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Création de la Femme

Yahvé Dieu dit:Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. » Yahvé Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena à l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné, L’homme donna des noms à tous les bestiaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes sauvages, mais pour un homme, il ne trouva pas l’aide qui lui fût assortie, Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme.



Alors celui-ci s’écria:"Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci!"



C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.



Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre.Genèse, 2, 18-25.



Psycho-analyse du texte

 

L

a séparation des sexes lors de la création est figurée dans le texte biblique par l’action de Yahvé tirant Ève d’une côte d’Adam. Il s’agit là d’un récit populaire assez grossier de la création de la femme, à la fois semblable et différente de l’homme dont elle est la partie complémentaire dans l’humanité. Contrairement à Genèse 1, où Dieu crée d’abord les animaux puis ensuite l’homme et la femme, dans Genèse 2, Yahvé crée d’abord l’homme, puis les animaux, et enfin la femme à partir de l’homme. On doit en conclure qu’Adam et Ève ont été l’objet d’une création privilégiée, justifiant leur prééminence sur toutes les créatures vivantes.

 

 

Dans l’enluminure ci-dessus[1], l’auteur a représenté en raccourci la création d’Ève, la tentation et l’expulsion d’Adam et Ève hors de l’Éden. On remarque qu’Ève sort du côté gauche d’Adam endormi[2]. Sur le plan psychologique, la gauche se rapporte à tout ce qui est mystérieux, sombre, invisible, émotionnel, intuitif s’opposant à la droite qui symbolise la clarté, le visible, la raison, le concret. Ici donc apparaissent déjà des caractéristiques différentes et complémentaires des deux sexes.

 

                Le fait que Yahvé ne trouve aucune aide assortie pour Adam parmi les animaux qu’il fait défiler devant lui, montre que l’homme est aussi très différent des autres créatures vivantes. C’est pourquoi il est comme le roi de la création qu’il devra superviser et  cultiver. Toutefois, le récit biblique a été écrit dans un contexte androcentrique et patriarcal. Aussi affirme-t-il que la femme, parce qu’issue d’une côte de l’homme, lui est inférieure, dépend de lui et lui est soumise dans le mariage. Par ailleurs, de façon paradoxale, le texte affirme également que l’homme (Adam) dépend de la femme (Ève), pour ne former qu’une seule chair : C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair, à l’image de l’androgyne, faut-il ajouter, marquant par là le désir « viscéral » des sexes séparés de retrouver leur unité originelle.

 

            Certains exégètes traduisent le mot hébreu par  côté au lieu de  côte d’Adam. En effet, le mot grec pleura (pleura), traduction du mot hébreu zela, signifie flanc ou côté[3]. On pourrait penser à une sorte de décalque constituant la contrepartie féminine d’Adam. Mais Yahvé doit refaçonner ce décalque pour lui donner des caractéristiques psychiques et psychologiques différentes mais complémentaires de celles de l’homme. Ou bien encore la création d’Ève est une image signifiant tout simplement l’extraction et la projection de la partie féminine hors de l’androgyne originel (Amilius-Lilith*), Lilith devenant Ève en s’incarnant avec Adam comme couple charnel[4].

            Toutefois, le récit de la Bible dans la Genèse, qui aurait été écrite entre le 11e et le 8e s. av. J.-C, n’est pas le seul mythe rapportant la création de la première femme. Les grecs ont élaboré le leur avec la figure mythique de Pandore décrite par Hésiode* dans la Théogonie et Les travaux et les jours, écrits au milieu du 8e s. av. J.-C. Ces deux mythes rapportent clairement que la femme a été créée par la divinité.

                Dès le début du christianisme, Tertullien (2e s.) et Grégoire de Naziance (4e s.) rapprochèrent les figures d’Ève et de Pandore.[5] À la Renaissance, dans le sillage du retour à la pensée et aux œuvres antiques, on reprit ce rapprochement entre les héritages chrétien et gréco-romain selon la culture du temps. « L. Wajeman s'interroge sur les nombreuses lectures qu’on peut faire du tableau de J. Cousin, Eva prima Pandora, le premier nu séduisant placé dans un paysage. »

 

 

Allongée sous des feuillages qui laissent apercevoir une ville, Eva-Pandora porte les attributs d'Ève (le serpent) et de Pandore (le nez et le pied grecs, le vase qu'elle tient fermé et le vase rouge ouvert à l'arrière plan). Elle s'appuie, en revanche, sur un crâne, un attribut qui n'appartient ni à l'une, ni à l'autre. Signifie-t-il que la séduction de la femme apporte la mort ?[6] (On pourrait plutôt penser que la présence d’un crâne dans ce tableau met l’accent sur Pandore, source de la  vie comme Ève est la mère des vivants.)

 

Glossaire




[1] Enluminure du moyen âge. British Library.

[2] Comme dans la création d’Ève par Michel-Ange, au plafond de la Chapelle Sixtine à Rome et dans bien d’autres représentations artistiques.

[3]Claudine Leduc, Ève et Pandora. La création de la première femme.

[4] Voir Introduction, p. 13.

[5] Voir le Document A : Eva-Pandora et le Document B : Ève et Pandore.

[6] Ibidem.


Illustrations