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Mythe et mystère de l'Androgyne

L’Androgyne est à la fois le symbole de l’indistinction primordiale et divine et de toute expérience tendant pour l’homme à la réintégrer.  Suzanne Lilar (1).

 

L

’aventure des amants appartient au mythe de l'Androgyne, image archétypique générant des désirs de fusion, d'unification, de perfection, d'achèvement, de complétude et de plénitude. Ces désirs s'expriment d’abord sur le plan primitif et inconscient dans le besoin ou l'instinct sexuel, puis, sur le plan psychique, dans l'émotion amoureuse en vue de la complémentarité du masculin et du féminin, pour évoluer enfin, au plan spirituel, dans les noces mystiques et les retrouvailles de deux âmes-sœurs qui se sont séparées en s’incarnant. C'est pourquoi ce drame, déjà figuré dans le mariage alchimique*, se joue autour du symbole de l'union sexuelle.

 

            L'Androgyne constitue un juste équilibre entre la féminité, toute en intériorité et en continuité et la masculinité, toute en extériorité et en action dispersée. Parce que l'être humain est bisexuel, portant en lui ces deux tendances, le symbole de l’Androgyne signifie la réalisation d'un état intérieur se traduisant par un parfait équilibre des qualités féminines (telles que l'intuition et la créativité) et les qualités masculines (comme la raison et l’agressivité). C'est le but ultime que vise l'Humanité dans son évolution par la transmutation de l'énergie sexuelle ou l'accession au Supra-sexe. L'hermaphrodisme*, qui est une bisexualité anatomique, appartient à l'Infra-sexe, étant un signe de dégénérescence (2).

 

            Dans cette perspective, l'amour physique entre un homme et une femme, parés de tous les attraits de la vie et de tous les dynamismes sensoriels, émotionnels et spirituels, devient le véhicule d'une action créatrice vers le plus-être. Ainsi l'accouplement constitue le temple d'une liturgie intérieure dont l'apothéose culmine dans le retour de deux esprits qui se retrouvent après l'involution dans la fragmentation matérielle. Ceci est au cœur du tantrisme hindou.

 

             L'Archétype de la Femme se manifeste par la douceur, la délicatesse et la bonté qui en font l'inspiratrice de l'Homme et s’exprime charnellement dans la beauté plastique de son corps désirable, incarnation sublime de la Vie. C'est au contact de cette chair, source de Vie, que l'Homme apprend le goût de vivre. Il en a été imprégné et nourri pendant les neuf mois de la gestation et abreuvé ensuite au sein. Le corps de la Femme est donc la fontaine de Vie par son utérus, par ses seins, par sa bouche affectueuse et par son regard profond et sécurisant. C'est pourquoi le lien maternel est permanent parce qu’il se réfère à l’archétype de l’anima alimentant ainsi la force de l’union conjugale.

 

Cette fonction vitale de la Femme prend sa source dans l'Énergie primordiale qui est l'Esprit divin. Toute femme est la Voie vers l'Esprit parce qu'elle en exprime l'intériorité. Tout homme est le pionnier de l'Esprit dans la multiplicité du créé car il en est l'extériorité. C'est pourquoi son action est dynamisée par la présence féminine qui le rapproche de l'Esprit dont il est le messager en ce monde manifesté. L’agressivité de l’animus vient stimuler la créativité de l’anima, qui répond en orientant l’agressivité de l’animus vers des buts créatifs (3).

 

            La femme est également un être de ce monde physique qui a besoin de la présence masculine pour exister en tant que Femme, c'est-à-dire pour prendre conscience de son rôle complémentaire dans le Jeu de la Création. Elle ne peut comprendre son destin sans ce retour de l'Homme vers elle qui la fait exister comme matrice, asile, accueil, refuge, consolatrice, véhicule de l'Amour et fontaine de la Vie qui sourd en elle.

 

            En ce sens, l'égalité des sexes se retrouve dans leur essence, car ils sont les deux pôles de la réalité humaine, et dans leur besoin d'unité, car ils sont à la recherche de leur commune origine. Le mot SEXE viendrait du latin SECARE (couper, séparer): deux aspects de l'être total divisé dans et par la matière qui est incapable, dans ses limites essentielles, d'en exprimer toute la richesse. L'Androgyne est donc l'image de cet être total dont l'attrait de l'Homme vers la Femme et de la Femme vers l'Homme postule l'existence idéale sinon eschatologique.

 

            Ici les Archétypes de l'anima et de l'animus, mis en lumière par C.G. Jung, prennent toute leur signification. L'anima, chez l'Homme, est cette part féminine de son être qui cherche à se réaliser, comme l'animus, chez la Femme, est la nature masculine de son être qui veut se manifester. C'est ce besoin de perfection essentielle qui est à la base de l'attrait sexuel: l'Homme et la Femme projetant l'un sur l'autre ou trouvant l'un en l'autre l'image de leur complément essentiel. C'est sans doute la présence de ces deux archétypes chez l'homme et chez la femme qui a fait dire à Freud qu'il considérait l'acte sexuel comme un événement impliquant quatre personnes.

 

            L'instinct sexuel apparaît donc comme la réponse de la matière à l’attraction de l'Esprit qui tous deux trouvent leur équilibre et leur harmonie dans l'amour humain. L'érotisme, qui naît de la réflexion de l'esprit sur les désirs de la chair, constitue la condition essentielle du dialogue amoureux. ÉROS se transmue en AGAPÈ, l'amour sensuel et sentimental évolue vers l'Amour mystique. C'est l'itinéraire du Tantrisme* (4) et la signification du Cantique des Cantiques, mais aussi le sens profond de tous les rites des anciennes religions, comme l'exprime Joseph-Marie Lo Duca:

 

« Tout érotisme ancien est une référence continuelle aux mythes de la vie religieuse, à une liturgie secrète qui permet de le représenter, d'en faire la scène ouverte sur l'univers  et  de voir dans l'extension des plaisirs charnels un moyen de progression de l'âme (Vâtayâma). C'est un univers chaud et fertile où l'acte sexuel offre une profonde expérience du mystère de l'entité unique qui s'est doublée en se manifestant (Kama-Sutra). » (5)

 

            Le comportement sexuel, échappant en grande partie au contrôle de la raison, demeure un phénomène toujours mystérieux. Aussi, est-il pertinent d’approfondir la signification du mystère de la sexualité.


Glossaire


Notes

 

1. Suzanne Lilar, L’androgyne : un mystère confirmé par la biologie, dans PLANÈTE No 12, p. 111.

2. Ouspensky, P. D., A new Model of the Universe, Chapter XII: Sex and Evolution, Vintage Bookd, N.Y. 1971.

3. Voir Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 245.

4. Voir Le Document J : Le Tantrisme.

5. Joseph-Marie Lo Duca, Pourquoi le sexe ?, dans PLANÈTE No 26, p. 76.


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