2

La Gnose

L

e terme Gnose vient de gnosis, mot grec signifiant un savoir incluant intuition et sagesse. De façon sommaire, on la définit « comme une connaissance d’inspiration divine, intuitive et intime par opposition à la connaissance intellectuelle d’un champ de compétence ou d’une discipline particulière » (1). On la considère aussi comme une expérience dont le but est la recherche de l’union avec Dieu, l’infini ou l’absolu i.e. toute réalité qui dépasse la perception et la doctrine religieuse. C’est pourquoi on qualifie la gnose comme une révélation ou découverte personnelle de Dieu, source de notre existence. Et le gnosticisme désigne toute secte ou groupe religieux dont la gnose est au cœur des croyances et des pratiques.(2). Certaines de ces croyances s’éloignaient des dogmes de l’Église, d’où les accusations d’hérésies proférées à leur endroit par les Pères de l’Église.

 

Parmi les textes trouvés à Nag Hammadi (Égypte), il y a l’évangile de Thomas, l’évangile de Philippe et l’évangile de Marie (Madeleine) qui ne furent pas retenus par l’Église officielle au Concile de Nicée. Ils contiennent pourtant des enseignements hautement spirituels nullement en contradiction avec l’enseignement de Jésus rapporté dans les quatre évangiles traditionnels, mais présentant des renseignements historiques différents et peut-être complémentaires de nos récits évangéliques. Il y est question de la place de la femme parmi les Apôtres, en particulier celle de Marie-Madeleine, qui semblait tenir un statut privilégié dans le groupe des disciples de Jésus. Voyons ce qu’enseignent, à ce sujet, ces trois évangiles dits apocryphes en contradiction avec les thèses tendancieuses avancées par Dan Brown, dans son roman The Da Vinci Code.

3

Jésus et Marie Madeleine

 


L

a parution du roman de Dan Brown en 2003, a suscité partout dans le monde chrétien à la fois surprise et engouement dont les retombées ne sont pas près de s’éteindre. Car, ce qui est remis en question, c’est l’hégémonie masculine qui colore depuis 2000 ans les religions chrétienne et islamique. En rejetant le culte féminin que présidaient les déesses païennes, les Pères de l’Église des 2e et 4e siècles, Irénée, Tertullien et Eusèbe en particulier, puis l’édit de Milan par lequel Constantin faisait de la religion chrétienne la religion d’état pour unifier l’empire romain, ont voulu museler les revendications féminines qui font pourtant partie intégrante de la nature humaine. Il n’est donc pas surprenant qu’elles surgissent périodiquement pour réclamer leurs droits. Dans ce débat, qui remet à l’avant-plan des textes anciens non reconnus par l’Église officielle, et qui font une large place au rôle de la femme dans les sociétés de leur temps, les féministes, non sans raison, revendiquent, sous leur éclairage, une révision de l’histoire du christianisme (3).

 

Si le rôle des femmes est très nettement, quoique parcimonieusement, souligné dans les évangiles canoniques, il l’est encore plus abondamment mais parfois aussi de façon par trop fantaisiste, dans les textes apocryphes*. Il n’est pas facile de faire la part de la réalité historique des faits et de leur interprétation mythique. Mais on peut trouver, dans la nature même du mythe*, la clé fournissant une explication qui peut réconcilier les diverses visions des origines du christianisme. Comme la pensée crée la réalité, le mythe, affirme Seth, devient une réalité (4). Il y a une réalité historique qui peut donner lieu à une interprétation mythique qui, à son tour, crée une nouvelle réalité psychique qui peut influencer ensuite la réalité historique. Le mythe de la crucifixion (5) en est un exemple : le Christ, pour bien des croyants, est devenu le Crucifié, quoiqu’il n’ait pas été historiquement mis en croix, et Judas, le traître, bien qu’il n’ait pas trahi son Maître. Ce mythe tendait à concilier la mission du Christ avec les prophéties de l’Ancien Testament concernant le Messie sous la forme d’un serviteur souffrant (6) et leur accomplissement. La création d’un mythe, comme explication pratique d’une vérité, se produit lorsqu’il y a projection d’une croyance partagée par un groupe ou une communauté qui cherche une réponse à son désarroi psychologique : cette réponse prend la forme d’un prototype salvateur ou exemplaire. C’est le propre de l’homme de créer des mythes dans sa poursuite de la Vérité.

