Einstein visite Rosemary Brown (1)

 

            Un fait dont j’ai rarement parlé, encore une fois par crainte du ridicule, c’est des visites qu’Einstein me rend parfois. Il parle – et a un débit rapide -  de problèmes qui sont souvent bien au-delà de mes moyens de compréhension. Cependant il est extrêmement patient et aimable à mon égard. J’ai remarqué que, lorsqu’il parle, il a la manie de tourner sa moustache entre ses doigts. Il a aussi l’habitude de parler tout simplement comme s’il ne s’adressait pas spécialement à moi, mais plutôt comme s’il donnait un cours dans une classe ou même comme s’il pensait tout seul, à haute voix.

 

            Je ne peux pas croire qu’il vienne me voir dans l’unique but de me rendre d’amicales visites. Je crois qu’il cherche à nous transmettre des idées, de la même façon que les compositeurs le font pour leur musique.

 

            Ce qu’il a à dire consiste en pensées abstraites qui ont dû mûrir lentement dans son esprit. Les idées qu’il exprime sont si profondes qu’il a de la difficulté à les traduire en mots, surtout lorsqu’il parle de sujets pour lesquels nous nous n’avons pas de termes usuels. Certaines notions qu’il aborde sont si abstraites qu’elles sont très difficiles à comprendre. Pourtant, il y a des moments où j’ai presque l’impression de comprendre ce qu’il explique. Mais comment le transmettre à d’autres afin qu’ils puissent également comprendre ?

 

            C’est comme une impulsion. Pendant un bref instant, j’ai le sentiment d’avoir compr4isla signification de ses paroles, mais ensuite ce sentiment disparaît.

 

            J’espère que ce qu’il a à dire me deviendra peu à peu facile, afin de pouvoir exprimer ses idées de façon satisfaisante, Mais il ne semble pas que nous ayons le langage approprié pour l’instant.

 

            Einstein doit s’efforcer de parler avec mon propre vocabulaire avant que je puisse vraiment comprendre. Il essaie de m’expliquer de différentes manières, mais je ne crois pas être véritablement en mesure de le suivre. Il ne cesse de me répéter que je dois développer mon mécanisme de pensée. J’espère que cela finira par donner des résultats.

 

            Je l’ai vu pour la première fois il y a trois ans, mais je ne peux pas préciser le moment exact. Il y a comme une sorte de rapport, de lien entre les gens qui viennent me voir. Par exemple, Liszt est extrêmement brillant; c’est une personne intelligente, pas seulement intéressée à la musique, mais aussi à la physique et à bien d’autres domaines. Je suppose que c’est ainsi qu’il a été poussé à rencontrer Einstein.

 

            Dans l’autre monde, les gens sont attirés les uns pas les autres par des intérêts communs, tout comme dans la vie, et peu importe à quelle période de l’Histoire ils ont vécu. Liszt me sert souvent d’intermédiaire. C’est lui qui m’a amené Einstein.

 

            Einstein dira par exemple : « Les concepts de temps et d’espace de l’humanité changeront. » Ensuite si je fais trop d’efforts pour entendre et comprendre, la communication cesse.

 

            Il m’a également dit un jour que nous possédions une conscience divisée qui évoluera vers une conscience amalgamée, laquelle nous permettra d’avoir un jugement plus juste. J’ai pris note de cette déclaration immédiatement, espérant pouvoir y réfléchir plus longuement à loisir.

 

            Ce qui me plaît chez Einstein, c’est son amour des enfants. Il m’a dit un jour qu’il aimerait beaucoup travailler avec les enfants. « Ils ont une intelligence neuve. Elle n’est pas déformée par les systèmes modernes d’éducation, qui ont une tendance à faire dévier le raisonnement des individus. À l’heure actuelle, les systèmes d’éducation ont pour but de faire entrer des quantités d’informations dans les esprits en formation, sans leur accorder le temps adéquat à l’assimilation et à la réflexion.

 

            Cela semble le contrarier beaucoup, mais il faut comprendre que l’un de ses principaux intérêts est l’éducation et qu’il croit que c’est sur elle que repose l’avenir de l’humanité

 

            Il semble également avoir une piètre opinion de notre intelligence terrestre. Il m’a dit un jour qu’il n’y avait que dix personnes vivantes qui savaient réellement penser et utiliser les processus de pensée qui sont à la disposition de ceux qui possèdent une intelligence normale.

 

            Il y a quelque temps, lorsque Bertrand Russell est mort, il m’a dit qu’il ne restait plus que neuf penseurs dignes de ce nom. Il ne m’a pas dit leurs noms – ce qui est peut-être aussi bien.

 

            Un jour, je l’ai interrogé très timidement sur l’espace. Il a tourné sa moustache entre ses doigts et m’a dit :

- En un sens, tout se trouve dans un lieu, et, en un autre sens, l’espace est infini. Il y a là une contradiction apparente comme il en existe beaucoup^.

 

Il poursuivit en ajoutant :

- Une fois que nous avons compris la nature de l’espace, le voyage à travers l’espace nous deviendra beaucoup plus facile.

 

            Cette notion est si difficile à comprendre que j’ai passé un temps infini à y réfléchir sans pour autant avoir quelque lumière de plus sur ces questions.

 

            Tout ce que je puis faire, c’est attendre et voit ce qui adviendra.

 

            Parfois je souhaiterais qu’un magnétophone puisse enregistrer leurs voix de la même manière que je le fais. Alors, au lieu d’essayer de noter les choses les plus difficiles et compliquées, je pourrais les enregistrer de façon précise et les transmettre à des personnes qui auraient l’intelligence nécessaire pour les utiliser.

 

            Parfois, je fais des efforts pour noter tout ce qu’ils me disent. C’est là un travail ardu, particulièrement lorsque la communication n’est pas bonne. Avec Einstein, elle a plutôt tendance à être médiocre.

 

(à suivre)

 

Rosemary Brown, En communication avec l’au-delà, pp. 113-116.