Le Mariage

 

            Le mariage est une loterie, comme on le dit si communément sur Terre. C’est que l’attirance sexuelle empêche le jugement de s’exercer et qu’on ne s’aperçoit souvent de ce qu’on a engagé que lorsque la chaine est rivée. Cependant il ne faut pas croire que seuls les mariages heureux sont utiles – loin de là. Une union heureuse permet aux enfants de grandir dans une atmosphère de confiance et de sécurité, ce qui est toujours désirable pour préparer une âme qui retourne à la Terre à en traverser les vicissitudes; par contre, une union dite mal assortie peut être beaucoup plus favorable au développement spirituel des époux.

 

            Notre monde extérieur est, sur Terre, comme un miroir aux multiples facettes reflétant chacune un des aspects de notre personnalité. Alors que le bonheur qui scintille devant nos yeux répond à certaines de nos aspirations, les misères que d’autres facettes de ce même miroir nous renvoient correspondent aussi à ce que nous sommes et à quelque manque en nous, et il est sage de se le rappeler.

 

            Ne jugeons pas notre conjoint; cherchons plutôt à exprimer les qualités qui semblent manquer au mariage. Et ne prenons pas une attitude supérieure. Pn entend dire parfois que le bon souffre pour le méchant, ou que l’un exploite l’autre. Mais non ; on pourrait dire plus justement que les vibrations d’un violon sont plus subtiles que celles d’un tambour. Dans l’association qu’est le mariage, il est oiseux de déterminer si l’on est soi-même violon ou tambour; ce qui importe, c’est de se dire, lorsque l’union que l’on a contractée ne semble pas heureuse, qu’on est placé dans d’excellentes conditions pour aider un autre être, en faisant soi-même de son mieux et par conséquent, pour se développer personnellement.

 

            Si la tâche est au-dessus de nos forces, il nous est loisible d’envisager un divorce, mais un divorce est toujours une défaite, surtout lorsqu’on a des enfants à élever.

 

            Ne pas chercher à voir les choses d’un peu haut est regrettable en toute occasion, et dans le mariage plus qu’ailleurs. Plutôt que de se prêter en esprit aux mille tracasseries de la vie conjugale, mieux vaut adopter la philosophie qu’exprime si bien la phrase familière : « Je suis au-dessus de cela ». N’y mettons pas de suffisance, tout juste un certain détachement, Et c’est là surtout qu’il est bon de ne pas négliger les petits gestes journaliers de patience, de tolérance, de bonté, qu’inspire l’amour à ceux qui vivent en commun. Maintes fois il serait plus facile d’exprimer de l’impatience, ou même de l’irritation; mais si nous n’écoutons pas assez la voix de l’Amour, elle finira par ne plus se faire entendre, et cette voix-là est la gardienne du foyer.

 

            Quant aux enfants, ils fournissent aux parents le meilleur moyen qu’il y ait de pratiquer le désintéressement, La tendance de l’individu à tout rapporter à lui-même se perd dès qu’apparaît le nouveau-né qui prend une place prépondérante au foyer. Les parents la lui donnent spontanément; leurs intérêts deviennent ceux du petit être mis au monde. Ils ont favorisé le retour d’une âme sur Terre et ils en ont maintenant la responsabilité entière, puisque l’enfant perd en naissant tout connaissance consciente de ce qu’il était. Physiquement parlant, il est un être neuf, et qui naît dans cette famille particulière non par l’effet du hasard mais que pour s’accomplisse son destin. L’enfant, pour les parents, c’est l’espoir, la vie qui se poursuit vers l’avenir, la durée, le progrès; c’est l’horizon qui s’élargir. Et c’est surtout un acheminement vers l’altruisme, si nécessaire à l’évolution de l’humanité.

 

New-York, Octobre 1943.

 

Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus? Pp. 220-223.