 

S’appuyant sur un verset d’un texte apocryphe, L’évangile de Philippe, Dan Brown, dans son roman, The Da Vinci Code, crée le mythe du mariage de Jésus avec Marie-Madeleine, bien qu’historiquement on n’en détienne aucune preuve. Dans ce texte, il est dit que Jésus embrassait souvent Marie Madeleine sur (la bouche) (7). Sorti du contexte de ce manuscrit gnostique, cette phrase peut être interprétée comme pouvant suggérer soit une simple marque d’amitié soit une relation sexuelle entre Jésus et Marie-Madeleine, à l’encontre pourtant de l’enseignement de cet évangile dont le thème central est l’amour mystique (8). La différence entre la relation mystique et la relation sexuelle est clairement affirmée au verset 48 : « Mais apprenez que la relation immaculée possède une grande force. Son image en est la forme extérieure impure ». Vue sous cet angle, une relation sexuelle entre Marie Madeleine et Jésus, aurait donc dévalorisé son enseignement sur l’amour spirituel.

 

Le texte exploité par Dan Brown se lit comme suit : « Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le Seigneur l’aimait plus que tous les disciples et il l’embrassait souvent (sur la bouche). » Ce texte paraît moins tendancieux si on le lit à la lumière du verset 25b qui le précède : « Si la parole (logos) sortait de la bouche, elle nourrirait par la bouche et ferait devenir parfait. En effet c’est par un baiser que les parfaits fécondent et enfantent. Pour cette raison nous nous embrassons les uns les autres, et nous sommes fécondés par la grâce (charis) des uns et des autres. »  Le baiser est donc pris ici comme l’expression physique de l’amour fraternel commandé par Jésus (9). Le baiser sur la bouche semble être un signe culturel d’amitié chez certains peuples orientaux, comme pour nous l’accolade ou la poignée de mains. La télé nous a montré, il y a quelques années, la réception en Égypte de plusieurs dirigeants arabes lors d’une réunion importante. Nous avons vu plusieurs chefs arabes embrasser le président égyptien par un triple baiser : deux sur les joues et un sur la bouche.

 

La préférence de Jésus pour Marie Madeleine trouve son explication dans le verset 26 : « Il y en avait trois qui marchaient toujours avec le Seigneur : Marie sa mère et sa sœur et Madeleine appelée sa compagne. Sa sœur, sa mère et sa compagne étaient chacune Marie. » De plus, Jésus a exercé envers Marie Madeleine le rôle de psychiatre en chassant d’elle sept démons (c’est ainsi qu’on désignait alors des troubles psychologiques que nous appelons aujourd’hui des névroses : en ce sens, les sept démons pourraient signifier une névrose très profonde). Il est tout à fait logique et normale qu’après sa guérison, une relation très intime et très personnelle s’établisse, entre elle et le thaumaturge qui l’avait guérie. Aujourd’hui, en termes psychanalytiques, on parlerait du phénomène de transfert. La reconnaissance de Marie Madeleine envers Jésus s’est concrétisée par son assistance avec d’autres femmes lors des déplacements du Christ au cours de sa mission comme l’indique clairement les évangiles canoniques (10).

 

Cet amour privilégié que Jésus manifestait à Marie Madeleine, a été amplifié par les féministes selon leurs attentes pour revendiquer une plus grande place de la femme dans l’économie chrétienne. À Jésus qui se proclamait fils de Dieu, on a donc voulu associer une « déesse » à l’instar des religions antiques dites « païennes » : Isis, Ishtar, Déméter, etc. auxquelles correspondait un partenaire divin : Osiris, Mithra, Dionysos.

