JOHN HARRICHARAN

 

 

 

 

 

Si vous pouvez marcher sur l’eau,

prenez le bateau

 

 

Traduction française :

Marcel Mercier

Août 2005

http://marcel-mercier.com

 

 New World Publishing

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Dédicacé à

 

Malika Elisabeth, Jonathan Nian

et

Mardai Elisabeth Harricharan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REMERCIEMENTS  SPÉCIAUX

 

        Je dois une reconnaissance éternelle à Anita Bergen pour avoir partagé constamment la tâche de préciser et de coordonner la préparation de cet ouvrage

 

et

 

        un  million de mercis  à Robert « Butch » James, un ami très cher, qui a rendu possible la publication de cette nouvelle édition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction à la Nouvelle Édition de

Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau

 

            Je pense que tout le monde ressent beaucoup d’émotion quand on fait une découverte, cette joie intime de déterrer le joyau d’une nouvelle pensée, d’une nouvelle idée ou d’un nouveau concept philosophique qui deviendrait certes sous peu très populaire et universellement acclamé. J’ai ressenti cette émotion et cette joie de la découverte en 1985 quand mon cher ami John Harricharan m’a envoyé son manuscrit qu’il venait de terminer, pour avoir mon avis.

 

            Le manuscrit portait un titre apparemment plein d’humour, mais spirituellement stimulant : Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau. Je sus dès ma toute première lecture que le monde entier entendrait parler de ce magnifique petit livre. J’ai senti que cette merveilleuse parabole moderne enflammerait l’imagination et le cœur de centaines de milliers de lecteurs. Aujourd’hui, plus d’une décade plus tard, la reconnaissance mondiale et les nombreuses nominations et prix qu’il a obtenus, ont amplement justifié mon intuition d’alors.

 

            Dans mon introduction de la première édition, publiée en 1986, j’avais loué la façon qu’avait John de livrer des vérités universelles dans une histoire dont la technique s’avère toujours efficace. Cette narration à la première personne dépeint une série de crises et de succès dans le monde des affaires, mise en parallèle avec le pèlerinage de l’âme dans les domaines spirituels. Tout au long du texte, John Harricharan l’auteur et « John », le narrateur, nous encouragent constamment à persister dans notre travail physique pour apprendre et grandir. Par une progression marquée de situations dramatiques, « John » en arrive à comprendre que  peine, chaos, et confusion tentent en fait de nous enseigner que nous avons choisi de revêtir nos habits charnels pour remplir une mission de croissance spirituelle. Toute l’énergie désordonnée qui déferle autour de nous peut ressembler aux marécages de la mort et de la dépression – ou à des occasions de vivre et d’apprendre. Et aujourd’hui, plusieurs années après avoir écrit l’introduction de la première édition de Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau, c’est pour moi un honneur d’être de nouveau sollicité pour tenir ce rôle de l’ « hôte », qui se tient à l’entrée de cet unique et fascinant ouvrage – et je suis plus désireux que jamais d’inviter de nouveaux lecteurs à en explorer les profondeurs et les merveilles.

 

            De même que nous goûtons la joie d’une découverte, je suis certain que vous aimeriez tous rencontrer quelque sage remarquable comme le mystérieux Gédéon, que John, notre narrateur, rencontre au cours des pages de ce livre. Et cela, sans doute, constitue la fascination éternelle d’une longue allégorie comme Si vous pouvez marcher sur les eaux, prenez le bateau… Grâce à la magie qui nous fait entrer dans la vision que John Harricharan a transmise dans ces pages, nous pouvons, chacun de nous, l’accompagner dans ce pèlerinage qui nous conduira vers une plus haute compréhension et une plus grande illumination.

 

                                                                    Brad Steiger

                                                                    Forest City, Iowa


PRÉFACE

 

            La question que me posaient souvent ceux qui ont lu ce manuscrit avant sa publication était : « Est-ce vrai ? » La question que me posent encore après toutes ces années beaucoup de lecteurs de ce livre est : « Est-ce réellement vrai ? » Ma réponse, maintenant comme avant, est l’éternelle question : « Qu’est-ce que la Vérité ? » Voici un livre qui vous concerne, qui me concerne ainsi que d’autres personnes de notre monde. Les anciennes vérités sont aussi vieilles que les collines, mais elles brillent toujours aussi intensément et présentent un aspect  nouveau chaque fois qu’elles sont redécouvertes.

 

            Ce n’est pas par hasard que vous avez pris ce livre. Peut-être, est-ce une « convocation divine » à nous rencontrer dans ces pages pour explorer de nouveau le sens de la vie ? Peut-être que, dans l’exploration et les aventures qui suivent, vous allez redécouvrir et réaliser que vous êtes un être d’une puissance et d’un potentiel infinis, limités seulement par vos propres croyances à votre sujet et au sujet du monde ?

 

            Ce qui suit aura un sens différent pour chaque personne. Pour certains, ce sera une agréable aventure au-delà de ce monde, mais pour d’autres, ce sera un puissant réveil, une expérience qui peut changer leur vie.

 

            La vie provient de l’intérieur et ce qui semble arriver à l’extérieur ne peut jamais nous blesser. Vous pouvez en changer les circonstances, si vous le désirez – car votre seul but dans la vie consiste à faire des choix. Une fois que vous avez fait votre choix, l’univers entier s’applique à faire mûrir ce que vous avez choisi.

 

            Faites cette lecture avec un esprit ouvert et posez-vous des questions. Plusieurs de ces vérités, vous les connaissez déjà, mais il se peut que vous les ayez seulement oubliées. Rappelons-nous ensemble la vraie nature de notre être.

 

          John Harricharan

 


Chapitre un

 

            C’était le soir. Il ne faisait pas complètement nuit, quelques lueurs du jour persistaient encore. Tout le monde avait quitté le bureau et j’étais là tout seul à compléter les travaux d’une fin de journée. Ce n’est pas mon fait de travailler tard, mais aujourd’hui, c’était un peu différent. À mon sentiment de réussite se mêlaient la frustration et la déception de ne pas avoir accompli tout ce que j’aurais aimé faire.

 

            Mon bureau se trouvait à l’arrière de l’édifice, surplombant le parc de stationnement. L’endroit était vide, sauf pour ma petite voiture, qui semblait m’attendre très patiemment. On dirait qu’elle m’attend toujours, sans se plaindre, là, tout près. « C’est le temps de partir », pensai-je. « Je suis déjà en retard ». Mais je me consolais à l’idée qu’il n’y aurait plus de trafic à cette heure-là.

 

            Regardant par la fenêtre tout en saisissant ma mallette, je remarquai une voiture bleue à quelque distance de la mienne.  La capote était levée et quelqu’un semblait s’adonner à une réparation. Il n’était pas rare que des voitures, ayant des problèmes, arrivent clopin-clopant sur notre parc de stationnement. Je descendis les escaliers jusqu’à la porte centrale, mis en marche l’alarme de nuit et sortis de l’édifice.

 

            La voiture bleue était encore là avec sa capote grande ouverte. Pour voir si je pouvais aider, je m’approchai avec précaution. À travers la vitre dans la faible lumière, je vis un visage barbu qui me souriait. « Qu’est-ce qui vous a tant retardé ? Je pensais que vous aviez changé d’idée.» Dit-il. Quel toupet ! Pensai-je. Un pur étranger, et il veut savoir ce qui m’a tant retardé. L’ingratitude m’ennuie réellement. Ce qui me frappa de façon étrange, toutefois, c’est qu’il semblait m’avoir attendu. Une conclusion totalement improbable dont je repoussai vite  l’idée.

 

            Tout en jetant un coup d’œil sous la capote, je lui criai : « Essayez le moteur encore une fois. » Ce qu’il fit, et aussitôt la voiture reprit vie et continua de ronronner de plus belle comme s’il n’y avait jamais eu de problème de moteur. Le barbu sortit de la voiture, vint vers moi, me tendit la main en disant : « Salut ! C’est agréable de vous revoir pour la première fois. Mon nom est Gédéon. »

 

            « Allo, M. Gédéon, c’est un plaisir de vous rencontrer. » Balbutiai-je, en serrant sa main tendue. « Mon nom est John. »

 

            « Oui, je sais. » Dit-il. Sa réponse me surprit, car je n’avais jamais vu cet homme auparavant. Il portait des « jeans » bleus et une chemise de flanelle et semblait avoir entre cinquante et soixante ans. Il n’était pas grand. Ses cheveux étaient noirs comme du jais et soigneusement peignés avec une mèche qui tombait paresseusement sur son sourcil droit. La barbe, aussi noire que ses cheveux, était pleine et bien entretenue, mais ses yeux étaient de loin sa plus remarquable caractéristique. Même dans la faible lumière de la rue, on pouvait voir son regard perçant et deviner qu’il cachait une longue histoire.

 

            Ces yeux exprimaient beaucoup de détermination et une grande bonté. Bien que j’aie remarqué tous ces traits dans une fraction de seconde, je le regardais fixement pendant tout ce temps.

 

            Il sourit. « Quelle belle température nous avons ! » Dit-il.

            J’approuvai de façon impersonnelle. J’étais loin de m’intéresser à la température à ce moment-là. « Comment savez-vous mon nom ? » Lui retournai-je vivement.

 

            « Oh, je l’ai deviné. La plupart des gens se nomment Jim ou John ou Ron ou Tom. » Il dit cela comme allant de soi, mais il y avait dans sa voix quelque chose qui laissait croire qu’il connaissait réellement mon nom. Peut-être était-il un de ces nouveaux arrivés dont on m’a tellement parlé récemment. Peut-être avait-il l’intention de m’attaquer - de me voler ou quelque chose du genre. Je ressentais un besoin envahissant de quitter cet endroit et de m’éloigner de sa présence aussi vite que possible, mais son regard me retenait.

 

            « Je vois que vous êtes inquiet – préoccupé de votre sécurité. » Dit-il semblant lire dans mes pensées. « Aucune crainte à avoir. Merci pour m’avoir aidé pour la voiture. Je pensais que personne ne viendrait à cette heure, mais vous étiez là ! De nos jours, les gens ont tellement peur de tout, des autres, du noir, oui, et même d’eux-mêmes. Je vous remercie, John. »

 

            J’imaginai qu’il se sentait obligé de mentir puisque je n’avais rien fait pour faire démarrer sa voiture. Il m’a seulement semblé que le moteur est reparti dès que je lui ai dit d’essayer de nouveau. « De toute façon, dis-je,  je n’ai rien fait, mais bienvenu quand même. »

 

            « Peut-être nous rencontrerons-nous encore bientôt. » Dit-il alors que je gagnais ma voiture.

 

            « Peut-être. » Murmurais-je, tout en pensant que c’était peu vraisemblable. Il m’envoya la main au moment où je montai dans ma voiture et quittai le parc de stationnement.

 

 La noirceur était maintenant complète, et ma femme et mes enfants devaient se demander où j’étais ou bien si j’étais en panne sur la route. Ce fut le court trajet normal, pas plus de quinze minutes environ, pour atteindre la boîte postale au bout de notre chemin privé. Selon mon habitude de tous les jours, je ramassai le courrier et entrai la voiture au garage. Notre chemin est long et sinueux, aussi  me vint-il à l’idée de faire des arrangements pour l’enlèvement de la neige l’hiver prochain. Nous étions encore loin de l’hiver, mais j’y préparais déjà mon esprit fatigué.

 

            Je me questionnais sur Gédéon, mais je rejetai cette pensée ; j’avais assez fait de boulot pour la journée et je ne le reverrais probablement plus. Il y avait des choses beaucoup plus importantes à faire maintenant : souper, promener le chien et enfin sortir les vidanges. Souper, puis promener le chien, voilà des activités agréables. « Rajah », mon collie, était un animal intelligent et attachant, et une petite randonnée avec lui nous fera du bien à tous les deux.

 

            Comme j’entrai dans la maison, le courrier dans une main et ma mallette dans l’autre, mon fils, Jonathan, m’attendait. Âgé seulement de trois ans, il n’avait encore aucune notion du temps, aussi ne fut-il pas surpris de me voir arriver à cette heure tardive. Déposant le courrier et ma mallette, je pris Jonathan dans mes bras et gagnai la cuisine. Ma femme, Mardai et ma fille, Malika, m’accueillirent affectueusement. La senteur du poulet bouilli qui mijotait lentement me rappela que j’avais faim.

 

            « Qu’est-ce qui t’a tant retardé aujourd’hui, John ? » Demanda Mardai alors que nous nous mettions à table pour le souper.

 

            « Oh, rien de spécial. J’ai seulement aidé quelqu’un à faire démarrer sa voiture. ».Après le souper, je m’occupai des quelques besognes qui restaient, mis les enfants au lit et échangeai avec Mardai sur les événements du jour. Finalement, nous avons regardé un court programme à la télé et puis j’ai fait un peu de lecture. J’aime lire, mais il me semble que je n’ai jamais assez de temps pour cela. Généralement, j’ai souvent cinq livres entamés de front; je vais de l’un à l’autre tant que je ne les ai pas tous terminés. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de lire des livres, mais je prends ce moyen pour passer au travers de chacun.

 

            Nous décidâmes d’éteindre, et c’est alors seulement que je sentis la fatigue de la journée. En pensant à mon étrange rencontre avec Gédéon, je sombrai dans le sommeil.

 


Chapitre deux

 

            Je  me lève habituellement très tôt le matin. Je suis un de ces originaux qui trouvent impossible de dormir tard. Que je me couche à huit heures du soir ou à deux heures du matin, je me lève toujours à cinq ou six heures. Ce matin ne faisant pas exception, je me levai et fus prêt à partir à six heures trente. Je dis au revoir à ma famille et partis en voiture jusqu’au  bureau pas très loin.

 

            C’était un matin vraiment merveilleux. Les rayons du soleil qui pénétraient à travers les vitres de la voiture me tenaient bien au chaud, ce qui me portait à chanter joyeusement. En fait, « chanter » n’est pas le  mot exact pour décrire les sons que j’essaie d’émettre, mais dans la voiture personne n’entend et je me sens en sécurité dans cet habitacle privé. Sauf dans les rares occasions où un chauffeur arrête aux feux de circulation, me regarde avec étonnement puis repart, je ne suis pas du tout conscient de la qualité de mon chant.

 

            Je pénétrai dans le parc de stationnement m’attendant presque à voir la voiture bleue de la veille. Certes, elle n’y était pas. « Quel homme étrange », pensai-je, « J’ai l’impression de le connaître. L’ai-je vu quelque part auparavant ? Peut-être à une conférence ou à une convention ? » Mais les activités de la journée accaparèrent vite mon attention.

 

            Les choses n’allaient pas trop bien dans mon entreprise. Nous avions fait les devis et construit un appareil portable à l’usage des imprimeurs et des photographes. C’était une excellente machine, capable de recycler les éléments chimiques qu’on récupérait dans les  liquides du développement. Même si nous avions reçu beaucoup de félicitations à son sujet, les ventes n’augmentaient pas au rythme de nos attentes, et chacun sait que les compliments n’annulent pas les dépenses. J’avais formé une excellente équipe de direction et nos horizons grandissaient. Mais encore, je me sentais parfois tellement seul dans ce que je faisais.

 

            Le timbre du téléphone me tira de ma rêverie. C’était le directeur du projet qui  m’informait qu’on devait fermer immédiatement une ligne complète de production. « Faites ce qu’il faut. Je vous rejoindrai bientôt » fut tout ce que je pouvais dire. Un autre coup de téléphone : la voix de ma secrétaire m’annonçait un des appels que je devais recevoir au cours de la journée. « C’est M. Abe Ludic, dit-elle. Voulez-vous que je lui dise que vous l’appellerez plus tard ? » « Non, je vais le prendre, répondis-je. »

 

            Elle transféra l’appel sur ma ligne et pendant les cinq minutes qui suivirent, j’expliquai à M. Ludic pourquoi une facture due était restée impayée.

 

            Les appels téléphoniques pour collecter les factures passées date en plus de la situation financière de la compagnie suffisaient à me faire commettre des oublis. Nous avions récemment appliqué pour un prêt substantiel auprès d’une banque locale mais, pour toute réponse, le  banquier nous a ri au nez.

 

Chaque fois que je sens la dépression me gagner, je me livre à un petit jeu qui fonctionne toujours. J’arrête tout et je me dis : « Maintenant, John, puisque tu aimes la perfection en tout, prends les dix ou quinze prochaines minutes pour te sentir le plus déprimé possible. Vautre-toi dans ton malheur. Pense que les choses sont terribles et que le monde entier est contre toi. Imagine que chaque personne que tu connais s’efforce de te rendre la vie déplaisante. Pense à ton immense malchance. Alors, aussitôt que la seconde aiguille de ta montre atteindra le chiffre 12, tu commenceras ». Quand la seconde aiguille atteint 12 j’essaie de devenir aussi malheureux que possible. Au bout de quelques minutes je ris tellement fort de l’absurdité de mes pensées que la dépression disparaît.

 

            D’une façon ou d’une autre, j’ai pu en venir à bout avant l’heure du dîner : nous avons réussi à remettre la ligne de production en marche et M. Ludic a accepté d’attendre une autre semaine.

 

            Normalement je ne dîne pas. En réalité, je peux sauter le déjeuner et le dîner sans me sentir inconfortable. Aujourd’hui ne faisait pas exception. J’avais cependant un grand besoin de quitter le bureau pour faire une promenade revigorante. Ce serait rafraîchissant, pensai-je, de sortir du bureau quelques minutes.

 

            Je n’avais parcouru que quelques pâtés de maisons quand je décidai de revenir par un autre chemin jusqu’à un petit restaurant pittoresque. Mon avant-midi fut si exigeant que j’ai décidé de prolonger ma promenade habituelle. À l’approche d’un coin de rue,  le sentiment persistant d’avoir peut-être oublié un rendez-vous avant de partir me tenaillait ; aussi au lieu de retourner au bureau, j’eus l’idée d’utiliser le téléphone payant du restaurant pour appeler mon bureau et demander si je n’avais pas un rendez-vous.

 

            Je m’y rendis rapidement, ouvris la porte et entrai en cherchant un téléphone. Bien que le restaurant fût encombré de clients en train de diner, j’en ai vu un de l’autre côté de la salle ; je m’y rendis pour téléphoner au bureau. Je demandai si j’avais un rendez-vous pour l’après-midi et on m’assura que non. Je respirai plus à l’aise, mais je ne pouvais écarter l’étrange et insistant sentiment que je devais rencontrer quelqu’un. Comme j’étais déjà au restaurant, je décidai d’y manger.

 

            Je m’approchai de l’hôtesse qui me regardait ; elle me sourit doucement et me dit : « M. H., suivez-moi, s’il vous plaît. » Je la suivis dans la salle à dîner, tout en pensant que c’était flatteur de sa part de me reconnaître. Je vis dans une petite ville du nord-est et je travaille dans une ville encore plus petite. Elle me conduisit à une table du fond dans un coin près d’une fenêtre. Je la remerciai et avant même que je sois tout à fait installé, elle dit : « Votre compagnon arrivera bientôt. »

 

            « Mon compagnon ? Demandai-je. » J’étais surpris car personne, pas même moi, ne savait que j’arrêterais à ce restaurant. Remarquant ma surprise, elle regarda autour et dit : « Oh, le voici maintenant. Je vous souhaite un agréable repas. »

            Gédéon s’avança vers ma table. Ignorant mon regard inquisiteur, il s’assit et me dit en souriant : « C’est un belle journée. »

            « Une belle journée, en effet ! Mais qu’est-ce que vous faites ici ? » Lui demandai-je non brusquement mais sous l’effet de la  surprise.

            « J’espère que ça ne vous dérange pas si je me joins à vous. »

            « Pas du tout.  Mais je ne pensais certes pas que j’allais vous revoir aussi vite. » Tout s’embrouillait dans ma tête. D’abord l’incident dans le parc de stationnement, puis le besoin étrange de venir à ce restaurant, suivi de ma décision de manger et, finalement, cette nouvelle rencontre avec Gédéon. « Avez-vous fait des réservations ou un plan pour venir dîner ici aujourd’hui ? »

            « Oui, j’ai fait les réservations pour nous deux. »

            « Comment saviez-vous que je serais ici alors que  moi, je l’ignorais ? »

            « J’en ai eu tout simplement le pressentiment. Vous avez de ces pressentiments parfois, n’est-ce pas ? Le téléphone sonne et vous savez qui appelle. Vous pensez à quelqu’un dont vous n’avez eu aucune nouvelle depuis des années et vous recevez une lettre de cette personne. J’ai seulement eu l’intuition que vous seriez ici et j’ai pris une chance. »

 

            « Je pensais à vous. Je me demandais si j’allais revoir l’homme barbu dont la voiture était brisée sur le parc de stationnement. À propos, est-ce que c’est réparé maintenant ? Est-ce qu’elle va bien ? »

            « Mieux que jamais. » Son regard semblait encore plus perçant que lors de notre première rencontre. Il semblait scruter les profondeurs de mon esprit, me laissant sentir que je ne pouvais rien lui cacher. « N’avez-vous pas songé que vous l’auriez fait cette fois aussi, » continua-t-il, comme s’il se parlait à lui-même.

            « Pardon ? »

            « Oh, rien. Parfois, je me parle ainsi à moi-même. »

            « Eh bien, puisque vous êtes ici, j’avoue que je suis heureux de vous revoir. Prenons une simple bouchée car je dois retourner vite au bureau. »

 

            « Un de vos problèmes, John, c’est que vous vous dépêchez trop. Hier, dans le parc de stationnement, vous étiez pressé. Aujourd’hui à table, vous êtes encore pressé. Prenez le temps de jouir de la vie. Chacun a la même mesure du temps, vous savez. Vingt-quatre heures par jour. C’est ce que vous faites avec votre temps qui est important. »

            Je n’avais vraiment pas pensé que j’aurais  besoin d’un sermon aujourd’hui, mais je tenais à rester aussi poli que possible. « C’est facile pour vous de parler ainsi, répondis-je,  j’ai des responsabilités, vous savez. Une entreprise à gérer – un tas de choses à faire. Parfois tout le fardeau me tombe dessus. »

            « Seulement si vous le permettez. Tout le monde a des responsabilités. Savez-vous que le mot responsabilité signifie la faculté de répondre ? Avez-vous une entreprise à gérer ou avez-vous une entreprise qui vous gère ? »

 

            Pour quelqu’un que je rencontrais pour la deuxième fois seulement, il en savait beaucoup à mon sujet. Une bonne discussion philosophique, toutefois, illumine toujours mes journées, et en outre, il y avait du vrai dans ce qu’il avait dit. « Il semble que vous voyez les choses comme si elles étaient toujours belles et faciles », dis-je avec un brin d’ironie. « Où travaillez-vous et qu’est-ce que vous faites, exactement ? »

            Une lueur étrange couvrit ces yeux sombres. « Présentement je suis un chasseur de trouble, dit-il, un homme à tout faire, si vous voulez. Ce que vous appelleriez probablement un consultant pour ma compagnie, si vous comprenez ce que je veux dire. »

            « Et votre compagnie ? »

            « Elle s’appelle Les entreprises G & M, Inc. Ce n’est pas la compagnie de voiture. Je suis sûr que vous n’en avez jamais entendu parler. »

            « Je ne peux pas dire le contraire. Est-ce une grande société ? »

            « Jusqu’à un certain point – très diversifiée – dans plusieurs pays. Les quartiers généraux sont dans la Grande Cité (New York) avec des succursales à travers le pays. »

            « Qu’est-ce qu’ils font ou produisent ? »

            « Quelque chose relevant, plus ou moins, d’une compagnie de service. »

 

            Sentant sa résistance à fournir plus d’information et ne voulant pas être trop direct je lui demandai : « Êtes-vous présentement en vacances? »

            « Non. Je suis présentement en mission. Je vais rester dans cette région quelque temps. »

            « Demeurez-vous dans les environs ? »

            « Pas réellement. Je suis seulement de passage. Quand j’aurai terminé ma mission, je prendrai de nouveau  la route. »

            « Bien, j’espère qu’ils vous donneront une meilleure voiture », dis-je en riant, en rappelant les problèmes de la veille.

 

            Il sourit, et changea la conversation pour revenir à mon travail. « Ainsi les choses ne vont pas trop bien dans votre entreprise ? » Demanda-t-il.

            « Nous luttons depuis longtemps, oui, depuis longtemps, Gédéon. Il y a des jours où nous pensons voir la lumière au bout du tunnel, mais le plus souvent c’est un train de marchandise qui arrive. C’est dur. » J’étais surpris de m’entendre parler ainsi à un étranger. Normalement, je ne confie pas mes problèmes à des gens qui ne me sont pas proches, mais d’une certaine façon, c’était différent cette fois.

            « Pourquoi lutter ? Un nageur expérimenté ne lutte pas contre le courant. Il le suit, en l’utilisant comme un moyen d’atteindre son but. Ne luttez pas, suivez seulement le courant. Laissez-vous porter par le courant de la vie. »

 

            Le restaurant était presque vide maintenant. Tout en conversant, nous nous sommes efforcés de terminer notre léger repas. Seules deux tables en face de nous étaient occupées. Je regardai ma montre. Il était temps de partir. Mais mon étrange ami n’était pas prêt à quitter. Il me donna l’impression qu’il voulait me dire quelque chose. De nouveau j’eus ce pressentiment - pas exactement un pressentiment, mais comme si j’allais être embarqué dans des choses pour lesquelles je n’étais pas prêt ou préparé. Je payai la note et il offrit de payer sa part, mais j’ai refusé. Il me remercia et se leva.

 

            « Avez-vous une carte d’affaires ? » Demandai-je. Il fouilla dans sa poche et en sortit une qu’il me tendit. « Je vous remercie. Je dois vous quitter maintenant et retourner à mon travail de fou, dis-je. »

            « Soyez reconnaissant d’avoir un emploi où vous pouvez vous rendre, reprit-il. » Nous avons gagné l’entrée et sortîmes. J’espérais qu’il ne me tramait pas quelque chose. Comme je suis un peu « collant » quand j’aime quelqu’un, je commençais à aimer cet étranger.

            En le saluant, je lui dis que j’espérais que nous nous rencontrions encore bientôt. Il approuva de la tête et dit : « Qui sait ?  Le monde est réellement petit. » Il se retourna, m’envoya la main et partit.

 

            Je gagnai le bureau. Pendant tout le repas, j’avais senti une aura de bonté et, assez étrange, une force autour de Gédéon. Maintenant revenu à la grisaille du jour, ce soi-disant mystère parut s’évanouir.

