Quelques toiles de Gauguin

Période impressionniste (1884-1887)

 

Osny, chemin montant 1883.

Peindre à Osny auprès de Pissarro aide Gauguin à saisir ses motifs de manière plus synthétique

C’est toutefois le travail en atelier qui lui permet de prendre la distance qu’il souhaite et de simplifier ses vues pour les rendre plus incisives à l’aide de contours mieux cernés et d’une touche plus systématique

Il réalise avec ce tableau un de ses  premiers paysages très composés, doté d’une véritable structure architecturale

C’est un motif habituel à Pissarro que celui d’un cadrage avec des objets qui bouchent la vue et bornent l’horizon, tout en renforçant leur apparence de cohésion formelle

En atelier le souvenir confère à ses motifs plus de force, lui permet d’aller au-delà de l’impression momentanée, de donner à ses vues un aspect plus composé avec de grandes lignes qui dessinent les contours et des harmonies fondées sur des juxtapositions de tons voisins.

 

Ève bretonne

Gauguin était « envoûté » par la figure d’Ève. Il l’a peinte sous toutes les formes et couleurs, surtout dans la dernière partie de sa vie en Polynésie (voir plus loin). Ici, elle est représentée comme repentance après la chute. Malgré son anticléricalisme Gauguin était croyant et partageait l’enseignement de l’Église sur le péché originel. Dans sa jeunesse il avait fréquenté le petit séminaire.[1]

 

Mette Gauguin en robe du soir 1884.

Ce portrait très impressionniste dans un intérieur à peine esquissé évoque diverses œuvres de Monet et replace Mette dans ce rôle de grande bourgeoise élégante auquel elle aspirait

La rotation du buste et du visage vers quelque chose qui reste en dehors du cadre confère une certaine immédiateté à l’image, mais aussi un air absent et distant au  personnage.

 

Vase de fleurs à la fenêtre 1881.

 

Gauguin qui veut s’imposer comme impressionniste s’essaie à tous les genres pratiqués par les impressionnistes

Cette nature morte allie les empâtements sombres de la tradition réaliste à une façon conventionnelle de disposer les objets en structurant la composition autour de plans horizontaux et verticaux.

 

La petite rêve 1881.

Gauguin aime restituer « le monde intérieur et rêveur de l’enfance » dans ses représentations d’enfants, fréquentes car il ne manque pas de modèles à observer chez lui

Ce tableau montre que dés 1881 Gauguin est déjà préoccupé par l’organisation des plans colorés et séduit par les éléments décoratifs, tels que les motifs d’oiseaux du papier peint.

 

Période post-impressionniste ou synthétiste (1888-1903)

C’est lors des voyages qu’il fit en Polynésie que Gauguin développa son style propre qu’il appela synthétisme ou symbolisme. D’après lui, l’art ne consiste pas à reproduire la nature mais à voir et à reproduire les choses et les personnes autrement. Pour cela, il s’inspira du « primitivisme » des polynésiens qui marque spécifiquement ses tableaux exotiques. Il perfectionna ce style dans la dernière partie de sa vie qu’il passa à Tahiti et aux Îles Marquises où il mourut en 1903. Voici quelques tableaux de cette période.

 

Les baigneuses 1897.

Gauguin avait aussi essayé l’impressionisme, influencé par Pissarro et avait également participé à leurs expositions pendant les années 1879 à 1886. Comme les autres peintres du Midi, il a cherché l’expression des couleurs lumineuses et vives avec les formes quasi-simplifiées mais ses images restent toujours plus descriptives et détaillées. Son interprétation des baigneuses se situe évidement en Polynésie, où il vécut très longtemps. La force de la beauté de la nature et la forme féminine est exprimée par la transition fluide entre les corps et les éléments naturels. La couleur choisie pour l’herbe est remarquable auprès des arbres fleuris et de la peau richement chaude, il n’avait aucune peur de la couleur la plus intense possible. L’eau est aussi présente où la main gauche de la femme à gauche presque disparaît dans les courants. Il est intéressant aussi de découvrir tous les petits détails cachés partout. Pendant son époque, ces artistes se connaissent et on peut voir leurs influences les uns sur les autres, mais quant à lui, il s’est écarté de la groupe en voyageant au loin et c’est là-bas où il trouvait son propre goût et style.

La boudeuse 1891.

Le modèle est Tehamana, la jeune maîtresse de Gauguin

Le personnage symbolise l’expression durable éprouvée par l’artiste lorsqu’il découvrit le silence écrasant de l’île et de ses habitants

Il écrit à sa femme « Toujours ce silence. Je comprends pourquoi ces individus peuvent

rester des heures, des journées, assis sans dire un mot et regarder le ciel avec mélancolie »

Degas achète la toile en 1893, témoignant ainsi l’estime qu’il portera toujours à son cadet.

 

Le rêve 1897.

Ce tableau fut exécuté pendant une période de tranquillité relative dans la vie de Gauguin

Il venait d’emménager dans la plus grande de ses habitations tahitiennes

La composition stable et le calme presque classique révèlent un Gauguin en paix avec lui-même

Un bébé dort dans un berceau sculpté

Les figures centrales évoquent « Les femmes d’Alger » de Delacroix

Regain d’intérêt de Gauguin pour le décor intérieur

Sur le mur de gauche en bas, une frise animalière et en haut un couple enlacé : la femme passive est blottie dans les bras d’un homme qui regarde le monde les yeux grands ouverts

A droite une tête de profil émerge de feuilles et de fleurs

Vue angulaire et perspective nettement fuyante

Les figures vues de près et de haut et la rencontre soudaine du sol  et des murs rappellent l’impressionnisme de Degas

Gauguin admirait Degas qui lui acheta plusieurs toiles.

Deux femmes tahitiennes avec des fleurs de mangue 1899.

 

Au bout du monde Gauguin regarda peu ce qui l’entourait dans sa stricte réalité : il ajouta à ce qu’il voyait des éléments de sa vision idéale

Dans ses lettres Gauguin parlait avec admiration de l’allure élancée, des larges épaules et de la force mêlée de grâce des femmes polynésiennes

Les corps sont bien modelés et les couleurs de tonalité vive

Mais contrairement aux figures de ses autres peintures elles nous apparaissent dans toute leur simplicité.

Il écrivit « L’Ève de mon choix que j’ai peinte en formes et en harmonies d’un autre monde, cette Ève peut rester nue devant nos yeux ».

Femmes et cheval blanc 1902.

Gauguin peignit très peu les quelques mois qui précédèrent sa mort

Ce tableau est sans doute son dernier tableau

Superbe paysage de Hiva Oa avec ses grandes montagnes descendant à pic dans la mer,  sa végétation luxuriante et flamboyante

En haut la croix blanche est le toit de la mission d’Atuona

Dans la culture marquisienne le blanc était associé au pouvoir mais aussi à la mort

Gauguin écrivait « Ici tout s’obscurcit, les danses sont finies, les douces mélodies se sont éteintes … ».

 



[1] Les commentaires sont tirés de divers sites de l’Internet et adaptés à cette présentation.