Formuler ses désirs, mais…

 

            Lorsqu’on se limite à désirer la qualité des choses : l’abondance, l’harmonie, la paix, la beauté, sans trop arrêter mentalement la forme particulière qu’on aimerait que ces biens prennent pour soi, on transpose ses désirs sur le plan de l’Esprit où ils ne viennent plus s’opposer et se contredire. Sur ce plan ne s’enregistre que des concepts qui s’accordent, de sorte que lorsqu’ils se traduisent sur le plan physique, objets et faits se groupent harmonieusement dans l’espace et dans le temps. Donc, si les humains s’appliquaient à désirer d’abord en termes généraux tout en faisant confiance aux forces du bien qui s’exercent autour d’eux, ils éviteraient bien des désillusions. Sache que l’abondance est pour tous et selon les besoins de chacun. Une seule chose est stable : la Vérité Spirituelle; tout le reste est fluctuant et pour servir. (New-York, Mai 1954)

 

            Voici encore des conseils personnels :

            Ne t’obstine pas à mettre la charrue devant les bœufs. Je te répète que c’est la pensée qui vient d’abord, que ce ne sont pas les événements, et qu’il est dangereux de trop préciser le détail de ce que tu voudrais voir se réaliser. Sur la Terre, où tous sont solidaires et où des courants de pensées se croisent et s’enchevêtrent de toutes parts, on ne peut juger que rarement du cours exact que vont prendre les choses. De plus, il est fort difficile de savoir ce qui vaut le mieux, pour soi ou pour les autres, tant qu’on est aveuglé par le plan physique. Il vaut donc mieux t’en remettre à la Providence que de te buter mentalement à ce que tu voudrais obtenir.

 

            Lorsqu’on est enclin à tout régler d’avance, on court le risque de donner aux événements une direction arbitraire et de s’engager dans des situations fausses dont il faudra sortir une fois ou l’autre, de sorte qu’on perd plus de temps qu’on en gagne. Tant qu’on n’est pas confronté par ce qui est mauvais en soi, c’est-à-dire contraire à la loi spirituelle, mieux vaut ne pas empêcher l’évolution normale des choses. Il est donc sage de se laisser guider par ce qui semble se dessiner tout en faisant, au besoin, ses réserves mentales. Ce qui importe avant tout c’est la qualité de nos pensées; ce n’est pas l’objet spécifique auquel elle se rattache. Entendons-nous : tu ne peux vivre comme un pur esprit mais, tout en gardant ton sens pratique, n’oublie pas que de garder son esprit souple, ouvert et tolérant est essentiel au progrès de chacun et de tous. Une chose n’est pas nécessairement bonne aujourd’hui du fait qu’elle l’était hier, et elle n’est pas nécessairement bonne pour nous du fait que nous la croyons telle. Et il est essentiel de rester convaincu, de tous temps, que la Vérité et l’Amour gouvernent l’humanité, quelles que soient les chimères des hommes, les détours par lesquels ils doivent passer, et les souffrances qu.ils doivent endurer pour arriver à le comprendre.

 

            Sur Terre, même lorsqu’on fait de son mieux pour élever ses pensées, il semble fréquemment qu’on se trouve placé dans des circonstances qui ne coïncident pas avec sa vie intérieure. C’est un peu parce qu’il est fort difficile de voir clair en soi, de sorte qu’on ne peut pas bien en juger; c’est aussi parce que les effets du passé ont leur répercussion dans le présent, et c’est enfin parce qu’on est solidaire d’autrui sur le plan physique, comme nous l’avons dit maintes fois. Mais si on persévère à espérer plutôt que de perdre courage, on finit par vivre plus abondamment.

 

Enfin, si ce qui te semble désirable ne se réalise pas, ne t’en tourmente pas puisqu’on est si peu capable de comprendre ce qui est pour le mieux tant qu’on reste incarné. Cela ne veut pas dire qu’on doive accepter le malheur, car il provient toujours d’un manque de vision. Si nous n’avons pu empêcher celui d’aujourd’hui, ne nous y arrêtons que le moins possible; tournons-nous vers la reconstruction de demain. Les êtres aimés ne sont pas perdus. Quant aux choses détruites, il nous sera loisible de les remettre autour de nous. (New-York, Septembre 1954).

Extraits de Morton Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus, pp. 164-167