 

            L’après-midi fut calme, sans difficultés comme celles du matin. J’ai souvent regardé par la fenêtre dans le parc de stationnement où j’avais vu Gédéon la première fois. Peut-être nous rencontrions-nous encore ?

 

            Nous avions projeté un souper-réception chez moi ce soir. Juste quelques amis et voisins qui se réunissaient pour le plaisir d’une rencontre. Il commençait à faire noir. Un orage se prépare peut-être, pensai-je. Vous ne pouvez jamais savoir avec la température des derniers jours. Je décidai de partir de bonne heure pour arriver à la maison avant la pluie.

 

            Je m’apprêtais à entrer dans mon chemin quand toutes les lumières de la rue s’éteignirent. Je pensai que l’orage pouvait peut-être en être la cause. Alors la tempête éclata. Une rafale de vent et de pluie comme j’avais rarement vue. La pluie tombait en une nappe d’eau blanche alternant avec la réflexion de brillants éclairs. Les coups de tonnerre me rappelaient les légendes des dieux du Mont Olympe lançant leurs éclairs contre leurs ennemis. Je pouvais à peine voir quelque chose en empruntant mon chemin et, puisque l’électricité était coupée, j’étais de même incapable d’ouvrir la porte du garage. Après avoir garé la voiture, je me précipitai à la maison, complètement trempé durant les quelques secondes que cela me prit pour m’y rendre.

           

            Il faisait noir à l’intérieur sauf aux endroits éclairés par les chandelles que Mardai avait trouvées. Nos invités arrivèrent pour le repas et nous fîmes de notre mieux dans les circonstances. Nous avons mangé à la lumière des chandelles et avons échangé sur les divers  aspects merveilleux de la nature.

            « Ça me paraît réellement étrange, John », me fit remarquer un des invités.

            « Qu’est-ce qui paraît étrange ? » Lui demandai-je.

            « La violence et la nature de cet orage. Je viens juste de téléphoner à un voisin au bout de la rue et il me dit qu’il n’a pas plu là-bas. »

            « Il n’a pas plu là-bas ? À quelques blocs plus bas ? Comment est-ce possible ? »

            « Et toutes leurs lumières sont allumées, continua-t-il. »

            C’était étrange de voir un orage se précipiter sur quelques pâtés de maisons. Sans aucune raison apparente je pensai à Gédéon. Immédiatement il se produisit un éclair aveuglant et toutes les lumières se sont rallumées. Nous avons discuté beaucoup de l’orage pendant un  moment. Personnellement, j’y voyais une relation avec quelque chose concernant Gédéon. Mais, ç’était insensé.

 


Chapitre trois

 

            Deux semaines s’étaient écoulées depuis ma dernière rencontre avec Gédéon. Au bureau les choses allaient de mal en pis et les affaires ne s’amélioraient pas. Notre dernière invention ne se vendait pas au gré de nos attentes. Nous nous acheminions rapidement vers une nouvelle crise financière. Il me semblait que, durant les dernières années, ma vie n’avait été qu’un passage d’une crise à une autre avec une brève pause entre deux. Alors, sur les entrefaites, je devais me rendre dans le Midwest.

 

            Un concurrent potentiel que nous avions approché au cours des six derniers mois montra soudainement un vif intérêt pour notre produit. Ce serait un voyage court, deux jours seulement. Tous les arrangements ayant été faits pour le voyage et l’hôtel, il était bientôt temps de partir.

 

            Peu importe le nombre de fois que j’ai pris l’avion, il se produit toujours chez moi une certaine fébrilité quand j’approche d’un aéroport. Le bruit des jets me transporte en imagination dans de mystérieux pays lointains, mais il s’agissait cette fois d’un voyage d’affaires et je devais concentrer toutes mes pensées sur la présente vente.

 

            Après un vol agréable, une voiture m’amena rapidement jusqu’à l’hôtel. Je serais prêt au matin pour ma rencontre avec M. Seymour, le directeur de la compagnie. Je ne l’avais jamais rencontré en personne mais j’espérais qu’il considérerait favorablement ma proposition. Une bonne nuit de repos et je serai tout fin prêt à y aller, pensai-je. Comme je remplissais la formule d’enregistrement d’usage, le préposé au bureau me dit en souriant, « Nous avons un message pour vous, M. H » J’ouvris la note. Elle disait seulement que M. Tarkas me rencontrerait plus tard. C’était peut-être une idée de M. Seymour d’envoyer quelqu’un pour me rencontrer.

 

            Je gagnai ma chambre, vidai mon petit sac de voyage pour la nuit et pris une douche rapide. Ensuite je téléphonai à la maison pour faire savoir à tous que j’étais arrivé sain et sauf. À l’heure du souper, je descendis à la salle à manger. En traversant le vestibule, une dame s’approcha et me dit : « Bonjour, je suis Marla Tarkas. Vous êtes John ! »

            « Est-ce que je vous connais? » Demandai-je, un peu surpris.

            « Gédéon m’a dit que vous seriez ici et m’a demandé de vous offrir mon aide. »

            Ah, là nous y voilà, pensai-je. Encore Gédéon. Et je ne l’avais pas vu depuis des semaines. Qui était cette femme, de toute façon ? Comment Gédéon a-t-il appris mon voyage ? Peut-être a-t-il appelé au bureau et quelqu’un l’aurait renseigné ? Mais ma secrétaire ne donne jamais de telles informations. Je dois admettre que je ressemblais à un grand point d’interrogation, là, en fixant Marla.

            Elle me sourit gentiment. « Puis-je me joindre à vous pour le repas ? Nous pourrons alors converser plus à l’aise. » J’acquiesçai sans mot dire et nous gagnâmes la salle à manger. Quand nous fûmes assis, je regardai Marla avec une certaine gêne évidente.

 

            Elle était belle mais elle avait un regard distant, comme si elle était préoccupée par de profondes pensées. Ses yeux étaient bleus et ses cheveux, m’a-t-il semblé, présentaient des reflets dorés. Elle me paraissait avoir à peu près 25 ans, mais certainement pas plus que 30.

            « Depuis quand connaissez-vous Gédéon ? » Lui demandai-je.

            « Oh, depuis des siècles », dit-elle, en riant.

            « Je ne l’ai pas vu depuis des semaines. Et, pour dire vrai, je ne le connais pas très bien. J’ai pris un repas une fois avec lui. Êtes-vous de grands amis ? »

            « Il est un de mes amis intimes. Nous avons été très souvent ensemble. »

 

            « Je me demande comment Gédéon a appris mon voyage », dis-je, en espérant que Marla m’éclairerait à ce sujet. Mais pour toute réponse, elle me dit : « Gédéon sait beaucoup de choses et a des façons personnels de les trouver. »

            Je repassai tout cela dans ma tête pendant quelques secondes, mais sans trop comprendre. Alors je lui demandai : « Travaillez-vous par ici ? »

            « Pas très loin. »

            « Quel est le nom de votre compagnie ? »

            « Vous n’avez sans doute jamais entendu parler d’elle, mais elle s’appelle Les Entreprises G & M Inc. Je suis dans le département PR. »

            « Est-ce que c’est la même compagnie pour laquelle Gédéon travaille ? »

            « Oui, mais il est attaché à un autre département, répondit-elle. »

            Il était maintenant très clair que Gédéon et Marla se connaissaient puisqu’ils travaillaient pour la même compagnie.

 

            Gédéon avait été informé, d’une façon ou d’une autre, de mon voyage ; il a appelé Marla et lui a demandé de m’aider. Il essayait seulement de me rendre la pareille, voilà tout. Mais, pourquoi faire tant de démarches pour un si petit service. Tout ce que j’avais fait, ce fut de faire démarrer sa voiture, du moins c’est ce que je m’imaginais.

 

            J’ai employé le reste du dîner à parler à Marla de mon entrevue avec M. Seymour et de l’important contrat que ma compagnie espérait signer. Nous avons aussi parlé de l’état de l’économie. Quand le repas fut terminé, elle insista pour payer la note. J’ai refusé, mais elle ne voulait rien entendre. « Vous êtes mon invité, John. » Dit-elle tout simplement.

 

            En quittant la table, elle me souhaita bonne chance pour la rencontre du lendemain. Je la remerciai poliment pour le souper et pour le temps qu’elle avait passé avec moi. Alors, elle mentionna quelque chose concernant un appel téléphonique que je recevrais plus tard dans la soirée et s’éloigna avant que je puisse la questionner à ce sujet. C’était curieux, car je n’attendais aucun appel téléphonique. Je pensais que peut-être, j’avais mal compris et que Marla  appellerait elle-même plus tard.

 

            Je suis retourné à ma chambre, j’ai relaxé et lu un peu. Chaque fois que je pars en voyage, j’apporte toujours quelques bons livres avec moi. Ce voyage ne faisait pas exception, aussi je restai éveillé et fis de la lecture en attendant cet appel dont Marla avait parlé.

 

            Il se faisait tard et j’avais besoin d’une bonne nuit de repos pour être frais et dispos et prêt à partir le lendemain matin. Aucune sonnerie du téléphone. J’avais sans doute mal compris Marla. Pensant aux événements du lendemain, j’ai déposé mon livre, éteint la lampe de chevet et tombai endormi. Pendant mon sommeil, j’ai fait un rêve.

 

            Dans mon rêve, j’arrivais dans une ville voisine. J’avais un rendez-vous qu’il me fallait honorer ; après avoir trouvé le bon édifice, j’entrai. Derrière un grand bureau, se tenait une jeune femme que j’ai prise pour la réceptionniste. Elle me regarda et avant que je lui aie annoncé le but de ma visite elle me dit : « Veuillez m’attendre. Je dois m’absenter quelques minute», et elle partit. Alors que j’attendais son retour, le téléphone sonna. J’espérais qu’il arrêterait, au moins jusqu’à son retour, mais il continuait de sonner bien déterminé à obtenir une réponse de ma part.

 

            Ne pouvant ignorer la sonnerie plus longtemps, j’ai finalement saisi le récepteur, ne serait-ce que pour dire à l’appelant que la réceptionniste serait de retour plus tard. « Allo », dis-je. Une voix amicale à l’autre bout répondit : « Salut ! Bon matin. Puis-je parler à M. Seymour, s’il vous plaît ? »

« Je suis désolé, Monsieur, la réceptionniste vient juste de quitter son bureau pour un moment. En fait, j’attends son retour, dis-je. »

            « S’il vous plaît, pourriez-vous lui demander, à son retour, de faire à M. Seymour, un message de ma part ? » Demanda-t-il.

            « Mais certainement, » dis-je nerveusement, tout disposé à lui rendre service.

            « S’il vous plaît, demandez-lui de dire à M. Seymour que Godfrey a appelé. Je me suis entretenu avec la compagnie Wittersham et ils sont extrêmement intéressés. M. Wittersham  est lui-même en chemin et signera les papiers nécessaires. » J’ai accepté de faire son message, il me remercia et raccrocha. Quand la réceptionniste revint, je lui fis le message. Elle me demanda alors de la suivre et nous sommes entrés dans un département où un jeune homme à l’air distingué était assis à son bureau. Il se leva et se présenta. « Je suis Seymour, dit-il,  veuillez vous asseoir. »

 

            M. Seymour me dit que sa compagnie achèterait nos produits, si l’un de leurs plus importants actionnaires, la Compagnie Wittersham, acceptait de les distribuer. Il m’en apprit un peu sur M. Wittersham et me raconta comment la Compagnie Wittersham s’était développée après des débuts très humbles pour devenir une des plus importantes dans son industrie. Il paraît que M. Wittersham était de la vieille école, conservateur, peu patient, et dur négociateur. Le seul sujet qui l’avait toujours intéressé, c’était la mer et il pouvait passer des heures à en parler.

 

            M. Seymour était content de ma venue. « Assurez-vous de parler à M. Wittersham de vos premières années près de l’océan, dit-il », et subitement mon rêve prit fin et je me réveillai dans mon lit. C’était un rêve des plus réels et, le fait d’y  repenser, m’a tenu réveillé un bon moment.

 

            Enfin, le matin arriva, je me levai et me préparai pour ma rencontre avec M. Seymour. Après le petit déjeuner, je pris un taxi jusqu’à son bureau. Tous les bâtiments étaient petits et regroupés ensemble dans ce qui m’apparut être la principale aire commerciale de la ville. Je payai le chauffeur et entrai dans l’édifice où se trouvait le bureau de M. Seymour. Sans trop attendre, on me fit entrer pour le voir. L’expression de mon visage affichait sans doute un grand étonnement quand je m’aperçus que le vrai M. Seymour et le M. Seymour de mon rêve était exactement semblable physiquement parlant. Je n’avais jamais vu cet homme auparavant et la coïncidence était remarquable.

 

            Nous avons parlé un peu du nouveau produit de ma compagnie. Il se disait consentant à faire des affaires avec nous, dit-il, mais ça dépendrait d’un de leurs plus importants distributeurs. On frappa à la porte et une assistante pénétra vivement et parla tout bas à M. Seymour. Seymour sourit, me regarda et dit : « On m’a dit que le vieux James Wittersham arrive à l’instant et il insiste pour me voir immédiatement. » Il se tourna vers l’assistante qui, debout, attendait sa réponse et lui dit d’introduire M. Wittersham.

 

            Dès l’abord, Wittersham se montrait à peine amical. Il fit un bref salut de la tête quand on me présenta et commença immédiatement à parler. « Maintenant regardez bien, Seymour. Je n’ai pas beaucoup de temps. Parlez-moi de ce produit que vous voulez me passer. »

 

            Toute la scène semblait être une reprise de mon rêve de la nuit dernière. Finalement je me sentis assez brave pour regarder M. Wittersham droit dans les yeux et lui dire :  « Monsieur, peut-être puis-je être de quelque utilité. Je fais partie de la compagnie qui manufacture l’appareil dont nous discutons. Si vous pouviez me donner quelques minutes, je vous expliquerai pourquoi notre produit est si bon. »

            « Bon ? Je ne le veux pas bon ! Bon Dieu ! Je le veux  excellent. ».

            « Je vous dirai en toute modestie que c’est le meilleur sur le marché. »

 

            Wittersham était un véritable modèle pour un sculpteur sur marbre. Des lignes profondes creusaient son visage alors qu’il nous regardait à tour de rôle et dit : « Allez-y alors. »

 

            J’ai pris les quelques minutes suivantes pour lui expliquer tous les bienfaits de notre produit. Wittersham ne se montrait pas du tout impressionné. Finalement, à bout d’exaspération et dans un effort pour me raccrocher à quelque chose, je me rappelai mon rêve au sujet de Wittersham et la mer et je conclus : « Ainsi vous voyez, M. Wittersham, nous faisons un excellent produit. Incidemment je désire que vous visitiez l’environnement agréable de notre manufacture sur la Côte Est et des magnifiques restaurants près de la mer. » Il me jeta un vif regard et me demanda : « Près de la mer ? Allez-vous là souvent ? »

            « Oh, oui !  Lui répondis-je, j’adore aller près de la mer. »

            « J’aimerais que l’océan soit plus près de nous », murmura-t-il d’un ton rêveur. Poursuivant la seule possibilité qui m’était offerte je lui dis : « Je suis né près de l’océan. J’ai passé plusieurs années de ma vie à un jet de pierres du puissant Atlantique. Je me réveillais chaque matin au bruit des vagues. Je regardais la mer changer d’un blanc argenté le matin à un profond bleu foncé en fin d’après-midi. » Seymour me regardait et je sentais de la frustration dans son regard pendant que nous échangions sur la mer. Mais le changement sur le visage de Wittersham était surprenant. Son air menaçant céda maintenant la place au sourire.

 

            « Nous devrons parler davantage de la mer un de ces jours, dit Wittersham, je suis moi-même un vieux loup de mer. » Se tournant vers Seymour, Wittersham ajouta : « Seymour, j’aime ce jeune homme. Je serais heureux que ma compagnie distribue votre produit. » Alors il se leva promptement et nous salua avant de nous quitter.

 

            Je pouvais à peine me contenir. Après tant de mois, nous avons enfin embarqué un des plus grands actionnaires dans cette affaire. Seymour voulait maintenant prendre notre produit parce que son plus grand distributeur le voulait. Les sombres nuages de la dépression disparaissaient et mon esprit se sentait pousser des ailes. Je ne pus attendre jusqu’à mon retour pour l’annoncer à mon bureau.

 

            Seymour et moi avons poursuivi notre conversation mais sur un ton maintenant moins sérieux. Nous avons parlé de mon enfance quand je me tenais sur le rivage et regardais aussi loin que portait mon regard. Comment des cargos aux cheminées noircies de fumée transportaient, en passant, mes pensées vers des rivages lointains. Comment les grands navires avec leurs vagues, et leurs voiles blanches évoquaient des visions de climats et de régions mystiques lointaines. Je lui parlai des nombreuses fois où je me tenais près d’un arbre sur la plage me demandant s’il y avait d’autres garçons sur l’autre rive regardant au loin et se questionnant comme je le faisais moi-même.

 

            Je lui dis que c’était le chant de la mer qui m’avait attiré loin de mon pays natal, qui me fit voyager à travers les îles tropicales aux brises embaumées et finalement me fit m’installer dans la région nord-est des Etats-Unis. Il sourit quand je mentionnai le chant de la mer et comment la pensée du commerce exerçait sur moi de puissants appels, un peu comme le chant des sirènes le faisait sur un Ulysse exténué.

 

            Finalement le temps de partir arriva. Seymour acquiesça à la signature de tous les documents nécessaires qu’il m’enverrait dans quelques jours. Il promit de travailler étroitement avec nous pour faire du projet un succès. Nous nous saluâmes et je le quittai pour retourner à mon hôtel. Ce fut un avant-midi excitant.

 

            Marla m’attendait dans le vestibule. « Je parie que vous avez eu un avant-midi fructueux »,  dit-elle avec un petit sourire.

            « Très fructueux », répondis-je, et comme arrière-pensée je mentionnai que je n’avais reçu aucun appel téléphonique la nuit dernière.

            « Bien sûr que vous avez reçu un appel », répliqua-t-elle avec un clin d’œil.

            « Non ! Personne ne m’a appelé la nuit dernière », dis-je avec insistance, un peu étonné.

            « N’avez-vous pas reçu un appel pour un M. Seymour ? Et n’avez-vous pas discuté au sujet d’un M. Wittersham ? Et l’appel ne contenait-elle pas une information importante, que vous avez utilisée durant votre rencontre aujourd’hui ? Avez-vous oublié votre rêve ? »

 

            Je tombai presque à la renverse. Je n’avais parlé de mon rêve à personne, il n’y avait d’ailleurs personne à qui en parler, de toute façon. Mais Marla le savait. En réalité, il semblait qu’elle savait exactement quelle sorte de rêve j’allais avoir durant la nuit. Je la regardais avec étonnement. Elle paraissait en quelque sorte si semblable à Gédéon, surtout dans la façon dont elle disait les choses. Remarquant mon malaise, elle dit calmement : « Ne vous en faites pas. Vous allez en savoir davantage bientôt. Votre vol part à six heures, aussi je vais vous y conduire à quatre heures. De cette manière, nous aurons assez de temps pour vous amener à votre avion. »  Avant que je puisse répondre, elle se retourna, salua de la main et partit.

 

            Étonné et intrigué par la tournure des événements, je gagnai ma chambre, ramassai mes affaires, me détendis un peu pour repenser aux événements de la journée et m’endormis promptement, manquant ainsi le dîner. Quand je me réveillai, il était presque quatre heures, aussi je pris vitement mes affaires et descendis au vestibule pour vérifier la présence de Marla ou attendre son arrivée. J’essayais de chasser de mon esprit toutes les pensées à son sujet et au sujet de Gédéon et de leurs agissements étranges.

 

            Marla fut ponctuelle et nous nous rendîmes à l’aéroport en un temps record. En dépit de l’heure du trafic, il semblait presque que les voitures s’écartaient de notre chemin. Avant de nous dire au revoir, Marla mentionna qu’elle était extrêmement heureuse de m’avoir aidé un peu, que tout ami de Gédéon était un de ses amis et qu’en peu de temps nous nous rencontrions tous les trois de nouveau. Je la remerciai, lui souhaitai de bonnes choses et montai à bord de mon avion.

 

            Autant je tentais de chasser Marla et Gédéon de mon esprit, autant la pensée de leurs étranges comportements me hantait et soulevait des milliers de questions durant le vol. Finalement, je décidai de me concentrer dans un de ces magazines mis à la disposition des voyageurs, sachant bien que dans quelques heures je serais à la maison. 


Chapitre quatre

 

En me rendant au bureau le matin suivant, je ne pouvais m’empêcher de réfléchir aux événements des derniers jours. Mon voyage fut sans doute un succès étonnant. Je me demandais si M. Wittersham aurait accepté de distribuer notre produit, s’il n’y avait pas eu cette conversation au sujet de la mer. Et comment aurai-je pu penser de parler de l’océan, s’il n’y avait pas eu cette rencontre à laquelle j’ai rêvé. Comme dans un cercle vicieux, ces pensées soulevaient plus de questions encore au sujet de Gédéon et de Marla. Plus j’y pensais, plus ça me paraissait compliqué.

 

Le son d’un klaxon me tira de ma rêverie. C’était une vieille Volkswagen qui passait à ma gauche. Je me suis demandé pourquoi le chauffeur avait klaxonné, puisque j’étais dans la rangée de droite. Lorsqu’il me dépassa cependant, je remarquai le mot GÉDÉON sur sa plaque minéralogique. Cela avait distrait mon attention et j’avais eu envie de gagner une boîte téléphonique. Mais j’ai pensé que c’était insensé.

 

            Quelques minutes après mon arrivée au bureau, le téléphone sonna. C’était sur ma ligne privée. La sonnerie me fit sursauter puisqu’il n’était encore que sept heures du matin et je n’attendais pas d’appel si tôt. Trois personnes seulement connaissaient mon numéro personnel : l’une est Mardai et les deux autres, des amis très proches. Je pris l’écouteur. C’était Gédéon.

« Comment avez-vous obtenu ce numéro ? » Lui demandai-je.

« N’auriez-vous pas dû me demander d’abord comment je vais ? » répondit-il.

D’un ton sérieux, je lui demandai : « Comment allez-vous, Gédéon ? » puis aussitôt  « Comment avez-vous eu ce numéro ? »

« Je suis sûr que vous avez beaucoup de questions et c’est pourquoi j’ai appelé. Écoutez, John, nous allons nous rencontrer dans le parc à l’heure du dîner et je vous expliquerai tout. » Il raccrocha – aussi vite qu’il l’eût dit.

Au début, j’ai voulu ignorer l’incident et rester aussi loin que possible de ces gens-là, mais ma curiosité l’emporta et je revins sur ma décision.

 

Il était presque midi quand je quittai le bureau pour faire une petite marche jusqu’au parc. J’espérais que Gédéon serait là, pour me donner quelques explications sur les choses étonnantes qui étaient arrivées. C’était une agréable journée ensoleillée. Bercé par la chaleur, je me sentais comme quand, assis sous un arbre, je m’exerçais à changer la forme des nuages. Ce que je trouvais à la fois excitant et relaxant. Voici, vous choisissez d’abord un petit nuage et puis vous essayez de le modeler dans votre esprit en diverses formes vaporeuses. Une fois habitué, vous choisissez des nuages de plus en plus gros. Vous pouvez même les faire disparaître complètement ou en créer de nouveaux là où il n’y en avait pas auparavant. C’est surprenant comme ça devient facile avec la pratique.

 

En arrivant au parc, je choisis un endroit sous un grand chêne, où je voyais un banc. Je m’assis et attendis Gédéon tout en observant les oiseaux et les écureuils. C’était calme et, étrangement beau, je me sentais comme dans un autre monde. Un geai bleu picorait un morceau de pain qu’on avait laissé tomber, et le vent courait en soulevant le gazon. À part moi, il n’y avait personne d’autre dans le parc. Une voix intervint : « J’espère que je ne vous ai pas fait attendre trop longtemps. » Surpris, je me retournai et Gédéon était là. « C’est curieux, je ne vous ai pas vu arriver, dis-je. »

 

Cette fois, il portait un uniforme de marin, comme s’il était sorti pour faire de la voile. Il s’assit près de moi sur le banc et se mit à mordre dans une pomme qu’il avait apportée.

« N’avez-vous pas faim ? » Me demanda-t-il.

« Non, je vais sauter le dîner aujourd’hui. »

« En êtes-vous certain ? J’ai une autre pomme, si vous aimez. »

« Non, merci. »

 

Nous restâmes assis tous les deux en silence pendant un moment, puis je lançai brusquement : « Comment avez-vous su au sujet de mon voyage ? Comment avez-vous obtenu mon numéro de téléphone et, en fin de compte, qui est Marla ? »

 

« Calmez-vous, John. Une question à la fois. Vous avez été surpris que je sache certaines choses. Laissez-moi vous dire. Je sais beaucoup de choses. Vous les savez, également. Toutefois, c’est juste que vous ne vous en rappelez pas. Certains d’entre nous se rappellent plus que d’autres. Pensez encore à toutes les choses que vous avez apprises sans être capable de vous imaginer comment vous les avez apprises. »

 

« C’est tout ? Êtes-vous un médium ou quelque chose du genre ? Vous voyez les choses avant qu’elles n’arrivent ? Je connais une dame qui peut faire ça.»

« Je suis cela, aussi. Mais il y a plus que ça. C’est une façon de l’expliquer.»

« Vous êtes plus qu’un médium ? Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous êtes ? »

Il me regarda avec ironie et un demi-sourire sur son visage barbu. « C’est évident que je suis plus qu’un médium, » dit-il. « Je suis Gédéon. Je suis qui je suis. Je suis moi. »

 

J’étais venu pour avoir des réponses, pas pour entendre d’autres énigmes. Ces réponses étaient celles que tout enfant d’école aurait pu donner. J’étais décidé plus que jamais d’avoir le bout de la fin. « Qui est cette Marla Tarkas ? » Demandai-je.

