Ils quittèrent la salle des Archives pour gagner la Maison de Repos. Cet immeuble n'avait pas du tout l'allure d'un hôpital. Il comportait deux étages seulement et était ouvert sur tous les côtés. Ni portes, ni fenêtres, mais au-dessus un grand dôme de lumière bleue l'enveloppait de son rayonnement.
Beaucoup de gens étaient assis sur les pelouses, d'autres marchaient aux alentours de l'immeuble. Tous avaient le sourire aux lèvres. Alfred demanda à son ami la raison de leur présence.
Ils empruntèrent une véranda qui s'ouvrait sur un immense hall. De chaque côté de grandes colonnes encadraient l'espace normalement réservé à des fenêtres. Il y avait peu de décorations, mais l'atmosphère était chaleureuse grâce à la présence des personnes attentives qui s'occupaient des dormeurs. Le plancher, recouvert de dessins géométriques, n'était pas dur mais flexible afin d'épouser la forme des corps étendus. Quelques belles tapisseries pendaient le long des murs.
Des couches étaient disposées sur le sol: elles avaient l'air confortables. Chacune portait quelqu'un profondément endormi. Des hommes et des femmes circulaient calmement entre les dormeurs qu'ils surveillaient avec beaucoup d'attention.
En entrant dans le hall, Alfred ressentit sur lui l'impact du rayonnement bleu: c'était à la fois tranquillisant et revitalisant. Désirant en savoir plus sur ce traitement appliqué aux personnes décédées, il demanda à son ami s'il pouvait interroger un des surveillants.
Paul, tout sourire, s'approcha quand Thomas le désigna à son ami.
- Bonjour, Alfred. Je vois que vous n'êtes ici qu'en passant.
- En effet, j'ai été victime d'un accident de voiture et Thomas dit que je dois retourner bientôt dans mon corps physique. Autant profiter de ce bref séjour parmi vous pour faire un reportage sur ce qui se passe ici. C'est d'ailleurs pour cela que je m'étais mis en route: je voulais interroger des gens qui, comme moi, ont visité ces lieux pendant leur coma.
- Je vois! Eh bien, mon travail, expliqua Paul, consiste à assister les gens qui dorment dans le hall et, dès leur réveil, de les prendre en charge pour les initier à leur nouvelle vie. Comme vous le voyez, nous sommes plusieurs à remplir cette fonction. C'est un travail gratifiant, quoiqu'il ne soit pas toujours facile. Sur terre, j'étais travailleur social, un métier que j'aimais bien. C'est pourquoi j'ai décidé de poursuivre ici un travail analogue. Vous ne pouvez vous imaginer, Alfred, la joie que nous éprouvons à voir les réactions de ces gens à leur réveil: ils se sentent d'abord un peu dépaysés et angoissés, mais en expérimentant leur liberté de mouvement et l'usage de leurs nouvelles facultés, l'angoisse cède vite la place à une euphorie inconcevable sur terre.
- Mais pourquoi ces gens dorment-ils? S'enquit Alfred.
Paul lui expliqua que la plupart des patients qu'il avait vus dans le hall avaient subi de longues maladies avant de mourir. Tout de suite après leur décès, leur âme avait glissé dans un sommeil paisible. Une longue maladie avant le passage en ce monde de l'Au-delà a un effet débilitant sur le corps spirituel. C'est sans gravité, mais, pour récupérer son énergie, l'esprit a besoin d'un repos absolu dont la durée varie selon les individus. Ceux qui ont dû, par suite d'un acharnement thérapeutique, endurer un prolongement inutile de leur vie physique, dorment plus longtemps pour retrouver toutes leurs forces. Le dôme de lumiêre bleue qui éclaire le hall leur fournit l'énergie nécessaire à cette fin.
Il lui indiqua une salle attenante où dormaient aussi ceux qui étaient décédés de mort violente.
- Oui, Fred, et je dois beaucoup à Paul pour son tact, sa compréhension et les conseils qu'il m'a alors donnés afin de me calmer et me mettre en confiance, car je me sentais vraiment perdu en me réveillant ici.
- C'était ma mission et j'étais herureux de la remplir, Thomas.
- Paul, demanda Alfred, y a-t-il d'autres Maisons semblables à celle-ci?
- Oui, plusieurs! Chaque région a la sienne.
- Qu'entendez-vous par région? Divers pays comme sur la terre?
