La pensée. Solidarité terrestre

 

            Quand on considère d’ici ce qui se passe sur Terre, on est frappé de constater l’importance que peut avoir l’attitude mentale de chacun sur la vie de tous. C’est un résultat logique puisque la vie intérieure de chaque individu affecte son destin sur un plan où tous sont solidaires.

            Comme la pensée soutenue dans une direction déterminée prépare dans l’éther les cristallisations qui finissent par se manifester pour l’être pensant sur le plan physique, elle est littéralement un acte – acte d’autant plus important qu’il a des répercussions sur la vie d’autrui. Le poisson qui voudrait ne purifier que pour lui-même sa portion d’eau de l’aquarium, ou capter à son profit les ondes vibratoires qu’il provoque en nageant, aurait autant de discernement que l’être humain qui cherche son avantage à l’exclusion de son semblable. Il y a sur terre de tout pour tous en abondance, mais c’est l’Amour qui y pourvoit. On pourrait même dire que l’atmosphère viable de l’humanité est, en vérité, l’Amour. Mais les hommes ont encore à le reconnaître.

            Si tous, conscients de cet amour qui les fait vivre, pensaient en termes d’abondance pour eux-mêmes et pour tous, tous auraient la prospérité. S’ils pensaient constamment en termes de paix, tous auraient la paix. S’ils concevaient une condition humaine à l’avantage de tous et ne pensaient qu’en termes favorables à son établissement, ils finiraient par l’établir. Bref, si tous n’étaient guidés que par l’Amour, tous atteindraient la félicité. Mais, inconscient de son pouvoir et de sa responsabilité, l’incarné garde une attitude mentale qui va à l’encontre de ce qu’il souhaite, et il vicie ainsi son ambiance.

            Souvent c’est la peur qui lui inspire des pensées pessimistes. Il redoute l’adversité, les manques de toutes espèces, pour lui et les siens, et ses craintes aident le mal redouté à se manifester.

            Ou bien il convoite ce que possède son prochain, ce qui est une manière de dire qu’il n’y en a pas pour deux et d’établir autour de l’objet de son désir des restrictions bien inutiles puisque l’arithmétique des hommes n’est pas celle de la Providence.

            Puis vient la malveillance de celui qui n’aime pas que les autres jouissent de certains biens, et qui finit par s’en priver ainsi lui-même, car en pratiquent cette attitude négative il se sépare peu à peu de ce qu’il voudrait ne supprimer que pour autrui.

            Il y a aussi l’humilité ou la timidité des humbles qui ne croient pas mériter un sort plus heureux, et dont l’attitude fait le vide autour d’eux puisqu’on doit attendre son bien d’un esprit assez confiant pour qu’il finisse par se manifester.

            Il ya enfin tous ceux qui ne comprennent pas que vouloir c’est avoir, à échéance plus ou moins brève, pourvu qu’on sache diriger sa pensée vers ses désirs en éliminant rigoureusement ce qui est contraire au but à atteindre et pourvu, surtout, qu’on ne s’écarte pas de l’Amour. Sinon, on n’acquiert que pur souffrir et perdre ce qu’on a acquis dans des temps plus ou moins proches.

 

Washington, 1954.

 

Marie-Louise Morton, Où et comment retrouverons-nous nos disparus? Éditions JEP, Paris, 1957.