« L’aimez-vous ?  J’espère que oui. Elle est une très belle forme d’énergie. »

« Et une très belle forme physique, aussi. Mais qui est-elle ? Dans quel genre d’affaire vos gens sont-ils impliqués ? S’agit-il d’une secte ? »

 

Il devint maintenant beaucoup plus sérieux. « Non, John, pas une secte comme vous l’imaginez. Certains d’entre nous sont impliqués dans un genre de travail différent de celui auquel vous êtes habitué. Nous sommes unis ensemble par des liens qui s’enracinent dans l’éternité. Marla en est une. J’en suis également et, évidemment, vous en êtes aussi. »

Je l’arrêtai tout de suite. « C’est beau pour vous et Marla d’être…eh bien… ce que vous êtes ou voulez être, mais laissez-moi en dehors de ça. » Je devenais quelque peu ennuyé et mal à l’aise avec ses réponses, mais il continua : « Vous me connaissez en tant que Gédéon. Et tel je suis. Mais un nom ne dit pas grand-chose. Je suis ce qu’on appelle un  ‘aidant de l’humanité.’ Je viens d’une voie qui précède votre temps  et qui continue au-delà de ce que vous pouvez deviner. Je viens de tout temps et de toute place et pourrais aller partout et n’importe quand. »

 

J’étais assis collé au banc de bois. J’avais compris qu’il était étrange, mais pas à ce point. Je ne l’avais jamais réellement pris au sérieux auparavant, mais maintenant il était vraiment trop sérieux. Des fois, je m’étais demandé comment il savait des choses sur moi et sur mon travail dont je ne lui avais soufflé mot. J’avais déjà entendu parler de tels gens. Et je n’avais jamais  cru pouvoir en rencontrer un ; en fait, j’avais espéré le pouvoir un jour. Alors, quand il y en a un qui est assis près de vous sur un banc dans un parc, votre première réaction est de vous enfuir - aussi vite que possible. Mais assis là avec lui, je sentais bien qu’une aura d’une puissance formidable l’entourait et l’idée me vint d’accorder à cette rencontre plus de considération.

 

            « Vous parlez comme si vous veniez d’un autre monde, Gédéon. Il semble également que vous possédiez d’étranges habiletés et pouvoirs. Pourquoi passez-vous autant de temps avec moi ? Qu’est-ce que vous attendez de moi ? »

 

            « Mes habiletés ne sont pas plus étranges que les vôtres ou celles de n’importe qui d’autres. Elles peuvent vous sembler étranges parce que vous ne les comprenez pas. Quand vous connaissez les lois naturelles, il n’y a rien d’étrange, il n’y a rien de miraculeux. Je suis venu en aider d’autres au cours des âges. Ou pour mieux dire, à travers le temps. Il y a un vieil adage sur terre qui dit,  ‘Quand l’élève est prêt le maître arrive’. Vous êtes prêt, alors me voici. »

 

            « Qui ? Moi, un élève ? Je ne cherchais pas de maître. J’ai eu mon lot de maîtres et je ne désire nullement passer d’autres examens. Ainsi ces derniers jours, j’ai déjà été testé à l’extrême. Des maîtres et des élèves, ça veut dire des tests. »

 

            « Ainsi, vous pensez tout savoir et n’avoir plus besoin de maîtres ? Si vous êtes si brillant, comment se fait-il que votre empire financier s’en va à la ruine ? Écoutez. Toute la vie est un examen, un apprentissage et un banc d’essai, si vous voulez. Vous vous examinez et vous vous testez constamment. Un petit coup de pouce ici et là ne peut pas nuire, vous savez. Il y a des choses que je peux encore vous apprendre. Non, permettez-moi de reformuler. Il y a des choses que je peux vous amener à comprendre. Des choses que je peux vous aider à vous rappeler. »

 

            Il y avait une partie de moi qui voulait le croire. L’autre, la partie scientifique, analytique, se montrait très prudente. Cette partie me disait que j’étais fou. Et de plus, j’avais connu quelques personnes qui me semblaient plus saines d’esprit que lui.

 

            « Montrez-moi quelque chose – un petit miracle ou quelque chose de tel, et je croirai ce que vous dites. »

            « Croyez et je vous le démontrerai. Vous renversez les choses, John. Je vois qu’il nous reste beaucoup de travail à faire. »

 

            Changeant subitement de sujet, je lui demandai : « Où est votre voiture ? Où êtes-vous stationné ? »

            « Il existe plusieurs façons de voyager, je n’ai pas réellement besoin de voiture. »

 

            Encore une fois, je pensais qu’il mentait. La première fois que je l’ai rencontré, il était en voiture.

            Comme s’il lisait dans mes pensées, il dit : « Quand vous m’avez vu la première fois, j’avais un véhicule. J’avais besoin de quelque chose pour attirer votre attention. Aussi la voiture, le problème de moteur, la capote levée… tout cela, des supports, tout cela des faits à votre intention. Autrement vous ne vous seriez pas arrêté pour me parler. »

 

            Tout ceci en si peu de temps dépassait ma capacité d’absorption. Comme j’ai mentionné plus tôt, ça avait été toujours mon désir de rencontrer quelqu’un comme lui. Dans les livres et dans les rêves, j’en avais rencontrés, mais ici et maintenant dans un parc et dans cette petite ville ? C’était complètement autre chose. Et pourquoi m’a-t-il choisi ? Il n’avait pas encore répondu à cela de façon satisfaisante. Je demeurai silencieux pendant quelque temps.

 

            Gédéon continua, « Je vous ai connu il y a des siècles, des milliers d’années. Vous représentez pour moi un défi. Une partie de vous accepte totalement ces idées et les comprend parfaitement. Puis, il y a l’autre partie qui ne voit qu’avec les yeux et n’entend qu’avec les oreilles. Cette partie tente d’analyser, de rationaliser et de faire des compromis. Vous êtes un homme compartimenté, M. H.»

 

            La référence de Gédéon au fait qu’il me connaissait depuis des siècles m’a surpris, mais j’avais lu sur ce thème auparavant et choisis de ne pas poursuivre dans cette ligne. N’étant pas très pressé de retourner au bureau, je pensais que je devais en entendre un peu plus sur ce qu’il avait à dire.

 

            Il parla du fait de voir par l’œil intérieur et d’entendre par l’oreille intérieure. Que toutes les formes de vie étaient connectées ensemble par les liens invisibles. Que l’univers ressemblait à une toile d’araignée, où la pensée ou l’action dans une région affectait toute la structure. J’écoutais, fasciné par les nouvelles possibilités qu’il apportait à mon esprit. Finalement, il dit : « Ce fut agréable de vous revoir, John. Nous continuerons notre discussion une autre fois. Entre temps, gardez un esprit ouvert. Je vous dis affectueusement au revoir ».

 

            Je le regardai, puis jetai un coup d’œil à ma montre. Quand je levai de nouveau la tête, il était parti. Ça ne pouvait pas faire plus d’une seconde, pourtant, il n’était plus là, soustrait à ma vue. Peut-être m’étais-je endormi sur le banc du parc et avais-je  rêvé tout cela. Mais non ! À quelques mètres de moi, il y avait un cœur de pomme qu’il avait laissé pour les oiseaux. Il était temps de retourner aux côtés plus terre-à-terre de la vie, je me levai donc pour retourner au bureau.

 


Chapitre cinq

 

            Les jours s’écoulèrent lentement, l’été laissa la place à l’automne. C’était maintenant les jours agréables de la saison automnale, indolents, alors que tout ce que vous désirez faire est de vous asseoir sous un arbre et de rêver à des horizons et des plages lointains. Je n’avais pas vu Gédéon ni entendu parler de lui depuis un bon moment et me demandais ce qu’il en était advenu.

 

            Même s’il avait fait sur moi une forte impression, je préférais ne pas trop y réfléchir. J’étais un peu familier avec ce qu’il m’avait dit puisque j’avais lu des livres concernant ces sujets. J’avais même des amis qu’on considérait comme psychiquement doué, mais Gédéon produisait sur moi un effet tout différent. Il avait parlé du potentiel étonnant de l’esprit humain dont nous n’utilisions qu’une infime partie. Il me fit remarquer que la plupart des gens étaient satisfaits de leur état misérable et que ces mêmes gens refusaient de voir la lumière même qui pouvait changer leur misère en joie. Je pouvais presque entendre à nouveau sa voix comme lorsqu’il me parlait dans le parc ce jour-là.

 

            Une amie intime de la famille devait nous rendre bientôt visite, June Mareena Ridley, une amie très spéciale. Elle était clairvoyante, une personne qui peut voir des événements avant qu’ils ne se produisent. Lors de réceptions ou de rencontres, elle faisait des « voyances » qui nous étonnaient toujours.

 

            Je l’ai rencontrée il y a plusieurs années quand je terminais, dans une grande université, des cours à mi-temps en vue d’un diplôme en affaires. Je venais de finir mon dernier cours du soir et je partais, quand une annonce sur le babillard attira mon attention. Le médium internationalement renommé, June M. Ridley, était-il écrit, donnerait une conférence et une démonstration dans l’auditorium à 10 h 30 a.m. le lendemain.

 

             N’ayant jamais rencontré une vraie voyante, je pensais qu’il serait intéressant d’en voir une en action. À cette époque, j’étais employé par une petite compagnie manufacturière et j’étais attaché au département de production. Comme j’étais nouveau dans ce travail, il me serait difficile de quitter pendant les heures régulières de travail pour assister à une conférence.

 

 Mais le matin suivant, au travail j’étais envahi par un sentiment de malaise agaçant. Je sentais un besoin pressant d’assister à cette conférence. C’était comme si on me poussait à aller entendre June. Plus j’essayais de surmonter cette impulsion, plus fort elle se faisait sentir. Finalement, je cédai à la contrainte, présentai une excuse débile à mon patron pour gagner l’université aussi vite que le permettait la vitesse légale.

 

            J’arrivai un peu après 10 h 30 et la conférence avait déjà commencé. Je déteste vraiment être en retard et, de façon générale, j’arrive tôt pour un rendez-vous et j’attendrais dans le parc de stationnement ou dans  une salle de réception plutôt que d’être en retard même d’une minute. Mais cette fois, je ne pouvais faire autrement. Je me précipitai dans l’auditorium. Presque tous les sièges étaient occupés. Dans la première rangée, toutefois, il y  avait une seule place vide que je pris rapidement. Un tel silence régnait dans la salle que vous auriez pu entendre tomber une épingle.

 

            Sur le podium se tenait une séduisante dame moyennement  grande,  donnant dans la quarantaine. Elle me regarda, sourit et continua sa conférence. J’ai senti que mon arrivée tardive avait dérangé l’assemblée et, agacé, je pensai en moi-même, « Je veux être en retard, OK ? » Mais après quelques minutes les propos de la femme captèrent mon attention. Elle nous parla de sa faculté de voir les choses avant qu’elles n’arrivent et de sa capacité de donner aux gens ce qu’on appelle des « lectures ». Elle expliqua qu’elle était née avec ce « don de voyance », et que chaque être humain a la capacité de développer ces talents. Elle parla de Dieu, des anges et des esprits, de différentes dimensions et de différents mondes. Je commençais à penser que j’avais gaspillé tout mon avant-midi inutilement, lorsqu’elle décida de nous faire une démonstration de ses facultés naturelles.

 

            Elle demanda si quelqu’un dans la salle l’avait déjà vue ou rencontrée en personne auparavant. Aucun. Commençant  par le fond de la salle, elle désigna des gens au hasard et leur dit quelque chose sur eux-mêmes et sur leur vie. À une femme particulièrement  nerveuse, elle dit : « Votre amie Élisabeth va se marier bientôt et va quitter cette région. Elle est si affectée par la maladie de sa mère qu’elle a besoin du support que vous pouvez lui apporter. Comprenez-vous ce que je veux dire ? » La femme était simplement stupéfiée. « Oui ! Oui ! C’est très vrai, balbutia-t-elle. »

 

            Après quelques autres « lectures », elle se tourna vers un grand noir dans les rangées du centre. « La compagnie de transport que vous allez bientôt mettre sur pied jouira d’un très grand succès », dit-elle. « Prenez garde, toutefois, à l’un de vos partenaires – le petit avec une barbe et un drôle de chapeau. Il va essayer de prendre le contrôle de la compagnie et vous évincer. Comprenez-vous ce que je vous dis ? »

            « C’est renversant », dit l’homme, « absolument renversant. Il n’y a aucun moyen pour vous de connaître mon projet de transport et mes partenaires. » Et il continua à branler la tête d’étonnement.

 

            À ce moment, j’étais très excité à l’idée que mon tour viendrait. June en désignait quelques autres et donnait sur chacun d’eux quelques informations, mais m’ignora totalement. Peut-être m’écartait-t-elle pour me punir de mon retard, pensai-je un peu paranoïaque, mais je savais que ça ne pouvait pas être la vraie raison.

 

Finalement, comme elle avait parlé très longtemps, elle demanda si quelqu’un pouvait lui apporter un verre d’eau. Voilà maintenant l’occasion de me faire remarquer. Je me levai et courus à l’abreuvoir dans le passage. J’apportai promptement à June un peu d’eau dans un verre en carton. Sûrement que maintenant elle va me remarquer et me dire quelque chose concernant mon avenir. Encore une fois, je me trompais. Elle ne m’a pas dit un traître mot.

 

            À la fin de la conférence, je restai assis me sentant de plus en plus oublié. Après qu’elle eût remercié chacun d’être venu, June me regarda et dit : « Jeune homme, je vous verrai plus tard. Ce que j’ai à vous dire ne peut être compris par aucune des personnes ici,  sauf par vous. » Je fus surpris, mais heureux d’avoir la chance de lui parler en privé.

 

            Le professeur qui avait organisé la conférence s’arrangea pour que je puisse voir June un peu plus tard. Ce fut une des plus étrange visite que j’ai eue avec quelqu’un. Sans m’avoir vu auparavant ni su quoi que ce soit de mon passé, elle me parla de mon emploi, de ma famille, où et comment je menais ma vie. Elle me dit que dans moins de six mois j’aurais un nouveau travail, mais que je ne devais pas m’en faire à ce sujet. Ce sera la naissance de quelque chose de merveilleux, mais dit-elle, comme toutes les naissances ce sera pénible pendant une courte période. Elle continua pendant presque une heure à parler de mon passé, de mon présent et de mon avenir et aborda des sujets que j’étais seul à connaître. Pendant qu’elle parlait, c’était comme si elle était dans un autre monde. Sa voix était douce et paisible. Puis, comme notre rencontre se terminait, elle me donna son numéro de téléphone et dit : « J’aimerais vraiment vous revoir de nouveau. Vous et votre épouse devriez venir me rendre visite bientôt. » Et c’est ce que nous fîmes quelques mois plus tard.

 

            Nous sommes devenus de très grands amis. Plusieurs choses qu’elle m’avait dites commençaient à se réaliser. En moins de six mois, j’avais perdu mon emploi quand la compagnie a déménagé dans un autre état. Bien que je sois resté un temps en chômage avant de trouver un autre emploi, j’en profitai pour partir ma propre petite affaire à mi-temps. Depuis lors, beaucoup de choses se sont améliorées. La compagnie a grandi et s’est diversifiée. Nous avons laissé notre appartement pour une maison et puis, quelques années plus tard, pour une autre beaucoup plus grande.

 

            Au cours de ces années, June est restée une amie fidèle et une précieuse conseillère. Environ tous les six mois, entre ses émissions à la radio ou ses entrevues à la télévision, elle venait passer chez nous une semaine ou deux. Ces visites étaient toujours spéciales. En ce temps-là, Mardai et moi étions les parents de deux magnifiques enfants et June passait des heures avec eux.

 

            La petite Malika était sa favorite et Jonathan pouvait la garder occupée pendant des heures. Aussi, c’est avec joie et excitation que nous attendions une fois de plus l’arrivée de June. Nous ne l’avions pas vue depuis presque six mois, nous avions donc beaucoup de choses à nous dire. Nous étions maintenant totalement habitués à ses étranges pouvoirs et nous ne les remettions pas en question. Nous en avions certes assez vu au cours des années pour savoir qu’elle possédait ce rare « don de voyance ».

 

            Je me demandais ce que faisait Gédéon. Avec l’arrivée de June, je l’avais presque complètement oublié. Au dîner, June nous parla de sa dernière interview à la télévision. C’était toujours intéressant de l’entendre raconter ces événements. Bien qu’elle pouvait faire des lectures pour n’importe qui, sa clientèle comportait aussi des personnages publics bien connus. Des étoiles du cinéma, des politiciens et des directeurs de compagnie de haut niveau la consultaient régulièrement.

 

            Un peu plus tard, après que les enfants furent couchés, June, Mardai et moi nous nous sommes retirés dans la salle familiale. Notre maison est bâtie en forme de « H », les chambres à coucher occupant un seul côté. Les salons – il y en avait deux – étaient au centre du « H » et la cuisine, la salle à manger et la salle familiale étaient de l’autre côté. Comme la salle familiale était complètement séparée des chambres à coucher, nous pouvions parler et rire à cœur joie sans déranger les enfants qui dormaient paisiblement.

 

            Sur un côté de la salle, il y avait un foyer et en face trônait un piano, un cadeau des parents de mon épouse. Le banc était légèrement écarté du piano. Nous parlions depuis quelque temps quand June se tourna vers moi et dit : « L’homme assis sur le banc du piano dit qu’il est ici pour vous aider à comprendre de nouvelles choses. » Connaissant June depuis longtemps nous étions habitués à de tels commentaires, surtout quand nous n’étions que trois personnes et que j’étais le seul homme présent.

 

            Je regardai de l’autre côté et ne vit qu’un banc vide. « De quel homme parlez-vous, June ? » Demandai-je.

            Elle répondit : « Celui qui est là. Il vous regarde et sourit. »

            « Ne nous la faites pas ! Vous savez que je ne peux voir personne assis là. »

            « Il dit que vous le connaissez, John, que vous vous êtes déjà rencontrés. Il a une barbe et des yeux noirs perçants. Il dit qu’il veut vous aider dans votre développement et votre apprentissage et que vous n’avez fait que ‘passer’ par des expériences au lieu de ‘grandir’ par elles. »

 

            C’est Gédéon – la description le décrit parfaitement. « Quel est son nom, June ? »

            « Je ne peux pas le saisir exactement mais ça ressemble à Siméon…ou non… il a un ‘G’. Il commence par un ‘G’. Son nom est Gédéon. Il dit que vous devez savoir comment le prononcer car vous l’avez vu il y a peu de temps sur une plaque de licence de voiture. Il a ri en disant cela. Il dit que vous devez garder une ouverture d’esprit. Il nous salue maintenant et dit qu’il vous reverra bientôt. Il est parti. »

 

            C’était donc Gédéon, une fois de plus. Mais cette fois je ne pouvais le voir. Mardai non plus. Seule June l’a vu. Alors, elle voyait toujours des choses que les autres ne pouvaient pas voir. Nous avons discuté sur ce fait pendant quelque temps et je lui racontai comment j’avais rencontré Gédéon ainsi que les événements qui suivirent. June paraissait comprendre et, comme Gédéon, me demanda de garder mon esprit ouvert.

 

            « C’est votre formation strictement scientifique qui vous fait trébucher souvent, John. »

 

            Peut-être avait-elle raison. J’essaie toujours d’être logique en tout. Durant mon collège, j’avais étudié comme chimiste et mathématicien- laboratoire, recherche et analyse. Peut-être, plus que de juste, j’insistais pour voir avant de croire. Et cela, en dépit du fait que j’acceptais June et ses facultés psychiques.

 

            Par contre, les moments les plus réussis dans ma vie se produisaient quand j’écoutais  la « petite voix intérieure ». Certaines personnes l’appelle pressentiment, d’autres, intuition. Les fois où j’ai rencontré le plus de problèmes furent celles où j’ai noyé cette petite voix dans la logique et l’analyse. J’ai vraiment besoin d’apprendre à reprogrammer ma façon de penser. Je décidais de temps en temps d’équilibrer la logique et l’intuition, de les faire travailler ensemble au lieu de les opposer, d’être plus conséquent et suivre cette voix intérieure.

 


Chapitre six

 

            Dimanche matin June quitta notre demeure. Nous nous sommes dit adieu en promettant de nous revoir bientôt. Les derniers mots qu’elle m’adressa furent, « Rappelez-vous, l’homme sur le banc du piano entrera en communication avec vous, John. Écoutez-le et gardez un esprit ouvert. »

 

            En m’efforçant de clarifier les pensées qui occupaient mon esprit, je décidai d’aller me promener dans les bois derrière la maison. Ce que Rajah adore le plus, c’est de courir librement dans la forêt, aussi je l’amenai avec moi. À peu près à neuf cents mètres de notre maison, si vous allez au nord en direction nord-ouest, on trouve une petite prairie au milieu des arbres et des taillis. Dans cette éclaircie s’élève un rocher gigantesque entouré de rochers plus petits. Selon la légende, il y a des centaines d’années, une mystérieuse tribu Amérindienne vivait dans cette région. Ce lieu, pensais-je, était peut-être l’endroit où se tenaient leurs plus importantes cérémonies de culte. Nous avons marché dans la clairière.

 

            C’était tranquille et paisible près du rocher. Le soleil matinal filtrait à travers les feuilles et les branches des grands arbres et éclairait directement l’endroit où Rajah et moi nous nous tenions. La sérénité du lieu nous projetait, semblait-il, dans le passé. Je me retrouvais comme il y a très, très longtemps dans un autre pays et un autre climat.

 

            Durant ma jeunesse, j’appréciais la joie de passer des heures dans la forêt. Les boisés et les ruisseaux étaient nombreux alors. Le petit village où je suis né ne couvrait que quelques kilomètres carrés. Au nord, il y avait l’Océan Atlantique et au sud des kilomètres de forêts humides et tropicales s’offraient à l’exploration pour un jeune garçon audacieux. Et toujours j’entendais l’appel constant et subtil de l’océan, la chanson de la mer me transportant vers des contrées lointaines. Les forêts aussi chantent, mais leurs chants rappellent le confort agréable et la familiarité du chez-soi. Mon chez-moi, c’était ce petit village de pêcheurs et de fermiers, littéralement arraché à la jungle par mon grand-père et un groupe d’hommes vigoureux.

 

            D’une année à l’autre le village s’agrandissait par le travail des habitants qui se battaient contre la jungle et la mer. On aurait dit que ces deux éléments réclamaient le village comme leur proie. À un moment donné, le village devenait extrêmement prospère, pour mourir quelques années après mon départ. Toutefois, dans mon imagination, c’était toujours mon village et les souvenirs de ces temps d’entan faisaient irruption dans mon esprit.

 

            « C’est en vous rappelant ces temps de votre force et de vos triomphes que vous devenez plus fort et triomphez davantage. » La voix éclata dans ma tête et interrompit le fil de mes pensées qui parcouraient encore les rues du village d’autrefois. En regardant alentour, je le vis appuyé sur un bloc de pierre près du mien. Il était vêtu, comme dans les livres d’histoires, de couleurs voyantes, d’un étrange chapeau et de bottes de cowboy.

            « Gédéon ! Qu’est-ce que vous faites ici ? D’où venez-vous ? » L’étonnement qui perçait dans ma voix fit sursauter Rajah,

            « J’arrive juste d’une soirée avec quelques amis d’un autre temps et d’un autre lieu. »

            « Je commence à croire que vous accomplissez vraiment les folies dont vous avez parlé, comme le voyage dans le temps et autres nonsenses comme ça. »

            « Vous faites mieux de croire aux choses que je vous ai dites, John. Le voyage dans le temps est loin d’être un nonsense. Ceux qui connaissent la technique, le font régulièrement. Quelques-uns d’entre nous vont dans d’autres temps aussi facilement que vous allez dans d’autres lieux. »

 

            « Étiez-vous chez moi l’autre soir ? »

            « Assis sur le banc de votre piano. Vous ne pouviez me voir, mais votre amie, June, le pouvait. »

            « Pourquoi ne pouvais-je vous voir ? »

            «  Vous regardiez avec vos yeux physiques seulement. Si vous aviez regardé avec vos yeux intérieurs, vous m’auriez aperçu également. »

            « Ces histoires d’œil intérieur et de voyage dans le temps ne sont pour moi que de la science-fiction. Pensez-vous réellement que les gens peuvent voyager dans le temps ? Je veux dire… »

            Il m’interrompit. « Vous venez de voyager dans le temps. Une façon de le faire devrait vous paraître évidente. Vous vous êtes levé à six heures trente ce matin et il est presque dix heures trente maintenant. Vous avez voyagé pendant presque quatre heures depuis votre lever ce matin. »

            « C’est aberrant. Tout le monde fait cela. »

            « Parce que c’est très évident. Mais jamais personne n’étudie soigneusement le processus. Vous prenez ça pour acquis. Ça s’appelle exister ou vivre. L’autre méthode est plus agréable ou plus effrayante, selon ceux que vous rencontrez alors. Vous voyagez dans le temps lorsque vous rêvez. Là, ça se fait automatiquement. L’esprit conscient est privé de ses fonctions de contrôle. Les autres parties de vous-même acceptent ce soi-disant miracle comme une fonction naturelle dans leurs propres temps et espace. »

            « Mais cela arrive sans rime ni raison. On ne peut contrôler les époques du rêve. »

            « Ce n’est pas tout à fait exact, si vous comprenez bien comment ça fonctionne. Quelle heure indique votre montre maintenant ? »

            « Dix heures trente pile. »

            « Je vais vous donnez une démonstration. Pensez à une époque de votre passé que vous aimeriez revoir, si vous le pouviez. Fermez vos yeux et gardez cette pensée dans votre esprit pendant quelques secondes. »

 

            Je pensai à un incident survenu au collège il y a plusieurs années. Un orateur bien connu donnait une conférence dans l’auditorium. Comme il me restait du temps avant le début de la conférence, j’avais décidé d’aller à la cafétéria prendre une tasse de café. Je savourais mon café à une table dans un coin quand un homme vint vers moi et me demanda : « Puis-je me joindre à vous ? »

            Je répondis : « Certainement » pendant qu’il s’asseyait. Notre conversation avait duré à peu près une heure. Je désirais revenir à cette scène pour un court moment seulement.

            Gédéon dit : « Allons-y et revoyons votre incident du collège. »

            Il avait à peine prononcé ces paroles que je fus envahi par la sensation d’un puissant tourbillon. Quand cela cessa, je regardai autour de moi. Imaginez ma surprise : je me trouvais avec Gédéon dans la cafétéria d’autrefois. D’autres étudiants se tenaient alentour et je commençais à me demander comment leur expliquer notre présence quand Gédéon dit : « Ne vous inquiétez pas. Ils ne peuvent pas nous voir ni nous entendre. Vous visitez une autre époque. Ils ne pourront nous voir que si nous le voulons. Il vaut mieux commencer ainsi. »

 

            Il m’amena à une petite table en face d’où nous étions. Deux personnes buvaient du café. Curieusement, elles me semblaient familières.

