Introduction

 

Le Christ n’est pas un homme. L’homme, c’était Jésus. Le Christ, c’est le messager, qui vit dans tous les temps, sous le nom de Jésus à une époque, sous le nom de Josué à une autre, de Melchisédech à une autre encore. Edgar Cayce (Lecture 991-1).

 

            Quand quelqu’un affirme, en toute bonne foi, avoir reçu un message du Christ, il prétend qu’il s’agit d’une communication provenant directement de Jésus de Nazareth, qui a vécu en Galilée, il y a deux mille ans. De nombreux « saints » et « mystiques » de l’Église catholique, ou d’autres dénominations religieuses, ont véhiculé de semblables affirmations. Mahomet lui-même exercerait cette fonction chez les musulmans.

 

            Faut-il prendre au pied de la lettre une telle affirmation et croire que Jésus ou Mahomet viennent « personnellement » consoler et aider chacune des entités incarnées qui font appel à leur aide? Bien que ce ne soit pas l’objet de cette monographie, je veux, ici, aborder brièvement cette question, sur laquelle on doit se pencher sérieusement pour éviter d’être dupe de préjugés et de croyances erronées. Je me suis questionné à ce sujet à la suite de certaines communications de Seth, cette entité qui s’est exprimée par le médium américain, Jane Roberts. En voici deux cas qui peuvent servir d’exemples évocateurs. Le premier concerne une femme dans le coma au sujet de laquelle le mari était venu consulter Seth :

 

Je me suis présenté, dit-il, comme Jean, le disciple très attentif, et je lui ai parlé. Ce n’est pas usurper la place de cet apôtre mais utiliser son ascendant pour convaincre. Dans notre sphère il n’est pas inhabituel d’agir ainsi dès lors qu’il s’agit de secourir quelqu’un.[1] 

 

            Le deuxième exemple est en relation avec des événements qui suivent la mort physique d’un être humain et qui sont conditionnés par les croyances du défunt :

 

J’avais joué le rôle de Moïse de façon plutôt crédible en différentes occasions – et une fois, bien que ce soit difficile à croire, pour un arabe[2].

 

Ces deux exemples se rapportent au rôle que Seth a assumé en recevant dans l’au-delà ces deux individus, une femme et un homme. Et cet entité laisse entendre que ce procédé est largement utilisé par les guides qui reçoivent les défunts dans l’autre monde et qui sont chargés de les aider à s’adapter à leur nouveau milieu de vie et son environnement.  Ces déclarations peuvent éclairer notre compréhension « dans les cas où des apparitions de caractère religieux sont signalées.[3] »

 

Clarifions aussi la question de l’existence mythique de Jésus. À partir du 18e siècle, des auteurs rationalistes ont mis en doute l’existence historique du personnage. On en est revenu depuis et aujourd’hui aucun historien sérieux ne remet en cause l’ « historicité » c’est-à-dire l’existence physique de Jésus de Nazareth en Palestine au début de l’ère chrétienne. Dans Aion (1951), Carl Gustav Jung parle « de la figure historique de l’homme Jésus ». L’importance de cette question était à ses yeux  fondamentale puisqu’elle concerne l’archétype de l’anthropos, cette image originelle qui « s’est précipitée sur lui qui n’était qu’un prophète juif à peu près inconnu » : Ainsi le Fils de l’Homme, le propre Fils de Dieu « s’opposait au divus Augustus, souverain de ce monde. Cette pensée fit du problème originellement juif du Messie un problème universel ».

 

            Ce serait un lourd malentendu, explique-t-il, de prétendre ne voir qu'un « simple hasard » dans le fait que ce fût Jésus, le fils du charpentier, qui ait annoncé l'Évangile et soit devenu le salvator mundi - le sauveur du monde. Pour qu'il ait été en état d'exprimer et de remplir si parfaitement l'attente générale, bien qu'inconsciente, de son temps, il faut qu'il ait possédé une personnalité dotée d'une envergure hors du commun. Nul autre que lui, l'homme Jésus précisément, n'aurait pu être le porteur d'un tel message[4].

 

Mais, on ne peut nier que beaucoup de mythes se sont élaborés autour de ce personnage hors pair, comme nous le verrons plus loin, par exemple, au sujet de la « crucifixion » et de l’ « Ascension ». Pour étayer mon propos, sans remettre en question toute l’hagiographie religieuse, catholique ou autre, il est opportun, je crois, de mettre en perspective les deux interprétations des spécialistes du christianisme concernant le caractère mythique ou historique de ce personnage nommé Jésus dans lequel l’entité Christ se serait incarnée.

 

Après avoir fait la synthèse des recherches exégétiques et historiques sur l’historicité de Jésus de Nazareth, le Cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, a écrit des propos assez surprenants : «En conséquence, écrit-il,[5] la Résurrection ne peut pas être un événement historique dans le même sens que la Crucifixion. Elle n'est décrite en tant que telle par aucun récit, et sa réalisation n'est pas déterminée autrement que par  l'expression de type eschatologique de : " le troisième jour".»

