Alfred Paré reposait dans son lit, toujours inconscient. Trois semaines s'étaient déjà écoulées depuis son hospitalisation. Luce était demeurée une semaine entière auprès de lui.
Les enfants furent, il va sans dire, traumatisés par l'accident de leur père. Malgré son âge, Thomas avait fait preuve d'un grand courage et s'était montré digne de son père. De toute son affection de fils aîné, il sut soutenir sa mère dans cette rude épreuve. il avait également consolé Marc et Julie et pris soin d'eux pendant la semaine qui suivit le drame.
Même s'ils ressentaient vivement l'absence de leur père au foyer et qu'ils trouvaient difficile de se concentrer à l'école, les enfants de manquèrent aucun jour de classe. Ils retrouvaient leur mère à l'hôpital le soir, puis revenaient à la maison vers vingt et une heures.
Luce venait maintenant au chevet d'Alfred durant la journée. Elle y restait des heures à le regarder, s'attendant, contre toute apparence, à le voir ouvrir les yeux et lui parler.
Aujourd'hui, elle se sentait très lasse et près du découragement. Ses veilles nocturnes et la solitude où l'avait plongée l'absence de son mari, avaient miné son moral et diminué sa résistance physique. Il lui fallait maintenant fournir de grands efforts pour s'habiller, se pomponer et se rendre à l'hôpital. Son appétit allait en fonction inverse de son angoisse.
Mais son amour poour Alfred était profond. Ils avaient toujours formé un couple très uni. Tous deux journalistes au même hebdo, ils partageaient égalemnent des goûts identiques pour les loisirs: musique, natation, plein air, etc. Elle se rappelait avec nostalgie leurs premiers ébats amoureux. L'éventualité du décès de son mari la submergeait dans une angoisse épouvantable. Il lui semblait qu'un gouffre sans fond allait s'ouvrir sous ses pieds. Mais au souvenir de leurs joies conjugales, qu'ils avaient partagées sans une ombre de regret, elle sentait une énergie nouvelle sourdre en elle et rejetait vivement cette idée. Elle se mettait alors à prier ardemment et à espérer qu'Alfred revienne bientôt à la santé. D'ailleurs, son cerveau fonctionne encore, pensa-t-elle, et il n'est pas considéré comme un "légume".
Ces dernières réflexions lui infusèrent un regain de courage et elle se prit à envisager plus positivement la perspective du retour d'Alfred à la santé et de la joie que leurs enfants retrouveraient à son réveil.
Ragaillardie par ces pensées, elle se rendit promptement à l'hôpital. Le dernier de ses billets de VIE DE FEMME devait paraître dans le prochain numéro du SOLEIL LEVANT. Depuis l'accident de son mari l'inspiration ne venait plus et Luce ne se sentait pas d'attaque pour forcer son imagination. L'image d'Alfred immobilisé et inconscient dans un lit d'hôpital hantait son esprit nuit et jour.
Elle arriva à l'hôpital vers neuf heures trente ce matin-là. En se dirigeant vers la chambre 104 elle remarqua, chez le personnel, un va-et-vient inhabituel. Une infirmière l'informa que du nouveau s'était produit dans l'état de son mari. L'infirmière de nuit avait remarqué que des fuseaux d'ondes Bêta apparaissaient sur le moniteur par intervalles irréguliers. C'était un signe évident d'un retour imminent d'Alfred à la conscience.
Réconfortée par cette bonne nouvelle, Luce s'approcha vivement du lit de son mari. lui caressa le front et le visage en lui parlant doucement: "Alfred, mon amour, c'est moi, Luce... réveille-toi... ouvre les yeux... dis-moi quelque chose..." Mais rien ne se produisit et l'EEG continua à déverser son flot d'ondes Thêta.
Luce ne perdit pas espoir et décida de rester à l'hôpital ce soir-là, près de son mari, au cas où...! Les enfants étaient retournés à la maison avec Thomas. Il était déjà minuit trente et elle était près de céder à l'angourdissement du sommeil.
Alfred était toujours immobile, mais respirait maintenant sans l'aide d'appareil. On avait aussi retiré le tube de gavage. Dans la pénombre, sa tête encore enveloppée de pansements brillait sous la lueur d'une veilleuse. Bien enfoncée dans son fauteuil, Luce avait décidé de ne plus résister au sommeil. Elle allait bientôt s'assoupir lorsqu'elle entendit Alfred marmotter quelques mots: il lui semblait saisir des noms: "Tom...Sublime..."
Cela la réveilla complètement et, d'un bond, elle fut près de son mari. "Fred, s'écria-t-elle, c'est moi, Luce... ouvre les yeux pour l'amour... parle-moi, je t'en supplie,,," Et elle se mit à sangloter en lui prenant la main. Soudain, elle sentit qu'il lui serrait les doigts comme quelqu'un qui tente de s'accrocher... Son coeur se mit à battre la chamade: "Fred, dit-elle au traves de ses larmes, regarde-moi... accroche-toi, je suis là... reviens, reviens, je t'en prie..."