 

Si, en réalité, Jésus avait été marié avec Marie-Madeleine, on ne peut s’empêcher de penser qu’il en aurait fait allusion lors de sa dispute avec les Pharisiens sur l’indissolubilité du mariage et le problème du divorce soulevé par ceux-ci (11). Mais,  comme son cousin Jean le Baptiste, Jésus avait comme mission de révéler l’amour spirituel. Sa vie était son message : elle témoignait de cette réalité transcendante en étant focalisée exclusivement sur elle. Il ne venait pas fonder une dynastie. Aucun prophète n’a fondé de dynastie. Car leur but consistait à rappeler à chacun la réalité de la vie intérieure (spirituelle). C’est ce qu’avait compris Jean le Baptiste, qui, au début de sa mission, a renoncé à une union qu’il avait contractée avec une cousine pendant sa jeunesse. Pour lui, cet état ne convenait pas à son rôle de Précurseur du Messie (12). Il devait, comme son cousin Jésus, témoigner de leur état d’androgynes : union parfaite des qualités masculines et féminines. C’est ce qui ressort de la réponse que fit Jésus à ses disciples, alors qu.il leur parlait de l’indissolubilité du mariage et de l’adultère. Ces derniers lui dirent : « Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’y a pas intérêt à se marier. » Ce à quoi répondit Jésus : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement  ceux à qui c’est donné. En effet il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel; il y a des eunuques qui ont été rendu tels par les hommes; et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre! » (13) Il est tout à fait impensable que Jésus n’est pas pratiqué ce qu’il enseignait, c’est-à-dire le célibat en vue du Royaume des cieux, qu’il était venu annoncer.

 

Cette hypothèse du mariage de Jésus avec Marie-Madeleine avancée dans l’ouvrage L’énigme sacrée (14), dont s’est inspiré Dan Brown dans son roman The Da Vinci Code, est donc un mythe pur et simple, bien accueilli toutefois et applaudi par certains tenants du mouvement féministe. Il concrétise, à sa façon, les revendications de l’élément féminin, minimisé et même combattu par l’Église institutionnelle depuis Constantin et par certains Pères de l’Église. Ce mythe créé dans l’inconscient collectif témoigne du caractère fondamental de la nature androgyne de l’homme, occulté par le Christianisme. Voir ci-après : Mariage et androgynie.

 

Un éclairage intéressant nous est fourni par certains versets de L’Évangile de Thomas. Ce codex a été trouvé comme L’Évangile de Philippe à Nag Hammadi en Égypte en 1945. « Lorsque vous ferez du mâle et de la femelle un seul et même être, de façon à ce que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle […] c’est alors que vous entrerez dans le Royaume.» (15) À la fin de cet évangile, Simon-Pierre se fait le protagoniste de la primauté du mâle : «  Simon-Pierre leur dit : «Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie.» Jésus dit : «Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux.» (16) On ne peut mieux affirmer l’androgynie et donc l’égalité de l’homme et de la femme. Si Marie Madeleine avait été l’épouse de Jésus, Pierre aurait été bien malvenu de demander à son époux de renvoyer cette dernière. Mais Marie Madeleine était une disciple au même titre que Pierre et peut-être encore plus dévouée au Maître que Simon-Pierre lui-même (17).

 

Le Code Da Vinci de Dan Brown a connu un tirage considérable et, pour son auteur, presque inattendu puisqu’il appréhendait plutôt des réactions négatives de la part des catholiques et de l’Opus Dei en particulier. La qualité et la densité des actions du roman, alliées à l’intérêt que soulève toujours l’idée de complot et de secret ont favorisé son succès. Par contre, l’auteur a introduit plusieurs erreurs de dates ou de topographie dans le cours de l’événement, quoiqu’il donne l’impression que toutes ses affirmations sont fondées sur des preuves solides, ce qui n’est nullement le cas. Plusieurs spécialistes qui en ont fait l’inventaire et la démonstration, ont toutefois conclu, que malgré ses lacunes, ses erreurs et ses affirmations souvent gratuites, Le Code Da Vinci constitue une excellente fiction littéraire, un polar nouveau genre sans, pour autant, constituer une véritable œuvre littéraire

(1) Dan Burstein, Les secets du Code Da Vinci, p. 471-472.

(2) Ibidem.

