4
Mariage et
androgynie
|
L |
es commentaires sur l’Évangile de Philippe (1), en particulier sur la signification du mariage mystique, jette un éclairage qui va à l’encontre de l’interprétation avancée par Dan Brown (2) soutenant que Jésus et Marie-Madeleine était mariés et conçurent une fille nommée Sarah. Voici cinq considérations qui définissent ensemble la nature du mariage mystique i.e. l’androgynie.
1. On y trouve cette affirmation à l’effet que le mariage mystique est supérieur au mariage charnel, qui n’en est qu’une image « impure » :
(48) Grand est le mystère du mariage! Sans lui le monde ne serait pas. En effet, la persistance (sustasis) du monde, c'est l'homme, et la persistance de l'homme est le mariage. Mais apprenez que la relation (koinonia) immaculée possède une grande force (dynamis). Son image en est la forme extérieure (schema) impure.
Ce texte souligne la supériorité de l’androgynie (fusion réalisée sur le plan psychique et spirituel) sur sa « forme extérieure » le mariage physique qui est une tentative toujours renouvelée d’atteindre l’androgynie.
2. C’est la séparation des deux modalités masculine et féminine qui est à la base de l’instinct sexuel et qui pousse un sexe vers l’autre. On ne peut y échapper que si on a intégré ces deux modalités, c’est-à-dire si on est devenu androgyne en passant par la chambre nuptiale :
(49) Parmi les esprits impurs, il y en a de masculins et de féminins. Les masculins s'unissent aux âmes qui habitent une forme extérieure féminine, et les féminins sont ceux qui s'unissent aux âmes qui ont une forme extérieure masculine, parce qu'elles ont été séparées. Et nul être humain ne peut y échapper lorsqu'ils le tiennent, à moins qu'il ne reçoive une force à la fois masculine et féminine, c'est-à-dire la force du fiancé et de la fiancée. Or on reçoit celle-ci dans la chambre nuptiale, qui est une image.
3. La « chambre nuptiale » est ici le symbole de l’entité, du Soi profond où le masculin et le féminin sont fusionnés; c’est aussi un symbole de la « vie intérieure », de la vie spirituelle où s’élabore la chimie des deux composantes : masculinité et féminité ou androgynie :
(64a) Si la femme n’avait pas été séparée de l’homme, elle ne serait pas morte avec l’homme. Sa séparation a été à l’origine de la mort. C’est pourquoi Christ est venu remédier à cette séparation, qui existe depuis le commencement, réunir les deux, redonner la vie à ceux qui étaient morts dans la séparation et les unir. Or la femme s’unit à l’homme dans la chambre nuptiale. En vérité ceux qui se sont unis dans la chambre nuptiale ne seront plus jamais séparés. Ainsi Ève s’est séparée d’Adam parce qu’elle ne s’était pas unie à lui dans la chambre nuptiale.
4. Le mystère de la « chambre nuptiale » n’est compris que par ceux qui entrent dans le secret de leur vie intérieure pour réaliser l’union des deux composantes :
(107) Personne ne peut savoir quand le mari et la femme s'unissent sauf eux-mêmes. Car c'est un mystère que le mariage (gamos) du monde pour ceux qui ont pris femme. Or si le mariage du monde, qui est impur, reste caché, combien plus le mariage immaculé est-il un vrai (alethinos) mystère ! Il n'est pas charnel, il est pur. Il appartient non au désir mais à la volonté. Il n'appartient pas aux ténèbres ou à la nuit, mais au jour et à la lumière.
5. C’est dans la « chambre nuptiale » que l’homme ou la femme reçoit l’illumination, c’est-à-dire la connaissance totale de soi dans l’androgynie, dans la réunion de ses deux modalités:
(127) Tous ceux qui entreront dans la chambre nuptiale feront briller la lumière car ils ne sont pas comme les mariages qui se font dans la nuit, dont le feu s’allume seulement dans la nuit puis s’éteint. Mais les mystères de ce mariage s'accomplissent dans le jour et la lumière, ce jour et cette lumière qui ne s'éteignent pas.