Et le miracle se produisit. Alfred Paré ouvrit les yeux, tourna lentement la tête vers son épouse et lui sourit comme un enfant qui s'éveille.
Au bureau de contrôle, l'infirmière de garde s'aperçut que l'EEG d'Alfred Paré ne montrait maintenant que des ondes Bêta, des ondes d'éveil, et que l'ECG avait quelque peu accéléré son rythme. Elle gagna vitement la chambre 104 pour y trouver Alfred Paré souriant et enlacé par son épouse pleurant de joie.
Cet événement provoqua beaucoup d'agitation chez le personnel de nuit. Le médecin de garde, averti du réveil d'Alfred Paré, vint constater sa sortie du coma et l'ausculter rapidement, Tout paraissait normal, mais il lui laissa les électrodes le reliant au moniteur. Il promit un examen plus approfondi par le spécialiste dès son arrivée à l'hôpital et quitta la chambre pour laisser le couple à leurs retrouvailles.
- Depuis trois semaines, Fred. Tu as eu un accident de voiture en allant travailler, tu ne te souviens pas?
- Ah!... Mes souvenirs sont flous... Je me rappelle seulement de lumières aveuglantes, puis rien que du noir!... Et les enfants, comment vont-ils?
- Ils vont bien, Fred. Nous pouvons être fier de notre Thomas. Il a été très courageux. Sans lui, je ne sais comment j'aurais réagi.
- Marc et Julie?
- Ils avaient bien hâte que tu te réveilles!... Tantôt, avant d'ouvrir les yeux, tu as prononcé des noms:Tom, Sublime, je crois. Est-ce que ça te rappelle quelque chose?
- Bien sûr!... J'ignore si c'était un rêve, mais je me souviens d'avoir fait un voyage fantastique dans l'Au-delà.
- Dans l'Au-delà? reprit Luce, mais c'est le sujet de ta Chronique...!
- Mais oui... Oh! Que j'étais bien là-bas! je ne voulais pas revenir dans ce corps blessé... mais on m'a dit qu'il le fallait.
- Qui ça, "on"?
- Tom.
- Tom... Thomas Duval?... Il est décédé depuis deux ans, Fred!
- Oui, Luce, mais il est bien vivant, tu sais. Il était mon ange gardien et mon guide là-bas.
Et Alfred se mit à raconter à son épouse attentive le merveilleux voyage qu'il avait fait et lui parler par le menu de tous les personnages qu'il avait rencontrés. Que de choses on lui avait apprises! Gagnée par la joie évidente de son mari au cours de ce récit, Luce lui dit:
- Je suis content que tu le prennes ainsi.
- J'ai versé assez de larmes depuis trois semaines, reprit-elle. Maintenant que tu es revenu je me sens revivre.
Toute secouée par la joie de retrouver son mari, elle n'avait plus sommeil. Le couple passa une bonne partie de la nuit à s'embrasser, à parler de boulot, de projets d'avenir et surtout des enfants. Cette épreuve qui aurait pu se terminer par un deuil, avait approfondi encore davantage l'union de ces deux êtres déjà si près l'un de l'autre. Luce retourna à la maison vers trois heures et ne put résister à l'envie de réveiller les enfants pour leur annnoncer la bonne nouvelle.
Le lendemain était un samedi. Ils se rendirent tôt à l'hôpital. La joie était sur tous les visages: on ne cessait de rire et d'embrasser Alfred.
Le neurologue qui l'avait suivi depuis son accident, vint le voir vers neuf heures trente et procéda immédiatement à un examen complet.Après trois semaines de soins, les résultats apparaissaient des plus encourageants: les fractures étaient en pleine restauration, les contusions n'apparaissaient plus. Le processus de guérison semblait même plus accéléré que chez la plupart des cas semblables. Alfred ne souffrait d'aucune migraine, seules les bandes qui serraient encore ses côtes lui occasionnaient un peu de douleur quand il bougeait. Il pouvait mouvoir les doigts de sa main droite sans difficulté. Bref, un bilan très positif du retour à la santé. Il serait suivi encore pendant une semaine, après quoi on lui donnerait son congé de l'hôpital.
Les infirmières qui s'occupaient de lui, le dorlotaient et l'appelaient "Notre rescapé" . L'une d'elles se permit, un jour de lui demander si, pendant son coma, il avait traversé un tunnel et rencontré un Être de lumière comme le lui avaient raconté plusieurs patients revenus comme lui à la vie. Mis en confiance par cette conversation, Alfred commença à lui raconter sa propre aventure dans le monde spirituel.
Par la suite et jusqu'à sa sortie de l'hôpital, Alfred et elle échangeaient sur un ton mi-sérieux mi-badin des anecdotes sur les esprits et les fantômes, qui faisaient bien rigoler les patients de l'étage.
