux phénomènes paranormaux, vint l'observer dans sa ville natale, Il y revint plus tard avec une équipe de docteurs pour tourner un fils documentaire sur les séances de traitement d'Arigo, qu'il qualifia alors de «vision de cauchemar». Puharich se prêta lui-même à cette expérience. Il se fit extraire du bras, par Arigo, une tumeur bénigne. Le guérisseur s'exécuta en quelques secondes avec un canif, sans stérilisation préalable. Il n'en résulta aucune séquelle.
Voici le récit de cette opération, racontée par le docteur Puharich lui-même: «Le 23 août 1963, je me présentai devant Arigo à 10 heures. Une dizaine de malades se trouvaient autour de nous, Je remontai ma manche, Arigo demanda si l'un des patients pouvait lui prêter un couteau de poche. Un homme lui en tendit un, mais Arigo déclara qu'il était trop terne. Un autre malade offrit un couteau de l'armée suisse.
- Ça, c'est une bonne lame, dit Arigo.
«Le guérisseur me demanda de détourner les yeux. Je regardai vers Rizzini qui, sur ma gauche, filmait la scène et donnait quelques conseils à Osmar, mon interprète, chargé de l'éclairage. Au même instant, Arigo me saisit le bras. J'eus seulement l'impression qu'on me pressait un ongle sur la peau. Au bout de cinq secondes, Arigo montra à l'assistance une tumeur ovoïde et me la tendit au bout du couteau de poche. Je n'avais ressenti aucune douleur. Quand j'examinai la plaie, je ne vis qu'un filet de sang qui suintait sur l'incision longue d'environ un centimètre et demi.(...)
«Immédiatement après l'opération, je pris des photos de la tumeur et du couteau. Puis, je demandai à Altamiro, l'assistant d'Arigo, de me poser un pansement sur la plaie. Il prit des compresses non stériles et me banda le bras.
«J'estimais qu'étant donné l'absence d'aseptie, j'aurais déjà une preuve des pouvoirs d'Arigo si la plaie ne s'infectait pas. De ce fait, je m'abstins d'avoir recours à tout antiseptique ou antibiotique.
«Je changeais les pansements une fois par jour pour pouvoir photographier la cicatrisation ou l'infection. Dès la troisième journée, la plaie s'était refermée et pas la moindre goutte de pus n'était apparue. Je ne ressentis aucun symptôme d'empoisonnement du sang ou de tétanos. Au quatrième jour, je pus me passer de bandage. Je détenais la preuve qu'Arigo possédait des pouvoirs extraordinaires en matière de chirurgie, de contrôle bactérien et d'aneshésie.» (Andrija Puharich, Uri Geler, Éd. J'ai Lu, Paris, 1971, pp. 24-27, passim).
La façon dont Arigo soignait les malades demeure un mystère. Sans donner aucune explication, il ne cessait de répéter qu'il devait tout à Jésus et au docteur Fritz. La seule fois où on lui montra un film d'une opération qu'il était en train de faire, il perdit connaissance.
Personne ne se plaignit d'avoir été mal soigné par José Arigo. Mais, comme il n'avait aucune formation médicale, on l'accusa, en 1956, de pratiquer illégalement la médecine. Les nombreux témoignages en sa faveur ne firent qu'aggraver son cas. Il dut faire de la prison. mais sa peine fut réduite, puis le président le gracia. En 1964, on l'inculpa de nouveau. M. Kubitschek n'étant plus président, on le condamna à seize mois. Il fut libéré au bout de sept mois, provisoirement, en attendant la décision de la cour d'appel. Finalement en 1965, il passa encore deux mois en prison. Pendant ces deux derniers séjours, le directeur de la prison lui permit de quitter sa cellule pour aller soigner les malades.
Le procès en appel était présidé par le juge Filippe Immesi qui décida, au cours de l'enquête, d'assister lui-même à cette étonnante chirurgie psychique. Il assista et même participa (en tenant la tête de la malade) à une opération d'une cataracte qu'Arigo enleva au moyen de ciseaux à ongle. Après cela, le juge, obligé d'appliquer la loi malgré tout, réussit à réduire sa peine à deux mois. Pendant ce temps, la cour suprême fédérale, après examen du cas, et sur le témoignage favorable de certains docteurs, décida d'annuler les charges portées contre lui. Arigo reprit donc sa liberté le 8 novembre 1965. Il continua à soigner les malades tous les jours jusqu'à sa mort tragique survenue dans un accident d'automobile le 11 janvier 1971.