JOHN HARRICHARAN

Après une
longue nuit vient invariablement l’aurore
Quand le chemin semble long et
obscure…
Un message de force et de renouveau pour nous tous
Traduction française
Marcel Mercier
Août-septembre 2005

Georgia,

Dédicacé à
Mardai Élisabeth, qui, durant sa vie, fut ma joie et
ma muse et qui,
en passant dans l’au-delà, est devenue mon espoir et l’étoile
qui m’éclaire…
Et à nos merveilleux enfants – Malika
Élisabeth et Jonathan Nian,
A qui leur mère a confié le soin de parfaire
l’éducation de leur père.
Sincères remerciements
Je suis profondément
reconnaissant à mon assistante, Anita Bergen, pour sa patience infinie et ses
constants encouragements. Sans son aide, je serais encore en train de taper ce
manuscrit.
Des mercis spéciaux à mon
cher ami, Butch James, qui a cru en moi pendant les périodes où j’avais
moi-même de la difficulté à me faire confiance.
Pour finir, une grande
appréciation à l’adresse de mon frère, David Harricharan, pour son support et
sa loyauté, à Sandra Matuschka pour ses commentaires, aux Trois Himalayens pour
leurs conseils permanents et à Gédéon et Marla qui ont rendu possible cette
aventure.
Table des matières
Introduction
1.
Le voyage
vers chez-nous
2.
L’ancienne
Lumière Intérieure
3.
Le retour
de Gédéon
4.
Où s’en
va le papillon ?
5.
La
Transformation
6.
Plus
léger qu’une plume
7.
Après une
longue nuit vient invariablement l’aurore
8.
Le
Restaurant au bord de l’Éternité
9.
Ne
reviendrez-vous pas de nouveau ?
10. Des choses qui heurte dans la nuit
11. Un rêve est un rêve est un…
12. Ceci, aussi, passera
13. Pourquoi marcher sur l’eau quand vous pouvez
voler ?
14. L’Ombre du Tout-Puissant
15. Colorer le
grenier en vert
16.
Je peux voir clair maintenant
Introduction
Par Élisabeth
Kubler-Ross, M.D.
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L |
e nouveau livre de John Harricharan reprend là où nous a laissés Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau. Dans un sens, c’est la suite du premier livre, même si on pourrait le lire indépendamment de l’autre. Quand vous le lirez, vous allez aimer le style. Vous serez témoins de la vie ordinaire d’un homme ordinaire qui devient veuf et qui essaie d’élever lui-même ses deux enfants. Il s’inquiète pour assurer sa vie, pour prendre soin des deux enfants, tout en prenant, par ailleurs, le temps de grandir spirituellement et émotionnellement.
Si le fait de passer d’une réalité à une autre, du plan physique au plan spirituel, aller et venir ainsi en quelques pages, ne vous cause pas de problème, ce livre est vraiment pour vous. Si vous avez des problèmes à « analyser la réalité » alors vous pourrez avoir de la difficulté à poursuivre la lecture de ce livre avec amour, compréhension et compassion.
Pendant que je le lisais, il réveillait plusieurs souvenirs de mes propres conversations avec mes guides, de l’existence d’une autre réalité, du passage de la réalité terrestre à un niveau plus élevé de la réalité, du passage constant de l’une à l’autre. Le style de leurs communications est presque le même. Ils ne vous rendent pas la vie facile. Ils essaient de vous enseigner. Ils ne vous donnent pas des réponses, mais des paraboles, des exemples, et parfois un indice pour corriger votre propre interprétation de ce que vous considérez comme douloureux ou négatif. Ce livre a réveillé tant de souvenirs de mes propres expériences dans différentes dimensions que parfois je me sentais au bord des larmes et parfois en train d’éclater de rire, mais ce fut en vérité une véritable expérience de déjà vu de la première à la dernière page.
Ce livre est rempli de choses intéressantes, de beaucoup de perles de sagesse, de nombreuses et magnifiques descriptions de notre façon de voir Dieu et de ce que nous pensons de Lui/Elle. Et naturellement, il y a cette expérience spéciale de rencontrer Dieu en personne. Il ne fait que souligner que Dieu est tout et partout et que quand nous devenons plus sensibles et plus ouverts à cette réalité, nous sommes, nous aussi, capables de faire cette expérience.
Merci, John, de partager ce livre avec nous – ceux d’entre nous qui sont prêts à entendre, à voir et à vivre ; ceux d’entre nous qui ne veulent pas dépenser trop d’énergie et de temps dans des banalités, dont tous se préoccupent, pour prendre soin de notre propre vie intérieure, ce qui est probablement la plus dure leçon à apprendre dans le monde entier. J’essaie encore de l’apprendre.
Soyez béni, John, et merci pour le partage.
Elisabeth
(Elisabeth Kubler-Ross)
Préface
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C |
ertains d’entre nous se sont rencontrés dans Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau. D’autres parmi nous peuvent s’être rencontrés lors de mes conférences, de mes séminaires, à l’aéroport, au téléphone ou par lettres. D’autres encore se sont rencontrés dans des régions au-delà du monde plus familier des trois dimensions. Et pourtant, bien que nos rencontres puissent avoir été aussi brèves que le passage de deux navires dans la nuit, ou aussi longues qu’une vie, nous sommes attirés ensemble par des dons qui transcendent le temps lui-même. – dons tels que la vérité, la liberté, la joie, la paix, l’amour et, le plus important, la vie elle-même.
Et ainsi, nous nous rencontrons encore pour la première fois, pour parcourir de nouveau ensemble la glorieuse aventure de la vie. L’humanité a progressé terriblement depuis le temps où nos ancêtres chassaient le mammouth et dansaient sous la pleine lune pour célébrer leurs « trophées de chasse ».
Si, d’aventure, il existe d’autres civilisations plus avancées qui nous surveillent, elles pourraient être intriguées par nos progrès. Elles pourraient même se rappeler les époques, où dans un état moins illuminé, elles aussi parcouraient notre chemin et elles aussi se jetaient du feu et des pierres les unes aux autres, comme nous avons fait dans le passé. Peut-être, se souviendraient-elles de leurs batailles, et en se les rappelant, applaudiraient à nos efforts et nous encourageraient à aller de l’avant.
Oui, nous avons parcouru un long chemin mais nous avons encore un long chemin à faire. Non seulement évoluons-nous vers plus de tolérance et de compréhension les uns envers les autres, mais nous commençons à développer plus de respect pour toutes les autres formes de vie avec lesquelles nous partageons la planète.
Ainsi apparaît sur Terre une conscience plus éclairée, et peut-être avons-nous commencé à comprendre ce que les grands enseignants de l’histoire avaient essayé de nous expliquer depuis des siècles – que nous sommes tous les enfants de l’Infini, que nous sommes tous en chemin vers notre chez-nous et que l’amour est la force la plus puissante dans l’univers.