Le Directeur du SOLEIL LEVANT, qui avait appris la bonne nouvelle, ainsi que son rédacteur en chef, patron immédiat d'Alfred, vinrent le voir à l'hôpital. Luce avait assuré au rédacteur que son mari tenait enfin un article pour la chronique des CURIOSITÉS.
- Non, mais il les a faites après.
- Quoi? Il vient tout juste de reprendre conscience! Tu me fais marcher, hein?
- Pas du tout. Tu verras. Il va te remettre une première tranche de ses entrevues pour dimanche prochain.
- Et son bras droit? Il peut vraiment s'en servir maintenant?
`- Non, pas vraiment. Mais je suis là, moi! Il enregistre au magnétophone et je transcris le texte.
Très sceptique, le rédacteur s'attendait à recevoir un de ces canulars dont Alfred truffait parfois ses articles pour piquer la curiosité des lecteurs.
Mais grande surprise en lisant son premier texte! Alfred y racontait avec conviction ce qu'il avait "consciemment" vécu pendant son coma. Il brossait un panorama de tous les sujets qu'il avait abordés avec les esprits bien "vivants" de personnages décédé, dont Thomas Duval.
Tous les employés du SOLEIL LEVANT se souvenaient du malheur qui avait frappé ce dernier. Et sa chronique sportive avait souffert de sa disparition. Les journalistes qui avaient provisoirement pris la relève n'avaient pas le ton ni le charisme débordant de Thomas Duval. Enfin, le rédacteur en chef engagea une jeune recrue, animé du même feu et du même enthousiasme que Thomas Duval, qui fut probablement pour quelque chose dans l'engagement de son remplaçant.
Luce faisait maintenant la navette entre le maison et l'hôpital, jouant le rôle de secrétaire pour son mari. Assis dans son lit, Alfred enregistrait sans arrêt. Ses souvenirs de l'Au-delà étaient si vivaces qu'il se sentait toujours là-bas lorsqu'il les racontait devant son micro.
- Je te crois, Fred. Mais ce n'est pas facile à saisir avec notre conscience limitée. Moi, je dirais que c'est comme l'amour entre deux êtres. Tu te souviens de notre première rencontre? C'était comme si nous nous étions retrouvés, comme si nous nous étions toujours connus; c'était comme une "reconnaissance" de ce que nous vivions, semble-t-il, à un autre niveau. Cela ne ressemble-t-il pas à ton expérience actuelle?
- Oui, mon Amour. Et elle est encore plus vivante depuis que je suis revenu et que je t'ai retrouvée. Je peux maintenant te serrer amoureusement contre moi. Tu n'es plus uniquement de l'air ou du vent! Lança malicieusement Alfred en riant.
- J'espère que tu ne me prends pas seulement pour un courant d'air, si rafraîchissant soit-il, répondit Luce du tac au tac.
- Dieu m'en garde, mon Amour! Il passerait trop vite à mon goût, Ah! Ah!
- Je vois que tu as gardé ton sens de l'humour, c'est bon signe pour ta santé mentale...!
- Holà! Luce. Veux-tu insinuer que j'aurais inventé tout cela dans un moment d'égarement?
- Mais non, mon Amour. N'ai-je pas moi aussi le droit de te taquiner?
- Mais oui, tu as tous les droits, même celui de ne pas croire à mes sornettes sur l'Au-delà.
- Tes sornettes? Mais j'y crois, Fred. Si non, pourquoi ferais-je toutes les transcriptions de ton récit?
- Je sais, Luce. Mais c'est tellement difficile de raconter exactement ce que j'ai vécu en compagnie de ces merveilleux êtres de l'Au-delà. Il n'y a pas que les messages qu'ils m'ont transmis, il y a aussi l'ambiance, l'atmosphère de paix, d'amour, de bonheur; l'amitié qui unit tous ces esprits, la chaleur de leur accueil, la couleur des paysages, la limpidité des lacs et des rivières, la majesté des montagnes, la pureté de l'air... Tout cela est indescriptible, tout cela dépasse l'imagination. Quel contraste avec ce que nous pouvons voir sur la terre! Tout est si terne ici-bas comparativement à ce que j'ai vu et vécu là-haut!
- La façon et le ton avec lesquels tu parles de ton expérience spirituelle, Fred, ne laissent aucun doute dans mon esprit. Ce n'est pas difficile pour moi d'y croire, puisque je connais ta sincérité.
Dans un premier article, Alfred exposait son projet d'écrire une chronique sur la vie dans l'Au-delà d'après les propres témoignages de rescapés de la mort. Ce sujet laisse peu de gens indifférents. Ensuite, il racontait qu'un matin de novembre, alors qu'il se rendait à son premier rendez-vous pour interviewer un témoin, sa voiture fut soudain frappée par un camion-remorque; que, sous l'impact frontal des deux véhicules, il avait été projeté hors de sa voiture et hors de son corps physique, qu'il voyait ce dernier blessé et encore attaché à son siège.