- Pas exactement, Alfred. Mais comme, dans les sphères inférieures, les gens gardent encore des affinités avec les lieux et les personnes qu'ils ont quittés, ils restent en relation avec la terre. Ainsi, le monde spirituel comporte des agglomérations d'esprits correspondant à des régions terrestres. Et cela permet à certains d'entre nous de communiquer plus facilement avec des médiums et faire ce que vous appelez du Channelling ou de les recevoir lorsqu'ils viennent ici.
- Les corps de ces gens, comme le vôtre et le mien, ressemblent étrangement aux corps physiques. Pourquoi n'ai-je pas pu embrasser mon épouse à l'hôpital? Mes bras la traversaient comme si c'était de l'air!>
- C'est une question de longueur d'ondes, Alfred. Anatomiquement parlant, nos corps ont la même structure que les corps physiques: nous avons des muscles, des os et des nerfs. Mais ils ne sont pas de nature terrestre, car ils vibrent à une fréquence supérieure à celle du corps physique. Ici, notre santé est toujours parfaite, car notre niveau vibratoire empêche la maladie et les microbes qui la causent de l'envahir. Et comme vous voyez, nos vêtements comme les vôtres sont ceux que nous étions habitués de porter sur terre. Mais nous avons des robes spirituelles que nous pouvons porter également. Leur texture lumineuse et leur brillance correspondent au degré de spiritualité auquel nous sommes parvenus.
- Pouquoi ne les portez-vous pas?
- Nous les portons, mais vous ne pouvez pas les voir. Nous revêtons l'apparence de ces habits terrestres pour que vous et les gens qui vont se réveiller bientôt ne soyez pas trop intimidés. D'ailleurs, il vous serait impossible, pour le moment, de supporter leur radiance.
- Mon ami, dit Thomas, serait intéressé, je crois, à savoir pourquoi il n'y a pas d'enfants ici.
- Voilà un sujet qui va vous surprendre, Alfred. Il y a beaucoup d'enfants qui meurent surtout au cours d'épidémies ou pendant les guerres. Cexu-ci sont accueillis dans ce que vous appelleriez sur terre des garderies ou des jardins d'enfance. Ce sont surtout des femmes qui s'occupent de ces petits. À moins d'avoir subi de graves maladies ou d'être morts de faim après une douloureuse agonie. comme ça se passe souvent en Afrique, ces enfants ne sombrent pas dans le sommeil en arrivant ici. Ils récupèrent vite grâce aux jeux qu'on met à leur disposition et à l'affection que leur prodiguent leurs surveillantes. Ces dernières sont, pour la plupart, des femmes qui ont eu beaucoup d'enfants sur terre, ou qui, malgré leur grand désir, n'en ont pas eus du tout. Ces dernières voient ici leur désir comblé au centuple.
- Ces enfants, demanda Alfred, vieillissent-ils comme sur la terre ou restent-ils toujours des enfants?
- Regardez-nous, Alfred. Avons-nous l'air de personnes âgées?
- Certainement pas. Comme Thomas vous ressemblez tous à des jeunes gens.
- Voyez-vous, mon cher, il y a sur terre une période de la vie qu'on appelle la prime jeunesse. Eh bien, c'est vers cet état que nous évoluons tous ici: les plus âgés en rajeunissant et les enfants, en vieillissant; je préférerais dire en prenant de la maturité, car la vieillesse n'existe pas ici. Le véritable¸Âge d'or, c'est la jeunesse éternelle.
À ce moment, des patients commençaient à ase lever et Paul s'apprêta à reprendre son service.
- Oui, un grand merci, ajouta Alfred.
Les gens qui attendaient à l'extérieur se précipitèrent dans le hall pour aller rencontrer et saluer leurs parents ou amis nouvellement arrivés dans le monde spirituel. En se réveillant, ceux-ci avaient peine à croire qu'ils étaient en parfaite santé, enfin libérés de leurs souffrances physiques. Ceux qui étaient décédés de mort violente se tenaient d'abord sur la défensive vis-à-vis de leurs proches, se demandant dans quel cauchemar ils étaient tombés. Mais l'intervention pleine de tact et les paroles convaincantes de Paul et des autres surveillants dissipèrent vite leur crainte. ils se mirent timidement à répondre aux salutations de ceux qui étaient venus les recevoir. Puis, Thomas et Alfred s'éloignèrent en saluant de la main Paul, qu'il voyait accaparé par tout ce monde en liesse.