Mais parfois, on doit payer le prix fort pour cette croissance et cette compréhension – des nuits de pleurs, de craintes et de culpabilité cachées dans l’ombre et les constantes pressions de la vie quotidienne. C’est là que nous affrontons nos plus grandes batailles – en regrettant le passé et en craignant l’avenir. C’est là, aussi, que nous pouvons remporter nos plus grandes victoires – en vivant dans le présent. Nous ne sommes jamais seuls, même si tous nos sens peuvent appuyer ce « fait », et que nous crions de douleur ; même s’il semble que l’espoir est disparu et que tout ce qui nous est cher a été soufflé par le vent. Il y a une Présence et un Pouvoir, il y a un but et un plan et si nous continuons à aller de l’avant, nous allons finalement triompher.
Ce n’est pas par hasard, que nous nous rencontrons ici. Rien n’est jamais accidentel. Nous nous sommes rencontrés pour apprendre les uns des autres. Explorons le potentiel infini de notre « essence de créature » et à la fin nous découvrirons que la tragédie n’est que l’envers d’un triomphe, que l’échec n’est que l’autre face du succès et que tous les chemins mènent au sommet de la montagne.
C’est un privilège et une joie pour moi de partager avec vous, chers amis, des portions de l’histoire de notre voyage vers chez nous. Nous sommes, vous et moi, comme des pèlerins à la recherche de la paix et de la joie qui a toujours existé dans le « lieu secret du Très-Haut » à l’ « ombre du Tout-Puissant ».
John
Harricharan
Chapitre un
Le
voyage vers chez-nous
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P |
arfois, les choses les plus simples peuvent s’avérer les plus profondes. Ainsi en était-il en ce magnifique matin de Juin. C’était presque comme tout autre matin d’été, sauf pour l’éclairage particulier du soleil dans ma cour arrière. Les rayons de lumière filtrant au travers de la frondaison semblaient prendre une nuance particulière. Une lueur d’un autre monde venue de ces reflets donnait au jour sa tonalité. Quel glorieux matin, pensai-je, alors que je me préparais à conduire de nouveau ma femme à l’hôpital.
Ça faisait un peu plus de deux ans que Mardai, encore dans la trentaine, se battait contre le cancer. Nombreux étaient les projets que nous avions planifiés pour les années à venir. La tension et le stress de la maladie avaient réclamé leur dû de nous deux, ainsi que des autres membres de la famille. Il y eut un temps où nous avions fait face à la vie avec courage sans penser aux fossés qui pouvaient entraver notre chemin.
Je crois fermement qu’on peut s’habituer à n’importe quoi. C’est ce qui se passait dans notre combat continuel contre la maladie. Pendant des années, le cancer avait montré des signes de rémission, mais pour revenir furieusement peu après. Comme Mardai ne se sentait pas trop bien récemment, son médecin insistait pour qu’elle retourne sous observation à l’hôpital.
Quand le temps de partir arriva, nous avons embrassé les enfants. Malika, notre fille, tenait la main de son frère Jonathan alors que nous prenions la route. Ce sont des enfants très spéciaux, ces deux-là. Nés avec à peu près quatre ans de différence, nous les avons adoptés très jeunes. Ils avaient apporté beaucoup de joie dans nos vies et maintenant, à onze et sept ans, ils s’adaptaient de leur mieux à l’angoisse de notre dilemme familial.
L’hôpital se trouvait, peut-être, à une heure de voiture de notre demeure. Comme toujours, c’était bon de me retrouver seul avec Mardai en voiture. Nous avons parlé des « bons vieux jours » et des nombreuses joies qu’ils nous avaient apportées. Nous avons échangé sur mon travail, sur les enfants, sur nos amis et sur notre avenir. Bien qu’elle riait de mes farces débiles, je pouvais voir dans ses yeux des ombres de tristesse. Avec des attentes modestes nous avons tiré des plans pour notre vingtième anniversaire de mariage qui arrivait dans une semaine et demie.
Notre vieille voiture tenait la route alors que nous demeurions en silence un court moment. Soudain, Mardai étira son bras et toucha mon épaule. « John », dit-elle, en montrant à l’avant, « regarde les lettres sur le camion. » Là devant nous dans la rangée de droite il y avait un camion au ralenti avec les grandes lettres noires « JH » peintes sur les portes arrière. Je pense que nous aimons tous voir nos initiales et nous en avons ri en envoyant la main au chauffeur lorsque nous l’avons dépassé.
En reprenant la tête, j’ai regardé dans mon rétroviseur et remarqué les initiales devant le camion également. Cette fois, cependant, elles étaient peintes en blanc. Mardai me regarda en esquissant un sourire et dit, plus comme une affirmation qu’une question : « Je me demande ce que cela signifie. » Un frisson me parcourut tout le corps alors qu’une voix dans ma tête disait : « C’est votre dernière randonnée ensemble. »
Quelle effroyable idée, pensai-je. Là, sur l’arrière du camion, mes initiales en noir. En avant les mêmes initiales en blanc et maintenant la sensation agaçante que quelque chose n’allait pas. J’avais l’habitude de regarder les signes et les symboles, même, parfois, à lire des messages sur une plaque d’immatriculation. J’avais trouvé, comme je l’ai déjà mentionné, que les choses les plus simples pouvaient être les plus profondes. Mais toutefois, je ne me suis jamais permis de prendre ces choses trop au sérieux, préférant plutôt maintenir une vue équilibrée de la vie avec tous ses soi-disant hauts et bas. Cependant, parce que je savais que tout dans la vie a un sens et que nous vivons dans un univers ordonné, je ne pouvais m’empêcher de me questionner au sujet de mes sentiments habituels et de la signification possible des lettres sur le camion.
Nous avons continué, tous les deux absorbés dans nos propres pensées. Du coin de l’œil, je remarquai que Mardai, assise paisiblement, avait fermé les yeux. Mon appréhension grandit. Et si c’était vraiment notre dernière randonnée ensemble ? Non ! Ça ne pouvait être vrai. Elle n’était qu’une adolescente quand nous nous sommes mariés. Les presque vingt années que nous avons passées ensemble ont apporté leurs problèmes et leurs joies, mais par-dessus tout, ce furent les meilleures vingt années de toute ma vie. Qu’est-ce que ce serait de passer le reste de mon existence sans elle ? Cette éventualité était impensable.
