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5D'Éros à Agapè:l'aventure amoureuse
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Cette excursion dans le domaine de la sexualité humaine sera exaltante et profitable pour celui et celle qui s'efforceront de se délester - temporairement du moins - des conceptions qu'ils s'en font. La question du sexe peut être abordée sous différents aspects ou points de vue. Mais si, à cause de son caractère énigmatique, une connaissance complète, entière et exhaustive de la sexualité est pratiquement impossible, nous pouvons, à partir de nos propres expériences en ce domaine et de nos réflexions à leur propos, en établir une approche convenable qui pourra nous guider vers une meilleure compréhension de ce mystère de la Vie humaine.
Le Mystère de la sexualité est
tributaire de la force d’attraction des sexes qui échappe au contrôle de
La molécule humaine complète… est un élément… plus spiritualisé que la personne-individu - elle est une dualité, comprenant à la fois du masculin et du féminin. Ici apparaît dans son ampleur le rôle cosmique de la sexualité. Et ici, du même coup, se laissent apercevoir les règles qui nous guideront dans la conquête de cette énergie terrible où passe à travers nous, en ligne directe, la puissance qui fait converger sur soi-même l’Univers. La première de ces règles est que l’amour serve à la différenciation des deux êtres qu’il rapproche… L’amour est une aventureuse conquête. Il ne tient et se développe que par une perpétuelle découverte. » (Pierre Teilhard de Chardin) (1).
« L’accouplement est, dans toutes les civilisations un acte fondamental susceptible de provoquer l’action des forces invisibles qui meuvent l’Univers. » (2). Malgré la peur ou la crainte que suscite parfois chez certains individus l’exercice de la sexualité, celle-ci fait partie de notre nature et de notre destin. Il nous faut « apprendre » à la connaître et à l’ « apprivoiser » pour la mieux vivre et nous épanouir dans les feux de l’Amour, car Éros nous oriente vers Agapè.

Il est pertinent d’ajouter les considérations suivantes sur l’amour humain. Contrairement au comportement sexuel des animaux qui ne copulent qu’en saison de rut, le couple humain jouit de l’attraction sexuelle même en dehors de la période fertile de la femme. La raison fondamentale de ce comportement chez les humains réside dans la situation réelle de l’homme et de la femme dans la vie physique. Ceux-ci, en effet, sont, non seulement des membres de la race humaine qu’ils perpétuent en procréant une progéniture, mais aussi et surtout des individus et des personnes qui tendent vers l’unité de leur être profond (entité spirituelle). La fonction sexuelle génère donc beaucoup plus d’énergie qu’il n’est nécessaire pour procréer, afin de permettre aux deux partenaires de faire des « jeux de l’amour » la recherche et la réalisation de leur unité intérieure. La femme étant le miroir de l’anima de l’homme et l’homme, celui de l’animus de la femme, chacun, dans l’acte d’amour, se retrouve unifié dans ses deux polarités, féminine et masculine.