Ils sortirent de l'immeuble pour se diriger vers un autre édifice que Thomas lui avait montré à son arrivée: la Maison ou le Temple de la Musique.
- Tu veux parler de Liszt et de Beethoven?
- Exact. Tu sais, ici on oublie les noms de famille. Pour nous, les prénoms suffisent à nous identifier. Il s'agit bien de ces deux grands esprits. Ils se sont spécialisés dernièrement à communiquer leur nouvelle musique à quelques médiums sur terre. C'est Franz surtout qui avait pris l'initiative de ce projet pour bien montrer aux terriens, que la vie continue après la mort et qu'on n'est pas moins productif dans le monde spirituel. Plusieurs musiciens de notre monde ont applaudi à ce projet et se sont portés volontaires pour y participer. Ludwing était l'un d'eux.
- Tu peux vraiment me les faire rencontrer?
- Bien sûr! Connaissant ton penchant pour la musique, je me suis assuré de leur présence ici, où ils continuent à composer de nouvelles oeuvres. Ils y donnent également des leçons d'harmonie aux musiciens du monde spirituel qui veulent se perfectionner dans l'art musical. Nous y voilà. Ils sont en pleine pratique.
- C'est joyeux et très joli, ce qu'ils jouent là! s'exclama Alfred.
Ils se dirigèrent vers un immense amphithéâtre en forme de demi-sphère qui s'enfonçait dans le sol à partir du rez-de-chaussée. Des escaliers y menaient. Leur regard surplombait des gradins qui descendaient en pente douce jusqu'au centre où se trouvait l'orchestre. Ils empruntèrent un de ces escaliers.
Leur arrivée ne passa pas inaperçue, car les instruments cessèrent de jouer et tous les regards se tournèrent vers eux. Debout, au milieu de l'estrade, quelqu'un les salua de loin. C'était Liszt.
Il s'empressa de venir vers les visiteurs.
- Merveilleuse mélodie! S'empressa de dire Thomas.
- Je l'ai bien aimée, reprit Alfred. Mais d'où viennent ces lumières multicolores qui scintillent au-dessus de l'orchestre?
- Ah, oui! Ces lumières!... Sur terre, vous n'avez pas l'avantage de voir l'effet vibratoire de la musique. Ces formes lumineuses sont produites par les vibrations des instruments. Plus l'oeuvre musicale est harmonieuse et l'inspiration élevée, plus les formes lumineuses sont accentuées et brillantes. C'est un vrai spectacle "son et lumière" comme vous dites sur terre, mais il va bientôt se dissiper, puisque les sons de l'orchestre ne les nourrissent plus.
- Franz, notre ami Alfred est un journaliste de passage parmi nous. Nous avons déjà rencontré des gens de notre monde, mais pas de musiciens jusqu'à présent. J'avais également invité Ludwig...
- Oh, il est déjà arrivé. Voyez, il s'est assis là-bas pour écouter notre concert. C'est un grand contemplatif, vous savez. La surdité dont il était affecté sur terre lui a fait développer une vie intérieure intense et profonde. Ses dernières symphonies terrestres en sont la preuve, puisqu'il les a composées dans une surdité complète. Ludwig est une très grande âme qui nous guide tous vers la compréhension de l'Univers et de la Création.
`- Oui, je sais, dit Thomas. Penses-tu qu'Alfred pourrait lui parler?
- Un moment, dit Franz.
Liszt se tourna vers Beethoven, resta un moment concentré avant de dire:
En effet, Beethoven se leva aussitôt de son siège et s'avança vers eux. Il paraissait dans la trentaine. Ses cheveux très noirs étaient rejetés en arrière. Sa mise était sobre. De ses yeux qu'il avait également noirs, il regardait nos amis avec un sourire des plus bienveillant.
- Bonjour, mes amis, répondit Beethoven. On ne doit admirer que les oeuvres de Dieu auxquelles, dans sa grande bonté, Il aime nous associer. Quand j'étais sur terre, j'ai été submergé et enivré d'harmonies sublimes que la Source de tout déversait dans mon âme.
- J'ai toujours aimé votre musique, dit Alfred. Vos concertos et vos symphonies, la neuvième surtout avec l'hymne à la Joie, sont toujours pour moi des sources d'inspiration.
