Le Mythe de l'Éden

Je dédie cet ouvrage à tous les couples qui cherchent leur réalisation personnelle dans l'union charnelle et spirituelle, en rejetant les fausses conceptions concernant la Femme et la sexualité, que nous a léguées un atavisme issu d'une vision et d'une interprétation religieuses erronées du récit de la Genèse.

Préface

 

Au commencement était le Verbe

Et le Verbe était avec Dieu

Et le Verbe était Dieu.

 

Il était au commencement avec Dieu.

Tout fut par lui,

Et sans lui rien ne fut.

 

Ce qui fut en lui était la vie,

Et la vie était la lumière des hommes.

[…]

Et le Verbe s'est fait chair

Et il a habité parmi nous.

 

Jean, 1, 1-4, 14 (1).

 

 

 

Cet acte créateur de la pensée divine, exprimée par son Verbe (Logos), la science astrophysique moderne l'explique par la théorie du Big Bang initial dont l'expansion se manifeste encore selon les explorations astronomiques contemporaines. Comparons cette explosion d'énergie, créant le temps et l'espace, à l'explosion d'un immense feu grégeois qu'on peut décrire comme un 

 

Jeu de formes et de couleurs

Inétendu et hors du temps,

le Point, d'où naissent toutes formes,

tend vers l'éclatement.




Dans les vagues centrifuges de son expansion,

des orbes luminescents

jaillissent en vibrations:

signal de la danse des mondes

sur le Vide illimité

que la Mer éthérée emplit

de ses flots déchaînés.


Tout sort de l'oeuf initial:

formes, rythmes et lumière.


Ainsi paraît l'Énergie, la Force première,

telle Vénus émergeant de l'onde cosmique,

debout sur sa conque marine

avec son cortège de beautés juvéniles,

essences des futurs univers.


Le rayon lumineux parcourt

les quatre horizons alors que

la course circulaire des danseurs

évolue sur la piste spatiale,

conduits par la Primadonna

dans une ascension hélicoïdale

aux rythmes des harmonies célestes


Les tourbillons de leur farandole

dans une symphonie de couleurs,

sèment aux quatre coins du cercle

les germes des mondes en gestation:


Or des midis ardents et des automnes ensoleillés,

Argent des nuits lunaires et des galaxies nébuleuses,

Rubis des Soleil couchants et des volcans irrités,

Topaze des Orients heureux et des blés mûrissants,

Émeraudes des Océans profonds et des forêts printanières

Saphir des soirs clairs et des ciels boréals,

Améthyste des crépuscules silencieux et des extases sidérales.(2)


Enfin
la Vie apparut sur la Terre

la Terre se rempit d'êtres vivants

puis


Le jour où Dieu créa Adam,

il le fit à la ressemblance de Dieu.

Homme et femme il les créa, il les bénit

et leur donna le nom d'Homme.

Genèse, 5, 1.



Table des matières


    Dédicace


    Préface


    Introduction


    I


    Adam et Ève


    1. La création de l'Homme


    2. La création de la Femme


    3. La Chute


    4. Le Mythe et le mystère de l'androgyne


    5. Le mystère de la sexualité

    ¨


    6. Le sentiment de culpabilité


    7. Culpabilité naturelle et artificielle


    8. La création d'Adam et Ève


    9. L'état de grâce


    10. Le péché originel


    II


    Caïn et Abel


    Conclusion


    DOCUMENTS


    Ouvrages consultés


    Illustrations


    Glossaire



    Introduction


    Si vous vous méprenez sur le sens des mythes, vous pourrez croire que l'homme a perdu la grâce et que son humanité même est maudite. Seth (3)

    Les chrétiens fondamentalistes et évangélistes se diront sans doute choqués, ou, du moins, agacés par le titre de cet essai sur le début de la Genèse,1. Et encore plus, sans doute, par l'interprétation psychologique et parapsychologique que j'en donne ci-après. Mais cette étude ne vient nullement remplacer ou supplanter la lecture qu'en font les diverses dénominations religieuses. Mon seul but est de présenter une autre façon d'aborder ce Mythe, car, comme tous les mythes, il est issu de l'esprit humain, de l'expérience existentielle et collective de l'humanité. À ce titre, on est en droit de l'interpréter comme une expérience psychologique. C'est cette lecture que je présente et analyse dans cet écrit.


    Mais d'abord, qu'est-ce qu'un mythe? C'est une façon de raconter un événement marquant de l'histoire humaine. C'est aussi, pourrait-on dire, la projection et la narration vivante et émotionnelle de cet événement.