La situation lui était apparue très étrange, car il pouvait observer avec étonnement et en toute lucidité les événements qui avaient suivi l'accident; les tentatives de réanimation pratiquées sur lui à l'hôpital, les soins qu'on lui prodiguait, l'arrivée de son épouse toute en larmes avec laquelle il lui était impossible de communiquer, puis un "black out" total, un voyage à toute allure dans une sorte de tunnel, enfin l'arrêt en pleine lumière, Mais que trouva-t-il au bout du tunnel? Ainsi se terminait le premier texte d'Alfred qui, selon son habiture, laissait le lecteur sur sa faim.
La parution de cet article amena chez lui un flot de lettres et d'appels téléphoniques. Luce apporta lettres et messages à l'hôpital. Des gens faisaient part à Alfred d'une expérience identique, qui, après une noyade, qui, à la suite d'une crise cardiaque, qui, au cours d'une intervention chirurgicale, qui, après un accouchement difficile, etc. Ces rescapés de la mort voyaient dans ce journaliste un interlocuteur valable: enfin quelqu'un digne de foi qui ose parler de ses révélations sans qu'on puisse le soupçonner de "faire du chapeau"!
Par contre, quelques lecteurs plus sceptiques louaient la richesse de son imagination et son habileté à donner une apparence de vraisemblance à une fiction littéraire. C'était également astucieux de sa part d'utiliser un thème si chargé d'émotions pour faire monter le tirage du SOLEIL LEVANT. D'autres enfin, férus de parapsychologie, lui proposaient une rencontre pour analyser "scientifiquement" son O.B.E. (Out of Body Experience - expérience extracorporelle) et peut-être, s'il était d'accord, un interrogatoire sous hypnose. Alfred soupçonnait là une suggestion de Dr Gérin.
Il hésita longtemps à donner suite à cette proposition. Quant à Luce, elle voyait dans cette sorte d'expertise scientifique un moyen, non pas de prouver, mais d'appuyer la véracité de son récit. Cette dernière raison rallia Alfred qui accepta de se soumettre à une séance d'hypnose. Une rencontre fut fixée après sa sortie de l'hôpital. Il avait bien l'intention de faire figurer les résultats dans sa chronique. Cette démarche pourrait convaincre des lecteurs encore incrédules.
Dans la salle de rédaction, plusieurs employés affichaient un certain scepticisme en lisant les récits d'Alfred. Luce en fit part à son mari. Quant au patron, il n'osait pas encore prendre position, craignant toujours qu'Alfred ne les fasse marcher une fois de plus. Ce qui importait pour le moment c'était la réaction des lecteurs à ce premier article. Elle était si positive qu'on projetait d'augmenter le tirage du SOLEIL LEVANT.
Il alla rendre visite à Alfred pour le féliciter de son article et tenter de découvrir les intentions réelles de son journaliste. Pour cela, il prit le ton badin du comparse qui entre dans le jeu, avec le clin d'oeil complice. Mais il dut se rendre vite compte que les réparties d'Alfred n'étaient plus comme à l'accoutumée. Il y avait dans son ton un quelque chose de subtil et de sérieux inhabituel chez l'Alfred d'avant l'accident. Surtout ce petit silence plein de concentration dont il faisait précéder ses réponses et qu'il terminait par un sourire engageant.
Le directeur du SOLEIL LEVANT, un peu déconcerté devant l'enthousiasme de son ami, ne savait que dire et balbutia:
En quittant l'hôpital, il avait choisi son camp. Désormais, dans la salle de rédaction, les sceptiques n'osaient plus exprimner leur opinion tout haut, surtout pas devant le patron.
Les parents d'Alfred étaient venus voir leur fils peu après l'accident. Leur grand âge - ils approchaient les 80 ans tous les deux - ne leur permit guère de le visiter aussi souvent qu'ils l'auraient désiré. Ce fut un dur coup pour ce couple âgé. Ils habitaient une localité éloignée et Alfred les visitait souvent. Il avait accepté de gérer leurs affaires financières. Aussi supportaient-ils douloureusement l'absence de ses visites. Luce les avait consolé de son mieux, malgré sa propre détresse. Aussi lorsqu'elle leur eut annoncé la bonne nouvelle, se sont-ils empressés de revenir embrasser leur fils.
Ce furent des moments remplis d'émotions pour Alfred et ses parents. Ils retrouvaient un fils qu'ils croyaient perdu à jamais. Les étreintes terminées et les larmes essuyées, ils écoutaient religieusement leur fils raconter avec bonhomie et conviction son aventure au-delà de la mort.