C’est étrange de voir comment une pensée en amène une autre et, avant d’en prendre conscience, vous restez bouche bée devant les plus terrifiantes imaginations. Il m’a fallu un énorme effort de volonté pour briser le cercle du destin qui m’envahissait rapidement sur l’autoroute. Mais j’ai réussi à le briser quand Mardai étendit le bras pour prendre ma main en me disant doucement : « Tu t’inquiètes, n’est-ce pas, John ? Il n’y a pas lieu. Tout va aller pour le mieux. » C’était sa manière de m’apaiser. Elle sait toujours, semble-t-il, ce que je ressens. Au cours des jours les plus sombres du passé, elle me rappelait gentiment que nous triompherions à la fin. Je souris et acquiesçai de la tête.
Quelques minutes plus tard nous arrivions à l’hôpital et j’ai garé la voiture. Bien que je savais qu’elle souffrait, elle insista pour marcher avec moi du parc de stationnement au bureau d’admission en refusant d’utiliser la navette de transport qui était déjà à notre disposition. Finalement, après les longues procédures d’admission, nous sommes arrivés à sa chambre et avons déballé son petit sac d’objets personnels. C’était là qu’elle passerait les quelques semaines prochaines et aussi là que je passerais des heures à converser avec elle, à lire, à penser, et, quelques fois recru de fatigue, à tomber endormi.
Les jours se sont tous fondus dans un brouillard intemporel rendant difficile de savoir où l’un finissait et où l’autre commençait. À l’aller et au retour de l’hôpital, je conduisais comme en transe permanente, parfois deux, parfois trois fois par jour. Mon temps était partagé entre mon travail et mes visites à Mardai. Le peu de temps qui restait entre les deux était consacré aux enfants. Je n’ai jamais essayé de leur cacher la gravité de la condition de leur mère, croyant que l’honnêteté accompagnée de la compassion était la meilleure façon de faire. Les enfants comprennent beaucoup plus que ne le croient les adultes. Nos deux enfants, quoique confus et attristés par la tournure traumatisante de la situation, montrèrent une sagesse et une force très au-dessus de leur âge.
Un matin que j’étais assis tranquille au chevet de Mardai, je réfléchissais aux événements qui nous avaient amenés jusqu’à la situation actuelle. Elle dormait paisiblement. Soudain j’ai senti qu’il y avait d’autres présences dans la chambre. Avec anxiété, je regardai autour. Je n’ai vu personne, mais on sentait définitivement une grande activité. La température avait baissé de quelques degrés et il se produisit des bruits comme un froissement de papier. Je demeurai calmement assis tout en essayant d’observer. Une brise légère me frôla et m’entoura, et j’ai cru entendre des voix, comme étouffées et distantes, qui semblaient pourtant venir de l’intérieur de la chambre. Soudain tout cela disparut et tout redevint normal.
C’est alors seulement que j’ai réalisé que des changements importants commençaient à se produire. J’étais effrayé par ce qui pouvait arriver. J’étais accablé par le sentiment funeste que c’était le commencement de la fin. Mardai continuait de dormir et, de nouveau, mon esprit se reportait en arrière dans le temps. Je désirais que mon père soit avec moi, mais il était décédé depuis quelques années. Aussitôt que je pensai à lui, j’ai cru entendre sa voix me dire, « Je suis avec toi, mon fils. Certes je suis parti de la vie physique sur terre, mais je suis avec toi dans l’éternité. Nous prenons soin de tout. »
Mes yeux s’emplirent de larmes. Où était cette aide qu’on nous a dit être toujours avec nous ? Il y a des fois où on est si terrassé par le désespoir que même penser exige un effort considérable. Je me trouvais dans une telle situation. Fatigué et inquiet, je fermai les yeux. Quand je les ouvris de nouveau, Mardai était réveillée. Elle me regardait toujours si amoureusement, si tendrement et me dit tout bas : « Je m’inquiète tellement pour toi et les enfants, Je ne crois pas que je serai capable de vaincre cette fois. »
« Nous devons combattre un peu plus fort », dis-je en essayant de me montrer brave tout en tenant sa main alors que je restais assis tout engourdi pendant ce qui m’apparut être une éternité. Puis, ce fut l’heure de retourner auprès des enfants.
Nous avons fêté notre vingtième anniversaire de mariage dans cette chambre d’hôpital. Mardai se montra un peu plus heureuse quand elle me tendit, en souriant, une carte d’anniversaire. Je l’ouvris et j’ai lu les mots écrits de sa propre main, « Chéri, les vingt dernières années furent pour moi les plus heureuses. Je prie Dieu de m’accorder une autre vingtaine d’années avec toi. Je t’aime. » Elle a dû demander à quelqu’un d’acheter la carte pour elle. Il lui était devenu de plus en plus difficile d’accomplir la moindre tâche, comme écrire. Ses douleurs étaient devenues plus intenses et elle avait même énormément de difficulté à respirer.
On ne permettait pas aux enfants de visiter l’aile de l’oncologie à l’hôpital, mais j’avais pensé que lors de ma prochaine visite, j’y amènerais Malika et Jonathan pour voir leur mère. Le lendemain étant un dimanche, ce serait une bonne idée d’y aller alors, surtout que c’était une tradition familiale de passer le plus de temps possible ensemble les dimanches. J’ai parlé de mon plan à Mardai et ses yeux ont brillé de joie à l’idée de revoir les enfants. Ça faisait une semaine qu’elle ne les avait pas vus. Nous nous embrassâmes et je quittai l’hôpital le cœur lourd. Alors seulement je compris toute la signification des lettres sur le camion. Les lettres noires sur l’arrière du camion indiquaient que je traverserais des jours extrêmement sombres et les lettres blanches à l’avant signifiaient que je passerais des ténèbres à la lumière. Je ne comprenais pas à ce moment comment cela se produirait.
Dimanche arriva et les enfants m’ont accompagné tel que prévu. Mardai était tellement heureuse de les voir. Pour une raison étrange, les autorités de l’hôpital ne se sont pas objectées à la visite des enfants. Mardai embrassa tendrement Johathan et Malika et leur dit combien elle était fière d’eux. C’étaient des signes de ce qui allait arriver. Pourtant, je continuais à refuser de ne rien accepter, sauf la complète guérison de ma femme. Alors que la profession médicale faisait tout pour aider Mardai, je savais que d’autres méthodes, comme la prière à l’ancienne mode, pouvait aussi aider. Le temps de ramener les enfants à la maison était venu et de nouveau je quittai Mardai.
C’est incroyable comment les émotions peuvent biaiser notre perception. Dans mon angoisse, il m’a semblé que la vie sur Terre est faite de souffrances, qu’on doit gagner une maigre existence, agir de son mieux et puis mourir. C’est ainsi que nous voyons les choses dans les moments de désespoir. Mais aussi, quand tout autour de nous semble bien aller, nous percevons le monde comme un endroit merveilleux pour vivre, et nous nous sentons bénis de faire partie de la création. En choisissant de ne pas nous rappeler nos problèmes passés, nous ne pouvons comprendre comment les autres peuvent si terriblement souffrir avec les leurs. C’est pourquoi nous persistons dans notre aveuglement sans nous soucier des souffrances des autres. Je me sentais désolé de ma situation et, pour moi, c’est toujours un signe d’abandon. Mais ce n’est pas dans ma nature d’abandonner.