    Les symboles*(4) archétypiques se réfèrent à une réalité beaucoup plus vaste. Ils n'appartiennent pas à des individus particuliers, mais à l'humanité dans son ensemble. Le phénix, par exemple, avec ses connotations de mort et de renaissance, est caractéristique des symboles archétypiques. C'est également le cas de la licorne, traditionnellement associée à la pureté virginale et à l'initiation mystique. Le Paradis de la tradition chrétienne, le Valhalla des anciennes tribus teutoniques, l'Île des Bienheureux des légendes celtiques et les Champs Élysées des Grecs sont les symboles d'un seul et même archétype (5)*, d'un seul et même désir archétypique. […]

     

    Le mot « mythe » ne doit pas être entendu au sens de « fiction » ou de « récit fantastique ». Bien au contraire, il dénote quelque chose de beaucoup plus complexe, de beaucoup plus profond. Les mythes n'ont pas été élaborés dans le seul but de distraire ou d'amuser, mais dans celui d'expliquer les choses, de rendre compte de la réalité. Pour les peuples antiques - les Babyloniens, les Égyptiens, les Celtes, les Teutons, les Grecs et les Romains - le mythe était synonyme de religion; tout comme l'Église catholique du Moyen Âge, il englobait ce que nous appelons aujourd'hui la science, la psychologie, la philosophie, l'histoire et la totalité des connaissances humaines. […]

    Un mythe archétypique tout comme les symboles archétypiques qu'il met en œuvre, illustre les constantes universelles de l'expérience humaine (6).

     

    Le mythe est donc un mode différent de connaissance tout aussi valable que la science, telle qu'on l'entend aujourd'hui. Dans son autobiographie, Carl G. Jung* en définit ainsi la notion : « Le mythe est le degré intermédiaire inévitable et indispensable entre l'inconscient* et la connaissance consciente » (7). Seth l'explique ainsi :

    L'imagination fit de l'homme un grand créateur de mythes. Les mythes sont pour vous des ponts psychologiques. Ils représentent les types de perception et de comportement que connut la race jusqu'à son stade actuel. La mythologie comble le fossé entre la connaissance instinctive et l'individuation de l'idée. (8)

    C'est au moyen du mythe et de la science que l'homme, au cours de son histoire, a tenté de connaître et d'expliquer le monde et lui-même. Pour être rigoureuse, la science ne doit se fier qu'aux informations apparentes (superficielles) que les sens lui apportent de la réalité extérieure. Le mythe, quant à lui, pénètre dans le clair-obscur de l'inconscient. Comme dans le rêve, il en rapporte, sous forme de contes et de légendes, des échos de la vie mystérieuse et fascinante qui se joue dans les profondeurs de la psyché*. (9)

     

    C'est ce qu'a voulu exprimer l'auteur de l'enluminure du 15e siècle (10) qui sert de frontispice à cette monographie. Le Mythe de l'Éden y est représenté dans un cercle contenant toutes les phases de la Geste d'Adam et Ève jusqu'à leur expulsion du Jardin d'Éden. L'enlumineur y a merveilleusement condensé les péripéties dramatiques des débuts mythiques de l'humanité, comme si tout se passait dans un présent instantané. On voit, à l'intérieur du cercle, le serpent tentateur inciter Ève à manger du fruit « défendu » pour acquérir la science du bien et du mal; puis celle-ci présenter un fruit de l'arbre à son compagnon; enfin Yahvé* les morigéner tous les deux pour lui avoir désobéi et ensuite les expulser du Jardin, symbolisé par le cercle, dont l'entrée est gardée par le glaive flamboyant des chérubins. Plusieurs miniatures et peintures représentant Adam et Ève au Jardin d'Éden ont adopté cette forme du cercle.





     

    Selon la psychologie jungienne, le cercle est un mandala* représentant l'inconscient qui contient, sous forme d'archétypes, la matrice des expériences, des rôles et des personnalités vécus par les hommes depuis leur origine. Les plus connus et les plus actifs de ces archétypes sont : l'anima* (chez l'homme) et l'animus* (chez la femme) ; la Mère et le Père ; le Vieux Sage et la Vieille Femme avisée; le héros ; le sorcier (chez l'homme) et la Grande Mère (chez la femme) ; l'imago Dei ; l'androgyne* ; la transformation et le Soi. Ce dernier est l'archétype de la totalité unifiant tous les autres archétypes (ses divers aspects) ainsi que l'ego : il symbolise à la fois le centre et la circonférence de l'être dans sa totalité.

     

    L'ego* ou le Moi conscient, pour devenir un individu à part entière, c'est-à-dire se libérer de l'emprise de l'inconscient collectif* (en termes plus simples : émerger et se distinguer de la foule), doit reconnaître et intégrer son Soi, son vrai Moi, c'est-à-dire son entité* dont il émane et dépend et dont il est une expression entre beaucoup d'autres, créées lors de ses différentes incarnations. L'intégration plus ou moins totale du Soi dans la conscience de l'individu apparaît nettement dans les expériences de mort imminente (EMI) de personnes plongées dans le coma, comme je l'ai montré dans un de mes ouvrages : Jugement ou ressouvenance (11) par le récit de quatre témoins dignes de foi.


