Être un esprit (I)

 

Introduction. Au lieu de craindre le moment de notre mort inévitable, pourquoi ne pas concentrer nos pensées sur ce qu’est vivre dans cet autre monde qu’on appelle l’au-delà ? Voici une série de lectures de la semaine qui donnent un aperçu de cette vie future. Ces communications de monseigneur Hugh Benson décédé en 1914, furent livrées à son ami Anthony Borgia, médium bien connu en Angleterre. Ces textes génèrent une ambiance de simplicité et de bonhomie qui fait s’estomper la peur que nous ressentons, malgré nous, devant l’inconnu de ce passage à une autre vie.

 

Comment se sent-on quand on est un esprit ?

 

            Beaucoup de gens se sont posé cette question. Et si je vous posais la même question : comment se sent-on quand on est un homme terrestre ? Vous trouveriez la question plutôt sotte : j’ai moi-même été incarné et, par conséquent, je devrais savoir cela. Mais avant de dire que la question est sotte, considérons quelle pourrait être la réponse.

            D’abord, le corps physique : il se fatigue et le repos lui est vital; il a faim et soif, aussi doit-on lui fournir nourriture et boisson. Il endure douleurs et troubles causés par une grande variété d’indispositions. Il peut perdre ses membres dans des accidents, ou suite à de graves maladies. L’acuité des sens diminue avec l’âge. Un accident peut faire perdre la vue ou l’ouïe. L’homme peut naître sans l’un ou l’autre de ces sens, il peut naître muet. Le cerveau physique peut être endommagé et rendre incapable de toute action intelligente et, en conséquence, complètement dépendant des autres.

            Quel tableau attristant, direz-vous ! C’est vrai, mais chacun peut être victime, finalement, de ces incapacités. Au moins trois d’entre elles sont communes à toutes les âmes qui vivent sur terre : la faim, la soif et la fatigue. La liste n’est pas complète, mais elle suffira pour notre démonstration.

            Maintenant, éliminez toutes ces déplaisantes incapacités; éliminez, complètement et pour toujours, leurs causes, et vous aurez une idée de comment l’on se sent quand on est un esprit !

            Quand j’étais sur le plan terrestre, j’ai souffert de quelques-unes des indispositions communes à la plupart des gens. Ces indispositions ne sont pas forcément sérieuses, et nous les accepto0ns plutôt comme des événements presque normaux, auxquels la plupart des gens incarnés, à un moment ou à un autre, doivent faire face. En plus de ces indispositions sans importance, j’étais, naturellement, conscient de mon corps physique, à cause de la faim, de la soif et de la fatigue. Ma dernière maladie – celle qui me fut fatale -  finit par épuiser mon corps physique, et je passai dans le monde spirituel. Et immédiatement je sus ce que l’on ressent quand on est un esprit.

            En parlant avec Edwin (un collègue qui l’a reçu dans l’au-delà), je me sentais de mieux en mieux. Je n’éprouvais aucune douleur, je me sentais léger. Je n’avais pas du tout l’impression d’habiter un corps dense. Mon esprit était alerte. J’étais conscient de mon corps physique : je pouvais bouger mes membres et me déplacer, apparemment sans aucune des familières gymnastiques musculaires. Il est extrêmement difficile de décrire cet état de santé parfaite, parce qu’un tel état est complètement impossible sur terre. Il appartient au monde spirituel seul, et défie toute description avec des mots terrestres. Il faut l’expérimenter soi-même, et ce ne sera possible pour vous que lorsque vous serez l’un des nôtres, ici.

 

Anthony Borgia, Ma vie au Paradis, Éd, du Roseau, Montréal 1989, pp. 217-219.