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La femme est-elle un danger pour l’homme dans son évolution ?

 


 

         La croyance que l’humanité véhicule depuis la « chute » d’Adam et Ève dans l’Éden soutient que la femme constitue un danger pour l’homme. Cette dernière, selon l’interprétation littérale de Genèse 3, est responsable de la «déchéance » humaine, parce qu’elle a écouté le Serpent et croqué le fruit de l’arbre de la connaissance, entraînant son partenaire dans le même « délit ». Cette vision de la « femme diabolique » a généré, au cours des siècles, des persécutions et des exécutions barbares de femmes qu’on soupçonnait d’être les agents du diable. On a traité la femme de sorcière, de vampire, de goule, de putain, etc., selon l’humeur de l’homme pusillanime que son ascendant provoquait chez lui.

 

Mais, en fait, le réel danger pour l’homme ne réside pas dans la femme extérieure qui l’attire malgré tout, mais dans son anima qu’il projette sur cette figure extérieure. L’homme craint sa partie féminine qui le domine dans la pulsion sexuelle. Ne pouvant exercer son contrôle sur elle et refusant d’accepter cette « faiblesse », il en attribue la responsabilité à la femme en général. C’est la voie de la facilité devant l’effort de devoir se remettre en question pour essayer de comprendre sa propre nature à la fois instinctuelle et rationnelle.

 

            Sans la femme, sans sa partie féminine que lui rappelle la femme extérieure, l’homme est amputé de la moitié de lui-même. Yahvé créa l’homme à son image : mâle et femelle il le créa. Non seulement la femme n’est pas un danger pour l’évolution de l’homme, mais elle en est un élément essentiel, un incitatif à se mieux connaître, une partenaire incontournable dans la réalisation de soi. Comme l’homme l’est pour la femme. D’ailleurs, Ève dans l’Éden devant l’arbre de la connaissance symbolisait tout simplement l’anima de l’homme, son intuition qui l’incitait à développer sa conscience en « mangeant du fruit de la science du bien et du mal ». [1] Aussi, si l’on veut parler de faute originelle, il est clair que l’homme en est autant le responsable que la femme.

 

            Les hommes trop attachés à leurs prérogatives de mâle (les machos) ne cherchent qu’à dominer leur partenaire et à en faire un exutoire de leur agressivité et de leur violence, fruits de leur immaturité. Un esprit faible et imbu du désir d’exercer un pouvoir pour camoufler sa faiblesse, s’attaque de préférence aux prostituées et devient un serial killer. Ce comportement ne se confine pas au seul plan sexuel, il se manifeste même au plan mental et intellectuel : chez les scientistes bornés qui refusent toute validité à l’intuition; les sceptiques qui combattent toute intrusion du spirituel ou du paranormal dans le décours de la vie et chez tous les adeptes qui sur-valorisent les capacités du cerveau gauche au mépris de celles du cerveau droit. Toutes ces attitudes découlent du fait que ces mâles refoulent plus ou moins leur composante féminine. C’est un refus souvent inconscient de leur féminité.

 

            Le refus et le rejet de leur anima a engendré l’hypertrophie de leurs prérogatives masculines, mais n’est pas parvenu, pour autant, à évacuer la peur viscérale qu’engendre la négation de leur partie complémentaire. Cette peur, activée par la présence physique de la femme, leur rappelle sans cesse la force incontrôlée de leur anima. C’est là l’origine de leur mépris des femmes et de la peur de « leurs tentations », qu’ils nourrissent sans cesse par leurs croyances, ne cessant de se convaincre qu’ils doivent s’en protéger comme du démon dont elles sont les suppôts. Les crimes séculaires perpétrés à l’encontre des femmes trouvent leur origine dans ce trauma psychique masculin. L’homme ainsi perturbé constitue un réel danger pour la femme.

 

            L’homme macho souffre d’inflation psychique et ne pourra jamais évoluer humainement parlant, sans accepter de le faire, la main dans la main, avec sa partenaire féminine. Il en est de même de la virago qui refoule sa féminité et affirme gauchement sa partie masculine. Tous les deux, s’ils veulent vraiment se réaliser, devront, par humilité, fuir les apparences pour contempler la réalité de leur nature humaine androgyne et la vivre pleinement.

 

 

 

 

 



[1] Voir mon ouvrage Le Mythe de l’Éden et l’interprétation que je donne de la chute au chapitre 3.

Illustrations

                      Le Titien. Adam et Ève en Éden.

                      Anna Lea Merritt. Ève.