(3) Beaucoup d’auteurs féminins ont publiés leur opinion et leurs commentaires dans la foulée du livre de Dan Brown, The Da Vinci Code. Voir Dan Burstein, Les Secrets du Code Da Vinci. Les Intouchables, 2004.

(4) Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 273.

(5) Voir Le mythe de la Crucifixion, p. 28.

(6) Isaïe, 53. Voir infra Le mythe de la Crucifixion.

(7) Ces mots manquent dans le texte. Les traducteurs les ont ajoutés d’après le verset 25b.

(8) Elaine Pagels citée dans Dan Burstein, Les Secrets du Code Da Vinci, p. 158.

(9) Jean, 15, 12.

(10) Luc, 8, 2-3.

(11) Marc, 10, 1-12.

(12) Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 273.

(13) Matthieu, 19, 10-11.

(14) M. Baigent, R. Leigh et H. Lincoln, L’énigme sacrée, Édition J’ai Lu, 1983.

(15) L’évangile de Thomas, verset 22.

(16) Ibidem, verset 114.

(17) Pour plus d’explications Voir Document J : Textes apocryphes (extraits)

Glossaire


Document J


Textes apocryphes


Évangile de Philippe (extraits)


25a) Tous ceux qui sont engendrés dans le monde sont engendrés par la nature (physis), mais les autres par l'Esprit (pneuma). Et ceux-ci crient d'ici-bas vers l'homme, car ils se nourrissent de la promesse du lieu d'en haut.

 

(25b) Si la parole (logos) sortait de la bouche, elle nourrirait par la bouche et ferait devenir parfait. En effet c'est par un baiser que les parfaits fécondent et enfantent. Pour cette raison nous nous embrassons aussi les uns les autres, et nous sommes fécondés par la grâce (charis) des uns et des autres.

(26) Il y en avait trois qui marchaient toujours avec le Seigneur : Marie sa mère et sa sœur et Madeleine appelée sa compagne. Sa sœur, sa mère et sa compagne étaient chacune Marie.

 

(44b, 45) Et la compagne du fils est Marie Madeleine. Le Seigneur l'aimait plus que tous les disciples et il l'embrassait souvent sur la bouche. Les disciples le voyaient et ils lui dirent : Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? Le sauveur répondit et leur dit : Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu'elle ? Un aveugle et quelqu'un qui voit, quand ils sont tous deux dans l'obscurité ne se distinguent pas l'un de l'autre. Si la lumière vient, alors celui qui voit verra la lumière alors que celui qui est aveugle demeurera dans l'obscurité.

 

(48) Grand est le mystère du mariage! Sans lui le monde ne serait pas. En effet, la persistance (sustasis) du monde, c'est l'homme, et la persistance de l'homme est le mariage. Mais apprenez que la relation (koinonia) immaculée possède une grande force (dynamis). Son image en est la forme extérieure (schema) impure.

 

(49) Parmi les esprits impurs, il y en a de masculins et de féminins. Les masculins s'unissent aux âmes qui habitent une forme extérieure féminine, et les féminins sont ceux qui s'unissent aux âmes qui ont une forme extérieure masculine, parce qu'elles ont été séparées. Et nul être humain ne peut y échapper lorsqu'ils le tiennent, à moins qu'il ne reçoive une force à la fois masculine et féminine, c'est-à-dire la force du fiancé et de la fiancée. Or on reçoit celle-ci dans la chambre nuptiale, qui est une image.

 

(50a) Quand les femmes libertines voient un homme seul, elles se jettent sur lui, jouent avec lui et le souillent. De même les hommes libertins s'ils voient une jolie femme seule, ils la séduisent ou lui font violence pour la souiller. Mais s'ils voient un homme et sa femme ensemble, les femmes ne peuvent venir vers l'homme, ni les hommes vers la femme. Il en est de même si l'image et l'ange (aggelos)) sont unis, personne n'osera ni ne pourra aller vers l'homme ou la femme.