(128 et 129)
Si quelqu'un devient un fils de la chambre nuptiale, il recevra la lumière. Si
quelqu'un ne la reçoit pas tant qu'il est dans ces lieux, il ne pourra la
recevoir nulle part ailleurs. Celui qui recevra cette lumière-là ne sera ni vu
ni compris, et personne ne pourra l'affliger alors même qu'il séjourne dans le
monde. Et quand il quittera le monde, il aura déjà reçu
La seule conclusion qu’on puisse tirer de ces considérations sur l’enseignement de l’évangile de Philippe, est que le Christ est venu unir les deux modalités de l’homme, masculinité et féminité, l’androgynie réalisé dans l’amour mystique, dans la connaissance totale de soi. Il ne s’agit nullement d’union charnelle ou de mariage physique. Interpréter l’évangile de Philippe dans ce sens, c’est adultérer son véritable message. Les hypothèses accumulées par les auteurs de L’énigme sacrée (3) pour conclure au mariage de Jésus et de Marie-Madeleine afin de perpétuer une dynastie royale, ressemble fort à du slalom littéraire tendant à prouver, par des indices illusoires, une interprétation conforme à leurs attentes. Par leur érudition, par l’ampleur et l’apparente solidité de leurs recherches, ils présentent une interprétation des débuts du christianisme propre à fournir aux lecteurs une voie nouvelle pour sortir du désarroi auquel les religions chrétiennes font présentement face. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sollicitent à l’extrême les textes pour en arriver à leur conclusion. Leur hypothèse demeure une hypothèse, une simple probabilité, dirait Seth, et non une réalité.
Le mariage mystique de Jésus et de Marie-Madeleine est affirmée par Jésus lui-même, non pas dans les textes évangéliques, mais lors d’une extase de Thérèse de Jésus (Teresa Cepeda y Ahumada) dite Thérèse d’Avila. Les extases de la sainte n’ont jamais été dénoncées par l’Inquisition comme des hallucinations. Dans une de ces expériences mystiques, Jésus lui dit : « Madeleine fut mon amante au jour de ma chair; tu tiens sa place à présent. » (4) Dans la vie de Thérèse d’Avila, cette révélation annonça donc son prochain mariage spirituel avec le Christ. En effet, quelques mois plus tard, elle raconte
Le Seigneur m’apparut dans une vision d’images au plus intime de l’âme et, me donnant sa main droite, il me dit; « Vois ce clou; c’est le signe qu’à partir d’aujourd’hui tu seras mon épouse. Jusqu’à présent tu ne l’avais pas mérité. Désormais, non seulement tu verras en moi ton Créateur, ton roi et ton Dieu, mais tu auras soin de mon honneur comme ma véritable épouse. Mon honneur est le tien, ton honneur est le mien. » (5)
Même s’ils se défendent de vouloir prouver une thèse préconçue, il n’en reste pas moins que les auteurs de L’énigme sacrée cherchent à vérifier sur le plan historique des affirmations contenues dans des dissertations littéraires ou des romans sur Jésus parus dans les dernières décennies. À ce chef, le cours de leurs recherches se trouve biaisé par l’accent mis sur des prétendues preuves historiques justifiant ces affirmations, à savoir que Jésus était marié avec Marie Madeleine, qu’il eut une postérité et qu’il revendiquait la royauté d’Israël, qu’après sa « mort » Marie Madeleine et sa progéniture s’exila en France avec Joseph d’Arimathie et Lazare, que les descendants de Jésus s’allièrent aux Mérovingiens continuant ainsi la dynastie du Roi d’Israël. Mais, les auteurs de L’énigme sacrée s’empressent eux-mêmes de mettre un bémol à la présentation de leur hypothèse :
En l’absence de certitude absolue concernant Jésus, il nous paraît plus vraisemblable, plus probable que cet homme se soit marié et ait tenté de reprendre le trône qui lui revenait de droit plutôt que d’être né d’une vierge, d’avoir marché sur l’eau et d’être ressuscité d’entre les morts. Pourtant, cette conclusion doit nécessairement rester conditionnelle. Il s’agit d’une hypothèse probable et non d’une conviction absolue. (6)
Seth dirait : c’est une simple probabilité, une situation probable qui n’a pas été choisie et donc qui ne s’est pas réalisée. D’ailleurs, Jésus n’a jamais nourri l’ambition de devenir roi : « …Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (7) Et d’autre part, l’intimité de Marie Madeleine avec le Maître s’explique aisément par le fait qu’elle faisait partie des disciples et fut reconnue comme l’Apôtre (8) des apôtres, chargée par Jésus d’annoncer aux autres qu’il était toujours vivant, malgré la mise en scène de la supposée crucifixion.
