Les derniers tableaux de Michel-Ange

 

        Les dernières fresques de Michel-Ange sont au nombre de deux et ornent deux murs opposés de la Chapelle Pauline, que Paul III Farnese avait fait construire comme chapelle privée. Michel-Ange avait 65 ans lorsque le pape lui commanda de décorer cette chapelle de deux fresques représentant respectivement La crucifixion de saint Pierre et La Conversion de saint Paul. La première avait trait à sa qualité de successeur de saint Pierre et la deuxième se référait au nom qu’il avait choisi après son élection. On désignait la chapelle Pauline comme la petite (parva) chapelle par opposition à la grande (magna), la Sixtine, construite par Sixte IV, d’où son nom et où se tenaient les conclaves.

 

            Avant de répondre à la demande du Pape, Michel-Ange a demandé à ce dernier d’intervenir auprès des héritiers Della Rovere, pour mettre un terme à son contrat concernant le tombeau de Jules II entrepris depuis 30 ans. Il a dû remettre cet ouvrage plusieurs fois, d’abord pour répondre au pape Jules II lui-même qui lui commanda les fresques du plafond de la Sixtine; puis 20 ans plus tard, pour obéir à Clément VII qui lui enjoignit de peindre Le Jugement dernier dans la même chapelle; enfin pour exécuter cette dernière commande de Paul III pour les fresques de la chapelle Pauline.

 

            Dans une lettre à son ami Del Riccio il confie ceci, qui en dit long sur ses dispositions physiques et psychologiques, alors qu’il se sentait vieux et malade : «Je ne peux vivre qu’en peignant, on peint avec son cerveau et non avec ses mains et qui ne peut avoir son cerveau avec lui se déshonore. Mais pour revenir à la peinture, je ne peux rien refuser au pape Paul: je peindrai mal content, et je ferai des choses mal contentes». Voulait-il signifier par là qu’il ne se sentait plus à la hauteur de son génie ? Il est de fait que ces deux fresques n’ont pas la vigueur et le « fini » des fresques de la Sixtine. Comment expliquer cela ? On pourrait avancer l’hypothèse suivante : Dans la Sixtine, Michel-Ange se situe au-delà du temps et veut faire ressortir l’aspect spirituel du monde et de l’histoire humaine. D’où l’usage des corps nus qui tendent à exprimer cet aspect spirituel, dégagé de tout oripeaux matériels. Mais dans les fresques de la chapelle Pauline, Michel-Ange insiste sur l’aspect historique et physique de deux faits importants du Christianisme. Aussi les personnages sont davantage vêtus comme dans leur réalité physique; l’aspect spirituel est restreint à la vision du Christ qui interpelle Paul de Tarse et à la nudité de Pierre qui a tout quitté pour suivre le Christ.

 

 

Michel-Ange commença à travailler, avant la fin de cette même année 1549, sur les deux parois de six mètres sur six qui lui avaient été réservées. En dépit de son âge et bien qu’il sentît qu’il n’avait pas «son cerveau avec lui», c’était encore un homme plein d’énergie. La reconstitution de ses journées de travail, rendue possible par les techniques modernes de restauration, nous révèle une personne capable d’affronter une grande quantité de travail en une seule journée. Au terme de l’œuvre, on comptera en tout 172 journées (85 pour la Conversion de saint Paul et 87 pour la Crucifixion de saint Pierre), étalées sur sept ans, avec l’interruption de 1544, lorsqu’il dut s’interrompre pour des problèmes de santé. L’entreprise commença par la paroi de gauche, avec la scène de la Conversion de saint Paul. Wikipedia

 

 

 

Après la récente restauration, Benoît XVI a avancé une hypothèse profonde et convaincante pour expliquer ces deux tableaux. «On y voit comme un égarement, un regard aigu, tendu, qui semble chercher quelque chose ou quelqu’un, à sa dernière heure», a relevé le Pape qui poursuit: «Les deux visages [de Pierre et de Paul] se trouvent l’un face à l’autre. On pourrait même penser que celui de Pierre est précisément tourné vers le visage de Paul, qui, à son tour, ne voit pas, mais porte en lui la lumière du Christ ressuscité. C’est comme si Pierre, à l’heure de l’épreuve suprême, cherchait cette lumière qui a donné la vraie foi à Paul». Wikipedia

 

Cette hypothèse est vraisemblable, si l’on se souvient que Michel-Ange tenait compte d’un point focal situé au plancher de la Sixtine d’où tous les entablements de ses fresques qui soutiennent les ignudi et qui « paraissent saillir selon toutes sortes d’angles désordonnés, « s’alignent soudain parfaitement et convergent vers lui » Ce point focal, c’est un disque de porphyre, sur le sol où le pape s’agenouillait au cours des cérémonies religieuses[1]. Michel-Ange était un célèbre architecte pour qui la perspective était aussi  importante que les trompe-l’œil qui simulent la tridimensionnalité des fresques. Il est logique que dans la chapelle Pauline, il ait fait dialoguer de quelque façon les deux tableaux qu’il a peints se faisant face.

 

 

 



[1] Voir Benjamin Blech et Roy Doliner, Les secrets de la chapelle Sixtine, Michel Lafon, 2008, p. 155.