- Ah! Que ces oeuvres sont imparfaites devant l'inspiration qui les a fait naître en mon âme! Nous ne sommes que des cordes de violon et des notes de piano qui vibrent sous la touche divine. Heureux êtes-vous si vos imperfections et votre attachement à la terre n'empêchent pas l'Amour de Dieu de chanter en votre âme! Car votre existence terrestre est une mélodie que Dieu tente de faire naître de l'instrument que vous êtes.
Alfred écoutait silencieusement ce sublime esprit, qui fut le plus grand musicien classique, exprimer d'une façon si simple et si poétique la ferveur de sa foi et de son amour universel. Ces pensées d'une telle élévation lui semblaient se marier parfaitement avec la force qui se dégage de ses oeuvres musicales. Et tout en écoutant les réflexions profondes de Beethoven, Alfred se rappelait la douce mélodie du 1er mouvement de la sonate "Clair de Lune" à laquelle répondaient les accords percutants de la 5e symphonie dite "du Destin".
- Au revoir, Ludwig, dirent en choeur tous les trois.
- Et grand merci, ajouta Alfred.
Beethoven s'éloigna et la conversation reprit entre Liszt et ses deux visiteurs.
- J'en serais très heureux.
Franz se dirigea vers le pupitre. Thomas et Alfred s'assirent un peu plus loin afin de voir l'orchestre au complet.
Au signe du directeur, les musiciens entamèrent le premier mouvement, un adagio. Dès les premières notes apparurent au-dessus de l'orchestre des lueurs diffuses bleues pailletées de rose, comme le chatoiement des aurores boréales. Puis, au fur et à mesure que se développaient la mélodie aux violons et l'orchestration par les autres instruments, ces lueurs devenaient plus précises, s'intensifiaient puis se transformaient en bandes de lumière aux couleurs chatoyantes et variées. On aurait dit des colonnes se formant au pourtour de la salle comme pour soutenir le dôme lumineux qui coiffait maintenant celle-ci.
Les colonnes changeaient de couleurs selon le timbre des instruments et l'intensité de la musique. Toutes les teintes de l'arc-en-ciel y passaient. Mais le dôme qui recouvrait la salle était toujours bleu royal mais parcouru d'ondulations de diverses nuances. Pour Alfred, c'était un spectacle féerique dépassant toute imagination. Ce qui le surprenait encore davantage, c'était de sentir sur lui les vibrations qu'émettait ce dôme: c'était un véritable envoûtement!
Comme il aurait aimé que Luce et les enfants puissent voir et admirer cette féerie avec lui! Saura-t-il leur raconter toute cette atmosphère de beauté et de joie?
Tous les assistants, venus écouter la symphonie, étaient transportés et comme en extase. Et ce ravissement dura jusqu'à la fin du concert, alors que le troisième mouvement, un vivace, transforma cette construction diaphane en véritable apothéose multicolore. De longs applaudissements acclamèrent cette performance. Thomas expliqua à son ami que son et lumière sont des énergies identiques et que même leur propre corps sîrituel était formé et se nourrissait de ces mêmes énergies divines. C'est pourquoi il ressentait ces vibrations lorsqu'il écoutait la symphonie.
Ils remercièrent Franz et les musiciens, puis quittèrent le Temple. Thomas souriait d'aise devant les commentaires enthousiastes d'Alfred sur cette expérience toute nouvelle pour lui et inconnue sur terre...
Chemin faisant, Alfred exprima aussi sa surprise devant l'attitude profondément sympathique et amicale que les gens manifestaient les uns envers les autres et cela de façon tout à fait naturelle, sans l'affectation qu'on retrouve trop souvent chez les humains sur terre.
- C'est qu'ici, reprit Thomas, on exprime spontanément l'étincelle d'amour divin que chacun porte en soi.
- C'est curieux, les gens me saluent comme s'ils me connaissaent!
- Mais, Alfred, tout le monde te connaît depuis longtemps, car tu es souvent revenu ici entre tes diverses incarnations dans tes autres personnalités.
- Ah, oui?... J'ai aussi remarqué plusieurs couples qui se promenaient bras dessus bras dessous. Ils ont l'air très heureux et ne cessent de se regarder!