Le jour suivant, il faisait beau et je me préparai tôt pour retourner à l’hôpital. Cette fois j’amenai seulement Malika avec moi, laissant Jonathan à la maison gardé par des tantes en visite. Le jour était semblable à beaucoup d’autres, je commençais à ressentir un profond flot de tristesse m’envahir. Un voyage qui dure normalement une heure n’a duré que quarante-cinq minutes, pourtant je n’étais pas conscient d’avoir conduit plus vite que d’habitude. Justement quelques jours plus tôt, j’avais dit à un ami que je sentais que tout ce que j’appréhendais semblait arriver plus vite que prévu.
Dès que nous sommes entrés dans la chambre d’hôpital, Mardai regarda Malika et fit ce commentaire : « Quelle jolie robe tu portes. » En ce moment, ses souffrances étaient extrêmes et sa respiration, plus difficile que jamais. Rien ne semblait pouvoir la soulager. Je l’ai quittée pour ramener Malika à la maison, et quand je suis revenu, la situation avait empiré.
Parfois, nous croyons que la médecine peut toujours accomplir des miracles; et d’autres fois nous voulons maudire toute la profession médicale pour son incapacité à secourir les malades. A cette visite, qui devait être la dernière que je faisais à Mardai, ses parents et moi sommes sortis de la chambre pour converser avec les médecins.
« En réalité, il n’y a rien que nous puissions faire », a dit dans un soupir le médecin en chef. « Nous devons maintenant attendre. » Un vide horrible m’envahit. Nous ne sommes pas arrivés jusqu’ici pour perdre. D’abord, la perte de toutes nos possessions matérielles ces dernières années, puis la perte de mon père, et maintenant le risque de perdre ma femme ? Non ! Mon cœur protestait violemment, comme si par la simple force de volonté je pouvais changer le cours du destin. Non ! Elle va récupérer comme elle l’a fait si souvent auparavant. Mais une petite voix calme murmurait : « John, vous pouvez vous dire adieu maintenant. »
Je retournai dans la chambre et la regardai dormir si paisiblement dans son lit. On lui avait administré un des plus puissants analgésiques pour rendre son état le plus confortable possible. Je pris sa main et murmurai : « Ce n’est qu’un clignement de paupières en face de l’éternité. Où que tu vas, je te trouverai. » Et puis vinrent les larmes. Soudain, la chambre semblait commencer à briller, avec une musique venant de loin.
Je suis devenu calme, Je me penchai sur elle et l’embrassai sur le front, reculai, lui jetai un dernier regard, me retournai pour sortir de la chambre. Quelques minutes plus tard, un médecin vint vers moi, branlant la tête tristement, et avec une profonde sympathie dans la voix, me dit : « Elle est partie. Je suis vraiment désolé. » En ce jour d’été loin du petit village où je suis né, une lumière s’éteignit au-dedans de moi. La noirceur qui montait se changea en un vide affreux et je ne pouvais plus voir le sens ou le but de l’existence. La vie me semblait une chose si fragile, qui apparaît à un moment et disparaît au suivant.
Pourtant, même quand je pleurais,
une partie plus élevée de moi-même murmurait l’espoir dont chaque âme a besoin
sur son chemin de retour à la maison. Une partie de moi savait que, du fond du
désespoir, émergerait une compréhension de loin plus grande que celle que je
n’ai jamais connue. Dans les jours et les nuits à venir, il y aurait des temps
de tristesse, des moments de sainteté et des périodes de réflexion. Mais il y
aurait toujours après cela un sens du but qui me ferait continuer. Quoique je
ne verrais plus son visage ou son aspect extérieur, je savais que pour toujours
Mardai serait avec moi. Je crois que nous sommes tous reliés pendant l’éternité
à ce que nous aimons ; que ni le ciel ni
Ainsi se termina une phase de ma vie alors qu’une autre commençait. Toutes les fins mènent à de nouveaux commencements. La fermeture d’une porte cache l’ouverture d’une autre, et, puis, parfois, je me demande pourquoi il y a des portes après tout.
Chapitre deux
L’ancienne
lumière intérieure
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P |
armi les différentes personnes que j’ai rencontrées il y a des années, se trouvait un homme qui se nommait Gédéon. Aujourd’hui, assis sur mon perron, je regardais les arbres de la cour arrière et il est revenu une fois de plus à mon esprit. Gédéon était une personne très spéciale, en vérité. Je l’avais rencontré la première fois dans un parc de stationnement non loin de la Grande Cité (New York) où je vivais habituellement. Nous avons partagé ensemble quelques aventures hors du commun et par lui j’ai fait les expériences les plus stimulantes de ma vie.
Je me suis souvent demandé ce qu’il était advenu de lui. Au cours des périodes traumatisantes et éprouvantes des derniers temps, j’ai toujours espéré le voir apparaître de nouveau, pour me communiquer encore d’autres secrets de l’univers, comme il l’avait fait il y a longtemps. Tous les deux, lui et sa collègue, Marla, m’avaient réconforté au temps de mes difficultés financières, mais il y avait longtemps que je n’avais revu aucun d’eux. La dernière fois que nous nous sommes rencontrés c’était comme dans un rêve où Gédéon, Marla et moi assistions à une réception avec d’illustres convives.
Le temps et la distance ont obnubilé ma mémoire. Je me rappelle vaguement m’être mêlé aux invités, tout en écoutant leurs points de vue sur la vie terrestre, sur Dieu, sur l’univers et sur les projets de chaque individu. Mais c’était il y a bien longtemps, et il y a eu tellement de changements dans ma vie depuis lors. Je ne partageais plus la compagnie de mon épouse depuis de nombreuses années. Mes enfants grandissaient, et il semblait que Gédéon et Marla habitaient dans un autre temps et dans un autre espace, très, très loin. Pourtant, il y avait une partie de moi qui savait que je les rencontrerais de nouveau un jour.
Les jours s’étirèrent lentement en semaines, et les semaines en mois. Le vide qui enveloppait ma vie semblait me pousser vers l’inertie. Mon seul désir était de ne rien faire mais de rester assis et de ne penser à rien. Il y a beaucoup de choses que nous savons intellectuellement, mais auxquelles nous ne croyons pas dans notre cœur. Qu’est-ce que ce serait, me demandais-je, si Mardai m’apparaissait et me disait comment elle se sentait et ce qu’elle faisait ?
