Jeu de formes et de couleurs
Si on voulait mettre ce poème en musique, on pourrait
s'inspirer de la 9e symphonie de Beethoven.
Inétendu et hors du Temps,
le Point, d'où naissent toutes les formes,
tend vers l'éclatement.
Dans les vagues centrifuges de son expansion,
des orbes luminescents
jaillissent en vibrations:
signal de la danse des mondes
sur le Vide illimité
que la Mer éthérée emplit
de ses flots déchaînés
Tout sort de l'Oeuf initial:
formes, rythmes et lumière.
Ainsi paraît l'Énergie, la Force première,
telle une Vénus émergeant de l'Onde cosmique,
debout sur sa conque marine
avec son cortège de beautés juvéniles,
essence des Univers futurs.
Les rayons rectilignes se croisent
sur les quatre horizons
et la course circulaire des danseurs
évolue sur la piste spatiale,
conduite par la Primadona
dans une ascension hélicoïdale
aux rythmes des harmonies célestes.
Les tourbillons de leur farandole,
dans une symphonie de couleurs,
sèment aux quatre coins du ciel
les germes des mondes en gestation:
Or des midis ardents et des automnes ensoleillés,
Argent des nuits lunaires et des galaxies nébuleuses,
Rubis des Soleils couchants et des volcans irrités,
Topaze des Orients heureux et des blés mûrissants,
Émeraude des Océans profonds et des forêts printanières,
Saphirs des soirs clairs et des ciels boréals,
Améthyste des crépuscules silencieux et des extases sidérales.
Au geste péremptoire de la Force manifestée,
toutes les semences animées
entrent dans la danse incoercible
de la Pensée effervescente et de son reflet incarné.
L'Un se regarde s'opposant à Lui-même:
le Géniteur cosmique saisit l'Énergie primordiale.
Au paroxysme de la danse nuptiale,
matière et esprit, tels des amants enlacés,
s'unissent dans l'embrasement orgasmique.
L'Unité se refait dans l'Action créatrice:
l'Androgyne génère la Vie multiple.
La ronde se poursuit au bord de l'Abîme.
Comme le voyageur téméraire enfonçant dans la lise,
le mouvement s'engourdit dans ce magma densifié,
entraînant dans son sillage le cortège des mondes à venir.
La Lumière transperce la Matière conquise:
un Monde nouveau naît des ténèbres disparues,
et des nuées d'êtres en jaillissent
qui se dédoublent dans le miroir matériel.
L'Unité se refait dans la beauté du Multiple intégré.
Les couleurs chantent au son du Rhombe vibrant.
Les sons brillent aux émanations de la Rose cosmique
pour embaumer les espaces incréés
d'une musique polymorphe orchestrant
le Om initial qui se répercute dans l'Infini.
Dans cette apothéose de la nature transfigurée,
les Vivants libérés de leur chrysalide humaine,
tel un voilier migrateur dans un ciel printanier,
voltigent en essaim sur l'élan de leur euphorie,
ivres de bonté, de tendresse et d'amour.
Poème dédié à mon épouse, Paulette Giroux.
Marcel Mercier, 1979.