7 et 8

Culpabilité naturelle et artificielle

Le premier mécanisme, issu de l’éveil de la conscience humaine, le sentiment de culpabilité, a été faussement interprété par l’homme. Cela a eu pour effet de lui voiler la réalité de son être véritable, de l’aliéner et d’entraîner des malheurs tant individuels que collectifs. Sous l’influence de cette interprétation erronée, l’homme élabora la théorie du Bien et du Mal qu’il projeta sur les événements heureux et malheureux dont il faisait l’expérience. En fait, l’homme se mit à croire au diable lorsqu’il commença à ressentir la culpabilité.» (1)

Pour mieux comprendre le vrai sens de la culpabilité chez l’homme, il est  intéressant et opportun de considérer le comportement des animaux. Un chat ne ressent aucune culpabilité à tuer et manger une souris. Biologiquement parlant, les deux animaux comprennent leur interaction. Appréhendant instinctivement la souffrance d’être dévorée, la souris abandonne son corps : ce qui permet au chat de se nourrir de viande fraîche. La souris elle-même chassait avant d’être chassée. Ces deux animaux comprennent les règles du jeu de la vie (2) À un certain niveau psychique, le chat et la souris « comprennent la nature de l’énergie vitale qu’ils partagent »; c’est pourquoi ils ne se préoccupent pas trop de leur propre individualité physique. Et même s’ils lutteront pour leur survie, « ils ont un sens inné de leur unité avec la nature et ils savent qu’ils n’y seront ni perdus ni engloutis. » (3) 

De même que les animaux savent instinctivement et acceptent inconsciemment de protéger ainsi la vie (la souris nourrissant le chat), l’individu humain doit, pour sa part, apprendre à être conscient de ce qu’il savait lui aussi d’instinct depuis toujours et agir en conséquence : c’est ainsi que se produit le passage du langage biologique au langage humain. C’est là la signification intrinsèque de la culpabilité et sa seule raison d’être naturelle. « Vous devez préserver la vie consciemment, alors que les animaux le font inconsciemment. » (4) 

Ainsi en projetant ses craintes et ses peurs sur des phénomènes ou des événements qu’il ne contrôlait pas, l’homme a développé des croyances négatives qui lui faisaient percevoir la nature comme dangereuse et menaçante. La culpabilité a donc un fondement naturel; mais elle est défigurée et mal utilisée : elle se greffe sur tout phénomène incontrôlable et indompté.  Si nous croyons qu’une chose est mauvaise, nous la vivrons comme telle, nous la considérerons négative. Ainsi naît une culpabilité « artificielle » qui n’est pas innée chez l’homme mais que ce dernier crée, accepte et renforce (5), en l’entretenant mentalement.

Craignant les pensées négatives, nous nous efforçons de contrer toute tendance agressive tout à fait normale qui peut se manifester en nous, alors qu’elle est cependant l’élan même dont se nourrit notre créativité. Nous nions par là notre propre expérience individuelle. Nous ne comprenons pas que nous créons cette expérience agressive et si nous la controns, « les blocages d’énergie qui s’ensuivent forment une accumulation inutile de culpabilité non naturelle. » (6) Nous oublions que cette expérience individuelle est créée par nous ; et  c’est en en prenant conscience que nous pourrons  la changer (7).

Les démons de toutes espèces sont nés de notre croyance en une culpabilité dénaturée : ils sont le fruit de notre « incommensurable créativité » mais ils sont créés par notre idée de culpabilité et notre croyance en eux. « Si vous rejetiez ces concepts biaisés de la culpabilité et écoutiez l’ancien et sage conseil de la culpabilité naturelle, il n’y aurait pas de guerre. » (8) La culpabilité naturelle n’est donc que la manifestation chez l’homme « d’un sens corporel inconscient de justice et d’intégrité inhérent à l’espèce animale. » Son message est le suivant : Tu ne tueras que pour assurer ta subsistance et pour rien d’autre. Blesser ou tuer quelqu’un est une violation des lois de la vie. La légitime défense n’implique pas nécessairement l’homicide; il y a d’autres interventions préalables pour régler les conflits : la prévention et la négociation. Il faut éviter la violence le plus possible (9).

La culpabilité naturelle s’appuie sur la mémoire. Elle exige, chez l’individu, un moment de réflexion pour se rappeler des événements ayant déjà provoqué un sentiment de culpabilité; puis, en les comparant avec la nouvelle situation ou expérience, l’individu est à même de la juger et de l`évaluer. Tout acte antérieur ayant suscité un sentiment de culpabilité naturelle doit être évité à l’avenir (10). La culpabilité naturelle dépend donc de la mémoire. C’est un mécanisme préventif qui n’entraîne aucune punition. « Toute dérogation aux lois de la nature amènerait un sentiment de culpabilité, de sorte que devant une autre situation semblable l’homme pourrait, après un moment de réflexion, rejeter l’action néfaste.» (11) La culpabilité artificielle a émergé de la conscience. « Elle est apparue au moment où l’homme se mit à jongler avec la culpabilité naturelle, innocente et dissociée de toute idée de punition. » (12) Il en a fait une interprétation négative sous la pression de la peur de phénomènes ou d’événements incontrôlables.