Je suis une de ces personnes qui n’a aucun problème à s’endormir, et quand je dors, très peu de choses peuvent me réveiller. Des orages, le vent, la musique, les lumières – tout cela n’a aucun effet sur la qualité de mon sommeil ; pourtant, je sautais hors du lit et j’étais complètement réveillé chaque fois que Mardai m’appelait. Il n’était pas nécessaire que sa voix soit forte ; juste un « John » murmuré me réveillait.
Une nuit, je me couchai vers onze heures p.m. et commençai à lire. Puis, la fatigue me gagnant, je ne voulais plus continuer, et je déposai mon livre. Je devais m’être endormi immédiatement, parce que la première chose dont je me suis souvenu, c’est que j’étais assis dans mon lit complètement réveillé. Quelqu’un avait prononcé mon nom. Je regardai ma montre et il était 3h a.m. La voix ressemblait exactement à celle de Mardai, et instinctivement je me retournai pour la regarder à mon côté, mais, hélas, elle n’y était pas. Se pourrait-il, pensais-je, que dans des moments de grand stress, nos êtres chers traversent des dimensions pour venir nous réconforter et nous aider ? On raconte beaucoup d’histoires semblables. Aussi, je m’efforce toujours de garder un esprit ouvert.
Peut-être Mardai essayait-elle d’entrer en relation avec moi. La voix me semblait si réelle que j’étais resté réveillé pendant longtemps, partagé entre la joie et la tristesse Tout en sentant une présence apaisante dans la chambre, je ne vis et n’entendis rien d’autre. Louvoyant entre mes souvenirs de Mardai, je m’endormis finalement. Dans mon sommeil, j’ai rêvé.
En rêve je voyais Mardai dans un petit village des Caraïbes, le type de village que nous aimions visiter quand elle était en vie. Elle portait une magnifique robe-soleil jaune et ne semblait pas plus âgée que ses vingt ans, et bien qu’elle souriait, elle dégageait une aura de tristesse. Je m’approchai d’elle et lui dit, « Comme c’est bon de te voir, Chérie ! » Dans mon rêve, je savais qu’elle était morte. Nous avons parlé un moment, et puis, je lui dis : « l’endroit où tu es maintenant doit être très différent du lieu où je suis. »
« Oui, c’est sûr », répondit-elle.
« Tu dois avoir accès à beaucoup d’informations qui nous échappent », continuai-je.
« Oui, évidemment », dit-elle doucement.
« Veux-tu m’aider pour en connaître quelques-unes ? »
« Oui. Je serai heureuse de le faire », dit-elle.
Nous avons commencé à descendre une rue qui était bordée des deux côtés de jolis petits magasins pour touristes. Nous avons continué à causer joyeusement en marchant. Soudainement, nous sommes arrivés hors de la ville, à un endroit où la rue se divisait en deux, un coté continuait vers l’océan et l’autre retournait vers la ville. À cette jonction elle s’arrêta, me regarda et dit : « Je dois y aller maintenant. Mais cherche Gédéon. Il reviendra te voir. Ne t’inquiète pas, car comme tu peux voir, je vais bien. Je n’ai plus de souffrances. Je t’aime. Je te reverrai bientôt. » Elle partit, et je retournai seul à la ville.
Le rêve disparut, et je me réveillai avec la sensation que quelque chose d’important se préparait. Pour la première fois depuis la mort de Mardai, je me sentis en paix. Mais, que voulait-elle dire en me disant de chercher Gédéon ? Évidemment, j’espérais recevoir de nouveau sa visite. Je pouvais certes profiter d’aide et d’encouragement à cette période basse de ma vie. Et Gédéon savait toujours utiliser les bons mots. Son habileté à illustrer un sujet avec des exemples pleins de sens m’aidait beaucoup. Je sentais vivement qu’une petite aide et une orientation était de mise.
Malgré mon désir de rester au lit plus longtemps, c’était impossible. Je devais voir aux enfants et m’occuper d’autres choses comme aller travailler. Je n’aimais pas laisser Malika et Jonathan seuls trop longtemps, mais je ne pouvais pas l’éviter parfois. Ce n’est pas que je m’inquiétais spécialement, mais plutôt qu’ils me manquaient quand nous étions séparés, et que leur présence me réconfortait et ils me mettaient en relation avec leur mère. Après avoir terminé les tâches routinières, j’embrassai les enfants, les laissai aux soins de leurs grands-parents et gagnai mon bureau.
Le souvenir du rêve était encore tout frais dans mon esprit quand j’arrivai à un feu rouge. Le modèle de Volkswagen qui ressemble à une coccinelle est rare de nos jours, pourtant j’en ai remarqué une de couleur bleue à ma droite. Je ne lui aurais pas prêté plus d’attention si, lorsque la lumière est devenue verte et que la coccinelle partit en avant, je remarquai les lettres G-É-D-É-O-N sur la plaque d’immatriculation. C’était identique à un incident similaire arrivé plusieurs années auparavant, juste avant ma première rencontre avec Gédéon. Alors, je me suis rappelé le message de Mardai : « cherche Gédéon ». Quelque peu secoué, j’ai essayé de rattraper la coccinelle bleue et j’ai presque passé sur le feu rouge suivant. Mais je l’ai perdue de vue.
Tout le long du jour, j’avais de la difficulté à me concentrer sur mon travail car je pensais au rêve, à Gédéon, aux plaques d’immatriculation et à d’autres coïncidences étranges. Au plus profond de moi j’avais une impression d’attente qui s’amplifiait, et je me suis surpris à marmonner une chanson de ma jeunesse que j’avais apprise dans le petit village où j’avais grandi. La sonnerie du téléphone interrompit ma rêverie.
Je pris le récepteur, et la voix à l’autre bout du fil dit : « Allo ! Je vends des encyclopédies. J’aimerais vous expliquer comment vous pourriez obtenir un ensemble de l’encyclopédie pour un petit montant mensuel. »
« Je suis désolé », dis-je. « Je n’ai pas besoin d’encyclopédies, j’en ai déjà deux ensembles. »
« Deux ensembles ? Est-ce que vous collectionnez les encyclopédies ? »
Je commençais à me sentir ennuyé. J’ai, de fait, deux ensembles, les Encyclopédies Américaine et Britannique. Durant mes études au collège j’avais été approché par un vendeur de l’Encyclopédie Américaine. Il m’avait convaincu en disant que si je lui achetais un ensemble, il gagnerait un voyage à Hawai. Le prix des volumes, c’était, disait-il, un petit paiement initial et une somme nominale à chaque mois. Même si, en tant qu’étudiant, j’avais peu d’argent, je voulais que le pauvre homme gagne son voyage à Hawai, aussi je signai la formule à l’endroit désigné.
Trois semaines plus tard, alors que j’étais fier de posséder un nouvel ensemble commercial de l’Encyclopédie Américaine, un autre vendeur m’approcha sur le campus et me dit qu’il vendait l’Encyclopédie Britannique.