Notes
(1) Voir ci-dessus: Jésus et Marie Madeleine.
(2) Dan Brown, Le Code Da Vinci.
(3) M. Baigent, R. Leigh et H. Lincoln, L’énigme sacrée, Édition J’ai Lu, 1983.
(4) Antier, Jean-Jacques, Thérèse d’Avila : de la crainte à l’amour, Perrin, 2003, p. 281.
(5) Ibidem. Voir ci-après 1. Le mysticisme et les mystiques.
(6) Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln, Le Message, France Loisirs, 1987, p. 30. Les soulignements sont de nous.
(7) Jean, 6, 15.
(8) Ce rôle de Marie Madeleine apparaît on ne peut plus clairement dans L’Évangile de Marie.
5
Le Mythe de

|
L |
e sort que la tradition chrétienne attribue au Christ n'appartient pas, dit Seth, à la réalité historique telle que nous l'entendons, mais relève de la contribution du domaine du rêve.
Pourtant, les événements tels qu'ils ont été rapportés n'appartiennent pas à l'Histoire. La crucifixion du Christ est une fiction purement psychique. Des idées d'une ampleur presque inimaginables furent représentées. […]
Les disciples, donc, détenaient leur réalité physique du soi intérieur, tout comme vos caractéristiques terrestres viennent de votre nature intérieure. C'était une parabole vivante, s'incarnant parmi vous, un jeu cosmique étudié à votre intention, transmis dans des termes que vous pouviez comprendre. Les leçons devenaient faciles dans la mesure où les idées qu'elles véhiculaient étaient personnifiées. Si vous me pardonnez cette expression, c'était comme une fable morale localisée, dans votre univers, à votre intention. Cela ne signifie pas qu'elle était moins réelle que vous ne l'aviez supposé auparavant. En fait ce qui est dit ici devrait faire ressortir clairement les aspects les plus convaincants de la divinité. (1)
L'histoire véritable de la
crucifixion
Le Christ, le Christ historique, n'a pas été crucifié (2). Car, dit Seth,
il n'avait pas l'intention de mourir ainsi; mais d'autres pensaient que la
crucifixion était nécessaire pour réaliser ses prophéties. Le Christ ne prit
aucune part à ce projet. Une conspiration s'organisa donc et Judas y joua un
rôle important. C'était une tentative pour organiser un martyre mais sans le
Christ lui-même. L'homme qu'on a choisi a été drogué (« d'où la nécessité
de l'aider à porter sa croix ». Voir Luc, 23). On l'a convaincu qu'il
était le Christ, le Messie attendu.
Il crut qu'il l'était. Il fut au
nombre de ceux qui furent trompés, mais il crut que c'était à lui - et non au Christ historique - que
revenait l'accomplissement des prophéties. Marie vint parce qu'elle était
pleine de douleur pour l'homme qui croyait être son fils. Elle fut présente par
compassion (3). Ceux qui étaient à l'origine de ce drame voulaient démontrer
qu'une partie des Juifs étaient responsables de la crucifixion du Christ mais
ils n'avaient pas songé que le peuple juif tout entier en serait blâmé. (4)
En
ce qui concerne le tombeau du Christ, Seth affirme qu'il était vide parce que
ce même groupe de conspirateurs en avait sorti le présumé martyr.
Marie-Madeleine, pourtant, a vu le Christ
aussitôt après la mise au tombeau (voir Matthieu, 28). (Longue pause) Le Christ
était un grand médium. Il a fait apparaître des plaies sur son propre corps.
Elles devinrent visibles aux yeux de ses disciples à la fois sur le plan
physique et au cours d'état hors-du-corps. Il tenta pourtant d'expliquer ce qui
était arrivé ainsi que Sa situation. Mais ceux qui n'étaient pas dans la
conspiration ne comprirent pas et firent une mauvaise interprétation de Ses
déclarations. (5)
Selon
Matthieu 26, Pierre a renié le Christ
prisonnier : en fait, il s'était rendu compte qu'on s'était trompé
de personne, que celui qu'on supposait tel n'était pas le Christ. Il semblerait
donc que Pierre n'était pas dans la conspiration. Quant à Judas, qui en faisait
partie et voulait sauvegarder la vie du christ historique, il désigna aux
autorités, un homme qui s'était investi du rôle de Messie.