    Chez le premier témoin, une femme (12), qui, après la traversée d'une sorte de tunnel, rencontre un être de lumière lui faisant revivre toute sa vie pour lui révéler qui elle est, l'intégration du Soi est à peine commencée; aussi devra-t-elle continuer à apprendre. Le 2e, le Dr John Lily (13), dont le Soi est partiellement intégré à son Moi conscient, voit, non pas un être de lumière, mais deux gardiens, qui, en réalité, n'en font qu'un, qui lui sont supérieurs et qui le guident. Et chez les 3e et 4e témoins, le Dr Carl Gustav Jung et Patsy Davis, la rencontre avec un être de lumière cède la place à une prise de conscience totale de leur être unifié. C'est l'intégration complète du Soi et de l'ego: Ma vie est l'histoire d'un inconscient qui a accompli sa réalisation (14).

     

    Les théories tendant à expliquer l'origine des êtres vivants peuvent se réduire à deux hypothèses : le créationnisme (qui prône le fixisme) soutenu par plusieurs religions chrétiennes qui s'appuient sur la Bible littéralement interprétée, et l'évolutionnisme prôné par la science depuis Lamarck et Darwin. En résumé, les tenants du créationnisme, se référant au cadre des six jours de la Bible, affirment que toutes les espèces des êtres vivants ont été créées directement et instantanément par Dieu. Quant aux évolutionnistes, ils soutiennent, se basant sur des études archéologiques, paléontologiques, anthropologiques et génétiques, que les formes de la vie ont évolué des acides aminées* jusqu'à l'être humain au travers de corps de plus en plus organisés et complexifiés. Les biologistes affirment reconnaître l'évolution de ces formes phylogénétiques dans le développement du fœtus humain.

     

    Aujourd'hui, l'Église catholique admet l'hypothèse évolutionniste et considère le récit biblique de la création comme une allégorie, un récit symbolique : elle reconnaît ainsi le caractère mythique de Genèse 1-4. Pie XII est, sans doute, le Pape qui a su infléchir la pensée traditionnelle catholique pour l'ouvrir aux données contemporaines de la science. Et l'exégèse* catholique de la Bible en a conséquemment subi l'influence quant aux données historiques. Le 22 octobre 1996, Jean-Paul II affirmait devant l'Académie Pontificale des Sciences que « l'évolutionnisme est plus qu'une hypothèse », alors que Benoît XVI, en avril 2007, expliquait  que l'évolution serait « la manière dont Dieu a construit le monde », écartant par là le cadre littéral des six jours de la Bible.

     

    Quant à l'être humain toutefois, en plus du problème du chaînon manquant (théorie que plusieurs savants rejettent aujourd'hui), une récente découverte fossile (15) faite au Tchad semble infirmer, selon certains, l'hypothèse de l'évolution de l'espèce humaine, telle que présentée depuis ses supposés ancêtres animaux : les primates. Si on se fie à la datation par le carbone des fossiles anthropoïdes, on aurait en effet découvert, au cours de la dernière décennie, un fossile qui présenterait un degré d'évolution comparable à celui de l'homme moderne (homo sapiens) mais qui serait plus ancien que l'homme de Cro-Magnon ou même de l'australopithèque. D'autre part, plusieurs archéologues soutiennent qu'on ne peut établir de lien évolutionnaire entre les diverses couches du sol lors des fouilles archéologiques. Ce qui semble affaiblir la position du darwinisme. Plusieurs savants remettent même en question la théorie de l'évolution telle qu'elle est présentée de nos jours. Ceci étant, on serait en droit d'avancer une troisième théorie faisant état de la colonisation de la Terre par des civilisations techniquement très avancées venant d'ailleurs (16) et coexistant avec des créatures que nous qualifions d'hominidées. Mais ceci, à mon avis, ne remet pas en cause la théorie de l'évolution. Peut-être faudrait-il l'expliquer autrement (17). Le débat est ouvert.

     

    De plus, ces faits et découvertes scientifiques, s'ils s'avèrent fondés, semblent cautionner certaines communications médiumniques concernant les origines du monde et de l'homme, notamment celles d'Edgar Cayce* et de Jane Roberts* (Seth*). Cayce parle de migrations d'âmes qui seraient descendues sur la terre en deux phases : la première présentant la venue de ces âmes, en Atlantide*, sous l'aspect de formes-pensées androgynes (Amilius-Lilith) et la deuxième sous formes d'incarnations charnelles séparées (Adam et Ève) (18) Cayce parle aussi d'un certain type d'évolution de la forme-pensée, de la forme éthérée, vers une matérialité de plus en plus dense de l'homme aboutissant à la séparation des sexes (19). L'enseignement de Seth, transmis par le médium américain Jane Roberts, affirme, de son côté, que des civilisations extraterrestres techniquement très évoluées seraient venues sur terre avant même la création de l'Atlantide et auraient essaimé ensuite ailleurs à trois reprises, y laissant des colonies qui seraient à l'origine des races humaines actuelles. Parmi les descendants de ces premières civilisations extraterrestres, il signale la présence de mutants* (20), ce qui cautionnerait l'évolutionnisme.