« Je viens juste d’acheter un ensemble de l’Encyclopédie Américaine il y a quelques semaines », lui ai-je dit.
« Ça ne fait rien », dit-il. « Vous avez besoin des deux ensembles et, par la suite, vous n’aurez plus besoin d’acheter un autre ensemble pendant plusieurs années à venir. »
« Mais je n’ai pas d’argent », protestai-je. « Et pour le moment, un ensemble d’encyclopédies va suffire. En réalité, je n’ai aucunement besoin d’en avoir une, parce que la bibliothèque en possède un ensemble que je peux consulter si nécessaire. »
« Vous voulez dire, perdre du temps pour aller à la bibliothèque alors que vous pouvez avoir ces volumes à votre portée dans votre chambre ? Non, non, mon ami. Votre temps est trop précieux. Seulement un petit paiement initial et une modeste somme chaque mois. »
« Non, Monsieur », dis-je fermement. « Je n’ai pas besoin ni ne veux un autre ensemble d’encyclopédies », et en tournant les talons, je suis parti. Il courut pour me rattraper et d’une voix désespérée me dit : « Eh bien, de toute façon je vous remercie, Monsieur. Je pense que nous allons maintenant perdre notre maison. Ma femme prendra le bébé et retournera chez sa mère. »
« Maison… ? Bébé ? Mère ? De quoi parlez-vous ? » Lui demandai-je.
Avec un regard grave et résigné, il m’expliqua. « Vous voyez, si je vends un ensemble de plus, je vais gagner un bonus qui va payer mon loyer et empêcher le propriétaire de me jeter dehors. En réalité, vous étiez mon dernier espoir. »
Est-ce les larmes que je voyais dans ses yeux ? Je m’arrêtai et l’observai un moment. Seul un animal laisserait souffrir un pauvre homme.
« Mais je n’ai même pas de quoi faire le premier paiement », protestai-je.
« C’est seulement un petit montant et vous pouvez me l’envoyer par la poste plus tard », me dit-il vitement. « Tout ce que vous avez à faire, c’est de signer ici. »
Peut-être certains d’entre nous sont-ils nés stupides, alors que d’autres acquièrent une dose généreuse de stupidité en devenant adultes. Je ne pourrais dire dans quelle catégorie je me classe. En ce temps-là, cependant, étant extrêmement naïf en matière commerciale, j’ai sagement signé à l’endroit désigné, devenant ainsi le fier propriétaire non seulement d’un mais de deux ensembles d’encyclopédies. J’ai rarement raconté cette histoire, parce qu’elle est plutôt embarrassante. C’est la raison qui m’a fait jurer de ne jamais désirer rencontrer un autre vendeur d’encyclopédies durant ma vie. Et ainsi, je fus moins que poli quand on m’approcha avec cette dernière offre de vente.
« Eh bien, je vous dit ce qu’il en est », dit-il. « Permettez-moi au moins de vous laisser un cadeau. Qu’est-ce qui est dangereux là-dedans ? »
« Pourquoi ne l’envoyez-vous pas par la poste ? Demandai-je. Ce n’est pas nécessaire de perdre votre temps pour me l’apporter. Je vous assure que je n’achèterai pas d’autre ensemble. Mes enfants ont toutes les encyclopédies dont ils auront toujours besoin. »
« Votre adresse est… » Et il récita rapidement mon adresse. J’ai pensé qu’il l’avait obtenue d’une liste d’adresses postales. Il y avait chez lui une certaine insistance qui m’ennuyait, quand il continua, « Ça ne prendra que quelques minutes. S’il vous plaît, laissez-moi vous le porter. C’est la politique de la Compagnie, voyez-vous. »
« Eh bien, quel danger peut-il y avoir là ? Seulement quelques minutes, dites-vous ? »
« Oui, je promets que je ne vous importunerai pas. Ce soir aux alentours de 7:00 p.m. Est-ce que ça vous convient ? »
« Très bien. Je vous recevrai alors. » Répondis-je et je raccrochai le téléphone. Il y avait quelque chose de familier dans cette conversation, une sorte de déjà vu. Il me semblait avoir entendu chaque mot qu’il a prononcé dans une autre conversation plusieurs années auparavant. Eh bien, cette fois ce sera différent ; personne ne me vendra ce que je ne désire pas. Un vieil adage dit, « Trompez-moi une fois, honte sur vous. Trompez-moi deux fois, honte sur moi ». Je savais qu’il n’y avait aucun danger que je devienne le propriétaire de trois ensembles d’encyclopédies ; en réalité, je pensais retirer un peu de plaisir de cette visite.
À mon retour du travail, j’ai regardé dans ma boîte postale au bout de mon chemin. Seulement des lettres ordinaires, excepté une large enveloppe sans timbre qui semblait contenir un volume. Je saluai les enfants et m’assis pour examiner le contenu de l’enveloppe. Je ne me souvenais pas d’avoir commandé des volumes, et je déchirai l’enveloppe pour en retirer un livre avec reliure en cuir intitulé L’Ancienne Lumière intérieure. Il y avait une note sur papier jaune collée sur la couverture : « Voici votre cadeau. Je suis désolé, car j’ai dû annuler notre rendez-vous de ce soir, mais je vous contacterai bientôt. » C’était signé, « Votre vendeur d’encyclopédies. »
C’est étonnant, pensai-je. Il m’a parlé il y a à peine quelques heures, a pris rendez-vous, l’a annulé et a déposé mon livre-cadeau dans ma boîte postale. Et quel titre – L’Ancienne Lumière intérieure ! Comme j’avais besoin d’un autre bon livre à lire, je lui savais gré pour celui-ci. Je l’ai ouvert, en cherchant le nom de l’éditeur et de l’auteur. C’était imprimé sur la première page : « L’Ancienne Lumière intérieure par les Éditeurs des Entreprises G & M. La Grande Cité, Etats-Unis d’Amérique. » À gauche à l’intérieur de la couverture, écrit à la main d’une magnifique écriture, il y avait les mots « À John avec l’amour et le respect qu’un étudiant de la vie doit à un autre. » La signature, toutefois, était illisible. En essayant de saisir cette information confuse, j’ai proféré une vieille expression que j’emploie parfois. « Quel homme ! Pouha ! ». Les enfants en train de jouer me regardèrent surpris, et Malika demanda : « Est-ce que tout va bien, Papa ? »
« Oh, oui », répondis-je aussitôt, en mettant le livre de côté. Le souper d’abord, le livre plus tard, raisonnais-je.