            « Ne reconnaissez-vous pas ces personnes, John ? » demanda Gédéon.

            Je regardai d’un peu plus près et fus étonné de réaliser que le plus jeune c’était moi – pas le moi d’aujourd’hui, mais le moi que j’étais il y a plusieurs années au collège. J’étais assis là en tant qu’étudiant  – beaucoup plus jeune et plus mince, sans cheveux gris – sirotant mon café avec un autre homme. « Nous regardons dans le passé, John, dit Gédéon.  C’est l’événement auquel vous pensiez quand nous avons quitté votre situation dans le présent. Reconnaissez-vous l’autre homme ? Ne vous souvenez-vous pas qu’il vint à votre table et s’assit avec vous quelque temps avant d’aller donner sa conférence ? »

 

            « C’était le Dr Martin Luther King. Je ne le connaissais pas quand il vint s’asseoir, mais à la fin de notre conversation, il s’est identifié. »

            « Vous rappelez-vous l’effet que sa conversation vous a fait ? »

            « Comment pourrais-je jamais l’oublier ? La compassion et la vision de cet homme ! Je m’en souviendrai toujours. ».

            « Vous voyez, nous pouvons visiter des événements du passé, les observer, les remémorer et apprendre à partir d’eux. »

 

            Fasciné, je restai là à regarder et à écouter leur conversation. Finalement Gédéon dit : «  Il est temps pour nous de partir et d’aller à une autre époque et à un autre endroit. »

            Une pensée me vint subitement à l’esprit, « Pouvons-nous participer à leur conversation, Gédéon ? Je veux dire, le moi d’alors et le moi d’aujourd’hui pourraient-ils converser ensemble ? »

            « Oui – mais il y a certaines règles qu’il faut observer. Pour le moment, partons. »

 

            Il avait à peine parlé que je sentis de nouveau le tourbillon. La scène changea complètement et nous nous retrouvâmes sur le bord d’une rivière. Un jeune homme vêtu d’habits hindous venait vers nous. « Vous remarquerez, John, que nous pouvons participer à cet événement-ci,  dit Gédéon. »

 

            L’homme nous rejoignit, esquissa un sourire à mon endroit et parla à Gédéon. « Bonjour ! On m’a dit que vous seriez bientôt ici, alors je me suis dépêché de venir vous rencontrer. » Gédéon semblait le connaître et l’introduisit par ces mots, « Mon ami Krishna, de la mythologie hindoue. »

 

            Les deux hommes poursuivirent une conversation animée alors que nous approchions du bord de l’eau. C’était presque le lever du soleil et je me tenais sur un rocher plat qui surplombait les eaux calmes. Le matin était magnifique : le soleil envoyait des reflets de lumière dorée à la surface des vagues.

            « Quelle est cette rivière? » demandai-je à Krishna.

            « C’est un affluent du fleuve Ganga – ce que vous appelez le Gange. Avec le temps, il deviendra le plus sacré des fleuves pour les Hindous, tout comme le Jourdain deviendra le plus sacrés des fleuves pour les Chrétiens et les Juifs. »

 

            Krishna marcha jusqu’au rocher où je me tenais. Il plaça son pied sur lui, puis s’écarta. Quand j’y jetai un coup d’oeil, je vis l’empreinte de son pied apparaître sur la pierre alors qu’il n’y en avait pas avant.

            « C’est vous qui avez fait ça ?  Demandai-je.

            Il sourit malicieusement. « Ils en parleront pendant les générations à venir. Ouais ! Pendant des milliers d’années. Jusqu’à ce qu’ils apprennent à diriger leurs pas vers la lumière qui nous éclaire tous. »

            « Les Hindous ne parlent-ils pas de vous comme de la plus importante manifestation de leur dieu Vishnou ? Je veux dire qu’en fait, au vingtième siècle, ils vous adorent  et chantent vos louanges. Comment voyez-vous ça ? »

            « Nous sommes tous des manifestations de Dieu. Nous avons été créés à l’image de Dieu. Mais le mauvais côté de la chose, c’est que quand une personne montre le chemin vers une vie meilleure et plus accomplie, ses disciples oublient vite le chemin et commencent à adorer celui qui montre la voie. »

            « Voilà une pensées intéressante, repris-je.  Ça ressemble à adorer le messager tout en ignorant le message. »

 

            « Gédéon est pour moi un ami intime, dit Krishna. Nous nous connaissons depuis l’éternité. Il a accepté de travailler avec vous et de vous enseigner quelques vérités éternelles. Prêtez-lui votre attention et vous trouverez que vous vous écoutez vous-même. La vie est une joyeuse aventure. Commencez à en jouir. »

 

            Alors que je me tenais sur la rive de cette rivière sacrée, je me suis soudain senti enveloppé de paix. Je sentais que je faisais un avec le monde, un avec l’univers. Peut-être était-ce ce que signifie le mot anglais « atonement » (at-one-ment). » Alors j’entendis Gédéon me dire, « Il faut que nous retournions maintenant ». Nous saluâmes Krishna et puis revint de nouveau cette sensation du tourbillon. En un clin d’œil, nous étions transportés dans les bois derrière ma maison.

 

            Ma montre indiquait encore dix heures trente. Apparemment non concerné, Rajah se trouvait exactement là où nous l’avions laissé. Gédéon se tenait près de moi. « Asseyez-vous », lui dis-je, montrant du geste un grand rocher, « peut-être pourriez-vous m’en parler un peu. »

            Je m’étendis sur l’herbe sous le grand arbre et attendis la réponse de Gédéon.


Chapitre sept

 

            Gédéon s’installa sur un rocher et se trémoussa un peu pour prendre une position confortable. « Le temps c’est comme les marées, dit-il, ou plus exactement, comme une rivière. Il y a des courants, de l’eau claire ou noire et des remous. Les êtres humains sont conditionnés depuis leur naissance à croire à un temps linéaire, c’est-à-dire un instant suivi d’un instant. Quand on atteint  cinq ou six ans, on a généralement oublié les complexités de la nature du temps et de l’espace et ainsi on commence à vivre dans un monde où les lendemains suivent les aujourd’hui et les hier mènent aux aujourd’hui. »

 

            Autant une partie de moi voulait comprendre ce qu’il disait, autant l’autre se tenait fermement amarrée dans les processus de la pensée logique. « Arrêtez, Gédéon, je ne pense pas vraiment que tout cela a de l’importance. En fait, je me sens assez à l’aise dans ce cadre du temps. Quoi faire alors de la télévision, des ordinateurs performants, des autres merveilles électroniques, des sondes spatiales envoyées vers les planètes lointaines et le reste ? Qui sait ? Ce temps et cet espace peuvent être encore agréables, »

 

            « Si vous ne vous faites pas d’abord exploser, ou mourir d’asphyxie par manque d’air respirable. On ne peut plus boire de l’eau claire parce que vos rivières et vos ruisseaux ont été contaminés par les déchets chimiques. »

 

            « Oh ce n’est pas si pire. Du moins pas encore…, je pense. Mais revenons à cette question du  ‘temps’. Nous avons visité différents temps, n’est-ce pas ? »

            « Oui, nous l’avons fait en effet. »

            « Parlez-moi de ce cas classique, Gédéon : supposons que je sois retourné à l’époque où mon arrière-grand-père était garçon. Supposons que nous nous rencontrons, qu’il y a eu une bataille et qu’il a été tué. Seulement une supposition, OK ? Est-ce que je serais ici maintenant ? Est-ce que je serais là ou n’importe où  ailleurs? Expliquez-moi ça. Comment aurais-je pu naître si mon arrière-grand-père était mort dans son enfance ? Ha ! Je vous ai eu cette fois ! »

 

            « Très astucieux, mais ça tient encore du jardin d’enfance. Dans cette vie probable vous n’auriez pas vécu comme tel, mais vous vivez dans une autre existence et dans une autre et dans des centaines de milliers d’autres et êtes aussi vibrant et vivant que vous l’êtes ici. »

            « Vous voulez dire qu’il y a des milliers de moi qui vivent dans des milliers de situations différentes dans des milliers de mondes ? Voyons, Gédéon. »

            « Ne nous laissons pas trop impliquer dans cette question du ‘temps’, John. C’est une notion plutôt difficile. Il suffit de dire que nous, vous ou quiconque avec un peu de pratique, nous pourrions voyager dans différentes époques et à différents endroits ; maîtrisez vos pensées et vous déterminez votre existence dans l’espace et le temps. »

 

            « Ça va pour l’espace et le temps mais je commence à avoir faim. Je ne peux pas vous amener chez moi et vous présenter à ma famille. Qu’est-ce que je leur dirais ? ‘Voici, je vous présente mon bon ami Gédéon qui s’habille drôlement et qui voyages dans le temps et qui connaît Krishna’ ? »

            « Votre famille ne serait pas capable alors de me voir. Et quant à votre faim, regardez votre montre. Quelle heure est-il ? »

            Je regardai ma montre et je vis qu’il était encore seulement dix heures trente, bien que  nous ayons parlé pendant des heures, à ce qui me semblait, sans compter les « voyages » que vous avons faits. C’était comme si le temps ne s’était pas écoulé. Je le regardai et dis : « Vous ne pouvez certainement pas arrêter le temps, n’est-ce pas ? Pas même vous ne pourriez faire cela. »

            « Non. Tout ce que nous avons fait à consister à nous concentrer sur une zone de non-mouvement temporel et ainsi le temps semblait immobile. Ne vous en préoccupez pas toutefois. Tout va bien pour vous, votre famille et le monde, si vous voulez. Il n’y a aucun effet secondaire. »

 

             Je jetai un regard à Rajah. Il dormait paisiblement. Près de lui, je vis un panier de pique-nique. « Qu’est-ce que c’est, Gédéon ? » dis-je en le désignant.

            « Juste un goûter. Vous avez dit que vous aviez faim, n’est-ce pas ? Je l’ai apporté avec moi ce matin. Mangeons un peu. »

            C’était étrange, je n’avais pas remarqué le panier avant. Nous avons dégusté un délicieux repas pendant que Gédéon continuait ses commentaires.

 

            « C’est réellement simple », dit-il. « En fait, c’est très simple quand vous le comprenez. Chaque personne existe dans plusieurs dimensions et plusieurs systèmes. Chacun habite l’univers entier, mais la plupart du temps, il se focalise sur une toute petite place – l’ici et  maintenant. Mais c’est précisément la petite place la plus importante dans la vie, l’ici et maintenant. À partir de cette petite place chacun influence tout son futur et tout son passé. »

 

            « Vous savez, Gédéon, nos pères de l’église vous auraient lynché pour avoir proféré des telles paroles. Qu’ont à faire toutes ces considérations insensées avec le fait d’être né de nouveau, ou d’avoir vécu avant ? Sûrement, vous ne croyez pas ça…. »

            Il m’interrompit de nouveau. « Vous vivez autant de vies sur terre qu’il est nécessaire. Dans chaque vie, vous apprenez et vous vous efforcez d’être meilleur que celui que vous étiez  ‘avant’, si vous acceptez le temps comme linéaire. Si vous acceptez le temps comme un éternel maintenant, alors vous existez dans plusieurs systèmes et plusieurs dimensions simultanément. »

 

            C’était un matin plutôt agréable et « rempli d’enseignement ». Débordant de nourriture pour l’esprit, le répertoire de Gédéon m’a offert des perspectives extraordinaires à considérer. Il était  temps, toutefois, de retourner à la vie normale et à l’expérience du présent avec les personnes telles que je les connais.

 

            « Ne soyez pas trop dur envers vous, John. Vous avez jusqu’à présent très bien fonctionné. Je suis, comme vous pouvez le constater maintenant, un être d’un autre monde. Vous l’êtes aussi vous tous sur terre. Vous n’êtes ici que des visiteurs. Certains d’entre vous le savent. D’autres préfèrent l’ignorer. Quelle que soit la façon que vous préférez, vous avez toujours accès à un pouvoir étonnant. Je vous reverrai bientôt. » Et ainsi il disparut. Le panier à manger disparut également - sans laisser aucune croûte. Seuls restaient Rajah et moi. Ensemble nous nous levâmes pour retourner à la maison.


Chapitre huit

 

            Le reste du dimanche fut agréable. Les fins de semaine me dérangeaient peu. C’était le temps entre les fins de semaine qui me causait parfois des problèmes. Lundi arriva vraiment trop vite. En me rendant au bureau, je réfléchissais aux événements des derniers jours. Bien que nous étions certains de la revoir bientôt, la visite de June avait été plus que la bienvenue, malgré sa bièveté.

 

            Gédéon m’étonnait et m’intriguait toujours. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit : il avait accès à des informations et à un pouvoir considérables. J’acceptais certaines de ses idées tel que le voyage dans le temps comme des possibilités indéniables, surtout depuis que j’avais participé à quelques voyages avec lui. Mais je me réconciliais encore difficilement avec certaines de ses idées, me débattant toujours avec ma façon de « voir la réalité ».

 

            Comme d’habitude, j’étais arrivé le premier au bureau. J’allais allumer les lumières, quand je le vis qui m’attendait, assis sur la chaise en face de mon pupitre. « Gédéon ! Pas vous encore ! »  M’écriai-je.

            « On dirait que ma présence vous importune, John », dit-il les yeux pleins de malice.

            « Non, certes non », m’empressai-je de le rassurer. « Je ne suis pas importuné, seulement étonné de ce que vous apparaissez aux moments les plus inattendus. »

 

            « C’est bon à savoir. Je suis venu parce que j’ai senti que vous allez avoir besoin de voir un peu plus clair aujourd’hui.» Il ne riait pas cette fois et se montrait plus sérieux que  jamais auparavant.

            « Qu’est-ce que vous voulez dire, Gédéon ? »

            « Vous craignez, dit-il, pour vos employés, votre famille, vos amis et d’autres. Vous pensez avoir fait tout votre possible pour améliorer les choses et pourtant, vous sentez que vous ne pouvez pas voir la lumière. »

            « Il semble que vous lisez encore dans mon esprit, Gédéon, Ce que vous dites est vrai – mais je ne suis qu’un humain. »

            « Qu’un humain, John ? Seulement un humain ? » Il était très sérieux en continuant. « Vous utilisez cela comme une excuse. Vous êtes beaucoup plus que juste un humain. Vous et quiconque d’autre, vous êtes plus divins qu’humains. Vous avez tous été créés à l’image et à la ressemblance de la Force Première, du Tout-Puissant. Ne vous souvenez-vous pas des nombreuses légendes de la création ? »

 

            « Oui, certes. Puis après ? Je suis humain ou divin ou les deux. Ça n’importe réellement pas. Je m’inquiète encore de moi et des miens et à cause de cela j’ai souvent peur et je tremble. Est-ce si terrible de s’occuper des autres ? Est-ce un signe de faiblesse de s’inquiéter des autres êtres humains ? Qu’y a-t-il de si terrible en cela ? »

 

            « Non, pas le fait de prendre soin des autres, John. Mais l’inquiétude, c’est ce qui vous ronge, John. Vous devez faire une distinction entre  aider et s’inquiéter. Vous aidez, aussi essayez-vous de faire en sorte que tout fonctionne bien. Quand rien ne va plus, vous vous inquiétez et vous prenez peur et à cause de la peur, vous vous court-circuitez vous-même. »

            « Comment ou de quelle manière, O Grand Génie ? » Demandai-je sur un ton un peu sarcastique.

            « Vous voyez, John, les règles sont vraiment très simples. Le Créateur a tout fait, les choses et nous tous. Nous sommes, aussi, des créateurs. Nous sommes doués de plusieurs qualités du Créateur, mais, la plupart du temps, ces qualités sont enfouies si profondément en nous qu’elles sont difficilement reconnaissables et utilisables. »

 

            « Oui, Seigneur et Maître, continuez s’il vous plaît. Votre humble serviteur écoute. »

Il ignora mon attitude moqueuse et continua. « L’inquiétude est une forme d’énergie dirigée, John. L’inquiétude vous empêche de vous concentrer sur autre chose et se porte d’une manière concentrée sur ce que vous craignez. L’inquiétude et la peur se réunissent alors pour apporter dans votre existence la chose même que vous craigniez.»

 

            « Alors, comment dois-je faire pour cesser de m’inquiéter ? Dites-le-moi ! »

            « Vous cessez de vous inquiéter quand vous comprenez les lois universels qui animent les choses. Une de ces lois dit que tout ce que vous voyez dans votre mental – bon ou mauvais – si vous y croyez, va se réaliser. La création commence dans votre mental avec vos pensées et votre imagination. C’est le monde de cause et effet, John. Soyez perspicace et vous allez  voir clair. Ce que vous semez, vous le récolterez. Il arrive ce que vous pensez et croyez. »

 

            « Bien dit, Gédéon. Je connais la plupart de ces choses mais comment utiliser ce savoir de façon pratique ? Comment l’utiliser pour améliorer ma situation actuelle ? »

            « En vous concentrant et en regardant à l’intérieur de vous-même. C’est un travail intérieur, vous voyez. Les réponses sont toutes en vous. Pas à l’extérieur, pas en quelqu’un d’autre et pas même en celui que vous appelez Dieu. »

 

            Cela m’intrigua pendant une seconde. « Je pensais que Dieu pouvait tout faire. Pourquoi n’a-t-Il pas les réponses ? Plus important, pourquoi ne nous donne-t-Il pas certaines de ces réponses, surtout quand nous Le prions si ardemment ? »

            « Parce que vous ne comprenez pas Dieu et les méthodes qu’Il nous a données pour trouver les réponses. Nous n’avons pas à quémander ou à plaider. Nous n’avons qu’à nous détendre, nous tenir tranquilles et croire en nous-mêmes et aux facultés qui sont en nous. Alors nous pourrions commencer à recevoir des réponses sous forme d’idées. Nous devons croire et avoir confiance dans ce processus. Dieu ne tient pas notre bonheur loin de nous. Cependant, Il veut que nous apprenions en découvrant le processus. Souvent même nous sommes incapables de voir que nous avons déjà – ou pouvons avoir – ce que nous désirons. »

 

            Cette discussion me porta à réfléchir sur Dieu. L’humanité semble avoir tellement de dieux. Les Musulmans ont le leur, les Chrétiens un autre, les Juifs encore un autre et ainsi de suite. Certains en ont plus qu’un. Diverses religions installent leurs dieux dans des endroits comme les temples, les montagnes, les ruisseaux et les cieux. Des légendes parlent de petits et de grands dieux.

 

            J’ai même un dieu avec qui je suis vaguement relié. J’avais appris à l’école du dimanche qu’Il vit dans un endroit appelé le ciel. Il semble si loin de tous et de toutes choses que seuls les papes et les prêtres, les pasteurs et les prêcheurs, les rois, les empereurs et les présidents peuvent l’approcher. On doit élever nos mains suppliantes et crier notre peine à ce dieu, mais la plupart du temps, on ne reçoit aucune réponse. L’idée me vint de lancer une « colle » à Gédéon.

 

            « Hé, Gédéon, vous savez beaucoup de choses. Parlez-moi de Dieu. Qui est-Il et quelle est sa nature ? Pourquoi n’écoute-t-Il pas quand les gens crient vers Lui ? Expliquez-moi ça, si vous le pouvez. »

 

             Sans cligner d’un œil, Gédéon répondit : « Vos religions sont comme des écoles de différents pays. Elles vous enseignent au fond la même chose mais dans des langages différents et de manières différentes. Quelques écoles insistent sur l’art ou l’histoire, alors que d’autres mettent plus d’emphase sur la chimie ou les maths. Mais il y a un fil commun dans chacune – elles conduisent à la même place, au Temple de la Sagesse et de la Lumière. Ainsi Dieu, quel que soit le nom qu’on lui donne est toujours Dieu. Le cri des anciens Hébreux, ‘Ecoute, O Israël, le Seigneur ton Dieu est unique,’ c’est aussi vrai maintenant qu’il l’était alors ou qu’il le sera toujours.

 

            « Dieu n’est pas dans un endroit ni soumis au temps. Dieu est ici et maintenant. Le ciel ou l’enfer sont ici et maintenant. Dieu ne siège pas sur un trône d’or entouré d’anges qui jouent de la harpe ou volent tout autour de Lui durant le jour. Si vous pensez que tel est le ciel, vous faites mieux de commencer à prendre des leçons de musique et des cours de voltige. Dieu est dans chaque personne, dans chaque forme de vie, dans chacune et toutes les parties de la création. Dieu n’est pas plus ou moins présent en vous qu’en une autre forme de vie au bord de la galaxie.

 

            « Et Dieu écoute et prends soin de tout et de tous. Il s’intéresse même aux petits moineaux et aux lis des champs. Ne s’intéresserait-Il pas à vous, ou, dans les circonstances, à moi ? »

 

            Je regrettais d’avoir suscité cette discussion. Nous pourrions parler sur ce sujet pendant des jours. De nouveau j’orientai autrement  la conversation. « Pourquoi ne vois-je pas clairement ce qui doit être  fait pour ma compagnie ? Faut-il que tout ce que j’ai passé ma vie à bâtir, soit démantelé et détruit ? »

 

            Avec patience Gédéon répondit : « Si ça doit être le moyen d’assurer votre plus grand bien, alors acceptez-le. Si ça ne doit pas être ainsi, alors c’est également bien. Mais vous êtes le seul qui doit décider. Préparez-vous à réaliser ce que vous cherchez. Sachez que ce que vous cherchez, vous recherche également. Vous désirez une compagnie qui réussit ? Alors préparez-vous en fonction de cela. Sachez que les forces de l’univers vont se presser à vous apporter ce que vous désirez, pourvu toutefois, que vous le vouliez assez fortement et croyiez que vous l’obtiendrez. Ou, pour mieux dire, méritez-le.

 

            « Tous les problèmes sur terre se résument à trois types : la santé, l’argent et les relations. Considérez n’importe quel problème et il va tomber dans une de ces catégories ou dans une de leur combinaison. Il y a des méthodes propres et correctes qu’on doit employer pour résoudre un problème, comme pour la conduite automobile ou pour la construction d’une maison.

 

            « Maintenant, je dois vous quitter, John. Il reste encore beaucoup de choses à discuter, mais nous nous reverrons bientôt. Incidemment, j’aimerais vous présenter à un bon ami à moi qui peut vous être d’une certaine utilité. Il a son bureau dans la Grande Cité. Quand vous aurez un jour de libre nous pourrons aller le visiter. Aimeriez-vous ça ? »

 

            « Certainement. S’il pouvait nous aider sur le plan financier, j’irais au bout de la terre pour le rencontrer ». Malicieusement, j’ajoutai : « Même s’il est à moitié aussi étrange que vous, ce serait un plaisir. »

            «Je suis sûr que vous l’aimerez. Nous irons le voir bientôt ». Dit-il. Il se leva et dit en souriant, « Je vous souhaite une bonne journée, John. » Et il disparut. Je ne le reverrais plus avant des semaines.


Chapitre neuf

 

            C’est vrai que notre compagnie avait réussi à obtenir un important contrat, mais les choses n’allaient pas comme nous aurions aimé. Bien que chacun avait travaillé très dur, les résultats ne se comparaient pas à nos efforts Nous avions un urgent besoin d’un financement additionnel. Sans ces fonds, la compagnie serait incapable d’augmenter sa production pour rencontrer les exigences essentielles du contrat. Il était même possible qu’on doive dissoudre la compagnie, mais je préférais ne pas y penser.

 

            Lors de notre dernière rencontre, Gédéon avait mentionné qu’il voulait me faire rencontrer un de ses amis dans la Grande Cité. S’il y avait là une possibilité d’obtenir et signer des contrats pour un prêt d’affaires, j’étais encore plus intéressé qu’avant. Si rien n’en sortait, au moins j’aurais retourné toutes les pierres. Il se pourrait même aussi que ce soit une rencontre intéressante et il y avait si peu de choses agréables à mon crédit ces jours-ci. J’ai pensé appeler Gédéon pour sonder la possibilité d’aller visiter son ami avec lui sous peu.

 

            Comme je fouillais dans mon bureau pour trouver sa carte d’affaires, le téléphone sonna. Évidemment, c’était Gédéon. « Je vois que vous êtes prêt à vous rendre dans la Grande Cité », dit-il. « Je vais vous rencontrer dans votre parc de stationnement à 9h 30 demain matin. » Il raccrocha sans attendre ma réponse.

 

            À 9h 30 le lendemain matin, je me dirigeais vers ma voiture dans le parc de stationnement quand je l’aperçus. Il se tenait à l’attention près de la voiture, en m’attendant. Ces jours-là peu de choses me surprenaient de sa part. « Bon matin, Gédéon. Prêt à partir ? » Demandai-je. « Oui, partons. Je suis certain que vous allez avoir une matinée agréable, John, répondit-il. »

 

            Comme nous sortions du parc de stationnement, je lui demandai en plaisantant, « Pourquoi avons-nous besoin d’une voiture, Gédéon ? Je veux dire, vous êtes capable de traverser l’espace et le temps. Prenons le moyen facile. Arrivons dans la Grande Cité instantanément et évitons tout le trafic. »

 

            Ces yeux noirs perçants se fermèrent un peu en répondant : « Je vais vous raconter une histoire. »

            « Il y avait une fois dans l’ancien pays de Bharat, un Guru qui y vivait avec ses bramcharyas ou, comme vous les appelleriez, ses disciples. Chaque disciple devait choisir comme test une tâche très difficile à accomplir. Il devait travailler extrêmement dur pendant plusieurs années pour se perfectionner dans la tâche qu’il s’était imposée à lui-même. Il y avait ce disciple, un peu plus brillant que les autres, mais aussi très gêné et timide. ‘Et quel tâche vous êtes-vous imposée, mon fils ?’ lui demanda le gentil Guru. ‘Maître,’ répondit le disciple, ‘je veux devenir capable de marcher sur l’eau. Je vais pratiquer jusqu’à ce que je sois capable de le faire. Marcher sur l’eau – c’est mon but’.

 

« Les années passèrent et sous la douce direction du Guru, la plupart des disciples accomplirent ce qu’ils s’étaient imposé de faire. Finalement le disciple timide s’approcha du Guru. ‘Maître’, dit-il, ‘j’ai travaillé fort et pratiqué sans arrêt, vous savez, pendant toutes ces années. Vous voyez cette ville de l’autre côté de la rivière ? Je peux maintenant marcher sur l’eau et traverser jusqu’à la ville. Maître, j’ai réussi. Je peux marcher sur l’eau.’

 

« Le vieux maître regarda le jeune disciple et lui demanda tristement, ‘ Pourquoi n’avez-vous pas pris le bateau ? Vous auriez sauvé tellement de temps.’ 