- La plupart sont des hommes et des femmes appartenant à la même Entité depuis le début des Temps. Leur compréhension mutuelle et leur union sont telles qu'ils se fondent l'en en l'autre affectivment, tout en sauvegardant leur propre identité. Voilà pourquoi beaucoup d'entre eux se retrouvent ici après une longue séparation due à leurs réincarnations respectives. Les expériences vécues positivement au cours de leurs séjours terrestres ont permis à ces esprits de mieux se comprendre et de s'aimer davantage maintenant.
- C'est peut-être ce que Luce et moi vivons sur terre...
- J'en suis persuadé, Fred, car vous êtes deux âmes-soeurs.
Thomas montra à son ami d'autres immeubles où on enseignait les divers domaines du savoir humain: peinture, génie industriel, littérature, etc. Mais Alfred préférait rebrousser chemin jusqu'à la Maison du Savoir car il voulait consulter de nouveau les Archives. Il désirait se renseigner sur le processus de la réincarnation, phénomène qui l'intéressait au plus haut point.
Les murs du déambulatoire qui y menait présentaient, en plus des tableaux vivants, un exemplaire de tous les journaux parus dans le monde terrestre. Les informations et les nouvelles qui y figuraient comportaient deux versions: à gauche, on pouvait lire celles qui étaient relatées par des journalistes et à droite les faits tels qu'ils s'étaient réellement produits. Alfred aurait aimé s'attarder devant ces écrits, mais son désir de consulter le dossier sur la réincarnation l'emporta.
Il choisit donc le rayon étiqueté "Retour sur terre ou Réincarnation". Le premier document qu'il parcourut disait que "la conception du temps qu'on se fait sur terre est fausse. C'est une illusion créée par la conscience physique de la réalité tridimensionnelle car les sens ne peuvent percevoir qu'une parcelle de la réalité à la fois. C'est pourquoi il semble qu'un moment existe puis disparaît pour toujours, et le suivant arrive pour s'évanouir également comme le précédent. Mais, en réalité, tout dans l'univers existe à un moment, simultanément. Le passé et le futur se fondent dans le présent, sauf pour ceux qui le perçoivent dans la réalité tridimensionnelle."
"Alors, pensa Alfred, si tout est présent, il n'y a pas de réincarnation dans le temps. Je ne peux pas dire que j'ai vécu en Atlantide ou en Égypte ou même au temps du Christ...!" Il reprit sa lecture.
"Si l'on dit, par exemple, que quelqu'un a vécu en 1012 ou en 1836, cela se réfère à la logique de ceux qui vivent sur terre. En réalité, chaque esprit vit toutes ses réincarnations à la fois, mais cela est difficile à comprendre dans le contexte de la réalité tridimensionnelle."
- C'est exact, Fred. Mais il faut comprendre que ces personnalités ou ces incarnations du passé, comme vous dites, existent encore et de façon indépendante. Peut-être que la régression d'âge sous hypnose pourrait servir d'analogie pour l'expliquer. Lorsque dans cet état on te fait reculer dans le temps jusqu'à l'âge de cinq ans et que tu t'exprimes à la manière d'un enfant, tu n'inventes pas un nouveau personnage. Tu ne fais qu'exprimer ce qui est en toi, c'est-à-dire ta peronnalité d'enfant que tu étais à cinq ans. Cette personnalité demeure en toi, même lorsque, après la séance d'hypnose, tu reprends ta personnalité actuelle. Il en est ainsi de toutes les personnalités que ton Moi global a revêtues "au cours des âges" pour employer le langage temporel. Elles coexistent avec toi, mais à un autre niveau de réalité. C'est ce qu'on nous a appris ici.
- Voilà qui est très compliqué. Comment vais-je écrire ça pour que mes lecteurs comprennent?
- Je vais essayer d'être plus simple. Il y a présentement dans ton corps - je parle ici de ton corps physique que tu as momentanément quitté - des niveaux invisibles; le niveau le plus élevé, celui que tu vois, représente en fait la forme physique actuelle. Mais entremêlés avec celle-ci, il y a, en descendant dans une zone invisible, des niveaux latents qui représentent des images physiques antérieures qui ont appartenu à ton Moi profond. Ces images sont connectées électromagnétiquement à la structure atomique de ton corps actuel. Elles constituent une partie de ton héritage psychique.
- Voilà un champ de recherche peu exploré, il me semble, et les psychologues auraient avantage à l'étudier!