Après le coucher des enfants, je
suis retourné à L’Ancienne Lumière intérieure et fis un survol des
pages. J’étais familier avec
Je déposai le livre et me dis que peut-être avons-nous tous la capacité de changer les désastres en victoires et la pauvreté en abondance. Peut-être qu’en dedans de nous tous cette « ancienne lumière » existe et nous guidera, si nous la recherchons dans notre cœur. Je mis de côté de telles pensées et gagnai mon lit en oubliant les livres, en oubliant les encyclopédies, en oubliant tout sauf le doux confort de mon oreiller.
Demain, ce sera samedi, aussi j’anticipais avec plaisir la fin de semaine.
Chapitre trois
Le
retour de Gédéon
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Q |
uand je me suis réveillé il faisait déjà grand jour. J’ai une place favorite pour m’asseoir avec ma première tasse de café matinale. C’est dans la cuisine en face de la grande fenêtre qui s’ouvre sur les bois derrière la maison. Plus tôt cette année, j’avais installé plusieurs mangeoires pour la gent ailée, et je prenais plaisir à surveiller les oiseaux qui appréciaient les grains que Malika et Jonathan leur fournissaient. Une des mangeoires était suspendue à un fil fin attaché entre deux chênes géants. C’était un nouveau truc que j’utilisais dans ma bataille constante pour empêcher les écureuils impitoyables de dévorer tous les grains.
Les écureuils sont, semble-t-il, relativement intelligents. En dépit de toutes mes précautions, ils ont toujours trouvé un moyen d’arriver aux mangeoires. Ce matin j’ai observé deux jeunes écureuils qui fixaient avec attention la mangeoire suspendue. Je pouvais même sentir l’intensité de leur concentration, alors qu’ils calculaient mentalement la distance qui séparait l’arbre de leur but. Finalement, un des deux sauta, heurta la mangeoire et retomba immédiatement au sol. De cette façon, il fit tomber quelques grains de la mangeoire, alors lui et son compagnon entamèrent leur repas en ramassant les grains tombés au sol. Ils reprirent la procédure, chacun à son tour, sautant et frappant la mangeoire, puis se gavant des grains à l’unisson.
Il ne semble pas y avoir de conflit dans leur comportement pendant cet exercice, pas de compétition, seulement de la coopération et du partage. En considérant cette performance, j’ai oublié le livre que j’avais reçu dans ma boîte à lettres, j’ai oublié mes problèmes que j’avais encore à résoudre, et je me demandais qui avait appris aux écureuils cette routine acrobatique pour se nourrir. Comment ont-ils appris à cacher des noix ? Quelle était la nature de la force vitale et de l’intelligence présentes en eux qui les rendent si gracieux dans l’accomplissement de leurs tâches quotidiennes ? Il y a chez les animaux une attitude de calme activité qui est si rare chez la plupart des êtres humains. Ils semblent vivre complètement dans le présent sans regret pour hier ni crainte pour demain.
Mais mes pensées retournèrent à L’Ancienne Lumière intérieure. N’est-ce pas étrange, me demandai-je, qu’un vendeur d’encyclopédies m’ait donné un tel livre ? D’une manière ou d’une autre, la pensée de mon vieil ami Gédéon surgit dans mon esprit. J’avais l’impression qu’il n’était pas loin et que je le verrais bientôt. Je me rappelais de cette lointaine réception où lui et son amie m’avaient dit au revoir en disant qu’ils m’aideraient toujours et me contacteraient.
La sonnerie du téléphone interrompit la suite de mes pensées. Pourquoi quelqu’un m’appellerait-il si tôt un samedi matin ? Les enfants étaient encore couchés, et je savourais mon café, mes oiseaux, mes écureuils et mes réflexions. À contre cœur et contrarié, je pris le récepteur. C’était le vendeur d’encyclopédies.
« Allo, M. H. J’espère qu’il n’est pas trop tôt pour vous. Avez-vous reçu le cadeau que je vous ai laissé ? »
« Oui. Merci beaucoup, mais pourriez-vous rappeler plus tard ? C’est vraiment tôt. Les enfants sont encore couchés, dis-je. »
« Je voulais seulement que vous sachiez que nous avons une offre spéciale juste pour vous », répondit-il comme si c’était tout à fait normal d’appeler un étranger avant 7 heures du matin. « Je suis vraiment désolé. Mais je sens que vous êtes un homme très occupé, et je voulais vous contacter de bonne heure. J’ai des nouvelles passionnantes pour vous. »
« S’il vous plaît. Je vous ai déjà dit que je ne suis pas intéressé. Vous perdez votre temps », dis-je, d’un ton amène. Dans les années passées, j’ai été impliqué dans le domaine de la vente et j’ai développé une empathie pour les vendeurs. J’ai toujours une grande admiration pour leur courage et leur persévérance car ils vont de rejet en rejet avant de décrocher une vente.
« Cette fois, Monsieur », répondit-il, « permettez-moi d’arrêter chez vous et vous expliquer les termes et les conditions pour obtenir le prix que vous avez gagné. »
« Un prix ? Quel prix ? » Laissai-je échapper.
« Oui. Vous voyez, vous étiez la millième personne. Je veux dire, vous étiez le millième nom que j’ai pris pour appeler. Nous avons une coutume dans la Compagnie, celle de donner un ensemble gratuit d’encyclopédies à chaque millième prospect de chaque vendeur. Vous êtes le seul parmi les mille, M. H. Maintenant, puis-je arrêter pour vous parler de tout cela ? Je suis seulement à dix minutes de chez vous. »
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La voix au téléphone me semblait si charmante et si remplie de vérité. Comment pourrais-je résister ? Peut-être s’agit-il d’une attrape, mais finalement j’abandonnai mes hésitations, bien résolu à rester sur mes gardes. « Très bien. Je vous verrai dans 10 à 15 minutes. Connaissez-vous le chemin ? »
« Évidemment », répondit-il, « rappelez-vous, j’ai déposé votre volume gratuit hier dans votre boîte à lettres ? Merci, M.H. je vous verrai tantôt. »
Un peu exalté par le fait d’avoir gagné quelque chose, je me suis versé une autre tasse de café en attendant son arrivée. Je n’avais même pas pensé à lui demander son nom, et je ne me rappelais pas qu’il me l’eût mentionné. De toute façon, passer une demi-heure avec lui ne serait pas un problème aujourd’hui. Les enfants sont encore au lit pour une heure ou presque, et nous n’avions rien planifié avant l’après-midi. Je fis donc chauffer un autre pot de café, nettoyai la vaisselle sale dans l’évier, observai une autre fois les oiseaux et les écureuils, puis pris le livre que le vendeur m’avait laissé la veille. Comme je parcourais encore une fois les pages du livre, la clochette de la porte sonna, je laissai le livre, me rendis à la porte d’en avant, l’ouvris et dis : « Bonjour ! »
Ce fut tout ce que j’ai pu proférer en restant là, la bouche ouverte. Je trouvai devant moi un homme barbu portant un habit bleu de travail. Ses cheveux étaient noirs comme les ailes d’un corbeau et ses yeux pleins de malice. Il ne semblait pas avoir vieilli du tout depuis que je l’ai vu la dernière fois il y a nombre d’années. Je devais ressembler à une ébauche de sculpture sur marbre debout là, essayant de murmurer quelques mots cohérents. Il remarqua ma fâcheuse situation et dit : « Mon Dieu, John, vous n’invitez pas un vieil ami à entrer ? »
« Bien entendu, bien entendu », dis-je, en lui donnant une grande embrassade. « Entrez donc. J’aurais dû savoir que c’était vous… mais comment aurais-je pu le savoir ? » Puis je m’écriai fortement – « Quelle idée de vendre des encyclopédies ? »
« Je sens un bon café tout prêt. Asseyons-nous et je vais tout vous expliquer devant une bonne tasse fumante, si vous n’y voyez pas d’inconvénient ? »
Nous avons gagné la cuisine et il s’assit pendant que je lui versai une tasse de sa préparation préférée. Je sentais une grande joie m’envahir en le revoyant. C’était lui, qui s’était tenu à mes côtés, qui m’avait réconforté, qui m’avait enseigné et aidé durant mes années de tribulations. Je n’avais jamais oublié nos rencontres ensemble, mais je me demandais toujours ce qui était advenu de lui et de Marla. Où étaient-ils quand ma femme mourut ?