 

(56) Le Seigneur dit : Je suis venu pour faire que les choses d’en bas soient comme les choses d’en haut, et que les choses du dehors soient comme celles du dedans. Je suis venu pour les unifier là (en haut). Il s’est manifesté ici (en bas) en symboles et en images. Ceux qui disent : il y a un homme céleste et il y a quelqu’un au-dessus de lui, se trompent. Car c’est le premier de ces deux hommes célestes, celui qui s’est manifesté, qu’ils appellent celui qui est en bas ; et ils pensent que c’est celui à qui appartient ce qui est caché qui est au-dessus de lui. Mais il vaudrait mieux dire : l’intérieur et l’extérieur, et l’extérieur de l’extérieur. C’est pourquoi le Seigneur a appelé la destruction ´ ténèbres extérieures ‘ car il n’y a rien d’extérieur à elles.

(59) Quand Ève était en Adam, la mort n’existait pas. Après qu’elle fut séparée de lui, la mort survint. S’il la reprend en lui et retrouve son être premier, il n’y aura plus de mort.

(62a) Il y avait à Jérusalem trois lieux d'offrande. Le premier, vers l'ouest, était appelé le Saint. Le deuxième, vers le sud, était appelé le Saint du Saint. Le troisième, vers l'est était appelé le Saints des Saints, l'endroit où seul le grand-prêtre pénètre. Le baptême est le Saint, la rédemption est le Saint du Saint, la chambre nuptiale est le Saint des Saints. Le baptême implique la résurrection et la rédemption. La rédemption a lieu dans la chambre nuptiale. Mais la chambre nuptiale est ce qui est supérieur... à Jérusalem, le voile sépare le Saint des Saints... mais la chambre nuptiale est l’image de la chambre nuptiale qui est au-dessus de l’impureté. Son voile s’est déchiré du haut en bas car il convenait à quelques-uns d’en bas de monter en haut.

(63) Ceux qui sont revêtus de la Lumière parfaite, les forces naturelles (dynamis) ne les voient pas et ne peuvent s'en emparer. On revêtira cette Lumière dans le mystère, dans l'union.

 

(64a) Si la femme n’avait pas été séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa séparation a été à l’origine de la mort. C’est pourquoi Christ est venu remédier à cette séparation, qui existe depuis le commencement, réunir les deux, redonner la vie à ceux qui étaient morts dans la séparation et les unir. Or la femme s’unit à l’homme dans la chambre nuptiale. En vérité ceux qui se sont unis dans la chambre nuptiale ne seront plus jamais séparés. Ainsi Ève s’est séparée d’Adam parce qu’elle ne s’était pas unie à lui dans la chambre nuptiale.

 

(64b) L’âme (psyche) d’Adam naquit d’un souffle. Le compagnon de son âme est l’esprit (pneuma). Ce souffle qui lui fut donné est sa mère. Son âme fut remplacée par un esprit. Lorsqu’il lui fut uni, il prononça des paroles qui dépassaient les forces naturelles (dynamis). Celles-ci le jalousèrent, privées qu’elles étaient de ce compagnon spirituel secret, exempt de tout mal, ce qui les privait de la possibilité de la chambre nuptiale...

 

(67a) Adam est venu à l’existence grâce à deux vierges, l’Esprit et la terre vierge. C’est pourquoi le Christ naquit d’une vierge pour rectifier la chute qui s’est produite à l’origine.

 

(67b) Il y a deux arbres au milieu du jardin. L'un engendre des animaux (thérion), l'autre engendre des hommes. Adam mangea de l'arbre qui engendrait des animaux. Il devint animal et engendra des animaux. C'est pourquoi les enfants d'Adam adorent (sebesthai) des animaux. L'arbre dont Adam a mangé le fruit est l'arbre des animaux c’est pourquoi les péchés furent nombreux ; s’il avait mangé... du fruit de l’arbre qui porte des hommes, alors les dieux adoreraient l’homme. Car Dieu à l’origine avait créé l’homme, mais maintenant les hommes créent des dieux. C’est ainsi qu’il en va dans le monde : les

hommes créent des dieux et adorent leurs créatures. Mais ce sont ces dieux qui devraient adorer les hommes ! Telle est la vérité.

