Les messages médiumniques (2)
Un autre médium renommé, Rosemary Brown (1916-2001), s’est spécialisé à transcrire de la musique dictée par un groupe de musiciens décédés, sous la direction de Franz Liszt. Le but avoué par les esprits de ces musiciens était de démontrer aux vivants sur Terre que la vie continue après la mort physique et qu’on n’est pas moins productif dans l’au-delà : « la mort physique n’est qu’une transition d’un état de conscience à un autre, au sein duquel chacun conserve sa propre individualité »[1]. C’est à l’âge de sept ans que Rosemary Brown reçut la première visite de Liszt sous l’apparence d’un vieillard en soutane. Il lui laissa entendre qu’il reviendrait un jour pour lui donner de la musique. Ce n’est que dix ans plus tard qu’elle reconnut l’étrange visiteur de son enfance dans un portrait de Franz Liszt à la fin de sa vie alors qu’il était dans les Ordres. Chez les Brown, on était médium de mère en fille depuis l’aïeule.
Rosemary Brown n’était pas une musicienne chevronnée ni une virtuose du piano. Elle avait pris quelques cours de piano qui lui avaient permis d’accompagner décemment les services religieux à l’orgue. Pour Liszt, c’était le médium idéal pour transcrire la musique composée par son groupe de musiciens qui désiraient participer à cette mission : on soutiendrait difficilement que les pièces qu’ils lui avaient transmises provenaient de quelque manière de son subconscient. « Vous avez une formation suffisante pour notre dessein, lui a répondu Liszt qu’elle avait interrogé à ce sujet. Si vous aviez reçu une réelle formation musicale, vous n’auriez été d’aucune utilité. D’abord, une réelle formation musicale aurait rendu plus difficile la preuve que vous ne pouviez pas écrire vous-même notre musique. Ensuite, une formation musicale vous aurait conduite à acquérir trop d’idées et de théories qui vous auraient été propres, ce qui aurait été pour nous un obstacle. »[2] On ne pourrait donc pas refuser, de bonne foi, leur provenance de l’au-delà. « Nous ne transmettons pas de la musique à Rosemary Brown simplement dans le but d’offrir un éventuel plaisir d’écoute. Nous espérons que les implications de ce phénomène stimuleront l’intérêt sensible et sensitif de chacun et inciteront bon nombre d’individus intelligents et impartiaux à prendre en considération et à étudier les régions inconnues de l‘esprit et de la psyché de l’homme. »[3]
Mais Rosemary Brown n’a pas uniquement reçu la visite de musiciens décédés; des écrivains et des savants ont profité de l’intervention intermédiaire de Liszt pour communiquer à cette dernière certains résultats de leurs recherches ou de leurs réflexions dans l’au-delà. C’est ainsi qu’Einstein lui a communiqué des exposés sur la physique auxquels elle ne comprenait rien, mais qu’elle a consciencieusement notés pour le bénéfice des spécialistes.[4] Et des musiciens eux-mêmes, comme Liszt, Chopin et Beethoven, ont répondu à ses questions sur Dieu, la nature, l’évolution de l’humanité et la réincarnation. Elle a donné un compte-rendu de ces communications dans son ouvrage En communication avec l’au-delà. Certaines gens lui demandaient : « Pourquoi vous ? « J’ai posé la question à Liszt. Il m’a répondu : - Parce que vous vous êtes portée volontaire longtemps avant que vous ne soyez née […] – Vous avez accepté d’être le lien entre nous et le monde, alors que vous vous trouviez dans un autre aspect de votre existence. »[5]
Les parents de Rosemary Brown n’étaient pas pratiquants et décidèrent de n’imposer aucune forme de religion à leurs enfants. Ils pensaient que ceux-ci avaient le droit de choisir, une fois adultes, le genre de croyance qu’ils désiraient. Aussi, le cadre dans lequel Rosemary Brown reçoit ses visiteurs de l’au-delà n’est pas contaminé par les images de ses croyances religieuses, mais apparaît tout bonnement comme s’il n’y avait pas de différence d’environnement entre la venue de ces esprits et le cadre familier du médium. Elle avoue cependant que la vision de ces êtres « spirituels » étaient beaucoup plus nette et claire durant son enfance qu’elle ne l’était au moment de ses périodes de « travail musical » avec les musiciens décédés, de sorte qu’enfant, elle ne distinguait ces visiteurs des vivants sur Terre que par leur disparition soudaine. « Lorsque je repense à cette période, il me semble qu’en un certain sens mon don était plus intense lorsque j’étais enfant. Je voyais d’une façon beaucoup plus vivante que je ne vois maintenant. Ce que je voyais était tellement réel que je pouvais confondre les êtres extra-terrestres avec des personnes qui étaient présentes, là, en chair et en os. Aujourd’hui, ils ne sont pas, semble-t-il, aussi solides, bien que non transparents comme on imagine les fantômes. Je suppose que ce changement est dû au fait du vieillissement; on a alors d’étranges blocages de l’esprit, les pouvoirs acceptés sans surprise dans l’enfance ne fonctionnant pas de façon aussi aisée. »[6] Elle n’a jamais craint l’apparition de ces visiteurs de l’au-delà. Cela lui paraissait tout à fait normal; ce n’est qu’à son adolescence qu’elle se rendit compte que les gens ne percevaient pas comme elle les personnes décédées.
