La peur (1)
La peur est un si grand fléau que nous allons encore en parler. Elle est d’autant plus dangereuse qu’on ne s’en méfie pas, ni au point de vue moral ni au point de veue pratique; cependant, elle fait de grands ravages dans l’âme humaine et cause des maux innombrables.
Ce qui compte, c’est ce qu’on croit. C’est cela qui forge peu à peu la personnalité. C’est cela qui colore toutes les pensées de l’être et qui finit pas se manifester pou lui dans son monde extérieur. Certaine parabole bien connue illustre cette vérité à merveille, celle des talents donnés par leur maître à ses trois serviteurs. Celui qui, avec la diligence née de la confiance, s’est mis à utiliser son talent, a vue ses affaires prospérer, alors que cet autre qui, l’esprit méfiant, a enterré son talent de crainte de le perdre a perdu en effet ce malheureux talent qui lui avait été confié. La vie s’est refermée devant ses appréhensions. C’est ainsi que vont les choses dans l’existence : croire, c’est avoir, craindre, c’est déjà perdre. C’est perdre la paix de l’âme. Perdre ses moyens de réagir devant l’adversité; c’est se forger les chaînes du malheur et les river à soi.
En
religion, la peur devrait faire figure de péché. On ne s’en rend pas compte;
mais qu’est-ce qu’un péché sinon ce qui sépare de
Il est entendu que nous avons tous à traverser, sur Terre, notre Karma, et qu’il est parfois bien pénible; n’empêche que la peur ne nous aidera pas à nous en affranchir – bien au contraire. L’inquiétude et le doute retiennent l’esprit prisonnier et empêche d’envisager les conditions plus heureuses qui finiraient par se matérialiser, si l’on restait assez confiant. On dit de soi qu’on a de l’expérience, qu’on est prudent, qu’on est sage de craindre l’adversité, et c’est ainsi qu’on finit par vivre au pire de ses concepts puisqu’on attire à soi ce qu’on croit avec assez de conviction.
New-York, avril 1954.
Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus?, pp. 243-245.