 

(73) Dieu avait planté un jardin. L'homme y avait été placé. Il y avait de nombreux arbres... Dans le lieu où on me dira : mange de ceci, ou ne mange pas de cela, comme tu voudras. Dans le lieu où je mangerai de tout se trouve l'arbre de la connaissance (gnosis). C'est lui qui tua Adam, mais c'est lui qui vivifie l’homme. La loi était un arbre. Il avait le pouvoir de donner la connaissance du bien et du mal. Il n'écarta pas du mal ni n'établit dans le bien, mais il prépara la mort de ceux qui en mangèrent. Car lorsqu'il fut dit: mange de ceci, ne mange pas de cela, ce fut l'origine de la mort.

 

(83, 84,85) En ce monde, l'union est entre l’époux et l’épouse, la force complétée par la faiblesse. Dans l'Éon, la forme de l'union est tout autre bien qu'on lui donne les mêmes noms. Cependant il y a d'autres noms, supérieurs à tous les noms donnés, et supérieurs aux plus forts. Car ici (ici-bas), il y a la force (bia) et ceux qui apparaissent excellent par leur force. Mais ceux qui sont là (dans l’Éon) ne sont pas deux choses distinctes, mais une même chose. Ce qui est ici ne pourra pas s’élever au-dessus du cœur de la chair.

 

(92b) La vérité est la mère, la connaissance est le père.

 

(97) C'est à celui que la femme aime que ressemblera ceux qu'elle engendrera. Quand c'est son mari, ils ressemblent au mari. Quand c'est un adultère, ils ressemblent à l'amant. Souvent quand une femme couche avec son mari par nécessité mais que son cœur est auprès de l'amant, avec lequel elle s'unit habituellement, celui qu'elle engendrera ressemblera à l'amant. Mais vous, qui êtes avec le Fils de Dieu, n'aimez pas le monde mais aimez le Seigneur afin que ceux que vous engendrerez ne ressemblent pas au monde mais ressemblent au Seigneur.

 

(107) Personne ne peut savoir quand le mari et la femme s'unissent sauf eux-mêmes. Car c'est un mystère que le mariage (gamos) du monde pour ceux qui ont pris femme. Or si le mariage du monde, qui est impur, reste caché, combien plus le mariage immaculé est-il un vrai (alethinos) mystère ! Il n'est pas charnel, il est pur. Il appartient non au désir mais à la volonté. Il n'appartient pas aux ténèbres ou à la nuit, mais au jour et à la lumière.

 

(108) Un mariage accessible au public est de la prostitution (porneia) et la femme, non seulement si elle reçoit la semence d'un autre homme, mais même si, sortant de sa chambre, elle est vue, commet une impudicité. Elle ne doit se faire voir qu'à son père et à sa mère.

 

(109) A l'ami de l’époux et aux enfants de la chambre nuptiale il est permis de pénétrer tous les jours dans la chambre nuptiale, mais les autres ne peuvent désirer qu'entendre leur voix, jouir de leur parfum et se nourrir des miettes de pain qui tombent de la table comme les chiens (Math. 15, 27). Époux et épouses appartiennent à la chambre nuptiale. Personne ne peut voir l’époux et l’épouse à moins de le devenir soi-même.

 

(118b) Les mystères de la vérité sont révélés sous forme de signes (tupos) et d'images.

 

(119a) Quant à la chambre nuptiale, elle demeure cachée, elle est le Saint des Saints.

 

 

B

 

Évangile de Thomas (extraits)

 

22  Jésus vit des petits qui suçaient le lait. Il dit à ses disciples : « Ces petits qui sucent le lait sont semblables à ceux qui entrent dans le Royaume. » Ils lui dirent : « Alors en devenant petits, nous entrerons dans le Royaume ? » Jésus leur répondit : « Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l’intérieur comme l’extérieur, et l’extérieur comme l’intérieur, et le haut comme le bas, et que vous ferez du mâle et de la femelle un seul et même être, de façon à ce que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle ; lorsque vous ferez des yeux au lieu d’un œil, une main au lieu d’une main, un pied au lieu d’un pied, une image au lieu d’une image, c’est alors que vous entrerez dans le Royaume. »