Alfred avait-il vraiment été au ciel et causé avec des défunts toujours "vivants"? Se demandaient-ils. Son père restait perplexe devant la verve de son fils. Pourquoi n'avait-il pas signalé purgatoire et l'enfer, les anges et les démons, dont parlent le petit catéchisme et le curé dans ses sermons? Peut-être a-t-il rêvé tout cela? peut-être bien que non?
Quant à sa mère, femme d'une certaine culture - elle avait été institutrice -, elle était prête à croire à l'expérience de son fils, qui ressemblait étrangement à celle qu'une de ses amies d'enfance avait vécue lors d'un accouchement difficile. De plus, elle venait de terminer la lecture d'un volume portant sur le thème de la mort, dont l'auteur était une femme médecin qui citait des cas semblables dans son bouquin.
Alfred leur remit le dernier numéro du SOLEIL LEVANT et promit de leur envoyer tous les autres dans lesquels apparaîtrait la suite de sa chronique sur l'Au-delà.
Puis ce furent les adieux.
Monsieur Paré, moins démonstratif, embrassa tout de même son fils avec beaucoup d'émotions.
- Guéris vite, mon gars. Nous t'attendons à la maison, car j'ai encore du boulot pour toi!
Luce raccompagna ses beaux-parents jusqu'à la sortie. À son retour elle trouva Alfred encore tout guilleret d'avoir revu ses vieux parents. Luce l'était tout autant pour les avoir adoptés. Fille unique, c'étaient les seuls qui lui restaient depuis la disparition de son père et de sa mère dans l'incendie de leur maison.
Alfred était persuadé que son récit aiderait ses parents à envisager leur propre décès de façon sereine et positive et cela le rassurait.
- Je l'espère aussi.
Alfred quitta enfin l'hôpital. Le personnel et les malades de l'étage avaient bien prisé ses histoires de fantômes et d'esprits, qui avaient apporté un peu d'entrai et brisé la monotonie du quotidien: le moral des malades s'en était ressenti. Aussi, la veille de son départ, lui fit-on une petite fête du type "Halloween". Alfred et Luce apprécièrent avec humour cette attention qu'on leur manifestait avec tant de chaleur. Puis, pour clore la soirée, on pria Alfred de dire le mot de la fin.
Un rire général et des applaudissements nourris suivirent ces dernières paroles. La soirée se termina par de joyeuses embrassades.
Le lendemain, Luce revint tôt à l'hôpital pour en ramener son mari. Mais les derniers examens durèrent tout l'avant-midi: le neurologue voulait s'assurer que tout était revenu à la normale chez son patient. Aussi, n'arrivèrent-ils à leur appartement que vers midi. La visite des parapsychologues tombait le lendemain vers quatorze heures. Luce communiqua avec l'un d'eux, Harold Bernier, qui tenait le rôle de leader au sein du groupe de chercheurs. Il serait accompagné de Pierre Gérin, un hypnothérapeute déjà biewn connu dans les cercles universitaires et qu'Alfred avait déjà interviewé avant son accident.
Il va sans dire que cette première journée du couple à la maison depuis un mois se termina dans l'euphorie d'une recontre amoureuse. Luce y puisa toute l'énergie qu'elle avait dépensée dans l'angoisse et les veilles quotidiennes auprès de son mari inconscient. Quant à Alfred, sentant son épouse toujours près de lui quoi qu'il arrive, trouva dans cette autre lui-même une présence vivifiante sur lsquelle il pouvait toujours compter.
Les parapsychologues arrivèrent le lendemain à l'heure convenue, munis d'un magnétophone et d'un pléthysmographe, appareil communément appelé "détecteur de mensonge". Alfred montra d'abord un mouvement d'humeur en voyant ces "machines". Il s'attendait à une simple séance d'hypnose par induction verbale.
Mais Luce le persuada que l'usage de ces intruments pouvait aider à rallier des scientifiques peu crédules a priori devant ces phénomènes inhabituels. Il accepta donc de se faire brancher à l'appareil et de recevoir l'injection de penthotal: il s'agissait, en fait, d'une narco-analyse.
Alors que le Dr Gérin plaçait les électrodes sur lui, Alfred dit comme pour se donner contenance:
- Oui, reprit-elle en riant, et vous m'avez priée de superviser votre travail.
Des éclats de rire des deux chercheurs accueillirent cette boutade avec bonhomie.
Pierre Gérin injecta quelque millilitres de penthotal dans le bras d'Alfred, tout en l'invitant à se détendre et à se laisser aller au sommeil. Les questions qu'on allait lui poser portaient en partie sur l'accident de voiture et en partie sur la période de coma qui suivit, c'est-à-dire sur sa prétendue sortie hors-du-corps (O.B.E.). Luce les avait lues avant la session et les avait trouvées pertinentes.
Tout au long de l'expérience, Alfred répondait aux questions dans un débit lent mais sans aucune hésitation. Harold Bernier enregistrait les questions du thérapeute et les réponses d'Alfred tout en surveillant les mouvements de l'aiguille du pléthysmographe.