Sur le plan symbolique, l'idée de crucifixion
donna corps, dans la psyché humaine, à des dilemmes et à de multiples
interprétations. C'est ainsi que la crucifixion per se devint une réalité plus importante que les événements
survenus à cette époque. Voyez-vous, seuls les gens victimes d'une persécution
courent le risque d'un tel sacrifice, ou le trouvent nécessaire. Seuls ceux qui
sont limités par les idées de crime et de châtiment sont attirés par ce genre
de drame religieux et reconnaissent en lui les échos profonds de leurs
sentiments. (6)
De
son côté, le Christ (Jésus de Nazareth) prévoyait clairement que de tels
événements se reproduiraient et généreraient des drames probables. L'homme qu'on
avait convaincu qu'il était le Christ ne pouvait être détourné du projet de se
sacrifier pour accomplir les prophéties.
Sachant
que le corps du crucifié ne serait pas le sien, il voulut expliquer à ses
disciples que l'esprit était connecté avec la matière physique mais indépendant
de celle-ci. Aussi, en disant « Ceci est mon corps, ceci est mon
sang », au cours du dernier repas qu'il prit avec eux, il voulait leur
démontrer que son esprit n'était pas lié à son corps physique mais indépendant
et qu'il ne fallait plus Le confondre avec Son corps. Mais ses disciples ne
l'ont pas compris. D'où le malentendu qui en résulta.
Il
changea alors sa façon de se comporter avec eux et leur apparut très souvent
hors de son corps, dans sa forme astrale (voir Jean 20,21; Matthieu 28; Luc 24). Il essayait de leur dire qu'il
n'avait pas été tué, mais eux interprétaient ses paroles sur le plan
symbolique.
Sa présence physique n'était plus nécessaire
et devenait même embarrassante en raison des circonstances. Il se voulait
simplement en dehors de (son corps) (7). Ses disciples étaient tellement
convaincus qu'Il était mort couvert de plaies qu'Il savait que s'Il ne Se
présentait pas ainsi, ils ne croiraient pas qu'ils étaient en Sa présence. Les
plaies allaient donc devenir un mode d'identification; Il devait en faire état
quand Il expliquerait les vraies circonstances.
C'est ainsi que par ailleurs Il
mangea pour prouver qu'Il était encore vivant, (Jean 21; Luc 24, etc.);
mais les disciples comprirent que l'esprit participait aux nourritures
terrestres. Ils voulaient croire qu'Il avait été crucifié et qu'il était
ressuscité. (8)

(1) Jane Roberts, L'enseignement de Seth, pp. 266-267.
(2) Cette thèse avait été affirmée par
Basilide, théologien gnostique du IIe siècle : il enseignait que Jésus n'avait
pas été crucifié, mais qu'au dernier moment Simon de Cyrène lui avait été
substitué. (Émile Besson, Les Logia Agrapha, p. 33. Basilide
s'appuyait-il sur des textes anciens relatant la mise en scène de la trahison
de Judas ? Cette thèse est reprise aujourd'hui par des personnes qui ont
fait une expérience de mort imminente : « Je sus que le Christ
n'était pas mort sur la croix et qu'il n'y a ni péché ni mal. (Patsy Davis,
1965). Voir DOCUMENT H : Le Mythe de
(3) Traduction exacte du texte anglais.
(4) Jane
Roberts, L'enseignement de Seth, p.
468.
(5)
Ibidem.
(6) Ibidem, p. 469.
(7) Traduction exacte de l'anglais.
(8) Voir Jane Roberts, L'enseignement de Seth, J'ai Lu, pp. 467-470.
J'ai cité
Seth, explique Jane Roberts, ne dit pas ici
que
Seth poursuit en disant : « L'Ascension du Christ ne
s'est pas produite dans le temps tel que nous le connaissons. C'est aussi une
contribution de l'univers des rêves à votre système physique : elle
personnifiait la connaissance selon laquelle l'homme est indépendant de la
matière physique. (Jane Roberts, Le Livre
de Seth, pp. 256-257).