     

    Le concept du mythe englobe toutes ces hypothèses, puisqu'il s'agit d'événements vécus par l'humanité quoique différemment expliqués. Mon analyse du Mythe de l'Éden se fera sous l'éclairage des données majeures de la psychologie analytique de Jung et des apports fournis par la parapsychologie, dont l'objet concerne toute connaissance perçue par les facultés intuitives et médiumniques, comme le channeling*. Ce genre de communications a été abondamment étudié par les Sociétés de recherche psychiques (21) depuis plus de cent ans et leur existence objective a été confirmée dans les années 1930-1950 par les recherches scientifiques de Rhine*.

     

    Maintenant que j'ai clairement montré mes couleurs, j'invite le lecteur à user d'une ouverture d'esprit suffisante pour considérer sérieusement mon interprétation du Mythe de l'Éden quelle que soit l'origine de mes sources. À cet effet, il trouvera, à la fin de cet ouvrage, des Documents qui ont servi de base à cette étude et qui, je l'espère, sauront corroborer à ses yeux le sérieux de mon analyse psychologique et lui permettront de se faire, sur ce sujet, une opinion des plus éclairées. De plus, les nombreuses illustrations qui parsèment ces pages, viendront concrétiser en s'y harmonisant le caractère mythique du sujet.

    Quant au débat entre les tenants des deux théories, créationnisme et évolutionnisme, il reste donc ouvert. Prendre position à leur sujet n'ajouterait rien à mon analyse du Mythe, car mon objectif n'est pas de départager les assises plus ou moins solides de l'une ou de l'autre hypothèse, mais de les concilier, d'une certaine manière, en montrant leur signification commune sur le plan intérieur et psychologique au-delà de leur expression rationnelle ou physique.

    La Genèse (1 et 4) nous rapporte donc, sous la forme d'un mythe, les événements originels et déterminants des débuts de l'humanité. Sous l'éclairage de la psychologie et de la parapsychologie, nous en aborderons maintenant l'interprétation. Dans ce récit mythique, Adam et Ève, ainsi que Caïn et Abel, représente tout homme et toute femme dont ils sont les prototypes et les symboles : l'interprétation qui suit concerne donc chaque individu de tous les temps.




    Glossaire


    Notes


    (1)Traduction de La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, 1973.

    (2) Poème du Big Bang dans www.marcel-mercier.com\artet poesie.htm.

    (3) Jane Roberts, La réalité personnelle, T-II, p.94.

    (4) Voir le Document J: Signe et symbole.

    (5) Les mots suivis d'un astérisque renvoient au Glossaire à la fin de l'ouvrage.

    (6) Michael Baigent, Richard Leigh, Henry Lincoln, Le Message, l'énigme sacrée, France Loisirs, 1987, pp. 181-184. Voir aussi le Document: Les mythes religieux.

    Ma vie, Gallimard, Paris, 1973, p. 355.

    (8) Jane Roberts, La réalité personnelle T-II, p. 93.

    (9) Marcel Mercier, La santé psycho-spirituelle, Louise Courteau Éditrice, 2006, p. 145.

    (10) Folio 25v- Le Jardin d'Éden, Les Très Riches Heures du Duc de Berry.

    (11) Chapitre 8.

    (12) Raymond Moody, La vie après la vie, Robert Laffont, France Loisirs, 1973, pp. 85-87.

    (13) Extraits de John Lilly Dr, L'oeil du cyclone(The Center of the Cyclone), cité dans Kenneth Ring, Sur les frontières de la vie, Robert Laffont, 1982 et dans Pierre Jovanovic, Enquête sur l'existence des anges gardiens, Éditions Filipacchi, 1993, p. 97.

    (14) Carl Jung, Ma vie, Prologue, p. 21.

    (15) John Whitfield, Oldest member of human family found, in Nature, 11 juillet 2002.

    (16) Voir Document C: Évolution et civilisations.

    (17) Voir plus loin: Aperçu parapsychologique.

    (18) W.H.Church, Les retours d'Edgar Cayce, Éditions de Mortagne, 1994.

    (19) Voir plus loin.

    (20) Jane Roberts, L'enseignement de Seth, Éd. J'ai Lu New Age, 1991, p. 279,

    (21) The Society of Psychical Research fondée à Londres en 1882 et aux USA peu après.


    Illustrations