La session dura près de deux heures. À la fin, Harold Bernier expliqua à Luce qu'il allait soumettre le matériel recueilli au groupe de recherche pour analyse. Ensuite, les résultats leur seraient envoyés dans quelques jours. Après avoir remballé leur matériel, ils saluèrent Luce et quittèrent l'appartement sans faire aucun commentaire.
Quand l'effet du narcotique se fut dissipé, Alfred demanda à on épouse comment ça s'était passé.
- Crois-tu qu'ils vont accepter mon histoire?
- Je l'ignore, Alfred. Les scientifiques sont des gens peu émotifs, comme tu sais, du moins se montrent-ils ainsi pour, selon leur prétention, rester objectifs. Ils n'ont fait aucun commentaire en partant. On ne peut dopnc rien en conclure.
- Attendons les résultats de leur analyse. Mais je trouve leur étude des phénomènes psychiques un peu trop mécanique.
- Tu as raison. Comment comprendre des vérités si vitales en se fiant à des machines sans vie. Il faut la sentir émotionnellement. me semble-t-il, pour comprendre une expérience comme la tienne. mais ils ont besoin de ces "béquilles" pour donner un caractère, ou mieux, une apparence scientifique à leurs rcherches et du poids à leurs résultats.
Cijnq jours plus tard, on délivra chez Alfred un colis provenant du Département de Recherches Psychiques de l'Université, accompagné d'une lettre. Alfred ouvrit le colis. Il comportait une copie des enregistrements de la session et un compte-rendu de la narco-analyse. Celui-ci se terminait par le paragraphe suivant:
"Bien que les enregistrements ne révèlent aucune contradiction entre les affirmations conscientes du sujet et sa réaction cutanée lors de la session sous narcose, on ne peut, au stade actuel de notre démarche, accorder une valeur scientifique aux résultats de cette analyse. Une nouvelle session s'avère nécessaire comme mesure de comparaison. Après quoi il y aurait lieu de prendre des mesures semblables chez d'autres sujets ayant vécu le même phénomène, afin de soumettre l'ensemble des données ainsi obtenues à la grille des statistiques. Il serait donc prématuré et non avenu sur le plan scientifique de qualifier maintenant de quelque façon la supposée O.B.E. de monsieur Alfred Paré.
À peine avait-il terminé la lecture du document qu'Alfred éclata de rire, un rire si prolongé qu'il réveilla Luce qui, ce matin-là, faisait la grasse matinée.
Alfred la rejoignit avec le paquet de documents et la lettre.
Luce s'assit sur le bord du lit, alluma la lampe de chevet, puis commença la lecture du document,
Luce termina la lecture et ajouta:
- En ce qui me concerne, décida Alfred, ceci met un terme aux démarches des scientifiques. Qu'ils y croient ou non, je m'en fous! J'ai mieux à faire avec mes lecteurs qui sont des gens plus simples et plus ouverts.
- As-tu toujours l'intention de citer ces résultats dans ta chronique?
- Bien sûr! Les savants ont le droit d'être entendus comme les autres, dit-il sur un ton un peu ironique. Et je vais leur faire une de ces présentations dont tu me crois capable.
- Vas-y mollo, Alfred, sinon on croira que tu veux trop te défendre. Ça pourrait nuire à ta crédibilité.
- Tu as raison. Il faut laisser la vérité se dévoiler elle-même. la polémique lui fait toujours ombrage, Mais tu verras, ce sera finement tourné!
- D'où vient la lettre?
- Ah! Je ne l'ai pas encore ouverte... également de l'Université.
Il ouvrit l'emveloppe, déplia la lettre et regarda d'abord la signature.
Il en fit la lecture à haute voix.
"Cher Monsieur Paré.
J'ai grandement apprécié la collaboration que vous avez apportée à notre recherche concernant votre expérience extracorporelle. Je tiens à vous en remercier personnellement.
Au cours des cinq dernière années. je fus maintes fois sollicité pour tenir des séances d'hypnose avec des sujets ayant vécu des phénomènes psychiques inhabituels. Comme je vous l'ai déjà dit, je fus ainsi amené à rencontrer des médiums qui faisaient du channelling, des voyants qui, à leur corps défendant, annonçaient des événements futurs, des gens qui affirmaient avoir contacté des extraterrestres et des sujets qui, comme vous, avaient eu une E.P.D.M., c'est-à-dire une expérience près de la mort.
Je peux dire que 80% des cas que j'ai ainsi étudiés et analysés, m'apparaissaient dignes de foi en m'appuyant sur mon sentiment personnel. Toutefois, il est impossible en tenant compte des critères scientifiques d'affirmer que ces phénomènes s'étaient réellement produits. L'hypothèse qu'on invoque habituellement entre chercheurs est celle d'une construction imaginaire subjective, c'est-à-dire réelle pour le sujet sur le plan psychique, mais dénuée de toute valeur objective. Mais le plus grand obstacle que nous rencontrons dans l'étude des phénomènes paranormaux vient de la difficulé à les soumettre au test des statistiques.