« John, si vous savez que vous pouvez marcher sur l’eau, vous pouvez généralement prendre le bateau. »

 

Comme je ne saisissais pas clairement le vrai sens de l’histoire, je balbutiai un « Oh ! », presque inaudible, sans demander d’explication. Je n’aime pas toujours entendre des énigmes ou des paraboles et Gédéon en a tout un lot. Je préfère un langage clair. Je le questionnai sur la personne que nous devions rencontrer aujourd’hui.

« J’ai fait tous les arrangements nécessaires, dit-il. Vous êtes attendu. »

« Sont-ils vos associés d’affaires ? »

« Des associés d’affaires et des amis, aussi. »

« Pensez-vous que je pourrai recevoir de l’aide pour ma compagnie ? »

« C’est définitivement une possibilité, répondit-il. »

« Vous savez que nous avons besoin d’un prêt pour continuer nos opérations. Peut-être accepteront-ils de nous sortir de cette impasse ? »

            « Peut-être.»

            Il me paraissait d’une humeur plutôt calme et réfléchie ce matin, mais ses réponses incomplètes commençaient à m’ennuyer. Ne voulant pas paraître brutal, j’abandonnai toute tentative d’entamer une conversation. Je ne pensais qu’à moi-même et à mes problèmes, oubliant que lui aussi pouvait être préoccupé par ses propres problèmes. Et pourtant, il ne devait avoir aucun problème, pas avec le type d’information et de pouvoir qu’il semblait posséder.

 

            Il fit irruption dans mes pensées en disant, « Même Dieu a des problèmes. C’est la façon dont on s’y prend pour les résoudre, qui est intéressante. »

            « Dieu ne peut pas avoir de problèmes, Gédéon. Je veux dire, ça n’a aucun sens. Dieu peut tout faire. »

            « C’est vrai, mais même Dieu n’aime pas les ennuis. Exister sans défis serait un ennui à ses limites extrêmes. »

 

            Il redevint calme, aussi le laissai-je à ses réflexions pendant quelque temps. Le trajet n’était pas trop désagréable. Habituellement, je déteste conduire dans la Grande Cité. C’est une chose d’y vivre, mais c’est une toute autre d’essayer d’y entrer. Il n’y a rien de plus déplaisant que se trouver collé dans le trafic pendant des heures.

 

            Un voilier de goélands nous précédait au-dessus de la voiture depuis que nous avions quitté le parc de stationnement. Pour m’amuser, je les comptai. Il y en avait sept. La liberté en vol, pensai-je. Gédéon brisa le silence. « Un voilier de goélands durant le jour et un pilier de feu durant la nuit, dit-il. »

            « Quoi ? »

            « Les anciens Israélites, vous savez, furent conduits durant leur errance dans le désert par un nuage durant le jour et un pilier de feu durant la nuit. »

            « Trois hourras pour les Israélites »,  murmurai-je, n’ayant encore aucune idée de ce dont il parlait.

 

            En peu de temps, nous arrivâmes dans la Grande Cité. C’était, comme toujours, impersonnel. Nous avons garé la voiture et marché à travers la foule dense pour atteindre un taxi disponible. Gédéon présenta au chauffeur une adresse et quelques minutes plus tard nous descendions en face d’un grand édifice sur un côté non éclairé de la rue. Nous avons marché jusqu’à la porte, pénétré dans le vestibule pour continuer notre chemin vers le trente-troisième étage.

 

            Nous avons emprunté un long corridor. Je pris quelques moments pour ajuster ma cravate et me peigner, car les vents de la Grande Cité se font parfois excessivement intenses. Au bout du corridor il y avait une grande porte avec l’inscription : Les Entreprises G & M, Inc., Quartier Général.

            « Ces gens travaillent vraiment avec vous, Gédéon ? »

            Il était maintenant un peu plus détendu. « Oui, dit-il.  C’est le temps pour vous de rencontrer mon patron. Il y a aussi un autre de mes amis ici. Vous vous souvenez de Marla ? »

            « Marla sera ici également ? Oh oui, j’avais oublié qu’elle travaillait aussi pour cette compagnie. Je serais heureux de la rencontrer de nouveau. »

 

            Il avait ce clin d’œil dans le regard et je savais qu’il avait repris de nouveau son vieux moi. Il poussa la porte et nous avons pénétré dans une salle de réception à la fois simple, et en même temps, élégamment décorée. On voyait des peintures d’étranges symboles sur les murs. Une réceptionniste nous regarda et sourit. « Allo, Gédéon, et bienvenue à notre bureau, John, dit-elle. »

            « Vous semblez en bonne forme, Marie », répondit Gédéon.

            « Ne désirez-vous pas vous asseoir, s’il vous plaît. Marla est déjà ici. Ça ne prendra que quelques minutes, dit Marie. »

            En peu de temps Marla nous rejoignit et nous refîmes connaissance. Elle semblait très heureuse de me voir là. La réceptionniste quitta pendant quelques minutes et quand elle revint, elle nous annonça : « Le chef va vous recevoir maintenant. »

 

            Elle nous accompagna dans la section principale jusqu’à un bureau ; sur la porte  un panonceau annonçait: « Président et représentant de la Compagnie ».

 

            « Hé, Gédéon, vous connaissez le grand patron », lui dis-je en le taquinant.

            Quand la porte s’ouvrit il dit : « Vous allez aimer cette rencontre, John. »

            Nous entrâmes dans le bureau en marchant sur un épais tapis bleu ciel. Le bureau était décoré avec luxe et contenait plusieurs plantes vertes judicieusement disposées partout dans la salle très éclairée. Sur le côté du fond, il y avait  un pupitre surchargé d’ornements devant lequel était assise une figure plutôt imposante. Nous nous approchâmes et Gédéon fit les présentations.

 

            « John, j’ai le plaisir de vous présenter à notre officier exécutif en chef. Il est le président et le représentant de la Compagnie Les Entreprises G & M. » Je notai un profond respect, mais aucune crainte dans la voix de Gédéon qui continua, « Je veux que vous rencontriez Dieu. »

 

            Pendant un  moment je demeurai stupéfait. Puis je me rappelai que plusieurs personnes considèrent leur patron comme « un dieu », aussi je repris vite mon aplomb. Je regardai l’homme assis derrière le pupitre. Il semblait d’âge moyen et entouré d’une puissante présence. Ses cheveux étaient noirs comme du jais et ses yeux sombres et perçants, un peu comme ceux de Gédéon. Mais, en le regardant un peu plus attentivement, ses cheveux paraissaient plus clairs et ses yeux bleus. Ce doit être un effet de la lumière, pensai-je.

 

            Il se leva de son siège, me serra la main et dit : « Je suis heureux de votre venue. Je remercie Marla et Gédéon de vous avoir amené ici. J’attendais votre visite depuis très longtemps. »

            Je marmonnai quelque chose dans le sens que j’étais aussi heureux d’être ici et que j’avais désiré cette rencontre. Celui qu’on présentait comme « Dieu » était vêtu sans recherche - pas même une cravate -  bien que sa chemise semblait avoir été taillée par une main experte et portait sur la poche de droite un insigne inconnu. Il nous fit signe de nous asseoir et demanda si nous désirions boire quelque chose. Personne n’en voulait, aussi je m’assieds attendant avec anxiété que quelqu’un entame la conversation. Tout mon être était concentré sur le désir d’obtenir une aide financière pour ma compagnie.

 

            Gédéon prit la parole. « John, vous ne semblez pas comprendre. Ce n’est pas une plaisanterie. Voue êtes en présence de Dieu. Je veux dire, Le Dieu avec un « D » majuscule. » Je commençais à me sentir nauséeux. C’était impossible pour quiconque de parler face-à-face avec Dieu. Cela n’arrive que dans les films et dans les livres, mais pas dans la vie réelle. Pour ma raison, ça n’avait aucun sens. Mais, il y avait une partie de moi qui disait que c’était bien pour moi de croire, au moins dans les circonstances, qu’il y avait là plus de choses que les yeux puissent en voir. Ma curiosité prit le dessus et je décidai d’accepter tout cela provisoirement pour voir où ça me mènerait.

 

            Cette fois Dieu parla. La voix n’était ni trop haute ni trop basse et résonnait dans une vibrante force vivante. « John, dit-il,  même maintenant vous continuez à ne pas croire que je suis ce qu’ils disent que je suis, exact ? »

            « Eh bien, certaines choses sont difficiles à croire, répondis-je. »

            « Je comprends. Toutefois, mettez-vous à votre aise car nous sommes ici pour un bon moment. Veuillez m’excuser. Je reviendrai dans quelques secondes. » En disant cela, il se leva et quitta la salle.

 

            À ce moment, les mots d’Alice au Pays des Merveilles me revinrent à l’esprit – « Je suis fou. Vous êtes fou. Nous sommes tous fous. » Peut-être, n’était-ce qu’un rêve.


Chapitre dix

 

            Marla et Gédéon restaient assis et me regardaient quand la porte se referma. Finalement Marla me demanda : « Eh bien, qu’est-ce que vous en pensez, John ? »

            « Penser ? Ce que j’en pense ? C’est probablement la chose la plus inconcevable qui me soit jamais arrivée et vous me demandez ce que j’en pense ? Il m’est tout à fait impossible de penser. »

            « Acceptez cela avec un esprit ouvert », dit Gédéon, « et vous trouverez qu’il y a différentes manières d’approcher la vie. »

 

            Il y avait une formidable ambiance de paix et de joie quand il était là et, pourtant, je ne pouvais pas encore en arriver à croire qu’il était Le Dieu. Il regagna son siège et s’assit. En me regardant droit dans les yeux, il dit, « John, vous ne croyez vraiment pas à tout cela, n’est-ce pas ? » C’était plus une affirmation qu’une question,

            « Je suis Dieu. Je suis l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin, la Cause Première, Jéhovah, Yahweh, Yeshua, Allah. Je suis moi, Seigneur Dieu Tout-Puissant, La Force Première. Qu’est-ce que vous vous attendiez à voir ? À quoi pensez-vous que Dieu ressemblerait ? Un vieil homme barbu assis sur un trône ? Des douzaines d’anges dansant autour de lui, d’elle ou de cela ? Dieu est Dieu et est toutes les choses pour tous les peuples. »

 

            Il donnait l’impression d’un homme totalement maître de lui-même. Sa parole et le ton de sa voix étaient le moins du monde ceux d’une réprimande, mais plutôt empreints de compassion et de gentillesse. Je ne savais quoi dire et je balbutiai la première chose qui me vint à l’esprit. « Comment se fait-il », dis-je, « je suis ici avec vous alors qu’il y en a beaucoup d’autres qui méritent plus que moi une telle audience. »

 

            « C’est un des problèmes, dit-il. Presque tous pensent que je ne suis pas approchable, que je ne parle qu’à un peuple spécial et à des époques spéciales. Écoutez bien. Chacun est spécial pour moi, Je parle à tous mais ils n’écoutent pas tous. J’apparais à tous de plusieurs façons, mais ils ne me voient pas tous. Vous rappelez-vous ce petit enfant à qui vous avez donné de l’argent l’autre jour ? C’était moi qui parlais à votre cœur et à vos sentiments. Vous rappelez-vous la fois que vous avez arrêté pour aider un vieil homme à réparer un pneu crevé sur le pont ? C’était encore moi. »

 

            « Vous voulez dire que vous vous occupez de petites choses comme des pneus crevés ? »

            « C’est évident que je m’en occupe. Et il n’y a pas de petites choses, seulement des gens qui ont tendance à regarder les choses et à les appeler petites. Prenez une rose, par exemple. » Et en disant cela, une belle rose apparut dans sa main comme par magie.  « Regardez sa complexité. Sûrement pas une petite chose. J’aime les roses. Elles illuminent la vie de tout le monde. En fait, j’aime tout ce que j’ai créé. »

 

            « Bien, si vous êtes Dieu, pourquoi avez-vous un bureau dans la Grande Cité ? Comment se fait-il que vous êtes président et porte-parole de la compagnie des Entreprises G & M, alors ? »

            « G & M est mis pour Dieu (God) et l’Homme (Man). C’est ma compagnie ‘terrestre’. Quel meilleur endroit que la Grande Cité pour y tenir un bureau ? Nous avons des succursales dans presque toutes les cités. Dans chaque ville et village vous pouvez nous trouver. Nous avons aussi beaucoup de filiales. Marla et Gédéon appartiennent au bureau de la compagnie. Marla par exemple est dans le P.R. – ‘People recycling’, c’est-à-dire le recyclage des gens et Gédéon est un chasseur-de-troubles – les projets spéciaux. Vous êtes un de ses projets. »

 

            « Ça ressemble à une organisation d’affaires, comme si le monde entier était une compagnie gigantesque. »

            « Je la compare à une compagnie pour votre compréhension. Vous comprenez le monde des affaires, aussi je vous parle dans des termes que vous comprenez. Vous voyez, je suis en affaires – la ‘Compagnie de Dieu’ (God Business) ou, vu d’une autre façon,  la ‘Bonne Affaire’ (Good Business). »

 

            Si celui-ci est Dieu, pensais-je, alors je suis l’objet d’un grand privilège et devrais en profiter pleinement. En fait, je commençais à le prendre au sérieux.

            Sa voix éclata dans mes pensées. « Vous avez besoin d’une preuve que je suis Dieu. Pourtant, quelle que soit la preuve qu’on vous présentera, vous trouverez toujours un élément de doute. Un doute, comme vous demander si vous avez bien fait, est le résultat du pouvoir de choisir que vous possédez. Permettez-moi de vous dire ceci. Après que j’ai fait la terre et tout ce qu’elle comporte en dedans et au-dessus, moi aussi je me suis demandé si c’était bon. Mais pourtant tout ce que je fais est  bon. »

 

            « Est-ce que Gédéon a reçu ses pouvoirs de vous ? »

            « Oui, ainsi que vous. Maintenant, laissez-moi vous montrer quelque chose. Pensez à un endroit où vous aimeriez être. » Je réfléchis pendant quelques secondes et proposai : « Que diriez-vous des plaines de Serengeti de l’Afrique de l’est ? »

            « Bien. Vous allez voir… »  Avant que la phrase ne soit terminée, je me suis retrouvé sur une plaine herbeuse avec des buissons qui couvraient le paysage. Il y avait des acacias de l’Afrique tropicale, des bêtes sauvages, des girafes et des éléphants occupaient le terrain. La transition fut si instantanée que j’ai retenu ma respiration. Mais là encore, Gédéon ne m’avait-t-il pas amené dans d’autres lieux et d’autres temps ? Sûrement que celui qui se dit Dieu pouvait faire la même chose.

 

            Soudainement, il y eut un mouvement dans les hautes herbes à ma droite. Au cours de mes voyages antérieurs dans les plaines de Serengeti, nous avions utilisé des moyens plus conventionnels comme des avions, des jeeps fermées et des guides du pays. Cette fois-ci j’étais seul au milieu de la vie sauvage qui m’entourait. Alors j’entendis un rugissement. Un frisson parcourut mon épine dorsale. Je me retournai pour apercevoir, en face de moi, à pas plus de trente pas, un lion à la crinière foncé, le plus grand que j’ai jamais vu.

 

            Il me fixait de ses yeux enflammés, j’étais glacé jusqu’aux os. Il s’accroupit prêt à bondir et je compris, sans doute aucun, que, dans la situation, j’avais peu de chances de survivre. Paralysé de peur, je ne pouvais plus bouger. Je me tenais là comme rivé au sol. Dans un rugissement qui fit trembler le sol, le lion s’élança, je sentis le souffle chaud du carnivore juste à quelques pouces de moi.  Je levai les bras instinctivement – puis un brouillard survint, et j’étais de retour dans le bureau avec Marla, Gédéon et Dieu.

            « N’ayez pas peur, dit Dieu,  vous n’êtes pas du tout en danger. Assez pour ça. »

 

            Encore  visiblement choqué par cette dangereuse épreuve, je continuai à le fixer. Soudain, c’était comme si je regardais par des yeux différents des miens, comme si des mondes nouveaux étaient ouverts devant moi. Je sentis la présence d’une force d’amour extrêmement puissante. Et alors, comme par miracle, je commençai à réaliser que je regardais la face de Dieu. Je tombai à genoux, vaincu par la crainte et murmurai : « Pardonnez-moi, Seigneur. Même si je ne croyais pas au début, maintenant je sais que Vous êtes vraiment mon Seigneur et mon Dieu. »

 

            « Levez-vous », dit-Il de sa voix chaleureuse et aimante, « Pas besoin de tomber à genoux et faire de telles choses.» Je me levai, Dieu continuait. « C’est facile de poser des barrières et de les garder sa vie durant. Vous avez tous érigé des murs, non seulement nation contre nation, mais voisin contre voisin, ami contre ami. Vous avez toujours érigé des murs entre vous-mêmes et moi. Dans votre état actuel, vous avez oublié la joie et le bonheur d’être près de moi mais, si vous scrutez les tréfonds de votre mémoire, vous pouvez trouver un vague souvenir de ce à quoi ressemblait l’époque où les fils et les filles de Dieu dansaient joyeusement au matin de la création.

 

            « Ce n’est pas ici le seul endroit où existent les formes de vie. Regardez la voûte céleste lors d’une nuit claire et voyez les millions d’étoiles – des univers dans des univers. Regardez là-haut et vous saurez que vous n’êtes pas seuls dans cette vaste étendue que vous appelez l’espace. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres et tous sont mes enfants. »

 

            Pendant que Dieu parlait, je restais assis, sans bouger dans un silence absolu. Je sentais une telle paix et un tel calme que j’en oubliai ma compagnie et ses problèmes financiers. Rien ne semblait plus important, sauf de rester assis là avec Lui et de L’écouter.

 

            Dieu continua, « L’univers est dynamique et changeant ; il continue à se développer. La création n’arrête jamais ; elle continuera toujours. Où que vous soyez, là est le centre de l’univers et le milieu de l’éternité. Il n’y a rien de statique. Toutes les choses changent. Mais Moi je ne change pas. La partie de vous qui est Moi et la partie de Moi qui est vous  demeurera toujours inchangée. Ainsi, même si les saisons changent et que le monde change, Moi, Dieu, je ne change pas. »

 

            « Seigneur, je suis confus, dis-je. »

            « Vous pouvez m’interrompre n’importe quand et poser des questions. N’ayez pas peur de parler. Parce que Je suis Dieu, Je ne suis pas blessé ni insulté par quoi que ce soit. Je veux que mes enfants m’interrompre plus souvent. Maintenant, comme je disais, dans ce monde de changement, vous avez choisi d’être ici… . »

            « Choisi d’être ici, Seigneur ? Comment pouvions-nous avoir choisi de naître ? »

            « Pensez-vous pour un instant que vous êtes apparu du néant dans le corps que vous avez présentement ? Non, vous existiez avant et vous continuerez d’exister après que votre corps soit parti. Quant au procédé de choisir… . »

 

            Je L’interrompis encore. « Pardonnez-moi, êtes-vous en train de dire que nous vivions, comme êtres pensants avant notre naissance ? Et que nous avons choisi d’être ici ? Je veux dire, comment se fait-il que nous ne nous en souvenons pas ? »

            « D’abord », répondit Dieu, « si vous vous en tenez à la structure du temps tel que vous le comprenez – dans un continuum d’avant et d’après – oui, vous étiez des êtres énergétiques conscients avant cette vie terrestre.

            « À cause des défis et des occasions de croissance et d’expérimentation dans la vie sur terre, plusieurs ont choisi de venir ici. Vous avez choisi le pays, la période de l’histoire, vos parents et même vos amis. Vous avez fait des arrangements avant votre naissance. Cet arrangement a eu lieu à des niveaux dont vous ne vous souvenez pas consciemment. Mais votre moi supérieur, le moi qui me connaît bien, comprend et se souvient.

            « Si votre moi conscient écoutait votre grand moi intérieur, vous auriez les réponses à plusieurs de vos questions. Vous seriez guidé dans les périodes de stress et réconforté dans les temps de douleur. C’est Moi qui vous parle par cette petite voix continuelle. Même dans vos moments de profonde solitude vous n’êtes jamais seul. Même au fond de la fournaise des épreuves, je suis là avec vous. »

            « Seigneur, j’ai un million de questions », dis-je. « Je ne sais par où commencer. »

            « Pourquoi ne continuerions-nous pas notre conversation dans un endroit que vous aimez réellement ? Aimeriez-vous faire un petit voyage ? Je pense que vous aimeriez ça. »

            « Certainement, dis-je.  Où que Vous irez, je veux y aller.»

            Dieu regarda Gédéon et Marla et acquiesça de la tête. Immédiatement j’eus la sensation d’un miroitement de lumière et l’emplacement où nous étions disparut.


Chapitre onze

 

            Quand le miroitement lumineux cessa, je regardai alentour. Nous étions sur le pont d’un grand navire, aucune terre en vue. Aussi loin que le regard pouvait se porter, il n’y avait que de l’eau – bleu-vert et magnifique. Une légère brise et le paisible roulis des vagues faisait office d’une douce thérapie. Dieu me sourit et me dit : « J’ai pensé qu’un changement de scène vous ferait du bien, surtout que vous aimez tant l’océan. »

 

            Le vaisseau était un grand navire portant voiles et  gréage. Il m’a semblé qu’il n’y avait personne d’autre à bord et je me demandais qui le conduisait. « Où est l’équipage, Seigneur ? Un si grand navire doit sûrement nécessiter un équipage. »

            « Pas cette fois, John, dit-il. Nous utilisons une forme d’énergie appelée ‘puissance céleste’ pour naviguer. Ce n’est pas avant quelques siècles encore que vos savants découvriront son existence. »

 

            Nous avons tiré quelques chaises sur le pont et nous sommes installés face au vent. C’était une réalisation délicieuse, pour dire le moins. Comme nous nous habituons vite aux miracles, pensai-je.

            « En réalité, il n’y a aucun miracle, John », dit Dieu d’une voix douce. « Si vous compreniez les lois universelles, vous comprendriez les soi-disant ‘miracles’. Tout fonctionne selon les lois universelles. Connaissez les lois et votre connaissance devient pouvoir. Mais encore là, le pouvoir requiert l’usage de la sagesse. »

 

            Près de nous sur une petite table trônait un panier rempli de fruits. Il y avait également un pot plein de jus de fruit. Gédéon le saisit et s’en versa un verre. « Essayez ça, John, c’est bon », dit-il. Il me versa un verre du plus délicieux jus de fruit que j’ai jamais goûté. Marla, pour sa part, prit une banane. Je jetai un regard vers Dieu pour voir ce qu’Il allait faire. Sûrement qu’Il n’a jamais mangé ou n’en avait pas besoin. Dieu prit une prune et mordit dedans.

 

Il me regarda, fit un clin d’œil et dit : « Je n’ai pas besoin de manger, John. Vous non plus sur le plan cosmique. Mais c’est au moins plaisant la plupart du temps, quand c’est fait proprement et avec modération. » Je ne comprenais pas du tout ce qu’Il voulait dire par  « ne pas avoir besoin de manger ».

 

            Il continua, « Vous voyez, sur terre vous avez un corps physique fait d’éléments qui proviennent de la terre elle-même. Votre corps est une merveilleuse structure mécanique. Je l’ai fait pour être relativement capable de subsister et de se guérir par lui-même.

 

            « Si on le traite avec respect et amour, le corps prend généralement soin de lui-même. C’est, pour ainsi dire, votre maison ici sur terre. Chacune de vos cellules est une unité de conscience. Elles travaillent ensemble pour produire une symphonie de vibrations hautement complexes. Ces vibrations influencent toutes les cellules du corps. Les cellules savent exactement ce qui est nécessaire pour que le corps vive en harmonie avec son environnement. J’ai mis dans leur mémoire les structures et les données électroniques nécessaires à cet effet. Si vous leur donnez, ne serait-ce qu’une demi-chance, elles vous garderont en santé. Vous pensez qu’elles sont simples parce que vous les étudiez au microscope, mais vos ordinateurs les plus perfectionnés sont comme des artefacts de l’âge de pierre comparés aux complexités de la force vitale de vos cellules.

 

            « C’est vrai que vous avez besoin d’un certain nombre de d’éléments nutritifs pour votre corps physique. Votre corps mental est tissé dans votre corps physique, pourtant vous en nourrissez l’un et pas l’autre. Vous vous souciez plus de la nourriture du corps que de la nourriture mentale et spirituelle. Écoutez, c’est dans le domaine de l’esprit que vous contrôlez tout sur le plan physique. C’est en travaillant à l’intérieur que vous changez l’extérieur. Les problèmes surgissent à l’extérieur mais les solutions se trouvent à l’intérieur. »

 

            « Alors comment expliquez-vous les malaises et les maladies ? Est-ce que le corps ne devrait pas prendre également soin de ces choses-là ? » Demandai-je.

            « Oui, il y a des maladies (diseases) dans votre monde, mais ils sont généralement le résultat d’une condition appelée ‘mal – aise’ (dis – ease). L’humanité crée toujours de nouvelles maladies. Tous les malaises ont leurs racines dans votre esprit et vos croyances. Et la guérison de tous ces malaises réside déjà en vous. La plupart du temps, la peur d’une maladie enfouie dans votre subconscient rend possible son éclosion qui fera ensuite partie de vous. Gardez des pensées de santé et rejetez la possibilité de la maladie et celle-ci n’établira jamais sa résidence en vous.

 

            « Vous avez des matériaux à votre disposition pour vous aider à garder le corps et l’esprit en santé. Ils sont tous autour de vous mais vous les ignorez habituellement pour chercher d’autres moyens. Prenez, par exemple, la lumière et le son. Vos savants ne font que commencer à considérer sérieusement les possibilités étonnantes de ces vibrations et de ces fréquences. Des vibrations de différentes sortes affectent à la fois les corps physique et mental. Certaines pierres précieuses, certaines couleurs et certains sons sont beaucoup plus bénéfiques que d’autres. Dans les moments de méditation vous pouvez en général dire lesquels sont préférables pour vous. Si vous ne le pouvez pas, vous pouvez recourir à l’aide d’un professeur ou d’un spécialiste de ces matières. Si votre esprit est calme et votre manière de voir positive, vous serez naturellement attiré par les bonnes personnes, les bonnes places et les bonnes choses. Vous sentirez que certaines couleurs vous sont bénéfiques. Vous pourrez expérimenter les effets de certains sons et de certaines lumières. Syntonisez-vous à vous-même et faites confiance à votre guide intérieur.