 

29  Jésus a dit : « Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit, c’est une merveille ; mais si l’esprit est venu à l’existence à cause du corps, c’est une merveille des merveilles. Mais moi, je m’émerveille de ceci : comment cette grande richesse a-t-elle habité dans cette pauvreté ? »

 

75  Jésus a dit : « Il y en a beaucoup qui se tiennent près de la porte, mais ce sont les solitaires qui entreront dans la chambre nuptiale. »

 

 

87  Jésus a dit : « Misérable est le corps qui dépend d’un corps, et misérable est l’âme qui dépend de ces deux corps. »

 

 

106  Jésus a dit : « Lorsque vous ferez des deux un, vous deviendrez des Fils de l’Homme ; et si vous dites : Montagne, déplace-toi, elle se déplacera. »

 

 

108  Jésus a dit : « Celui qui s’abreuvera à ma bouche deviendra comme moi. Moi-même, je deviendrai lui et ce qui est caché lui sera révélé. »

 

 

114  Simon-Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. » Jésus dit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. »

 

 

C

 

L’Évangile de Marie (extraits)

 

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "

Pierre lui dit:

" Puisque Tu te fais l'interprète des éléments et des événements du monde, dis-nous: Qu'est-ce que le péché du monde ?

" Le Maître dit: " Il n'y a pas de péché.

C'est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère là est le pêché.

Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ; Il a participé aux éléments de votre nature afin de l'unir de nouveau à ses racines. " Il continua et dit : " Voici pourquoi vous êtes malades et pourquoi vous mourrez, c'est la conséquence de vos actes ; vous faites ce qui vous éloigne... Comprenne qui pourra ! "

Alors, Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères:

" Ne soyez pas dans la peine et le doute, car Sa Grâce vous accompagnera et vous protégera: louons plutôt Sa grandeur, car Il nous a préparés.

Il nous appelle à devenir pleinement des êtres humains.

" Par ces paroles, Marie tourna leurs cœurs  vers le Bien ; ils s'éclairèrent aux paroles du Maître.

[PAGE 10]

Pierre dit à Marie:

" Sœur, nous savons que le Maître t'a aimée différemment des autres femmes.

Dis-nous les paroles qu'Il t'a dites, dont tu te souviens et dont nous n'avons pas la connaissance...

" Marie leur dit :

" Ce qui ne vous a pas été donné d'entendre, je vais vous l'annoncer: j'ai eu une vision du Maître, et je Lui ai dit: «Seigneur, je Te vois aujourd'hui dans cette apparition.»

II répondit : S «Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue.

Là où est l'intellect, là est le trésor.»

Alors, je Lui dis: «Seigneur, dans l'instant, celui qui contemple Ton apparition, est-ce par l'âme qu'il voit ? Ou par l'esprit ?»

Le Maître répondit: Ni par l'âme ni par l'esprit ; mais l'intellect étant entre les deux, c'est lui qui voit et c'est lui qui [...]»

[PAGE 17]

« Je suis sortie du monde grâce à un autre monde ;

une représentation s'est effacée Grâce a une représentation plus haute.

Désormais je vais vers le Repos où le temps se repose dans l'Éternité du temps.

Je vais au Silence «. " Après avoir dit cela, Marie se tut.

C'est ainsi que le Maître s'entretenait avec elle.

André prit alors la parole et s'adressa à ses frères:

" Dites, que pensez-vous de ce qu'elle vient de raconter? Pour ma part, je ne crois pas que le Maître ait parlé ainsi; ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues. "

Pierre ajouta : " Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ?

Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ?

L'a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? "

[PAGE 18]

Alors Marie pleura.

Elle dit a Pierre: " Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ?

Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ?

" Levi prit la parole : " Pierre, tu as toujours été un emporté ;

je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires.

Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ?

Assurément, le Maître la connaît très bien

Il l'a aimée plus que nous.

Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ;

laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé.

Partons annoncer l'Évangile sans chercher a établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin. "

[PAGE 19]

Dès que Levi eut prononcé ces mots, ils se mirent en route pour annoncer l’Évangile.