 

Et dans un autre ouvrage[6] sur Jésus, il ajoute : « Comme résultat naturel de ces tentatives,  il ressort l'impression que nous savons très peu de choses fiables sur Jésus et que c'est la foi en sa divinité qui a façonné son image après coup. Est-ce le Jésus de l'histoire qui a donné naissance au Christ de la foi - c'est bien entendu la position classique de l'Église catholique (et des autres églises chrétiennes) - ou bien est-ce le Christ de la foi qui a fait apparaître un Jésus historique ?"

 

Il croit à l’historicité de la crucifixion mais ne peut attribuer ce caractère à la Résurrection. Il admet toutefois la possibilité que le Christ de la foi ait fait apparaître un Jésus historique. C’est ainsi que fut créé le mythe de la Crucifixion par la foi des judéo-chrétiens dans la réalisation des prophéties sur le Messie souffrant. Ce questionnement du théologien Ratzinger est partagé par beaucoup d’autres spécialistes : archéologues, exégètes, historiens. Les sciences humaines que ces derniers représentent sont des sciences conjecturales donc hypothétiques. D’autres sources plus fiables peuvent étayer notre compréhension, comme les communications médiumniques.

 

Tout comme dans Jugement ou Ressouvenance[7], je référerai donc aux enseignements de Seth et de Cayce pour « éclairer notre lanterne ». Cette expression est plus qu’une métaphore, car depuis des siècles, les théologiens, par leurs argumentations systématiques, nous donnent l’impression de tourner en rond : les recherches, les découvertes et l’interprétation extrapolée des textes « originaux » qui ont disparu concernant Jésus n’apportent guère de « nouvelles eaux à leur moulin ». Au cours de l’histoire, le christianisme s’est distingué comme une religion à disputes[8]. On rejette, par exemple, sous prétexte qu’il serait trop imbu de gnosticisme*, l’évangile de Thomas, découvert en 1945 près de Nag Hammadi (Haute-Égypte), qu’on estime pourtant antérieur aux textes actuels de nos évangiles. Quant aux documents de la Mer Morte découverts en 1947 à Qumran (Judée), les spécialistes (exégètes et théologiens) ne se sont pas trop empressés de les traduire : certains pensent que leurs révélations remettraient en question trop de dogmes des religions officielles et de leurs interprétations « historiques » du personnage! Mais d’autres croient plutôt que ce retard est dû au fait de l’éparpillement pratique des manuscrits vers divers traducteurs.

 

            Devant ces retards et ces tergiversations, pourquoi ne pas faire appel à des entités qui en savent plus que nous parce qu’elles sont indépendantes de nos interprétations humaines, étant en contact avec la réalité « historique » saisie globalement dans le présent intemporel? On peut ne pas souscrire à cette option de ma part, mais on ne pourra lui objecter de ne pas tenter d’apporter sur cette question un éclairage nouveau et stimulant. C’est dans cette optique que je traiterai, dans cette monographie, des thèmes suivants :

1. Les diverses incarnations du Christ

            2. Les textes évangéliques

            3. La biographie de Jésus d’après Cayce

            4. L’enseignement du Christ d’après Seth

            5. Ce que Jésus dit de lui-même dans l’évangile

            6. Les évangiles apocryphes

            7, L’entité Christ d’après Seth

8. Le Christ de la seconde venue

 

Document H

Une religion à dispute

 

« […] un chrétien d’aujourd’hui devrait, pour sa part,  cesser de se raidir dans une profession de foi unilatérale et se rendre compte que la chrétienté se trouve depuis quatre cents ans dans un état de schisme, qui provoque une déchirure dans l’âme de chaque chrétien. Cette blessure ne pourra évidemment pas être soignée et guéri si chacun se renforce dans ses positions. Un chrétien peut bien se réjouir derrière les remparts de ses convictions absolues et conformes à celles d’une communauté, et avoir ainsi l’illusion qu’il est débarrassé du conflit, mais, par son intransigeance, il fait persister la guerre à l’extérieur, tout en continuant à déplorer le chauvinisme et l’entêtement de l’autre. On a l’impression que le christianisme a de tout temps été la religion des disputes et qu’il s’efforce aujourd’hui encore de ne pas laisser s’assoupir la querelle tandis que, d’une façon étrange, il ne cesse de prêcher l’Évangile de l’amour. » Carl Gustav Jung,  Mysterium Conjunctionis, T-1, Albin Michel, pp. 251-252.

 



[1] Jane Roberts, Le Livre de Seth, p. 197.

[2] L’enseignement de Seth, p. 168. Voir l’Appendice A : comment les guides de l’au-delà s’ingénient à éclairer les défunts sur la nouvelle réalité où ils viennent d’arriver.

[3] Jane Roberts, Le livre de Seth, p. 197.

[4] Carl G. Jung, Ma vie, pp. 246-247.

[5] Joseph  Ratzinger, Les principes de la théologie catholique - Esquisse et matériaux, Téqui 1985, p.208)

 

[6] Joseph Ratzinger alias pape Benoit XVI "Jésus de Nazareth"

 

[7] Troisième Partie de mon ouvrage manuscrit L’Aventure Humaine.

[8] Voir Document H : Une religion à dispute