 

            « Vous serez en santé, non pas en détestant la maladie, mais en aimant la santé. Traitez votre corps avec respect et amour. C’est le véhicule de votre conscience pendant que vous êtes sur terre. Il est aussi fait pour vous apporter du plaisir.  Contempler un beau coucher de soleil, goûter un mets délicieux, écouter des sons harmonieux, toucher et ainsi de suite, ces sensations peuvent être très agréables pour votre corps. C’est vous qui le construisez. Je n’ai fait que le devis et fourni le plan. »

 

            Dieu relaxa pendant un moment et mordit de nouveau dans la prune. « Les prunes sont délicieuses, dit-Il.  Les fruits et les légumes sont bons. Il y a des herbes qui sont bénéfiques pour certaines maladies du corps. Les anciennes civilisations en savaient beaucoup à ce sujet. Il y a beaucoup à apprendre de ce qui vous a été transmis. Mais dans votre siècle actuel, on montre peu de respect pour la sagesse ancienne. Les données scientifiques et les analyses apportent certaines précisions, mais donnent des réponses incomplètes. Combiner la sagesse antique et la connaissance que donnent les nouvelles découvertes, sera toujours plus bénéfique à la longue. »

 

            Mon esprit s’emballait. C’était une information extrêmement importante et inestimable. Il était temps, pensai-je, de poser quelques questions concernant mes problèmes courants. Pourtant, aujourd’hui ces problèmes me semblaient bien lointains et pas du tout importants. Juste le fait d’être en présence du Tout-puissant me donnait une perspective des choses entièrement différente. Mais néanmoins, je me suis entendu demander : «  Pourquoi, Seigneur, parfois en travaillant très dur pour atteindre un but, celui-ci semble toujours s’éloigner davantage de nous? En fait, il y a tant de choses sur lesquelles je travaille et elles semblent toutes se détériorer davantage. La moindre lumière que Vous pouvez envoyer sera une aide formidable non seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux que j’essaie d‘aider ».

 

            « Il y a diverses raisons, répondit Dieu. Les choses que vous vous efforcez d’accomplir avec tant d’implication peuvent n’être pas les choses que vous voulez au fond ou dont vous avez réellement besoin. Une autre raison peut être que vous n’êtes pas encore prêt ou préparé pour accomplir ces choses. Ou encore, ça pourrait dépendre du chronométrage. Vous devez apprendre à lire les signes du temps. Un bon fermier sait quand semer et quand moissonner. Il ne moissonne pas quand il doit semer ou ne sème pas quand il devrait moissonner. »

 

            Ces raisons me paraissaient trop ordinaires pour être des « Réponses de Dieu », aussi je poussai la question plus loin. « Je pensais que n’importe quel temps était un bon ou un temps propice. Comment connaître ce chronométrage ? Comment trouver le temps exact ? »

            « C’est vrai, reprit Dieu,  que tout temps est un bon temps, mais vous devez chercher à savoir si c’est le temps exact. L’hiver est un bon temps, mais plantez-vous des roses dans la neige ? Une journée orageuse est une bonne journée, mais est-ce une journée pour faire de la voile ou pêcher ? Il y a des cycles dans l’univers, dans le monde et dans votre vie. Apprenez à trouver les cycles et à les utiliser à votre avantage. Les projets commencés au bon moment auront beaucoup plus de succès que s’ils étaient commencés à n’importe quel autre temps. »

            « Ça sonne comme de l’astrologie. Y a-t-il vraiment quelque chose d’important dans cette ‘science’ ? »

            « J’aime les devinettes – les mots croisés, les casse-tête et beaucoup d’autres choses semblables. Les choses seraient réellement monotones sans défis. Mais bien que les devinettes soient des défis, on vous donne des indices. Vous avez plusieurs systèmes qui vous guident dans votre vie terrestre. Depuis les temps antiques, les marins ont utilisé les étoiles pour naviguer en haute mer. Vous pouvez également utiliser les étoiles pour naviguer sur les mers de la vie. Comment pensez-vous que ces Trois Mages venus de l’Orient ont trouvé notre petit enfant Jésus ? Ne vous souvenez-vous pas de l’histoire ? Ils étudièrent les cieux. Ils virent une étoile et ils furent capables d’interpréter correctement les signes. Vous pouvez appeler ça astrologie, navigation céleste ou autre chose qui vous plaît.»

 

            « Une personne ordinaire peut-elle utiliser ces choses pour sa propre gouverne ? » Demandai-je.

            « Même aujourd’hui, dit-Il,  il y en a beaucoup qui se dirigent selon les signes qu’ils lisent. Ces signes, astrologiques ou autres, ne sont pas donnés comme des béquilles, mais comme des poteaux indicateurs. Ils ne déterminent ni prédestinent ce qui va vous arriver. C’est vous qui le faites. Ils ne font que montrer le chemin. C’est vous qui faites le voyage. Ne prenez pas la carte pour le territoire. »

 

            « La plupart de mes animaux sont plus conscients des cycles et des signes que ne le sont les humains. Remarquez comme ils semblent conscients de l’arrivée d’une tempête ou d’un séisme. Ils ne bloquent pas les messages qu’ils reçoivent. Mais vous, le chef-d’œuvre de Ma création sur terre, vous êtes remplis de tellement de doutes, d’inquiétude et de crainte que vous ne pouvez même pas vous entendre penser. Vous ne pouvez même pas M’entendre vous parler. Vous choisissez même d’ignorer les signes que je vous ai donnés.

 

            « Pourtant, ces signes sont à la disposition de tous. Pendant  votre sommeil vous avez des signes et des indications par vos rêves. Dans vos périodes d’éveil il y a aussi autant de signes utiles pour vous guider et assurer votre bien-être. Prenez par exemple, la lecture des plaques minéralogiques des voitures. Une fois de temps en temps, regardez un tableau d’annonces. Ou peut-être, qu’une chanson à la radio vous donnera un indice. Ouvrez un livre, n’importe lequel, à n’importe quelle page et voyez ce qu’elle vous dit. Il y a des ‘sermons écrits sur des pierres’, si vous prenez le temps de regarder, d’écouter et d’être ouvert pour recevoir l’information. »

           

            Un vent léger se leva et les voiles ondoyèrent. Le son des mats qui grinçaient se joignait à l’océan pour créer une magnifique chanson éolienne. Je n’avais plus aucun désir, mais seulement celui de rester là pour toujours et d’écouter parler Dieu. J’étais maintenant capable de détecter une faible lumière brillante autour de Lui. J’avais vu cette lumière autour de Gédéon avant, mais pour la première fois je la voyais aussi autour de Marla.

 

            Dieu continua. « Ne pensez pas que vous pouvez me parler seulement de choses sacrées, saintes ou spirituelles. Comme vous pouvez voir, j’apprécie avec joie beaucoup de choses, même une croisière. Ne craignez pas de me faire confiance. Je suis plus près de vous que l’air que vous respirez. »

 

            Pendant que j’en avais l’opportunité, j’ai pensé le questionner sur mon avenir, car je sentais que notre rencontre tirait rapidement à sa fin. « Seigneur », demandai-je, « est-ce que mon existence pendant les prochains mois ou les prochaines années sera plus facile qu’elle ne l’a été jusqu’à présent? »

 

            « Le chemin que vous avez choisi pour vous-même en sera un difficile mais glorieux. Vous aurez besoin de toute la force et la foi que vous pouvez rassembler pour ce qui vous attend. Mais vous en viendrez à bout. Quant à moi, vous en dire plus pourrait vous détourner du chemin que vous vous êtes tracé vous-même. En vivant les mois qui s’en viennent, souvenez-vous que vous n’êtes jamais seul. Parfois étendez la main pour prendre la mienne. Vous serez surpris de l’aide qu’elle peut vous apporter. Où que vous soyez, je suis là avec vous. »

 

            Un peu de tristesse se mêlait à cette rencontre personnelle. Gédéon me regarda et dit : «  Il est temps de partir maintenant, John. »

            « Faut-il vraiment que je parte ? » Demandai-je.

            Dieu répondit, « Oui, John, mais rappelez-vous ce que vous avez appris ici aujourd’hui. Vous en aurez besoin. » Se tournant vers Gédéon et Marla, Il dit, « John n’a pas besoin de s’inquiéter du trafic aujourd’hui. Veuillez vous assurer qu’il retournera à son bureau sans problème. » Il me regarda de nouveau et alors qu’Il disait : « Allez en paix », j’eus l’impression de L’avoir toujours connu.

 

            La scène se mit à disparaître. Il y eut un court silence puis je me trouvai avec Gédéon, une fois de plus, assis dans ma voiture où elle était garée. Marla n’était plus là. Gédéon murmura : « Le Seigneur agit par des voies mystérieuses », et puis, lui aussi disparut. Tout en essayant de me ressaisir moi-même, je restai assis là un peu plus longtemps. Alors, comme quelqu’un qui se réveille d’un rêve, je sortis pour entrer au bureau.


Chapitre douze

 

            Les fils de l’histoire tissent d’étranges motifs dans la toile du temps. Bien que la tapisserie apparaisse parfois mystérieuse et complexe, le produit final est invariablement un travail d’artiste. Souvent, on ne peut voir la figure d’ensemble à partir de la perspective limitée d’une petite portion d’une existence. C’est en ouvrant plus grand notre esprit et en faisant confiance au flot universel qu’il est possible de trouver un sens à ce qui peut être considéré comme un non-sens ou (en anglais) « none (aucun) sens ».

 

            Une fois, c’était à la fin du seizième ou au début du dix-septième siècle. Loin au-delà des mers dans l’ancien pays de Bharat, connu aujourd’hui comme l’Inde, de grandes forces  étaient à l’œuvre. Quelque part dans la partie centrale nord de ce pays, dans une région habitée par les descendants des terribles guerriers Rajput, le Maharajah Jai Singh II avait déjà accompli de formidables avancées scientifiques dans la cité rose et lavande de Jaipur.

 

            Un jeune garçon, âgé de 10 ans environ, servait à la cour du puissant Jai Singh. Le nom de ce garçon, appelé d’après celui d’un autre gouverneur puissant des jours anciens, était Mahn Singh. Il était très versé dans les histoires qu’on racontait à la cour. Il passait de nombreuses soirées à écouter en silence et dans le ravissement, les histoires et les légendes que se racontaient les uns aux autres des visiteurs venus de pays lointains. Devenu plus âgé, Mahn Singh rêvait de ces terres lointaines au-delà des mers et répétaient les histoires qu’il avait entendues à la cour.

 

            Des milliers de kilomètres au-delà des océans, l’Angleterre avait une nouvelle reine. Élisabeth Première, fille d’Henri VIII, fut un monarque sage et puissant. Elle était constamment en guerre avec l’Espagne, qui était gouvernée par Philippe II. Dans tous ses efforts pour conquérir l’Angleterre, Philippe II envoya l’armada espagnole. La défaite de l’armada n’empêcha pas l’Espagne de tenter la colonisation de certaines parties de l’Amérique du Sud et des îles des Caraïbes.

 

            Lors d’une des expéditions espagnoles conduite par Don Pedro da Silva, un jeune marin nommé Juan Martinez contemplait une tempête qui approchait. Grande fut la force de cette tempête et quand elle s’abattit l’équipage tout entier disparut, sauf un. Tous sauf Juan Martinez périrent. Il réussit à survivre en s’accrochant à une épave qui flottait. Des jours passèrent sous un soleil tropical torride jusqu’à ce qu’enfin, les flots le rejetèrent, délirant et déshydraté, sur une plage, où il fut rescapé par une étrange bande de guerriers. Il avait dérivé dans l’estuaire de ce mystérieux fleuve de l’Amérique du Sud appelé l’Orénoque.

 

            On raconte que Juan Martinez a été emmené dans une cité appelée Manoa, gouvernée par une figure légendaire connue sous le nom d’El Dorado – Celui qui est en or. La cité était en effet magnifique. Les rues étaient pavées d’or et les maisons et les temples reflétaient glorieusement les rayons du soleil matinal. Juan Martinez vécut  plusieurs années parmi les habitants de ce pays, d’où il réussi à s’échapper un jour pour raconter son histoire.

           

Un de ceux qui entendirent parler de cette histoire d’El Dorado fut Sir Walter Raleigh, ami et confident d’Élisabeth I d’Angleterre. Plusieurs expéditions furent organisées dans la région de la côte nord de l’Amérique du Sud appelée la Guyane. C’était là que Sir Walter Raleigh et d’autres pensaient trouver cette légendaire cité de l’or.

 

            Dans cette recherche de l’El Dorado, plusieurs ont perdu la vie. Dans les jungles profondes de la Guyane on pouvait trouver la Jaune Allamanda et la Rouge Amaryllis. Il y avait aussi le magnifique Cereus à pétales qui fleurit à minuit une fois tous les sept ans, puis se flétrit quand le soleil matinal revient. Mais on n’a pas pu trouver un pays de richesse et de bonheur ou une cité de l’or. Pendant plusieurs siècles les combats pour conquérir la Guyane continuèrent jusqu’à ce que, à la fin, le pays soit annexé à l’Empire Britannique.

 

            Entre temps, le petit garçon Mahn Singh, qui avait passé beaucoup de temps à la cour du Maharajah Jai Singh II, était devenu un vieil homme. Il employa ses derniers jours comme ceux de ses jeunes années, à raconter des histoires des pays lointains, cette fois à ses petits-enfants et à ses arrière-petits-enfants. Un de ses arrière-petits-fils surtout aimait poser des questions aux vieux Mahn Singh. Bien qu’encore tout jeune, Jung Bahadur Singh pouvait questionner Mahn Singh pendant des heures sur des pays lointains et sur différents peuples. Le jeune Singh apprenait aussi l’histoire des héros du Ramayana autant que des pays de l’Ouest où beaucoup d’aventures attendaient les braves et infatigables pionniers qui osaient voyager au-delà de leur pays natal.

 

            Jung Bahadur Singh était dans la vingtaine quand il entendit dire que des gens de son pays traversaient l’océan pour aller travailler dans les plantations de sucre dans une contrée lointaine appelé la Guyane. Jung Bahadur Singh, arrière-petit-fils de Mahn Singh, entendit l’appel et, en compagnie de plusieurs autres jeunes gens vigoureux, fit voile vers la colonie Britannique de l’Amérique du Sud.

 

            Si les conditions aux Indes étaient difficiles, les conditions en Guyane semblaient presque impossibles. De très bonne heure le matin jusqu’à la nuit le soir, Jung Bahadur Singh travaillait dans les champs. Il éleva sa famille du mieux qu’il a pu. Se battant contre la jungle envahissante d’un côté et contre la mer sans répit de l’autre afin de sauver sa petite ferme, il persévéra et lutta jusqu’au jour de sa mort. Mais le fils de Jung Bahadur Singh grandit dans le petit village près de l’océan et se rappelait les légendes du pays d’où son père était venu.

 

            Le village se développa et prospéra et un jour, le fils de Jung Bahadur Singh nommé Harricharan Nian Singh, planta ses propres récoltes et éleva ses propres moutons et ses propres bestiaux. Les marées du temps roulèrent et éventuellement il eut un fils. Nian Singh passa beaucoup de temps avec son fils, qui plus tard, coupant radicalement avec la tradition indoue, serait appelé John, Il lui enseigna les coutumes de l’Occident et la sagesse de l’Orient, croyant qu’un mélange des deux serait meilleur qu’une seule. Comme ses aïeux avant lui, Nian Singh travailla dans les champs et les fermes pour pouvoir assurer à son fils une éducation dans les meilleures écoles du temps. John apprit beaucoup de choses, et un jour, comme le fit son grand-père, il quitta sa terre natale et voyagea vers une terre nouvelle - les Etats-Unis d’Amérique.

 

            Étrange est le motif que le Tisseur crée quand les fils du temps et de l’espace sont réunis ensemble. Même depuis que j’abordai sur ces rives la première fois, j’avais utilisé un mélange des philosophies Orientale et Occidentale qui m’ont bien servi, sauf pour les quelques dernières années ou, peut-être devrais-je dire, en dépit des dernières années. Quand j’ai rencontré Gédéon la première fois, ma carrière et ma stabilité financière allaient être mises à l’épreuve. J’ai vu s’effondrer lentement des choses auxquelles j’ai consacré toute ma vie à bâtir. Même la rencontre avec Dieu dans la Grande Cité ne m’avait pas préparé à ce qui allait suivre, Et ce qui arriva fut absolument dévastateur. Gédéon était loin de mon esprit quand on me reprit ma voiture. Dieu me paraissait bien distant quand les créanciers me poursuivaient tous les jours.

 

            Tout ce que j’étais arrivé à croire semblait se désintégrer. La colère, la frustration, la peur et le malheur me submergèrent complètement. Mes amis disparurent, me laissant croire tout d’abord qu’ils n’avaient jamais été des amis. Les deux ou trois qui me restaient firent leur possible pour m’aider. Même mes frères et mes sœurs élevèrent la voix de colère et de dégoût devant mon incapacité à rembourser l’argent que je leur devais. Avec le temps, je suis rapidement devenu un proscrit. Je  me souviens très bien comment, au milieu d’un hiver, ma femme et mes enfants s’entassèrent autour d’un petit poêle électrique parce que la compagnie d’huile avait fermé notre réservoir. Des larmes me coulaient des yeux quand j’ai demandé avec insistance, mais en vain, à la compagnie de téléphone de ne pas couper le service. Où était Gédéon dans tout cela ?

 

            Les questions n’étaient pas nouvelles, des milliers de personnes infortunées les avaient posées pendant des siècles. Pourquoi dois-je tant souffrir ? Et si je dois souffrir, pourquoi ma famille et mes amis doivent-ils endurer cela avec moi ? Tout ce que j’avais tenté de faire, c’était de gagner une vie décente tout en traitant bien mes employés et d’autres. J’avais essayé de vivre selon le vieux commandement d’ « agir avec justice, d’aimer le pardon et de marcher humblement avec Dieu ». Mais en dépit de mes efforts, tout s’est effondré – et vite. Après la perte de la compagnie, le confort et la sécurité que nous avions connus comme famille se sont évaporés comme brume au soleil  matinal.

 

            Nous avons perdu notre maison et la plupart de nos biens. Nous avons dû vendre les quelques pièces de mobilier qui restaient pour acheter de la nourriture. L’un des plus difficiles sacrifices que je fus forcé de faire fut d’abandonner Rajah. C’était lui qui était assis près de moi quand je conversais avec Gédéon. Dépassé et découragé, j’ai commencé à remettre en question tout ce que je tenais pour sacré. La question n’était pas « Où est Gédéon ? » mais, « Où est Dieu ? » Dans la suite, je me suis efforcé de repartir à nouveau en déménageant dans un autre état.

 

            Et puis, tel un coup final, mon père, descendant de Mhan Singh de Barath, mourut. Nombreux furent les moments douloureux que j’ai passés dans la solitude mais, une nouvelle compréhension commença à luire dans mon esprit. Au cours des soirs tranquilles quand  je revenais du travail en voiture, je pouvais encore entendre sa voix dans ma tête.

 

            Comme nous échangions un soir, je pensais combien Gédéon avait été absent au cours de mes difficultés. Pourquoi ne pouvais-je pas le voir quand j’avais le plus grand besoin de lui ? Soudainement, le son d’une sirène me fit regarder dans mon rétroviseur. Effrayé, j’aperçus les lumières clignotantes d’un policier de la route se préparant à m’arrêter. Pas  maintenant, pas maintenant ! Je n’ai pas les moyens de payer une contravention. Absorbé dans mes pensées, j’ai dû oublier la limite de vitesse. Je gagnai l’accotement de la route et fouillai nerveusement dans les papiers du tiroir à gants en attendant le policier. Avec appréhension, je me retournai pour apercevoir le visage souriant d’un homme barbu et j’ai failli échapper les papiers, complètement surpris. « Je me suis fait attraper…Gédéon ! Vous… Quoi… Je veux dire… » Je ne pus continuer. Son sourire s’élargit alors que je ne faisais que le regarder, muet d’étonnement.

 

            « Bien, au moins dîtes-moi ‘Bonjour’, suggéra-t-il. »

            « Ça fait plaisir de vous voir de nouveau mais, après combien de larmes ! Où étiez-vous donc ? » Ponctuai-je.

            « J’ai seulement pensé que vous auriez éclaté de rire et, si je me souviens bien, vous vouliez me voir. »

            « Où avez-vous pris cette voiture ? »

            Comme si c’était la procédure normale, il répondit calmement : « Je l’ai créée. » Ignorant sa réponse, je dis : « J’avais l’intention de vous parler, mais nous ne pouvons pas rester ici. »

            « C’est pourquoi je suis venu. Je vous verrai à 10 heures demain matin. Voici l’adresse. Nous aurons alors beaucoup de temps pour parler. » En me tendant un bout de papier, il me donna une tape sur l’épaule, me salua, se retourna vers sa voiture. Je lus l’adresse puis regardai dans le rétroviseur. Il était parti – évanoui – comme d’habitude.

 

            Je pouvais à peine retenir mon excitation au volant pendant tout le trajet jusqu’à la maison. Demain je le reverrai. J’ai un tas de questions et, cette fois, je voulais des réponses. Demain nous verrions, pensai-je en empruntant mon chemin.


Chapitre treize

 

            Le matin arriva et j’ai préparé ma rencontre avec Gédéon. Je me sentais calme et maître de moi, sans nier pourtant une certaine excitation sous-jacente. À cause de mon récent déménagement, je n’étais pas encore familier avec plusieurs rues locales. Finalement, sous le coup de la frustration, j’allai consulter une carte de la région pour trouver la rue, puis je remontai dans ma voiture et partis.

            À l’adresse désignée, je me rendis à la porte principale et sonnai avec un peu d’anxiété. Une femme grisonnante ouvrit la porte, me sourit et me dit : « Veuillez entrer. Vous devez être John. Gédéon vous attend.» Je la remerciai et entrai. J’aperçus Gédéon dans le salon et m’avançai pour lui serrer la main. Tout en me tendant la main, il sourit et me fit signe de m’asseoir. J’étais plein d’impatience. Le silence m’entoura. Parfois, quelques secondes peuvent sembler une éternité.

            « Alors, comment allez-vous, Gédéon ? » demandai-je finalement. N’importe quoi pour partir la conversation, pensai-je.

            « Comme d’habitude, John, je contribue à la compagnie, en faisant ce qui a besoin d’être fait », répondit-il comme il se doit.

 

            « Eh bien, votre compagnie était sans doute bien occupée car je n’ai pas eu de nouvelles de vous depuis fort longtemps. Où étiez-vous donc ces dernières années, Gédéon ? J’aurais pu profiter d’un coup de main. Au contraire, je me suis senti abandonné, aussi bien que trahi, par vous et même par Dieu. Rappelez-vous, nous L’avons rencontré dans la Grande Cité, n’est-ce pas ? Était-ce un total non-sens… une illusion ? Mon esprit fatigué me jouant des tours cruels ? »

            « Non, pas du tout un non-sens. Loin de là. Nous étions avec vous tout le temps. Vous étiez si aveuglé par ce qui semblait vous arriver, si rongé par l’apitoiement sur vous-même que vous n’étiez même pas conscient de notre présence. »

 

            Je voulais crier de rage, mais je m’efforçai der me contenir. « Gédéon, je me suis promené et je me promène encore dans un vrai champ de mines de confusion et de souffrance. J’ai perdu mes maisons, mes terres, mon père, ma compagnie, presque toute ma dignité et ma confiance en moi. On a diagnostiqué un cancer chez ma femme. Ses parents sont également soignés pour cette maladie. Ils n’ont  aucune assurance médicale – à peine un peu d’argent. Je veux dire, combien une personne peut-elle en prendre ? Vous ne savez pas ce que c’est… probablement que vous n’en ayez même pas cure. »

 

            Il m’interrompit. « Oui, je connais tout cela. Mais vous avez gagné de la force, de l’humilité, de la sagesse et beaucoup plus. Jim Elliot, un martyr, a dit une fois, ‘Il n’est pas fou celui qui donne ce qu’il ne peut pas garder pour gagner ce qu’il ne peut pas perdre’. Les choses qui sont importantes, vous les avez encore, et encore plus aujourd’hui. Votre dignité et votre confiance en vous sont encore avec vous, mais, plus que tout, vous retrouvez le sens de votre projet. »

            « Le sens de mon projet au sujet de quoi ? »

            « Au sujet de ce que vous êtes venu faire ici. »

            « Ce que je suis venu faire ici ? Ça me dépasse. Je n’ai aucune idée de ce que je suis venu faire ici, sauf, peut-être, de vivre, de travailler et de me battre jusqu’à la mort. »

 

            « N’avez-vous pas l’impression que vous avez quelque chose d’important à faire en cette vie ? » Demanda-t-il.

« Oh certes, tout le monde ne le doit-il pas ? Survivre – passer au travers d’aujourd’hui, puis recommencer et lutter avec demain. De toute façon, pourquoi n’êtes-vous pas resté aux alentours pour m’aider quand j’en ai eu besoin ? Pourquoi ne m’avez-vous pas dit ce qui devait m’arriver ? Vous le saviez, n’est-ce pas ? »

 

« Évidemment, que je le savais. Mais si je vous en avais parlé, vous auriez probablement abandonné et n’auriez jamais atteint l’étape actuelle. »

« Cette étape n’est pas beaucoup meilleure que n’importe quelle autre étape au long du chemin, Comme vous pouvez probablement voir, je ne gagne même pas assez d’argent pour nourrir ma famille. C’est tout ce que je peux faire pour joindre les deux bouts. J’ai lutté si durement, mais il ne semble jamais y avoir de progrès. Tout ce que je fais, c’est de lutter. Pourquoi m’arrive-t-il toujours des malheurs, Gédéon ? »

« Il arrive parfois de mauvaises passes et de bonnes passes peuvent se produire la plupart du temps. Cela dépend comment vous les considérez, John. »

« Là vous continuez encore à me servir vos énigmes. Pourquoi ne répondez-vous pas à mes questions ? N’avez-vous jamais subi de mauvaises passes ? »

« Oui ! Des choses déplaisantes me sont souvent arrivées. Mais c’était quand je ne faisais pas attention à ce que j’étais et à tout le pouvoir mis à ma disposition. Ce n’est qu’après avoir réalisé que j’étais le donneur et le don, le créateur et la création, le maître et l’élève que j’ai appris à changer les choses que vous appelez les circonstances. La vie est devenue alors beaucoup plus agréable. Vous pensez que vous avez vécu des temps difficiles ! Parlons donc des temps difficiles !