Le phénomène Rosemary Brown a intrigué beaucoup de savants, surtout les sceptiques qui rejettent systématiquement, sans aucune considération, la vie après la mort. Aussi, du haut de leurs « compétences » ont-ils prétendu expliquer ce phénomène par d’autres phénomènes psychiques, comme la cryptomnésie ou ressouvenance d’une connaissance musicale oubliée, malgré les affirmations des proches et du médecin de Rosemary qu’elle n’avait jamais appris la musique. Leurs explications contournées présentaient plus d’obscurité que la simple acceptation de la communication médiumnique. Le professeur Tennaeff et son équipe de spécialistes qui ont examiné Rosemary Brown. avant la publication par Philips de quelques-unes de ces œuvres venues de l’au-delà, ont reconnu qu’elle était tout à fait normale, après lui avoir fait subir une quantité considérable de tests. De plus, des spécialistes, ayant étudié les œuvres communiquées, ont affirmé que leur facture correspondait à celle de la musique connue que ces auteurs avaient composé de leur vivant.
Dans son volume, cité plus haut, Rosemary Brown donne la liste de ces visiteurs dans l’ordre de leur venue : Liszt avant tout, puis Chopin, Schubert, Beethoven, Bach, Brahms, Schumann, Debussy, Grieg, Berlioz, Rachmaninov et Monteverdi. D’autres sont venus plus rarement comme Albert Schweitzer et Mozart. Ce qui nous frappe dans son récit, c’est la simplicité et la bonhommie avec lesquelles elle raconte ces contacts avec le monde des esprits et celui des « vivants ». Elle était tellement convaincue de la réalité de ces apparitions qu’elle leur manifestait une confiance absolue et que certains visiteurs, comme Chopin, lui ont évité certains accidents domestiques, en l’en avertissant à temps. Et Liszt, pour l’aider financièrement dans des périodes difficiles, lui a suggéré à deux reprises de « tenter sa chance aux pronostics de football ». Ce qu’elle fit et reçut bientôt par la poste un chèque de dix livres puis un autre de cinquante livres, de sorte « que le problème d’argent pour les quelques semaines qui suivirent se trouva résolu. »[7]
Les difficultés de la vie et les épreuves qu’elle a dû endurées pour survivre avec ses enfants, après la mort de son mari, la poussa à demander à Liszt si cette existence était nécessaire. « Il m’a regardé avec ses yeux d’un bleu extrêmement vif, et il a déclaré : - Avant que vous ne naissiez et lorsque vous avez accepté d’être notre lien, vous avez aussi accepté une certaine somme de souffrance, afin d’être sensibilisée. Souffrir comme vous avez souffert était nécessaire pour acquérir la réceptivité que nous souhaitions. Les gens qui mènent des existences placides et faciles ne sont pas assez sensibilisés pour que la communication avec nous devienne aisée. […] Votre existence n’a pas été facile; vous avez ressenti de vives émotions, car c’était nécessaire. Il était aussi entendu que vous deviez apprendre à dominer votre tristesse, et à vous élever au-dessus de toute contingence. C’est la maîtrise et la volonté d’agir de la sorte qui vous donne cette fermeté, cette stabilité dont nous avons besoin pour travailler avec vous. »[8]
Les révélations de Rosemary Brown, si étranges et si simples à la fois pour qui accepte d’emblée l’intercommunication télépathique entre notre monde et l’au-delà, ne requièrent aucune interprétation. La musique « parle » d’elle-même, qu’elle soit d’origine terrestre ou spirituelle. La perception des sons relèvent de l’hémisphère droit du cerveau du côté yin de l’être humain et non de l’hémisphère gauche, du côté yang, celui des interprétations rationnelles. Ce qui ressort de ces communications, comme l’a si bien laissé entendre Liszt, c’est la continuité de la vie après la mort, l’intemporalité des personnalités incarnées et les relations vitales qui les relient entre elles et avec celles de l’au-delà.
Marcel Mercier (1 avril 2009)
[1] Sir
Donald Tovey (décédé en 1940). Le texte qu’il a dicté
à Rosemary Brown devait figurer sur la pochette du disque des pièces musicales
enregistrées par
[2] Rosemary Brown, En communication avec l’au-delà, p. 48.
[3] Ibidem.
[4] Ibidem, pp. 116-120.
[5] Ibidem, p. 47.
[6] Ibidem, p. 19.
[7] Ibidem, p.29.
[8] Ibidem, pp. 48-49.