            Il faut donc bien distinguer la culpabilité naturelle qui est une « mesure préventive », un rappel avant de poser un acte qui ressemble au précédent, d’une part, de la culpabilité « artificielle », d’autre part, créée par l’homme sous la pression de la crainte et de la peur d’un événement qu’il voit comme menaçant et dangereux. La culpabilité naturelle ne suscite aucun besoin d’une punition en ce monde ou en l’autre pour, supposément, contrebalancer la responsabilité d’une infraction ou d’une violation. « Ne recommence plus » est le message que la culpabilité naturelle envoie à l’individu qui a commis un acte contraire à l’harmonie de sa nature. De toute façon, la punition n’a aucun sens dans le temps simultané, puisque l’événement « punissant » et l’événement qui « mérite » punition sont concomitants. Là où il n’y a ni passé, ni présent ni futur, on pourrait tout aussi bien considérer la punition comme s’étant produite en premier. (13)




8

Point de vue de la Parapsychologie

Création d'Adam et Ève


Une autre version oubliée de l’histoire enseignait qu’Adam et Ève (14) avaient été créés ensemble, mais qu’en rêve, ils se séparèrent en mâle et femelle.Selon votre légende, Adam apparut le premier. La création de la femme à partir de l’une de ses côtes symbolise l’émergence essentielle de forces intuitives chez la nouvelle créature, car sans ce développement la race n’aurait pas pu atteindre cette conscience de soi dont vous jouissez.» (15).

Le serpent est le symbole de la connaissance profondément inscrite dans la nature humaine; il symbolise aussi un certain dépassement. Ainsi, dans l’histoire, c’est Ève et non Adam qui mange la pomme parce que, en tant que femme, elle représente l’élément intuitif de la race qui devait amener cette évolution. Par la suite, l’ego, symbolisé par Adam, pouvait renaître et effectuer la séparation nécessaire. L’arbre de la connaissance offrait effectivement ses fruits – « bons et mauvais » -, car pour la première fois intervenait le libre arbitre et la possibilité de faire des choix. (16)

 

Quant au bien et au mal, ils représentent donc simplement la possibilité de choix ; « choix d’abord en termes de survie, car antérieurement l’instinct suffisait à assurer le nécessaire. Mais on retrouve un sens plus profond à ces apparentes oppositions, alors que Tout Ce Qui Est (17) sépare, semble-t-il, des parties de lui-même (le serpent de la Bible et le Prométhée grec), étalant Sa toute puissance en de nouveaux modèles de l’être qui se souviennent de leur source et la contemple avec nostalgie, tout en profitant de l’unique individualité dont ils jouissent » (18), résultant de cette « séparation ». Ici séparation signifie création pour Tout Ce Qui Est.

 

La Chute et la rébellion de Satan et de ses anges (19) font partie du même phénomène, mais à des niveaux différents. Satan, dans cette perspective, c’est encore la partie de Tout Ce Qui Est qui se serait séparé de Lui pour rejoindre Ses créatures et les doter ainsi du libre arbitre qu’elles n’avaient pas encore. Ceci transparaît dans la majesté et le pouvoir qu’on lui attribue. On le présente souvent sous forme animale (ici le serpent), mais possédant aussi les facultés intuitives qui donnera naissance à la conscience humaine. Sur le plan biologique, tout en conservant « ses penchants naturels de survie », l’espèce ne dépendra plus de l’instinct avec l’apparition du raisonnement et sa capacité de décision. (20)

Avec cette nouvelle forme de conscience, l’espèce jouissait maintenant de la mémoire, lui rappelant joies et peines passées, mais aussi la perspective de la mort physique, plus clairement perçue que sous la condition animale.

Par le jeu de l’association, le nouvel esprit pouvait, à sa grande confusion, déclencher le souvenir aigu d’une agonie passée. Au début, il lui était difficile de séparer le souvenir du moment présent. L’esprit humain lutta alors pour maîtriser toutes ces images – passées, présentes et celles du futur en projection – et il dut continuellement faire des liens. Il connut alors une période de grande évolution. (21)

Il était tout à fait normal que certaines expériences soient plus acceptables que d’autres. Aussi « les nouvelles capacités de l’espèce exigeaient des distinctions claires » : les notions de bien et de mal, ce qui est désirable et ce qui l’est moins l’aidèrent à cet égard. Tout en lui apportant de nombreuses possibilités, la naissance de l’imagination imposait à son organisme une tension supplémentaire, car  il devait maintenant réagir à sa condition présente mais aussi à des situations imaginaires. De plus, comme tous les animaux, il devait affronter l’environnement naturel, avec l’avantage de pouvoir anticiper le comportement des autres créatures. (22)

 

 

 

« Adam jadis avait quitté le paradis : l’Éden lui était devenu fantomatique, et la lumière dorénavant se trouvait là où, à la sueur de son front, il devait labourer un champ pierreux. »[1]


Glossaire


Notes

Illustrations