L’homme et la femme sont dotés « congénitalement » de toutes les qualités féminines et masculines. Car l’anima et l’animus ne se réalisent pas uniquement dans la psyché. « Ils sont inscrits dans le code génétique par le soi intérieur. Les événements psychiques passés sont transposés dans la mémoire génétique des cellules qui composent le corps. »(3) Notre corps, en effet, porte la mémoire biologique acquise en cette vie depuis notre naissance, mais également, de façon indélébile et physique, « les mémoires des autres corps que la personnalité a formés au cours des réincarnations précédentes. L’animus et l’anima sont étroitement liés à ces images corporelles intérieures. (4) »
Une tension naturelle existe entre les sexes résultant de l’attraction et de la répulsion des deux polarités masculine et féminine. Les causes en sont beaucoup plus profondes que celles provenant du monde physique. « Elle résulte, dit Seth, de la nature de votre conscience qui se forme à partir de l’anima mais qui dépend, pour sa continuité, de l’agressivité de l’animus (5) La fascination qu’exercent ces deux archétypes l’un sur l’autre est, « la mise en œuvre d’une connaissance intérieure du Soi total qui lutte pour atteindre à une véritable identité en s’efforçant de combiner et d’accomplir les tendances apparemment opposées qui sont une part de lui.(6) » La masculinité et la féminité, en effet, ne sont pas des opposés mais des tendances qui s’entremêlent.
Comment appliquer cette connaissance psychologique de l’animus et de l’anima à l’exercice de la sexualité dans la relation amoureuse ? En faisant appel au mécanisme de projection par lequel nous attribuons à l’autre nos propres croyances et attentes intérieures. Le sexe opposé devient ainsi le miroir physique de notre nature inconsciente. Le besoin d’unité et la tendance vers sa réalisation, dont il a été question plus haut relativement au Soi total, est à la source de l’attraction sexuel. Le couple qui réalise une union sexuelle épanouissante, permet aux deux partenaires de se réaliser, c’est-à-dire de faire l’unité de leur être total – ne serait-ce qu’au cours de l’orgasme. Mais comme les deux amants vivent encore sur le plan physique, cette unité ne perdure pas – cela contredirait leur existence physique qui est séparative de par sa nature : seule l’union sexuelle réussie permet de vivre dans l’unité au « présent » de l’orgasme. Le bien-être physique qui suit l’acte d’amour est dû à l’énergie vitale dont l’exercice du sexe a ouvert les vannes, et la nostalgie subséquente est la promesse d’une réalisation future de l’unité.
Si l’union des partenaires sexuels est physiologiquement fertile, elle permettra l’incarnation d’un esprit, qui, leur ressemblant dans la chair, sera le symbole vivant de leur unité. La multiplicité de leurs relations amoureuses infertiles, d’autre part, est l’indice que le but de l’énergie sexuelle n’est pas la seule procréation mais leur permet également d’approfondir la connaissance de leur nature spirituelle complémentaire. L’exercice de leur maternité et de leur paternité drainera une grande part de l’énergie sexuelle dont ils disposent abondamment. Et c’est dans la chaleur amoureuse de ses parents et dans l’attention affective qu’il en reçoit que l’enfant, garçon ou fille, acquerra sa propre identité sexuelle à travers le « complexe d’Œdipe* ».

'exercice de la fonction sexuelle chez
l'homme et chez la femme unis dans l'amour et qui ont fait de leur sexualité un
tremplin vers leur épanouissement, les conduit donc à l'androgynie,
c'est-à-dire à la synthèse du masculin et du féminin dans leur personnalité respective.
Ils peuvent intégrer chacun leur masculinité ou leur féminité à un point
d'harmonie tel que leur sexualité en subit une transmutation. De la simple
attraction instinctuelle, ils passent à la communion émotionnelle et
sentimentale grâce à l'érotisme et à l'amour. Dans cette évolution de leur vie
sexuelle, l'homme et la femme jouent l'un pour l'autre le rôle d'éveilleur, de
pédagogue et d'éducateur. Leur rapprochement et leur fusion étant devenus plus
électifs, car moins tributaires de l'instinct et des pulsions inconscientes,
leur expérience amoureuse se hausse alors davantage au plan de la communion
spirituelle et mystique. Leur conscience s'élargit aux dimensions de l'Univers,
leur action s'amplifie, car, par voie de conséquence, leur esprit passe de la
créativité latente à la fonction créatrice.
Ainsi,
le commerce sexuel est désormais vécu par les amants comme accompagnement d'une
amitié profonde et d’une complicité mutuelle où la recherche réciproque n'est
plus axée sur la satisfaction d'un besoin ou destinée à combler un manque qui
n'existe plus, mais constitue le prélude à un état de conscience qui déborde
les limites du monde sensible, et les projette dans une expérience
transcendante de communion dans
Lorsque vous ferez les deux (êtres) un, et
que vous ferez le dedans comme le dehors,
et le dehors comme le dedans et le haut comme le bas. Et si vous faites
le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la
femelle ne soit plus femelle, alors vous entrerez dans le royaume (7).
Notes
1. Pierre Teilhard de Chardin, L’énergie humaine, Éditions du Seuil, 1962, p. 93.
2. Jean Servier, Rites et symboles de l’accouplement, dans JANUS No 3, Histoire et sexualité, p. 57.
3. Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 246.
4. Ibidem.
5. Ibidem, p. 251.
6. Ibidem.
7. Évangile de Thomas, verset 22.
2. Pierre Clayette. Couples. Planète No 28.
3. Pierre-Yves Trémois. Union (détail)