Les Tableaux religieux
Paul Gauguin était croyant mais anticlérical. En peignant les gens ordinaires dans leur vie quotidienne, il ne pouvait ignorer leurs croyances. Voici quelques-uns de ses tableaux à thème religieux. Les explications qui accompagnent certains tableaux sont tirées du site Internet: http://kerdonis.fr/zgauguin01/index.html.

Te Nave Nave Fenua. Terre délicieuse
1892.
Ce tableau présente Ève en un provocant nu frontal, située dans un paradis
terrestre où poussent des fleurs fantaisistes
Elle n’est pas tentée par un serpent, inconnu dans ces îles, mais par
l’animal que les missionnaires ont choisi pour représenter le tentateur aux
indigènes : le lézard
Ce lézard auquel des ailes d’une fantastique couleur rouge confèrent une
dimension imaginaire apparaît juste à côté de la tête de la femme

Adam et Ève. 1902.

Ève bretonne. 1889.

Le Paradis perdu. 1890.

Nuit de Noël
1894.
Ce tableau est le dernier tableau peint par Gauguin en France avant son
départ définitif pour l’Océanie
Gauguin est désabusé. Il écrit « Tous ces malheurs successifs, la
difficulté de gagner régulièrement ma vie malgré ma réputation … m’ont fait
prendre une décision irrévocable. En décembre je travaillerai chaque jour à
vendre tout ce que je possède. Je repars pour l’Océanie. Rien ne m’empêchera de
partir et ce sera pour toujours »

La naissance du Christ, le Fils de Dieu
1896.
En décembre 1896 Pahura, la nouvelle vahiné de Gauguin donna le jour à une
fillette qui mourut peu après
La perspective de cet évènement peut avoir suggéré à Gauguin ce tableau
autour du thème de la Nativité qui prolonge ses évocations antérieures de
grands épisodes du christianisme
Le lit n’est pas un meuble utilisé par les tahitiens
Le motif qui décore le lit rappelle le décor géométrique de la plinthe du
fauteuil de « Hannah la javanaise »
Le jaune lumineux du drap contraste avec le bleu du pareo
Au fond l’intérieur d’une étable reprend un tableau qui avait appartenu à
son tuteur Arosa : les vaches sont des animaux inconnus à Tahiti
Gauguin était fasciné par la fête de Noël
Sa fille préférée Aline était née le jour de Noël 1877
En 1888 van Gogh s’était tragiquement mutilé la veille de Noël
Gauguin s’identifia lui-même au Christ à plusieurs reprises dans sa
carrière.

Naissance du Christ à la Tahitienne, 1896.

Je vous salue Marie. 1892.
Pour Gauguin les valeurs
universelles, communes à toutes les religions, avaient plus de prix que leurs
dogmes
En mars 92 Gauguin décrit cette
toile :
« Un ange aux ailes jaunes
indique à deux femme tahitiennes Marie et Jésus, tahitiens aussi. Fond de
montagne très sombre et arbres à fleurs. Chemin violet et foncé et premier plan
vert émeraude. A gauche des bananes. J’en suis assez content »
Forte tonalité des principaux
personnages qui les met en relief tout en les faisant participer à la scène qui
les entoure.
Équilibre des verticales des
arbres et des figures se détachant sur les bandes horizontales du sol
Atmosphère de paix et de repos
L’abondance des détails ne nuit
pas à la scène principale
Gauguin a emprunté le motif des
adoratrices aux bas reliefs du temple javanais de Borobudur
Toutes les parties du monde sont
donc réunies dans un thème unique
Paysage, aux couleurs
luxuriantes, digne des rêves de paradis terrestre
Il a fallu attendre 1951 pour
qu’une encyclique admette le recours à une iconographie non occidentale dans un
contexte sacré

Le Christ au Jardin des Oliviers. 1889.
Gauguin voyait en cette toile une
œuvre intime, privée, qui avait fort peu de chances d’être comprise
« c’est mon portrait que j’ai
fait là … Mais cela veut représenter aussi l’écrasement d’un idéal, une douleur
aussi divine qu’humaine, Jésus abandonné de tous, ses disciples le quittent, un
cadre aussi triste que son âme »
Couleurs sourdes, froides, avec
pour unique note vive le rouge des cheveux et de la barbe
Le 8 novembre 1889 il écrivait à
Vincent van Gogh une lettre avec un dessin de ce tableau

Le Christ
jaune 1889.
Ce tableau manifeste le synthétisme et le primitivisme breton de Gauguin marqué par les thèmes religieux et le style archaïsant
Il transpose l’image de la crucifixion dans le contexte naturel et humain de Pont-Aven à partir d’une œuvre d’art populaire local, le Christ en bois polychrome de Tremalo (17ème siècle)
Tableau structuré verticalement
Coloration dominante
Utilisation d’une œuvre d’art populaire
Des paysannes en demi cercle au pied de la croix remplacent les pieuses femmes
Elles évoquent par leur disposition, leurs coiffes décoratives, leurs couleurs arbitraires et leur traitement cloisonniste les bretonnes de la « Vision après le sermon »
Les survivances en Bretagne d’un christianisme ancien font irruption dans le présent à travers le style très moderne de l’œuvre

Autoportrait en Christ jaune. 1889.
Gauguin se montre ici sous son aspect ordinaire, l’air réservé, un peu tendu, entre deux de ses œuvres récentes censées représenter les deux versants de sa personnalité
-Le Christ Jaune vu à l’envers car dans un miroir
-Le vase autoportrait en forme de tête grostesque

Le Christ vert, Calvaire breton. 1889.
Ce tableau montre un calvaire
breton typique, celui de Nizon, et la teinte verdâtre que la mousse confère à
la pierre donne la tonalité de ce tableau
Tableau structuré autour de
diagonales
Choix d’une coloration dominante
Utilisation d’une ancienne œuvre
d’art religieuse populaire
Gauguin écrit à Théo van Gogh « Bretagne, superstition simple et désolation. La colline est gardée par un cordon de vaches. J’ai cherché dans ce tableau que tout respire croyance, souffrance passive, style religieux primitif et la grande nature avec son cri »

Paroles du Diable 1892.
Ce tableau associe croyances tahitiennes et chrétiennes pour représenter la
peur chez un esprit primitif
Le nu, dans une attitude pudique, tiré de dessins de Tehamana, représente
une Eve polynésienne après la faute, personnification d’un léger remords
Personnification aussi de la crainte causée par la présence de deux figures
négatives inventées par Gauguin
L’esprit malin ayant l’aspect d’un personnage encapuchonné de noir au
regard phosphorescent
le curieux masque rouge et vert du coin supérieur droit
L’atmosphère étrange semble se matérialiser dans les feuilles de pandanus
allongées et sinueuses éparpillées sur le sol, éléments décoratifs d’un bel
effet
Rose vif du sol ponctué de fleurs vermillon.

La sœur de Charité. 1902.
Si Gauguin était souvent violemment anticlérical dans ses écrits, ses
tableaux religieux témoignent d’une certaine sympathie
Au teint cireux de la religieuse on reconnaît une européenne œuvrant avec
les missionnaires que Gauguin détestait
Derrière la religieuse une femme apporte de la nourriture en offrande à la
visiteuse
Gauguin a essayé de dissuader les parents marquisiens d’envoyer leurs
filles à l’école religieuse
Ces hommes sont peut-être des pères venus retirer leur fille de l’école
Les indigènes sûrs d’eux veulent-ils faire entendre raison à la religieuse
sans se départir d’une attitude respectueuse