Ne croyez pas que tous les chercheurs en parapsychologie ne jurent que par les instruments de recherche et les statistiques. Plus d'un sont d'avis que les lois de la statistique s'appliquent difficilement à ce domaine qui se situe au-delà du plan physique. Des moyens de connaissance, autres que la raison et la logique, devraient être utilisés, je veux dire, les facultés psychiques, comme l'intuition, la perception extrasensorielle, la médiumnité. Mais alors on sort du domaine de la science.
Pour ne pas déroger nous-mêmes aux critères scientifiques, nous ne pouvons nier l'existence de ces phénomènes sans non plus prouver qu'ils existent. Notre assentiment vient d'ailleurs, comme l'a affirmé un spécialiste de la recherche sur la réincarnation: 'Je pense qu'un homme raisonnable, a-t-il écrit, peut maintenant croire à la réincarnation, en se basant sur l'évidence'. Et je suis d'accord avec lui.
Aussi, ne soyez pas déçu du rapport qu'Harold vous a fait parvenir au nom de notre groupe de recherche. Il ne fait que souligner les limites de notre démarche scientifique. Personnellement je n'entretiens aucun doute sur la réalité de votre voyage dans l'Au-delà.
Alfred fut surpris de la lettre et se demandait si le Dr Gérin accepterait d'être cité dans un de ses articles.
- Ça va de soi et je lui téléphone aujourd'hui même.
Depuis sa sortie de l'hôpital, Alfred devait faire des exercices quotidiens pour assoulpir son bras droit. Sa récupéraiton générale s'avérait des plus rapide. Vraiment, se disait-il, le rayonnement bleu a fait du bon travail. Aujourd'hui il s'asseyait à écrire de sa main droite, car il souhaitait reprendre le plus tôt possible la rédaction de ses articles. Luce pourrait alors travailler à plein temps à sa chronique. Depuis deux semaines elle faisait double emploi en rédigeant ses propres textes de VIE DE FEMME et ceux de son mari pour les CURIOSITÉS.
Àux alentours de quatorze heures, Alfred appela le Dr Gérin.
- C'est Alfred Paré à l'appareil.
- Ah, bon! Comment allez-vous?
- De mieux en mieux, Docteur. Je vous remercie.
- Avez-vous reçu notre rapport?
- Oui, ce matin même, ainsi que votre lettre personnelle.
- Oui. J'ai cru bon, en toute honnêteté, de vous faire part de mon propre sentiment au sujet de votre expérience extracorporelle.
- Nous étions très déçus après la lecture du rapport, mais votre lettre nous, tout à la fois, surpris et soulagés. Votre opinion sur mon aventure dans l'Au-delà compense avantageusement les propos plus ou moins malveillants des sceptiques.
- Vous savez, Alfred... vous permettez que je vous appelle ainsi?
- Allez-y, Docteur...
- Appelez-moi Pierre également...
- Ça me va, Pierre.
- Eh bien, Alfred, vous savez, les phénomènes inhabituels constituent toujours une menace à notre sécurité intellectuelle. Et chacun se protège à sa façon. Certains cachent leur peur sous un sourire et des paroles ironiques, D'autres argumentent au nom de leurs croyances religieuses en s'appuyant sur l'autorité de leur pasteur. Au fond, nous avons tous la même réaction: rejeter à tout prix l'inconnu qui nous étonne et trouble notre confort habituel.
- Vous avez raison, Pierre...Pourrais-je vous poser une question?
- Allez-y, mon cher, vous avez le champ libre...
- Accepteriez-vous que je cite votre opinion dans mes articles?
- Ah, je vois!... En d'autres mots, vous me demandez de rendre ma lettre publique, n'est-ce pas?
- C'est un peu ça, Doc.
- Bien, voyons... (après quelques secondes de réflexion, il reprit) Non..., mais je vous permets de le faire sous l'anonymat. Car si vous citez mon nom et celui de l'Université, les collègues vont en conclure que j'ai des préjugés favorables concernant la réalité de ces phénomènes et que je m'expose à manquer d'objectivité. Cela pourrait diminuer ma crédibilité comme parapsychologue. C'est affreux, n'est-ce pas, Alfred? dit-il en riant, mais c'est comme ça dans notre milieu universitaire.
- Je comprends, Doc. C'est déjà beaucoup de me permettre de vous citer de façon anonyme et je vous en remercie.
- Vous seriez surpris, Alfred, du nombre de savants qui pensent comme moi, et qui, pour diverses raisons, n'osent pas le dire tout haut ou l'écrire. D'ailleurs, je vous en avais déjà parlé quand vous m'avez consulté au sujet de votre projet.
- C'est vrai, et vous avez eu le courage de l'écrire. Mais eux? N'est-ce pas de la lâcheté de leur part?