- Sûrement, dit Thomas. Mais ton corps ne porte pas seulement la mémoire biologique des événements passées da ta vie présente, il s'y trouve également les mémoires des autres corps que ton Moi profond a formés dans les réincarnations antérieures. Et ces mémoires sont inscrites pour toujours en lui, même physiquement. Voilà pourquoi un hypnothérapeute peut te faire revivre des existences antérieures par la régression dans le temps.
- Comment procèdent les esprits qui veulent se réincarner?
- Voici. Il existe ici, m'a t-on dit, un système de classement auquel nous nous référons pour juger du bien-fondé de nos décisions. Il fonctionne analogiquement comme les ordinateurs terrestres. On pourrait dire que c'est un Super-ordinateur. D'ailleurs, ceux qui ont inventé les vôtres en ont puisé l'idée et les plans ici avant de se réincarner dans leur existence actuelle. Il y a cependant une grande différence entre les nôtres et les vôtres. Les ordinateurs spirituels sont des êtres vivants alors que les vôtres ne sont que des machines.
- Comment fonctionnent-ils? demanda Alfred de plus en plus intrigué.
Thomas lui expliqua qu'avant de se réincarner une âme doit mettre en mémoire ses aptitudes et ses talents, ainsi que les raisons qui lui ont fait choisir telle mère terrestre. Ces renseignements sont classés, examinés et traités dans un cadre général avec ceux fournis par d'autres âmes qui ont sollicité le même type de parents. L'ordinateur sélectionnera l'âme présentant les caractéristiques les plus valables.
Thomas ajouta que cette procédure, parfaitement logique, fonctionne par l'intermédiaire de ce qui correspond à la "perception extrasensorielle" et se fait au moyen d'un cadre de pensée élaboré par les esprits les plus avancés de leur niveau.
- Elle rôde pendant un certain temps autour des parents pour s'assurer qu'elle est vraiment décidée et prête à reprendre une forme physique. Après la conception, elle orbite autour du foetus pendant tout le temps de la gestation. Puis, lorsque le moment lui semble propice, elle s'introduit dans le corps du nouveau-né.
- À quel moment précis?
- En principe lors de l'accouchement, mais parfois un peu avant ou un peu après. Elle ne doit évidemment pas tarder, car si l'âme se montrait trop hésitante, le bébé ne vivrait pas.
Après ces explications sur l'Ordinateur céleste, Thomas suggéra à Alfred d'aller se reposer sur la pelouse près de l'étang. Chemin faisant, Alfred s'arrêtait parfois et fermait les yeux, montrant ainsi les signes d'un retour prochain dans son corps physique
- C'est possible...
- Je n'en ai nullement l'intention, tu sais, car je veux poursuivre mon enquête... D'ailleurs que pourrais-je faire dans un corps blessé et immobilisé sur un lit d'hôpital?
- Mais il le faudra bien, Fred. De toute façon, ton corps physique récupère vite: le rayonnement bleu de la Maison de Repos en est grandement responsable, ainsi que les tableaux vivants de la Maison du Savoir, tu te souviens?
- Oui. Mais rien ne presse, je me sens beaucoup mieux maintenant.
- Eh bien, continuons alors. Que veux-tu savoir de plus?
- Y a-t-il plusieurs niveaux d'évolution dans votre monde et, si oui, qu'est-ce qui les différencie les uns des autres?
- Certainement, Fred, car sans cela comment pourrions-nous continuer à progresser? En apprenant nos leçons ici, dans cet état intermédiaire où nous sommes présentement, nous pouvons choisir soit de nous réincarner, soit de voyager vers d'autres royaumes de conscience. Certains d'entre nous optent pour cette dernière alternative, comme l'a fait Beethoven.
- Est-ce que ça prend beaucoup de temps pour passer à ces niveaux? Je veux dire faut-il une longue préparation?
- Il faut avoir terminé nos leçons de philosophie portant sur Dieu et les êtres créés et compris les raisons de nos expériences terrestres. Ensuite le champ de notre conscience spirituelle s'étant élargie, nous pouvons, par un effort de pensée, atteindre un niveau de conscience plus élevé. Mais je ne peux t'en dire davanatage car je ne suis pas encore prêt pour faire ce passage. Mais je vais te présenter quelqu'un qui en arrive puisqu'il vient souvent à notre niveau pour nous éclairer de ses profondes connaissances. On l'appelle Sublime. Retournons à la Maison du Savoir, si tu le veux bien.Ils y rencontrèrent ce grand esprit qui venait de terminer une conférence sur la croissance spirituelle. Dans leur soif d'apprendre, plusieurs auditeurs le harcelaient encore de questions.
