Être un esprit (II)

 

Comment se sent-on quand on est un esprit ?

 

            J’ai dit que mon esprit était alerte. C’est une affirmation en dessous de la vérité. Mon esprit était un véritable entrepôt de tous les souvenirs de ma vie terrestre. Chaque action, chaque mot, chaque impression de toute ma vie étaient indélébilement enregistrés dans mon subconscient. Et ceci est commun à tous les esprits qui ont eu une vie incarnée.

            Mais nous ne sommes pas continuellement les spectateurs d’une sauvage fantasmagorie de pensées et d’impressions. Ce serait un véritable cauchemar. Non. Nos esprits recèlent toute notre vie terrestre, comme des biographies où sont écrits tous les détails, dans l’ordre chronologique, sans aucune omission. Ce livre est fermé, normalement, mais il est toujours à notre à notre disposition. Je parle par expérience, et c’est vrai pour tous ceux qui vivent dans notre monde.

            Cette mémoire de l’âme a ses lois à elle. Je ne suis pas apte à dire comment elle fonctionne; je peux seulement vous dire comment elle se manifeste.

            Cette mémoire encyclopédique dont nous sommes doués n’est pas tellement difficile à comprendre si on la compare à la mémoire terrestre ordinaire. Vous n’êtes pas continuellement tracassé par les incidents de toute votre vie, mais vous pouvez vous les rappeler volontairement, ou involontairement si certaines circonstances de votre vie les font revivre. Un incident suscite un train de pensées dans lequel la mémoire a sa part. Quelquefois vous ne pouvez vous souvenir avec exactitude de telle ou telle chose, mais dans le monde spirituel, nous pouvons nous rappeler instantanément, sans aucun effort, et infailliblement. Le subconscient n’oublie jamais et, en conséquence, nos actions passées sont parfois pour nous des reproches, parfois des souvenirs heureux, selon ce que furent nos vies terrestres. Les enregistrements de l’esprit réel ne peuvent être effacés. Ils sont éternels, mais ils ne nous obsèdent pas nécessairement. Sur ces tablettes sont aussi inscrites les bonnes actions, les bonnes pensées, et tout ce qui, à juste titre, fait notre fierté. Et si elles sont écrites avec des lettres plus grandes et plus ornées que nos regrets, nous en sommes d’autant plus heureux.

            Naturellement, nos mémoires conservent fidèlement ce qu’elles ont enregistré dans le monde spirituel. Quand nous suivons un cours, nous apprenons facilement et rapidement parce que nous sommes libérés des limitations que le corps physique impose à l’esprit. Si nous acquérons des connaissances, nous les retenons parfaitement. Si, pur développer un talent, la dextérité des mains est requise, notre corps spirituel répond parfaitement aux impulsions de notre esprit.

            Apprendre à peindre un tableau, ou à jouer d’un instrument de musique, pour citer deux activités familières, prend une fraction du temps qu’il en faudrait sur la terre. Pour apprendre à créer un jardin, par exemple, ou à construire une maison, nous assimilons le savoir nécessaire avec aisance et rapidité – dans les limites de notre intelligence.

            En effet, nous ne sommes pas tous dotés d’une intelligence brillante des que nous avons quitté notre corps physique. Si c’était le cas, ces mondes seraient habités par des surhommes et des surfemmes, et nous en sommes loin ! Mais notre intelligence peut se développer dans le cadre de notre progression qui n’est pas seulement spirituelle. Nos esprits ont des ressources illimités d’expansion intellectuelle, indépendamment de notre intelligence quand nous arrivons dans le monde spirituel. Et notre progression intellectuelle avancera sûrement et régulièrement, sous la direction de maîtres instruits et capables dans toutes les branches du savoir et de l’éducation. Et toutes nos études seront facilitées par nos mémoires excellentes. Nous n’oublierons rien. (à suivre).

 

Anthony Borgia, Ma vie au Paradis, pp. 219-220.