- Non, Alfred, c'est aussi une question d'opportunité et parfois, je l'avoue, de gros sous! Pour ma part, je dirais comme Aristote qui ne partageait pas toutes les théories de son maître: "Platon est mon ami, mais la vérité est ma plus grande amie." Ça me fait plaisir de vous rendre ainsi service.
- Encore une fois, merci, Doc et au plaisir de vous revoir.
- Je le souhaite, Alfred. Au revoir et saluez bien votre charmante épouse pour moi.
- Je n'y manquerai pas!
Alfred imagina un scénario qui lui permettrait de citer l'opinion du Dr Gérin sans nuire à sa réputation de parapsychologue. Il serait allé consulter un groupe de recherche spécialisé dans l'étude des cas d'E.P.D.M.. Après cette recontre, il aurait reçu une lettre d'un certain Dr X dont voici la teneur:
Ce qui suit n'a rien d'officiel. C'est une initiative purement personnelle.
J'ai beaucoup apprécié la confiance que vous avez mise en notre groupe de recherche en venant nous consulter au sujet de votre expérience extracorporelle. Je tiens à vous en remercier.
Depuis plusieurs années, j'ai reçu en consultation beaucoup de gens qu'on qualifie de sensitifs: médiums, voyants, etc, ainsi que des rescapés de la mort. Personnellement j'estime que 80% de ces cas sont véridiques. Le vôtre en fait partie.
Aussi, je n'ai aucune hésitation à croire à la réalité de votre O.B.E.. Et l'aventure spirituelle que vous racontez dans votre chronique m'apparaît des plus vraisemblable.
Je vous donne toute liberté de faire état de mon opinion personnelle sans toutefois citer mon nom, afin de sauvegarder ma crédibilité en tant que parapsychologue. Vous comprendrez que, sur le plan scientifique, je ne peux adopter officiellement une telle position, car l'analyse de votre cas échappe au contrôle rigoureux de la science.
Cependant, il est de plus en plus évident que le nombre croissant d'expériences psychiques paranormales nous force, en tant que savants, à accepter leur existence sans toutefois pouvoir les expliquer selon nos critères actuels. Mais comme l'a dit un chercheur réputé: en se bsant sur l'évidence, tout homme peut croire raisonnablement à la réincarnation.
En toute honnêteté, je me devais de vous faire part de mon point de vue personnel. C'est une autre façon d'aider la recherhce. En publiant des opinions divergentes, on oblige les chercheurs à tracer de nouvelles pistes pour la compréhension de ces phénomènes."
Alfred envoya ce texte au Dr Gérin pour approbation. Ce dernier le lui renvoya avec la note A+, ce qui, en jargon professoral, signifie EXCELLENT.
Aussi ne tarda-t-il pas à insérer cette lettre fictive dans sa chronique hebdomadaire, Il en résultat un second flot de lettres. Alfred y trouva des commentaires pour et contre. Des chercheurs exprimaient des opinoins semblables à celle du Dr X. Le directeur d'un Département de l'Université accusait l'auteur d'inventer et de fabuler pour mousser sa popularité. Aucun savant véritable. écrivait-il, ne peut émettre une telle opinion, qui manque de base solide et irréfutable.
- Sûrement, Alfred, approuva Luce. Il est impossible, crois-moi, de vouloir rallier tous les savants à notre cause. Heureusement que Monsieur tout-le-monde se soucie fort peu des propos de ce Doyen de Département, Et c'est eux, les gens ordinaires, qui ont besoin de savoir qu'il y a une vie magnifique qui nous attend après la mort.
- Tu as raison, ma chérie. Laissons les savants à leurs élucubrations. Je vais plutôt m'occuper de la lettre que voici.
- De quoi s'agit-il?
- C'est une invitation à donner une conférence sur mon aventure. Et ça vient du Club Optimiste de Léonville.
- De Léonville? La ville de tes parents!...
- Eh oui! Devrais-je accepter à ton avis?
- Pourquoi pas? Ce sera une belle occasion d'annoncer la bonne nouvelle, non?
- J'ai fait beaucoup d'entrevues, mais je n'ai jamais donné de conférence...
- Il y a un commencement à tout! Je suis certaine qu'on va apprécier ton histoire.
- Tu le crois vraiment?
- Autant, sinon plus, que tes lecteurs. Avec la verve que tu mets à nous parler de ton eventure, je n'ai aucun doute là-dessus.
C'est ainsi qu'Alfred, le journaliste, devint un conférencier très recherché par des organisations privées et des goupuscules de chercheurs psychiques indépendants. Désormais les kiosques à journaux étaient rapidement vidés le dimanche matin. Au bureau de rédaction tout le monde le félicitait maintenant et l'encourageait. Le patron exultait, car le SOLEIL LEVANT vit son tirage augmenter de quelques milliers d'exemplaires en un mois.