Après les présentations d'usage, Alfred aborda tout de go la nature des sphères supérieures.
- Là, répondit Sublime, vu notre longue préparation spirituelle, nous sommes capables de communier aux vibrations auditives et lumineuses qu'une personne physique ne saurait supporter.
- Vous n'en subissez aucun dommage? S'enquit Alfred.
- Non, car nous changeons de longueur d'ondes pour nous harmoniser avec ces fréquences élevées; nous sommes alors immergés dans le cadre universel de l'existence, si je puis dire, et nous nous y intégrons si intimement que, pendant un moment, nous oublions notre propre identité. Cela nous fait mieux comprendre que nous sommes une parcelle d'un Tout.
- Restez-vous longtemps dans cette sorte de conscience... impersonnelle?
- Non, juste le temps de réaliser que nous sommes ainsi reliés à l'univers et que notre propre conscience est une des innombrables facettes de la Conscience Cosmique, c'est-à-dire du Tout que nous nommons Dieu.
- Lorsqu'elle intègre le corps physique, l'âme de remplacement oublie sur le champ d'où elle vient. Mais la personne humaine se rend bien compte qu'elle n'est plus la même. Ses proches et ses amis le constatent également.
- Si elle n'est plus consciente de s'être réincarnée, comment peut-elle remplir sa mission d'aide, car c'était le but de sa réincarnation?
- C'est, pourrait-on dire,"inné" chez elle. La personne sait d'instinct qu'elle a une mission à remplir. Elle est animée d'un grand désir d'apporter la paix aux hommes et se montre toujours disponible pour rendre service. Mais avant de remplir cette mission de façon permanente, l'âme de remplacement doit d'abord guérir le corps physique qui était atteint d'une maladie mortelle ou régler les problèmes psychologiques ou moraux de l'âme originale. Cela lui est possible, parce qu'elle est plus avancée spirituellement que l'âme antérieure.
- Cette forme d'incarnation, est-ce un phénomène nouveau?
- Il y a toujours eu, au cours de l'histoire humaine, des âmes qui en ont remplacé d'autres dans un corps physique adulte. Ces grandes âmes ont toutes rempli un rôle de "prophète" ou de "sauveur" auprès des hommes de leur génération.
La dernière question qu'Alfred posa à Sublime concernait le fait que les esprits des sphères supérieures pouvaient visiter les royaumes spirituels inférieurs. Y avait-il des avantages à réintégrer ces basses fréquences?
Je fais partie d'un groupe d'écrivain célèbres qui, sur terre, ont été enivrés par la gloire mondaine et ont omis de s'intéresser à la survie de leur âme. Nous désirons ardemment que vous tiriez une leçon positive des fautes que nous avons commises durant notre vie terrestre, car en vous aidant nous pouvons progresser encore, comme vous allez progresser en aidant les autres durant votre propre vie. La chose la plus importante que vous allez jamais apprendre, Alfred, c'est ceci: vivre pour soi-même, c'est se détruire soi-même, car on se coupe ainsi de la Source de la Vie universelle.
La grande Loi d'Amour qui régit l'univers rassemble tous les êtres dans l'Unité. Ceux qui sont plus avancés sur la terre et plus ouverts à ces questions fondamentales ont déjà traversé plusieurs vies antérieures, alors que certains êtres qui vous paraissent bornés et rustres n'ont reçu qu'un premier entraînement dans un stage antérieur.
Enfin,conclut Sublime, par rapport à votre vie qui a précédé celle-ci, Alfred, vous êtes autant l'Au-delà que nous par rapport à vous. L'Au-delà se multiplie jusqu'à ce que vous et nous, et tous, nous traversions un jour cette Porte dorée où il n'y a plus de désir, où la perfection est atteinte et où nous sommes Un et co-créateurs avec Dieu.
À ce moment, Alfred ne voyait plus ses deux compagnons. Tout autour de lui se déformait et disparaissait dans un épais brouillard. Seul l'écho des dernières paroles de Sublime résonnait encore à ses oreilles et la voix de Thomas qui disait: "Au revoir, Alfred, bon courage..." et il sombra dans l'inconscience.