 

« C’était dans un autre temps et dans un autre endroit, il y a des milliers de vos années terrestres, au temps des Israélites et des Madianites. Pour une raison quelconque, les Madianites avaient conquis mon peuple et nous avons terriblement souffert. Pendant sept longues années les Madianites ont parcouru le pays et tout détruit sur leur passage. Ils prirent nos moutons et nos bestiaux, nos grains de semailles, tout ce qu’ils pouvaient trouver. Ils ont tué nos hommes, violé nos femmes et réduit nos enfants en esclavage. En dépit de tout cela, nous avons gardé notre foi et avons continué la lutte.

 

« Les Madianites traversaient le pays sur des chameaux rapides. Ils semblaient innombrables. Ils arrivèrent comme une nuée de sauterelles, détruisant et dévastant tout au point que nous avions perdu tout espoir. Entre temps, mon père Joas avait caché un peu de grain aux Madianites et un soir, alors qu’il ne faisait pas complètement noir, je suis venu près du pressoir à vin battre du grain pour avoir un peu de nourriture. Près du pressoir se dressait un chêne géant. Quand je regardai le chêne, un homme que je n’avais jamais vu se tenait à côté ; il vint vers moi et leva sa main en signe de salut. Soupçonnant toujours la présence d’espions, j’étais mort de peur. Mais l’homme souriait et semblait plutôt amical. Peut-être était-il un messager de Dieu, mais j’avais alors trop peur pour le questionner.

« Je restai là tout tremblant, quand il me dit : ‘ Salut à vous, homme de grande valeur, le Seigneur est avez-vous. ‘

« Je fus intrigué par son salut mais je rassemblai tout mon courage pour lui poser une question, semblable à celle que vous m’avez posée plus tôt. ‘Si le Seigneur est avec moi, comment se fait-il que les Madianites ont détruit notre pays, tué notre peuple et fait de nous leurs esclaves ? Qu’est-ce que ça aurait été si le Seigneur n’avait pas été avec moi ?’

« La réponse qu’il me donna ne voulait rien dire pour moi à l’époque. ‘Rassemble ta force et délivre ton peuple des Madianites,’ dit-il.

« Je suis presque parti à rire, mais voyant que l’étranger était sérieux, je dis : ‘Mon clan est le plus faible dans la tribu de Manassé et je suis le moins important dans ma famille. Comment puis-je faire quelque chose de tel ?’

« La réponse à ma question est la même que celle que j’ai donnée à la vôtre. L’homme dit, ‘ Le Seigneur sera avec vous et vous battrez les Madianites comme un seul homme’.

« Vous voyez. John,  la situation était vraiment désespérée. Mais cette nuit-là je me mis à penser que si je croyais réellement en moi-même et en ce pouvoir qu’on appelle Dieu, je pouvais faire n’importe quoi. La suite, c’est l’histoire – avec seulement trois cents guerriers, nous mîmes les armées de Madian en fuite. J’ai ainsi obtenu toute la richesse, tout le pouvoir et tout le bonheur que je pouvais désirer et j’ai vécu très vieux. Quand je mourus ils m’ont déposé dans le tombeau de mon père Joas à Ophra. »

« Ainsi vous avez vécu sur terre avant notre époque, Gédéon ? »

« Évidemment. Plusieurs fois. »

« Vous rappelez-vous toutes ces fois ? »

« Seulement celles que je veux. Mais chaque fois, il y avait quelque chose d’important à apprendre. Dans cette expérience avec les Madianites j’ai appris l’importance de croire en moi-même et en mon Dieu. J’ai appris que peu importe que les choses paraissent mauvaises, si vous choisissez de les changer et si vous avez un but précis en tête, vous pouvez triompher. Vous avez eu plusieurs leçons de ce genre à d’autres époques mais vous les avez oubliées. C’est en vous  rappelant et en appliquant ce que vous avez déjà appris que vous trouverez les réponses à vos problèmes actuels».

« Comment faire pour me rappeler ces choses ? Et comment peuvent-elles être vraies ? »

« Que voulez-vous dire par ‘Comment peuvent-elles être vraies’ ? Pouvez-vous me dire comment un arbre grandit, ou comment un oiseau vole ? Pouvez-vous expliquer comment le monde fonctionne ? Écoutez votre cœur et votre âme pendant vos moments de tranquillité et vous verrez combien de choses vous vous rappelez et combien de choses vous savez. La porte de l’âme ouvre par l’intérieur et la méditation est la clé qui débarre cette porte. Vous avez appris à beaucoup de gens comment méditer et pourtant, vous ne prêtez pas attention à vos propres instructions. ‘Médecin, guéris-toi toi-même !’ »

 

D’un ton rempli d’humilité, je demandai : « Gédéon, qu’est-ce qui m’arrive ? »

Il me regarda avec des yeux remplis d’une immense compassion et me parla de façon si sympathique que j’étais quelque peu embarrassé par la manière dont je l’avais provoqué. « Voyez ». Dit-il, « Ce qui vous arrive n’est que ce qui devait arriver. Vous êtes en train de vous redécouvrir. Vous passez par une super lessive – ce n’est pas une expérience plaisante quand elle se produit, mais quand vous en sortez vous êtes net. L’or véritable doit passer par le feu. Vous avez passé par bien des souffrances. Le temps des pleurs est pratiquement passé. N’abandonnez pas maintenant. Vous êtes presque rendu. »

 

« Voulez-vous dire que tous ces malheureux événements des dernières années avait un but ? »

« Toute chose a un but même si vous n’en êtes pas toujours conscient. L’abeille pense qu’elle ne prend que le nectar de la fleur, pourtant, en le faisant, elle assure la pollinisation et aide à la création des fruits. Il y a une importante raison de votre présence ici. Vous devez maintenant commencer à utiliser quelques-unes des leçons que vous avez apprises de votre expérience de sorte que vous puissiez négocier comment vivre une vie joyeuse, fructueuse et paisible. »

 

On frappa à la porte et Marla entra, elle que je n’avais pas vue depuis des années. Je me levai et pris la main qu’elle me tendait. « John, dit-elle, c’est un plaisir de vous revoir. Pendant un certain temps, là, nous pensions que vous ne vous en sortiriez pas. » Elle souriait en s’asseyant près de Gédéon.

Gédéon regarda Marla et demanda : « Comment ça va avec le système 22 ? »

            Ils se tournèrent vers moi tous les deux alors que Marla répondait : « Tout va bien. John aimerait peut-être y faire une petite visite, ne pensez-vous pas ? »

            Gédéon  répondit avec beaucoup de sérieux : « Je ne sais pas s’il est déjà prêt, mais je vais consulter le Chef. »

 

            « Qu’est-ce que c’est le système 22, Gédéon ? » Je sentais qu’on me préparait quelque chose.

            « C’est un système totalement différent de celui-ci. Toutefois, il faut une certaine préparation avant d’être capable d’y aller. En fait, un voyage a été organisé pour vous. Nous devons seulement nous assurer une fois de plus que c’est le bon temps et que vous êtes prêt. Je vous en informerai bientôt. »

 

            « Je sentais bien que tout autre questions au sujet du système 22 resterait sans réponse, aussi je n’insistai pas. C’était un plaisir pour moi de revoir Gédéon et Marla. « Est-ce que je vais vous voir maintenant deux fois plus souvent ? » Demandai-je.

            « Plus souvent que vous pouvez le désirer », répondit Marla. « Et on m’a demandé de vous fournir toute l’aide dont vous avez besoin et de vous assister dans votre processus de croissance. »

            « Ça sera réellement d’un grand secours », répliquai-je tout heureux.

            Nous nous sommes salués et je quittai mes amis d’un autre monde encore un peu dérouté, mais sachant que je les reverrais bientôt.


Chapitre quatorze

 

            Une semaine s’était écoulée depuis ma dernière rencontre avec Gédéon et Marla. Il ne restait que quelques jours avant Noël et, comme de nombreuses familles, nous nous préparions à cette fête. À peine capables de nous procurer un arbre, nous nous sommes contentés d’un pauvre « artificiel » et avons consacré une grande partie de la fin de semaine à orner, illuminer et décorer la maison. Fatigué et heureux d’avoir pu utiliser presque tout ce que nous avions, je tombai d’épuisement dans mon lit.

 

            Je m’étais à peine endormi quand, soudainement, je me sentis tout à fait réveillé de nouveau. Mais être réveillé cette fois était cependant, un peu différent. C’est comme si je flottais dans l’air. Je me sentais tout d’abord désorienté, tout en étant animé d’un sentiment de curiosité et de liberté. En regardant en bas, je vis mon corps reposant paisiblement endormi entre les draps ; je me sentais toutefois complètement éveillé, conscient et capable de penser. J’inspectai tout autour de moi et trouvai la chambre telle que je la connaissais. J’avais, semble-t-il, un corps, mais il était beaucoup plus léger que celui auquel j’étais habitué. Je suis peut-être mort, pensai-je, pourtant je me sentais plus vivant que jamais. Je commençais à paniquer, quand j’entendis une voix dans ma tête. « Regardez derrière vous, John », disait-elle.

 

            Immédiatement, je me retournai et aperçus Gédéon et Marla. « N’ayez pas peur, mon ami, dit Gédéon, vous faites l’expérience de ce qu’on appelle l’état de sortie-du-corps. Le corps que vous avez actuellement  vous permet de voyager plus loin et plus vite et, bien sûr, plus efficacement que si vous étiez dans votre corps physique. »

 

 Pas tout à fait rassuré encore, je demandai à Gédéon, « Êtes-vous vraiment certain qu’il est sécuritaire de sortir de mon corps de cette façon ? Je veux dire, n’y a-t-il pas un danger que je ne puisse y retourner ? »

            « Pas du tout, John. Vous êtes en parfaite sécurité. Habituellement, la plupart des gens le font durant leur sommeil. Toutefois, la plupart ne s’en souviennent pas à leur réveil le matin. »

            « Dans quel but alors ? Pourquoi je le fais ?

 

            Marla prit la parole. Je ne veux pas dire que sa voix m’est parvenue à travers la chambre, mais c’est comme si je l’entendais dans ma tête. « Allons à un endroit plus confortable et nous vous dirons ce qu’il en est. » Elle s’avança et prit ma main. Gédéon s’empara de l’autre et, tous les trois nous nous envolâmes soudainement à travers le toit. Nous avons volé au-dessus de la maison et des arbres jusqu’à ce que, sortant d’un brouillard, nous nous sommes retrouvés sous un arbre dans une clairière. Tout près coulait un gentil ruisseau et la lune au-dessus de nous éclairait de beaux nuages ouateux. Enveloppés d’une agréable et confortable chaleur, nous étions immunisés contre le froid et les intempéries. Derrière moi, comme s’étendant jusqu’à l’infini, il y avait une étroite lumière argentée, quelque chose ressemblant à une corde brillante. Gédéon, comme s’il lisait dans mon esprit, dit : « Nous vous parlons par nos pensées, John. Sans le corps physique vous n’avez pas besoin de voix physique ou d’oreilles. Vous nous entendrez, et nous vous entendrons aussitôt que nos pensées seront dirigées ainsi. Incidemment, cette corde brillante que vous voyez, c’est la corde d’argent qui vous relie à votre corps physique. Votre ‘Force Vitale’ soutient le corps en vie au moyen de la corde d’argent. »

 

            Marla ajouta : «  Nous utilisons cette façon de voyager quand nous avons un projet spécial à réaliser. C’est un voyage d’essai en vue de ce que vous allez faire dans quelques jours. Vous rappelez-vous que nous avons mentionné le Système 22 lors de notre dernière rencontre ? Eh bien, votre visite a été approuvée. Nous devons vous en dire un peu plus à ce sujet, toutefois, avant  de vous y amener. Il s’agit, en quelque sorte, d’une mini-orientation. »

            « Bien, j’écoute », dis-je.

            « Comme vous vous le rappelez, vous avez déjà visité le Quartier Général mondial des Entreprises G & M, continua-t-elle.  Là vous avez rencontré le Chef et avez eu le plaisir de converser avec Lui personnellement. » Je pensai alors que ce serait agréable d’être assis sur une bonne chaise en écoutant Marla. La pensée m’avait à peine effleuré l’esprit que je me suis retrouvé étendu sur une chaise confortable. Marla et Gédéon se trouvaient dans la même position.

 

            Gédéon expliqua : « Quand vous êtes en dehors de votre corps comme maintenant, John, vos pensées se matérialisent à la vitesse de la lumière, ou plutôt à la vitesse de la pensée. La même chose peut se produire quand vous êtes dans votre corps, évidemment, mais alors vous devez compter avec le concept appelé ‘temps’. Aussi, le contrôle de ses pensées est aussi essentiel ici que là. Comme un homme pense…, vous vous rappelez ? »

            Formidable ! Quel endroit fantastique ! » M’écriai-je. Est-ce que si je pensais à toutes sortes de choses, plaisantes ou autres, elles apparaîtraient ? »

            « Ici, immédiatement, là, bientôt ou plus tard. Mais elles apparaîtront aussi sûrement que le jour suit la nuit. De la même manière, toutefois, si vous vous concentrez sur des choses désagréables, elles seront également créées. Il s’agit d’une loi universelle, John. Pensez et espérer du bien et vous l’obtenez. Pensez et espérer du mal, vous l’obtenez également. C’est une épée à deux tranchants, vous voyez. Vous ne pouvez pas en obtenir une sans aussi pouvoir obtenir l’autre, car autrement, où serait votre pouvoir de choisir ? » Comment pourriez-vous exercer votre choix si on ne vous donnait qu’une seule alternative ? Alors, puisque le pouvoir de choisir est un des plus importants dons reçus de votre Créateur, vous devez au moins avoir deux choix et la plupart du temps, plusieurs, beaucoup plus. Voilà la simplicité et la complexité de la chose. »

 

            « Hé ! Gédéon, ce n’est pas aussi simple que je pensais après tout. »

            « Simple, ça l’est, mais facile, non. La plupart de vos grands enseignants à travers l’histoire ont parlé de la sagesse de contrôler et de choisir ses pensées. Néanmoins, la plupart des gens ont encore beaucoup à apprendre. »

 

            Marla prit de nouveau la parole. « Quand vous voyagez à travers le temps et l’espace sur terre, vous n’êtes pas obligé de quitter votre corps physique. Vous rappelez-vous quand vous avez voyagé jusqu’à votre ancien collège et au Fleuve Ganges ? Vous avez apporté votre corps avec vous parce qu’il s’agissait d’un voyage local. Si vous devez, toutefois, voyager à un système d’étoiles différent, il est beaucoup plus efficace de le faire de cette manière, sans le corps physique.

 

            « Nous discutions justement de cette situation il y a un instant. Pour vous rendre au Quartier Général Mondial des Entreprises G & M, vous n’avez pas besoin de recourir à la méthode du voyage cosmique. Toutefois, le Système 22 est à l’extérieur de votre galaxie et c’est le Quartier Général Universel du Chef. De cet endroit, qui n’est pas un lieu dans le sens formel du terme, l’univers entier est contrôlé et mis au point selon les pensées et les besoins de ses divers habitants et formes de vie. »

 

            « Est-ce en quelque sorte un super Quartier Général à partir duquel le Tout-Puissant dirige son univers ? » Laissai-je échapper, curieux comme un enfant devant un nouveau jouet.

            « C’est seulement les quartiers généraux d’un seul univers. Il y a de nombreux univers et chacun a son propre système de contrôle. Le nôtre et le vôtre, c’est le système 22.»

            « Combien y a-t-il d’univers en tout, Marla ? »

            « Combien y a-t-il de grains de sable dans le désert ? Combien d’étoiles dans les cieux ? » Dit-elle aussitôt en réponse à ma question.

 

            Nous restâmes tous tranquilles pendant quelque temps. Je pouvais « entendre » le bruit du vent qui faisait bouger les feuilles au-dessus de moi. « Alors, il doit y avoir d’autres civilisations et d’autres peuples sur d’autres planètes et d’autres galaxies ? » Demandai-je.

            « Oui, John », répondit Gédéon. « Il y a de nombreuses formes de vie dans de nombreux univers. Elles ont été fabriquées pour vivre en harmonie les unes avec les autres. De la même manière, sur terre il y a plusieurs formes de vie, chacune étant unique et occupant sa propre place dans la structure globale de la Nature. Comme la fourmi est capable de co-exister avec l’éléphant, ainsi les humains devraient être capables de co-exister les uns avec les autres et aussi avec les diverses autres formes de vie. »

 

            « Est-ce qu’il y a d’autres civilisations plus avancées que la nôtre, Gédéon ? »

            « ‘Avancées’ n’est pas le mot exact. Il serait plus juste de dire ‘conscientes’, mais pour illustrer la question, employons le mot ‘avancées’. Y a-t-il sur terre des formes plus avancées que d’autres, plus hautement évoluées, si vous voulez ? Certes, il y en a. De même, dans l’univers, il y a des civilisations beaucoup plus avancées que la vôtre. Il y en a aussi beaucoup moins avancées. Certaines sont de véritables êtres d’énergie ou de lumière, qui n’ont nul besoin d’un corps comme vous connaissez. Elles sont si conscientes de leur pouvoir infini qu’elles créent, par leur seule pensée, tout ce dont elles peuvent avoir besoin. 

 

            « D’autres ne sont pas aussi développées et  se livrent encore aux guerres et aux autres comportements moins évolués. Mais elles sont toutes les enfants de la Première Force et elles s’efforcent toutes d’une manière ou d’une autre à atteindre l’unité avec leur Créateur. C’est la même chose avec le Créateur qui nous a faits vous et nous – Le Chef Lui-même. Nous avons un accès immédiat auprès de Lui. »

            « Serait-il possible de le voir de nouveau ? Je veux dire, comme je L’ai vu cette fois-là dans la Grande Cité ? » Balbutiai-je.

            « C’est le but du voyage vers le Système 22. Dans quelques jours, nous allons faire un voyage à nos Quartiers Universels. Là le Chef parlera de nouveau avec vous et vous pourrez poser toutes les questions que vous voudrez. Pensez et réfléchissez à ce que vous avez entendu ce soir. Nous devons vous ramener maintenant, mais quand le temps sera venu pour le voyage, nous vous en informerons. »

            Il y eut un sifflement et un éclair. Je me retournai et j’étais complètement réveillé dans mon lit. Marla et Gédéon étaient partis. Mais j’étais sûr d’une chose, ce n’était pas un rêve.


Chapitre quinze

 

            C’était le lendemain de Noël. Il avait fait très froid le matin. Mais les rayons dorés du soleil baignaient les arbres d’une beauté de givre étincelante. D’une certaine façon, je sentais au plus profond de moi-même que c’était la journée de ma visite au Système 22. Mais rien ne venait confirmer mon intuition.

 

            J’avais passé la journée de Noël à la maison avec ma famille. C’était passionnant d’aider les enfants à monter leurs jouets. Je réfléchissais aux jours de mon enfance : avec quelle exaltation j’attendais alors le jour de Noël. De mes doigts fébriles je déchirais l’emballage de mes cadeaux et, dans mon imagination débridée, je me réjouissais à l’avance de leurs contenus. Noël a peu changé avec le temps, même si, depuis mon enfance, l’esprit des Fêtes avait pris un courant entièrement commercial.

 

            Aujourd’hui, toutefois, j’avais oublié Noël et il était temps de retourner au monde terre-à-terre des affaires. Je pensais que la soirée serait paisible. Ce fut un jour tranquille au bureau et après un bon souper, quelque temps avec ma famille et des petits travaux familiaux, je me préparai pour la nuit et tombai endormi.

 

            Sans avertissement, ça s’est produit de nouveau. J’étais tout à fait réveillé et regardais mon corps en bas dormant paisiblement sur le lit. À côté de moi se tenaient Marla et Gédéon. « Il est temps d’aller au Système 22, John », dit Gédéon. Votre corps restera en repos et en parfaite sécurité durant notre absence. Vous êtes prêt ? »

 

            « Prêt comme je ne l’ai jamais été », répondis-je, et sans plus de cérémonie, ils me saisirent tous les deux par la main et nous voilà de nouveau partis. Nous avons expérimenté la même sensation de vol, puis soudainement celle d’une chute. Presque immédiatement, nous nous sommes retrouvés dans une salle immense brillamment illuminée. Elle était pleine d’étrangers qui conversaient et regardaient de temps à autre des écrans géants sur le mur. Deux jeunes gens vinrent nous trouver et nous saluèrent. «Ce sera bientôt votre tour, Gédéon », dit l’un d’eux. Ils nous amenèrent dans ce qui ressemblait à une salle d’attente. Elle était décorée avec goût, les meubles dispendieux semblaient être du même style qu’aux Quartiers Généraux de G & M. Nous nous sommes assis et servi un peu de café tout frais préparé. Je réalisai que même en dehors de mon corps je pouvais apprécier une bonne tasse de café.

            « Gédéon, quel est cet endroit ? » demandai-je.

            « C’est la première station dans la procédure de ‘transfert’ de la terre aux cieux », répondit-il.

            « Que voulez-vous dire ? Je suis franchement perplexe. »

            « Pour atteindre le Système 22 à partir de la terre il y a plusieurs point de transfert. Chaque personne qui veut y aller ou est invitée à le visiter doit d’abord passer par ces points de transfert. J’en ignore la raison précise, mais je comprends que c’est en relation avec les coordonnées espace-temps. C’est purement technique, je suppose. Il y a plusieurs de ces lieux sur terre et quelques-uns se trouvent dans ce pays. Actuellement, nous sommes dans une région que vous appelez Arizona. Il y a également des points de transfert en Californie, à Virginia Beach et au Massachusetts. Deux nouveaux sont en construction à Washington et à Atlanta.

 

            « À l’extérieur de ce pays, on compte d’autres points semblables, par exemple, au Canada, en Angleterre, en Australie et aux Indes. Quelques autres en Afrique, en Chine et ailleurs. Nous avons choisi l’Arizona pour nulle autre raison que parce que nous sommes familiers avec celui-ci. Vous voyez, nous avons fait ce voyage plusieurs fois. Cependant, nous aurions pu choisir n’importe quel autre point.

 

            « Vous constatez que nous paraissons tous avoir des corps. Ce sont des corps spirituels, non physiques, et par conséquent, ils ne sont pas soumis aux mêmes contraintes du temps, de l’espace et de la densité des corps terrestres. En réalité, le corps terrestre est une image physique de votre corps spirituel, un peu comme une peinture représente une scène réelle.  De ce point de transfert nous irons directement au Système 22 où vous allez rencontrer des gens très intéressants et, finalement, le Chef. Je pense qu’ils sont presque prêts pour nous. Allons-y. »

 

            Nous nous sommes levés et rapprochés d’un des grands écrans, qui était devenu maintenant tout blanc. Les deux jeunes gens que nous avions rencontrés plus tôt nous y ont invités. Gédéon, Marla et moi-même, nous nous sommes donné la main et une fois encore et avant que je réalise ce qui arrivait, nous avons traversé l’écran. Je veux dire, nous avons traversé l’écran pour entrer dans un autre monde.

 

            Il se fit soudain une noirceur complète accompagnée d’un son plutôt musical, puis ce fut le silence absolu. Je n’étais plus effrayé, mais juste extrêmement curieux. Après ce qui m’a semblé une éternité, mais qui en réalité ne pouvait avoir duré que quelques secondes, nous avons émergé dans une autre salle brillamment illuminée semblable à celle que nous venions de quitter. Je me tournai vers Gédéon et lui dit : « Il me semble que  nous ne nous sommes pas déplacés. »

            Avec un sourire, il répondit : « Nous sommes à des années-lumière de notre point de départ. »

 

            Une délégation nous attendait – un groupe de gens amicaux qui s’avancèrent et nous entourèrent. En examinant les visages autour de nous, je fus immensément surpris d’y trouver mon père, exactement tel que je l’avais connu sur terre. Il me regarda droit dans les yeux ; j’ai vraiment cru rêver. Je fus envahi par l’émotion en me précipitant vers lui et en l’entourant de mes bras. Il m’avait tellement manqué.

            « Non, tu ne rêves pas, mon fils », me dit-il.

            « Tu es vivant, Papa ? » je dis cela plutôt comme une affirmation que comme une question.

            « Aussi vivant, que je ne l’ai jamais été ou que je ne le serai », répondit-il. Il semblait heureux et en paix. La foule s’est dispersée lorsque nous avons traversé la salle, en nous dirigeant vers une grande porte. Comme nous approchions, celle-ci s’ouvrit automatiquement et nous sommes entrés dans une scène d’une indescriptible beauté. Bien que nous ayons quitté le point de transfert à minuit, c’était maintenant le grand jour. Peut-être vaut-il mieux ne pas réfléchir aux mystères du temps et de l’espace.

 

            Marla me dit : « Nous reviendrons bientôt, John », et elle disparut avec Gédéon, me laissant seul avec mon père. Je regardai l’homme qui m’avait élevé et tant appris sur la vie. Était-ce encore l’effet de la lumière ou était-il entouré d’une faible aura argentée ?

            « Assis-toi, mon fils », dit-il en montrant un banc sous un arbre, « parle-moi de ce que tu as vécu.»

            « Eh bien, le moins que je puisse dire, c’est que j’ai traversé une dure période, Papa. J’ignore comment, mais je suis certain que les choses vont s’améliorer éventuellement. Quel est cet endroit et qu’est-ce que tu fais ici ? » De toute façon, j’avais l’impression qu’il savait déjà comment ma vie s’était déroulée.

            « Ici, c’est un centre de réception pour des visiteurs venant des diverses parties de l’univers. Je vais y demeurer un certain temps. J’ai choisi cette affectation à cause de ses occasions de croissance et d’apprentissage, mais je dois admettre que l’endroit est également agréable. »

 

            « Pourquoi nous as-tu quittés si vite, Papa ? Ignores-tu combien tu nous as manqué, surtout à Maman ? Elle parle de toi constamment. Récemment elle a été très malade, mais elle va beaucoup mieux maintenant. Je pense que tu lui manques plus qu’à tous les autres ensemble. »

 

Il m’a semblé percevoir un peu de tristesse dans ses yeux, alors qu’il disait : « C’était pour moi le temps de partir.» Pour un court moment, il resta sans rien dire comme s’il réfléchissait à ce que j’avais dit. Puis, il poursuivit, « J’avais terminé  mon travail sur terre du mieux que j’avais pu et il ne me restait rien d’autre à faire. D’ici, il est possible de vous aider toi et les autres beaucoup mieux que je pouvais le faire quand j’étais là. Je veille constamment sur ta mère. Elle viendra me rejoindre dans quelques années, mais toi, tu as à peine commencé ton travail. Tout ce qui est arrivé auparavant n’était qu’une préparation. Ta visite ici constitue la deuxième étape. C’est comme une graduation avant d’entreprendre un travail nouveau et plus complexe.

 

« Je serai avec toi chaque fois que tu auras besoin de moi. Tu n’as qu’à m’appeler dans tes pensées comme tu m’appelais vocalement quand tu étais petit garçon. Je te répondrai et t’aiderai comme je l’ai toujours fait. En réalité, je ne t’ai jamais quitté tout à fait ; même si ça semble être le cas. Chaque fois que tu voudras me parler, trouve un endroit tranquille, ferme tes yeux et revois la maison dans le vieux pays et le cocotier qui croissait près du petit ruisseau. Je te rencontrerai sous le tamaris et nous discuterons de tout ce qui te tracasse.

 

«  Il y en a d’autres ici qui t’aideront aussi. J’ai connu Gédéon et Marla au cours de plusieurs existences. Il y a aussi le groupe des trois appelés les Compagnons. Je sais que tu les vois souvent dans tes rêves. Ils t’apportent toujours des informations valides que très souvent tu choisis d’ignorer. Ils forment ton grand Moi - ton Moi qui sait et qui te guide. Chacun a plusieurs aides. Tu as conscience de certains des tiens, mais la plupart des gens ne découvrent jamais l’aide qui leur est disponible avant de passer de ce côté-ci. »

 

            « Papa, je suis au bord des larmes – pas des larmes de tristesse, mais des larmes de joie. » « Il n’est pas nécessaire du tout de pleurer. Le Chef est tout Amour et Joie ; toi, mon fils et les autres sur terre vous croyez que la vie doit être une vallée de larmes et de souffrances. La Force d’Amour ne veut pour vous que ce que vous désirez pour vous-mêmes. Certains choisissent la tristesse et d’autres, le bonheur. »

 

            Il y avait une telle paix et une telle sérénité autour de nous alors que nous étions assis à cet endroit. Il m’a semblé qu’il avait toujours été vivant ; qu’il avait toujours vécu, ce père mien qui me manque terriblement. J’ai su alors qu’il n’était jamais décédé et que je pouvais toujours le rencontrer ou le voir chaque fois que je le voudrais. « Continue de travailler,  d’apprendre et de grandir, mon fils », poursuivit-il. « N’abandonne jamais. Tu as entendu ce propos ‘Quand l’élève est prêt, l’enseignant apparaît.’ Je crois que ‘Quand l’enseignant est prêt, le maître apparaît.’ Tu vas rencontrer le Chef bientôt. Tu vas comprendre que tu n’as jamais été séparé de ton Créateur ; que toi et Lui, vous êtes un.

 

            « Nous devons partir maintenant. Gédéon et Marla viennent te chercher et le Seigneur t’attend. »

            Gédéon et Marla réapparurent aussi soudainement qu’ils étaient partis. Mon père m’embrassa chaleureusement et me tapa affectueusement sur l’épaule.

Des larmes me coulaient des yeux quand il me dit adieu. C’était si plaisant de le voir de nouveau. Certes, il était évident maintenant qu’il n’était pas mort, mais transformé. Comme le papillon qui vit dans la chenille, ainsi, était-il maintenant un papillon de l’Univers au lieu d’être une chenille de la Terre. « Nous voulions vous laisser seul avec lui pendant quelque temps, J.H. », dit Gédéon. « Maintenant nous allons voir Dieu. » Il fit une pause, me fit un clin d’œil, puis continua, « le Chef, la Cause Première, le Créateur et Tout Ce Qui Est. »


Chapitre seize

 

Nous avons marché sur un joli chemin dans un jardin d’une beauté exquise. Des fleurs aux formes délicates mêlaient leurs effluves exotiques et parfumaient l’air d’une fragrance subtile. Sûrement, pensai-je, l’Éden devait ressembler à cela. Des oiseaux au plumage brillamment coloré chantaient alors que des papillons multicolores dansaient en voletant ici et là créant ainsi un arc-en ciel de couleurs.

 

Nous avons ensuite traversé une clairière pour arriver au milieu d’une réception. Les tables et les chaises étaient très bien disposées sous l’entrelacement des branches qui servaient de dais protecteur. Les sons agréables des conversations et les rires fusaient de partout autour de nous.

 Quand nous approchâmes d’une table au fond de la clairière, il se fit un silence dans la foule. En regardant de plus près, une seule personne était assise à la table. C’était Dieu, avec la même apparence que je Lui avais vue dans la Grande Cité. « Bonjour, Seigneur, qu’est-ce que vous faites assis tout seul ? » Demandai-je.

« Parfois on se sent seul quand on est Dieu. Veuillez vous asseoir », dit-Il en faisant un geste dans notre direction. Nous avons tiré des chaises et l’avons rejoint.

 

            « Où sommes-nous ? Est-ce que cet endroit serait le ciel, Seigneur ? » Demandai-je.

« Non. Ce n’est pas le ciel. Le ciel n’est ni ici ni là. Permettez-moi de vous rassurer, le ciel est plus près de vous que vous ne l’imaginez. Il est au-dedans de vous. Tout ceci provient de ce qui est en vous. Le ciel et l’enfer sont tous les deux dans votre esprit. Tout ce que vous devez faire, c’est de choisir ce que vous aimez avoir.»

« Soyez béni, Seigneur », c’est tout ce que je pouvais dire. Me rendant compte que j’ai dû paraître ridicule, je m’excusai aussitôt. « Ne soyez pas gêné, John. C’est avant tout l’intention qui est importante », répondit Dieu,

« Merci, Monsieur », répliquai-je tandis que Marla et Gédéon se mirent à glousser en entendant ma réponse.

 

« Pourquoi ne dites-vous rien, Gédéon ? » Demandai-je ne sachant plus quoi dire.

« C’est votre réception, John. Nous fêtons votre visite.»

Je regardai Dieu et dis : «  Seigneur, je suis heureux d’être ici. Quand je retournerai chez moi, je consacrerai ma vie à construire un temple où nous pourrons vous adorer et vous louer. »

« C’est très gentil de votre part », dit-Il, « mais qu’est-ce qui vous a donné l’idée que j’habite dans des temples ou que je veux être adoré et loué ? Voyez, ces questions de louange m’ennuient réellement. Au lieu de me construire un temple, pourquoi ne pas nourrir l’affamé, aider le pauvre, guérir le malade et instruire ceux qui veulent apprendre ? Est-ce que ce ne serait pas plus utile qu’un temple ? »

 

Dieu continua, « J’en ai convié beaucoup d’autres à titre d’invités pour se joindre à notre fête. Laissez-moi vous en présenter quelques-uns. » Il se leva et indiqua plusieurs tables, en nommant des convives. « Il y a Abraham et plus loin Moïse et Annabelle. Près d’eux vous pouvez voir Thomas et Krishna.

« Et plus loin de l’autre côté, Rama, Mohammed, Gautama et Jacob. Sur notre droite, sous le chêne il y a Jésus, Pierre, Paul, Élisabeth I, Jeanne d’Arc, Gandhi et Marie-Madeleine. Assis avec eux, vous pouvez voir Martin Luther King, Confucius, Jennifer Thompson, Benjamin Franklin et Joseph Rigby. Voilà quelques-uns de mes enfants, de mes amis et de mes aides, Après le thé, vous pourrez aller les rencontrer. »

 

« Comment peuvent-ils se trouver à la même réception, Seigneur ? » Lui demandai-je, je veux dire, Krishna et le Bouddha conversant avec Mohammed et Jésus ? Et qui sont Joseph, Jennifer et Annabelle ? »

« Ils sont tous créés à mon image. L’un est aussi important que l’autre. Les noms illustres, vous les connaissez. Les trois autres, même s’ils ne sont pas mentionnés dans les livres d’histoire, me sont toujours très chers. C’était de simples gens, chacun s’efforçant de remplir sa mission. Notre univers est coopératif, non compétitif, John.

« Si quelqu’un est plus riche, il n’est pas nécessaire qu’un autre soit plus pauvre. Pour que vous soyez en santé, personne n’a besoin d’être malade. Il y en a assez et plus qu’assez pour chacun. Dans le jeu de la vie, tous peuvent gagner et tous peuvent recevoir un prix. »

 

« Ceci est très important ; je vais essayer de m’en souvenir. Est-ce un rêve ou vais-je oublier tout cela à mon réveil ? »

« Non, ce n’est pas un rêve. Et oui, vous allez en oublier un peu, mais pas tout. Les choses importantes vont rester dans votre mémoire pour le reste de votre vie. Tolérance, harmonie et compréhension, voilà quelques-unes des choses importantes. Apprenez à vous comprendre vous-même et vous allez trouver que c’est plus facile de comprendre toutes les autres choses.

« La vie sur terre apparaît si difficile parfois pour ceux qui y sont. Mais, il n’y a aucune nécessité de subir la souffrance et la douleur. La souffrance devrait seulement vous enseigner tout d’abord que vous n’avez réellement pas besoin de souffrir. L’aide est toujours disponible si vous choisissez de la demander, aussi demandez, cherchez et frappez à la porte. Vous avez des alliés dans plusieurs dimensions qui sont plus que consentants et capables de vous aider quand vous êtes aux prises avec une situation difficile. Quand vous avez besoin d’aide, demandez-la. Et, il va de soi que Je suis aussi toujours là pour vous assister. »

 

            J’ai interrompu Dieu à ce moment. « Seigneur, vous dites que nous devons demander pour avoir de l’aide, mais j’en ai demandé plusieurs fois et, pourtant, il me semblait que je ne recevais aucune réponse. Il me semblait que ça allait plus mal qu’avant de demander. Pourquoi est-ce ainsi ? »

            « C’est très simple en effet. Parfois, vous demandez sans croire que vous allez recevoir une réponse. D’autres fois, vous plaidez, quémandez et parlez tellement que vous ne pouvez pas entendre la réponse.

            « Et il y a ces autres fois quand vous êtes comme votre fils qui vient juste de briser son train miniature. Il vous demande de le réparer pour lui, mais il le retient et ne veut pas vous le remettre. En fait, il vous dit même comment le réparer. Vous voulez résoudre un problème ? Alors ne vous y attachez pas. Laissez-le-moi et retournez à votre travail. Lâchez prise et laissez  agir Dieu. »

            « Voulez-vous dire que c’est aussi simple que ça ? Juste lâcher prise ? Ç’a du bon sens, pourtant. Je pense que je vais l’essayer », balbutiai-je.

 

            « Vous avez toujours assez à faire avec ce qui doit être fait – plus qu’assez, actuellement, sans vous préoccuper de tous vos besoins et de vos manques. Parfois vous traversez des épreuves, mais c’est seulement pour renforcir quelque chose en vous et vous apporter une plus grande compréhension. Vous n’êtes jamais seul. Je suis toujours avec vous. Quand vous êtes terrassé dans l’arène et que votre visage est dans la poussière et que les foules vous insultent, ne lâchez pas. Quand elles vous raillent et vous ridiculisent et disent toutes sortes de vilaines choses contre vous, ne lâchez pas. Quand vous sentez la botte de votre adversaire sur votre cou, quand vous sentez que cette vie ne vaut plus la peine d’être vécue, rappelez-vous ceci – ce n’est pas encore fini. Ne cessez jamais d’espérer. L’espérance conserve une puissante relation avec la foi et l’amour. Augmentez votre foi, si vous le devez et n’abandonnez pas l’espérance. »

 

            « Vous dites que Vous êtes toujours avec moi et avec vos autres enfants. Mais, je ne vous vois pas toujours comme je vous vois maintenant. En fait, je dois passer par les points de transfert sur terre pour venir ici. Gédéon m’a dit que nous étions quelque part sur la troisième étoile du système d’Aldébaran. Savez-vous à quelle distance je m’imagine que nous devons être de la terre, Seigneur ? Très, très loin. Si vous êtes toujours avec moi, pourquoi dois-je voyager si loin pour vous voir. Comment pouvez-vous entendre quand je vous appelle ? »

 

            « C’est précisément le point que je veux éclaircir, John. Vous n’avez pas à passer par les points de transfert ou parcourir de grandes distances pour me voir. Vous pensiez que c’était le seul moyen de le faire, aussi nous sommes-nous adaptés à vos croyances. De la façon que vous croyez, ainsi se font les choses. Vous êtes sur Aldébaran et vous êtes sur terre. Vous êtes partout et nulle part. Votre essence et votre nature embrasse l’univers et comme Moi, vous pouvez être partout et en tout temps. Même quand il vous semble que vous êtes ‘nulle part (nowhere)’ vous êtes encore ‘ici-maintenant (now-here).’

 

            « Les croyances sont très importantes. Vous pensez que vous croyez ce que vous voyez. En réalité, vous voyez ce que vous croyez. Au lieu d’essayer ‘d’arranger (set)’ les choses, essayez de les ‘voir (see)’ arrangées (set), et elles seront automatiquement « arrangées (set)’. Voyez vos problèmes et vos défis à travers Moi au lieu de Me voir à travers eux.

 

            « Vous avez tendance à vous considérer comme des gens qui commencent et finissent des choses. Et pourtant, il n’y a pas de commencement ni de fin. Ce que vous aimez continuera pour toujours autant que ce que vous haïssez. Éloignez ce que vous ne voulez pas en cessant de le haïr. Il n’y a qu’un seul pouvoir et une seule force dans l’univers et JE SUIS CELA. Je vous ai créé à mon image et à ma ressemblance, aussi VOUS ÊTES CELA.          

 

            « Le pouvoir de guérir et de vous faire prospérer, de vous guider et de vous aider n’est pas dans les cieux. Il est et a toujours été en vous. Je suis à l’intérieur de vous. Tout ce que vous avez besoin de faire, c’est de devenir conscient que Je suis là. Il y a un pouvoir de déplacer les montagnes dans chacun de tous Mes enfants. Vous êtes une partie (a part) de Moi et, pourtant, parfois vous pensez que vous êtes éloignés (apart) de Moi. Vous êtes faits comme Je suis. Ce que je fais vous pouvez le faire aussi. Vous êtes tous co-créateurs avec Moi.

 

            « Vous vous questionnez parfois au sujet de la prière et vous pensez qu’elle doit être magique. Il n’y a aucune magie dans la prière. C’est une méthode que je vous ai donnée pour que vous puissiez Me rejoindre chaque fois que vous le désirez. Elle a été indiquée pour vous amener à réaliser que vous devriez être constamment conscient de Moi. La prière ne Me change pas, elle vous change. Employez-la comme elle fut originellement enseignée. Allez d’abord à vous-même et puis vous trouverez que vous êtes venu à Moi.

 

            « Vous êtes un enfant du Roi, un prince du royaume, Vous êtes tous les enfants du Roi et ainsi princes et princesses. Pour comprendre les soi-disant mystères de la vie, vous devez juste être conscient de vos droits de naissance. Regardez les arbres, les montagnes et les cieux. Vous devez savoir que bien avant qu’ils fussent, vous avez existé et bien après leur disparition vous continuerez d’être. »

 

            Dieu continua, « Peut-être ça vous aiderait à mieux comprendre, si vous marchiez un peu et parliez à quelques-uns de Mes autres enfants. Plusieurs d’entre eux ont traversé des épreuves bien pires que les vôtres et, pourtant, ils en sont sortis victorieux. Goûtez cette réception, John, La vie est réellement une fête. »

 

            Entendre parler Dieu de nouveau fut une expérience inoubliable. Marla, Gédéon et moi avons marché d’une table à l’autre et parlé avec quelques-uns des convives. C’était très agréable de converser avec certaines des grandes personnalités de tous les temps. J’allai à Jésus qui parlait avec le Bouddha. « Pardonnez-moi de vous interrompre », dis-je, « je suis un peu surpris de vous voir tous les deux à la même réception. Avez-vous beaucoup en commun ? »

            « Plus que la plupart des gens aimerait croire », dit le Bouddha.

            « Seigneur Christ, pourriez-vous m’expliquer pourquoi vous deviez mourir sur une croix ? »  Demandai-je.

            « Je ne devais pas mourir, ni sur une croix ni ailleurs. Comme vous voyez, John, je suis loin d’être mort. Mes disciples, si vous regardez là-bas », en montrant Pierre et Paul, « étaient un groupe de gens très mornes et j’ai dû faire une grande impression sur eux. Je devais m’assurer qu’il avait compris le message et allaient enseigner aux autres les lois de la vie. Ils ont vite oublié les ‘miracles et les paraboles,’ mais ma soi-disant ‘mort et résurrection’ leur a donné le stimulant dont ils avaient besoin pour répandre le message. Naturellement, après leur prédication et leurs actions, quelque part en chemin leurs disciples ont tout mêlé. Ils se mirent à m’adorer au lieu d’enseigner et de mettre en pratique ce que je leur avais enseigné. La même chose est arrivée à mon ami ici, le Prince Gautama, ou comme il est communément connu, le Bouddha. »

 

            Le Bouddha prit la parole : « Quand j’ai commencé d’abord à comprendre les lois de l’univers, j’étais assis sous un arbre Boudhi. J’ai pensé que ce serait merveilleux de partager ce que j’avais trouvé. Mais ceux qui vinrent après moi ont interprété et mal interprété ce que j’essayais de dire, Vous ne pouvez même pas reconnaître ce que je leur avais enseigné. Eh bien, d’autres parmi nous vont continuer à essayer. Pour nous élever nous-mêmes plus haut, nous devons nous efforcer d’élever la conscience de la race humaine dans son ensemble. »

            « Allez-vous continuer à nous aider, alors ? »

            « Moi, Jésus et d’autres, nous serons toujours avec vous pour vous aider, si vous faites appel à nous. Croyez seulement que nous sommes avec vous, et nous voilà. Aucun besoin de sacrifices et de rituels sans signification. Vous avez un accès direct au Chef, un accès direct à qui que ce soit de nous. Croyez seulement et sachez que ça se réalise ainsi. »

 

            Confucius arriva et prit part à la conversation, « Écoutez, John, » dit-il, « Nous avons tous essayé de dire la même chose pendant des siècles. Le message du Bouddha était l’amour. Jésus en donna le meilleur exemple. Il enseigna sur l’amour. Aimez votre Dieu. Aimez votre prochain. Aimez-vous vous-même. Vous rappelez-vous de la Règle d’or ? L’amour est la force la plus puissante de l’univers. Tout cela est fort simple. Les gens doivent apprendre qu’ils sont tous des marins sur le même voyage de la vie et qu’ils ne peuvent couler leurs compagnons marins sans se couler eux-mêmes. Questionnez Gandhi là-bas et il vous le dira. Vous devez aimer sans attendre rien en retour. Demandez à Dieu. Il nous aime exactement comme nous sommes. Vous devriez pratiquer l’amour quelques fois. Travaillez sur l’amour, John. N’essayez pas d’enseigner aux gens comment aimer, montrez-le leur seulement par l’exemple. »

 

            Dieu vint nous trouver alors que l’on servait du thé. À ses côtés se tenait un grand gaillard d’un air remarquable. « John, me dit Dieu,  Je veux que vous fassiez connaissance avec le Seigneur Michel. Vous et vos légendes le connaissez comme l’archange Michel. Ne vous surprenez pas de ce qu’il n’a pas d’ailes. Il utilise des ailes seulement quand c’est nécessaire de prendre cette apparence. » Je le saluai avec révérence et pensai en moi-même que ce n’était pas possible que Dieu, Ses anges et d’autres puissent me parler. Comment cela se fait-il ? Moi, un être humain relativement insignifiant, parler à Dieu ?

 

            Immédiatement Dieu répondit à ma question muette. « Je parle à tout le monde », dit-Il, « Et Je parle à travers tous. Voyez-vous Pierre là-bas ? On l’appelle habituellement Simon. Je lui ai parlé et par lui j’ai parlé à beaucoup d’autres. Il n’était qu’un pêcheur ordinaire, dites-vous ? Mais quel pêcheur ! Quand il prit conscience de ma présence à travers les enseignements de Jésus, il tonna la vérité. Qu’en est-il de Paul ? Autrefois on l’appelait Saul de Tarse. Il avait une bonne éducation, ayant été l’élève de Gamaliel au Sanhédrin à Jérusalem. Gautama fut un prince aux Indes. Même Marie Madeleine écouta et me comprit.

 

            « Regardez Mohanda Karamchand Gandhi. Voyez-vous comme il est assis tranquille ? Un simple avocat, dites-vous ? Un avocat, oui, mais beaucoup plus conscient des lois universelles que des petites lois humaines. Les lois ont été établies pour les gens et non les gens pour les lois. Il parla de la non-violence et de l’amour et des millions de gens l’ont écouté. Et Jésus ? Il est né fils d’un charpentier et, pourtant, des centaines de millions des vôtres croient en lui. Je désire que plusieurs d’entre vous croient en ce qu’il a dit. Je vous parle et je parle par vous. Nous parlons pour chacun d’entre nous.

 

            « Dites la vérité où que vous puissiez la trouver. Cherchez la vérité où qu’elle puisse être trouvée. Ne confondez pas les faits avec la vérité, Les faits peuvent ne pas être des faits du tout. La plupart du temps, ce ne sont que des opinions. Les faits sont relatifs. La vérité est absolue. Au lieu d’essayer d’imposer vos faits aux autres, aidez-les à trouver eux-mêmes la vérité.

 

            « Vous êtes tous des frères et des sœurs dans un même voyage vers votre véritable potentiel. Vous avez le pouvoir de Dieu avec vous. Vous l’avez toujours eu. Vous êtes aussi libres que vous l’avez toujours été. Si votre expérience semble manquer de cette liberté, c’est seulement parce que vous vous êtes vous-mêmes forgé des chaînes. Levez la tête et regardez. Voyez avec vos vrais yeux et vous ne serez plus jamais esclaves de vous-même ou d’un autre. Ma volonté sur vous est en réalité votre propre volonté sur vous-mêmes.

 

            « Tout pouvoir au ciel et sur terre vous a été donné. Tout sauf un. Vous n’avez pas le pouvoir  de détruire la vie, même la vôtre. Personne n’a ce pouvoir. C’est le Mien et il m’appartient en propre. La vie est Mon plus grand cadeau pour vous et je ne permets à personne de le détruire. Même quand il semble que la vie a été détruite, vous ne voyez qu’une illusion.

            « Il y a ceux qui disent qu’ils M’ont trouvé et se réjouissent de leur découverte. Ils se sont seulement découverts eux-mêmes, car Je n’ai jamais été perdu. Vous, mon fils, êtes aussi solide que Je le suis. Quand vous pourrez vous dire honnêtement, « Moi et le Père sommes Un », alors vous serez un maître de l’univers. Vous voyez, Je suis vous en esprit comme vous êtes Moi en devenir. »

 

            Dieu cessa de parler et la réception devenait calme. Puis soudainement, je me suis retrouvé seul. Mais en moi il y avait un sentiment de puissance et de connaissance qui me submergeait. Une voix, calme et faible, se fit entendre dans ma tête, « Nous sommes un - tous en un et un en tous. Le bien que vous faites vous vous le faites à vous-même. Le mal que quelqu’un commet, lui appartient en propre. »

 

            Soudain, je fus étonné de me retrouver dans ma chambre à coucher complètement réveillé. Il était maintenant très tard et j’avais expérimenté beaucoup de choses, et, espérai-je, appris beaucoup. Je vais revoir Marla et Gédéon. Mais maintenant je sais que, pour toujours et à jamais, eux et ceux que j’aime seront toujours avec moi ; que Dieu a toujours été, est et sera toujours avec moi.

 

            Il était temps de me mettre au travail, de chercher le bonheur au-delà des apparences du maintenant. Ce n’est pas une fin. Ce n’est même pas le commencement d’une fin. C’est simplement un commencement et qu’il en soit ainsi.

 

 

Une lettre de l’auteur…

 

Cher lecteur,

 

Si vous vous êtes rendu jusqu’ici, vous avez fait un long voyage. Vous vous êtes assis pour parler avec Gédéon et Marla et vous avez alors vu John lutter pour trouver un sens à ce qui lui paraissait parfois être un monde insensé. Mais ce n’est pas la fin. Si vous vous rappelez, le dernier paragraphe de « Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau » parle de « fins » et de « commencements ».

 

Toute fin implique un nouveau commencement. Tout commencement est le départ d’une aventure glorieuse. Et l’aventure ne finit jamais. Comme toutes les aventures, il y a des moments de peur, de joie, de paix, de douleur, de trouble, d’anxiété, d’anticipation  et de toute émotion que vous pouvez imaginer. C’est ça la vie.

 

Si vous prenez un moment ou deux, de temps en temps, pour vous asseoir tranquille et écouter votre cœur, vous trouverez que votre monde est en sécurité et qu’il n’y a aucun problème sans solution. Mais vous devez apprendre à faire confiance – à faire confiance à la vie, à votre Dieu, à votre propre être, Et en faisant confiance, vous verrez que vos problèmes commenceront à disparaître comme la brume au soleil du matin.

 

            Si vous avez aimé « Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le  bateau, » dites-le à vos amis. Ils peuvent télécharger leur propre copie personnelle à partir de mon site internet. Tout ce qu’ils doivent faire, c’est d’aller à http://www.waterbook.com/

 

Est-ce la fin – l’apparence finale – pour Marla, Gédéon et John ? Certes, non ! Les aventures continuent dans les Suites, « Après une longue nuit vient invariablement l’aurore (Morning Has Been All Night Coming) » et « Voyage dans les champs de l’Éternité (Journey in the Fields of Forever) ». Pour en savoir plus sur ces livres, veuillez visiter

http://www.waterbook.com/sequel

et http://www.waterbook.com/sequel-2

 

Mon dernier livre s’intitule « Le Pouvoir de la pause – 3 minutes, 3 étapes vers la réussite personnelle et le vrai bonheur (The Power Pause--3  minutes, 3 Steps to Personal Success and Real Happiness) » Comme mes autres livres, il est écrit sous la forme d’une histoire et explique les formules étonnantes et simples pour accomplir vos plus grands rêves. Plus d’informations sur le livre à

http://www.powerpause.com/

 

Merci. Merci, cher lecteur de vous joindre à moi dans ce voyage. Peut-être nous rencontrerons-nous de nouveau. Puisse votre voyage être rempli de merveilles.

 

Toujours.

 

John H.

 

John Harricharan

334 Lake Forrest Drive

Atlanta, GA 30102 USA

 

Phone: 770-591-7650