« Je peux déjà entendre les milliers de questions que vous avez entassées dans votre esprit, John », dit-il, alors que je lui tendais sa tasse de café et m’assis.
« Où étiez-vous pendant tout ce temps, Gédéon ? » Lui demandai-je.
« À remplir mes attributions, John », fut sa réponse.
« Vos attributions ? Quelles attributions ? La vente d’encyclopédies ?
« La vente d’encyclopédies fut la méthode que j’ai utilisée pour vous contacter », dit-il. « Mais il y a plus que cela. Nous faisions un contrôle pour voir jusqu’où votre compréhension avait augmenté. Même avec votre emploi du temps chargé, auriez-vous repoussé un pauvre vendeur, sans lui donner une chance ? Aviez-vous appris la patience et la compassion ? Me donneriez-vous à moi ou à un autre être humain quelques minutes de votre temps ou seriez-vous si centré sur vous-même que vous ne voudriez pas être dérangé ? Nous avions besoin des réponses à ces questions. »
« Vous voulez dire que vous êtes en train de me tester ? Ce n’était pas nécessaire. J’ai subi assez d’épreuves au cours des dernières années, Gédéon. »
« C’est exact, John, reprit-il. Mais les tests ne s’en soucient guère. Ils ne font que se retourner en disant, ‘Regardez, je suis un test. Vous pouvez faire de moi ce que vous voulez. Vous pouvez m’ignorer si vous voulez ou traiter avec moi à votre guise, Je ne suis qu’un autre de vos tests.’ Voilà ce que disent les tests. Vous les avez vous-mêmes choisis pour votre propre projet, pour mesurer vos progrès actuels selon votre potentiel. En réalité, ils ont pour but de faire ressortir le meilleur de vous-même, mais évidemment, ça n’arrive pas toujours, »
Gédéon était très sérieux quand il parlait. Vous auriez pensé que notre conversation aurait pris un ton plus léger, puisque je ne l’avais pas vu depuis longtemps. Il ne m’avait pas encore expliqué où il avait été. Son habitude de répondre à une question par une autre question, et son habileté à tourner une affirmation en nourriture pour la pensée, ces deux choses me fascinaient et me frustraient en même temps.
« Je vois que vous avez le même vieux moi, Gédéon, encore capable de changer la plus simple situation en des expériences d’apprentissage. Ne pensez-vous pas que nous avons eu assez de dialogues sur la vie et les tests et que nous devrions chacun apprécier de nouveau notre compagnie ?
« Il y a tant de choses à faire maintenant, John. C’est pourquoi je suis ici. »
« Réellement, Gédéon, où étiez-vous pendant tout ce temps ? Et, s’il vous plaît, ne me parlez pas d’attributions à remplir. »
Toute sa figure prit une attitude et une expression sérieuses alors qu’il se penchait en avant. « Je vous ai toujours surveillé, John », murmura-t-il. « J’étais assis avec vous pendant vos luttes et j’ai pleuré avec vous dans vos souffrances. J’étais avec vous dans cette chambre d’hôpital autant que j’étais avec vous quand la plupart de vos amis et de votre famille se sont éloignés de vous. Je me réjouissais avec vous quand vous étiez heureux. Oui, John, même si vous n’en étiez pas conscient, j’ai été avec vous pendant tout ce temps. »
J’étais embarrassé et contrarié. Ainsi, il était avec moi pendant tout ce temps et n’a jamais levé le petit doigt pour m’aider ? Comme s’il lisait encore dans mes pensées, il dit : « Même si moi et d’autres étions avec vous, il ne nous était pas permis d’intervenir. Nous avons des règles, aussi, vous savez. »
Je me sentais devenir très agité quand je parlais. « Voyez, Gédéon, vous et les autres comme Marla vous vous amusez à vous glisser à travers le temps et l’espace. Il semble que vous ayez d’extraordinaires habiletés, comme apparaître et disparaître à volonté. Avec le bout du petit doigt vous pouvez résoudre les problèmes de quelqu’un, et pourtant, vous avez l’aplomb de vous asseoir ici et de me dire que vous ne faisiez que m’observer ? Vous tenir à côté pendant que je passais par mon enfer personnel ? Hé bien, j’espère que je vous ai donné un spectacle intéressant, à vous, mes amis. »
« Vous voilà tout bouleversé. John », dit-il, en levant à peine la voix. Il m’a toujours intrigué en restant calme devant toute situation.
« Bouleversé ? Non, pas réellement, juste terriblement déçu que vous n’ayez pas employé vos admirables habiletés pour me sortir des périodes les plus atroces de ma vie. Je suis seulement… »
Il ne me laissa pas finir, mais reprit rapidement, « Nous ne pouvons pas toujours intervenir par ce que vous appelé des talents spéciaux pour régler les problèmes de quelqu’un. Même nous devons nous souvenir que si vous pouvez marcher sur l’eau, il pourrait être sage de prendre le bateau. Si vous, en tant que père, alliez toujours résoudre les problèmes de vos enfants, comment pourraient-ils évoluer, et apprendre, et grandir ? Comment pourraient-ils apprendre à devenir indépendants, des êtres accomplis avec la capacité et le désir de participer à votre monde ? »
Sa logique était irréfutable. Je me suis calmé un peu. « Oui, oui. Je sais. Parfois, pour leur plus grand bien, nous ne pouvons intervenir dans le processus d’apprentissage et tout cela. Mais une fois de temps en temps, Gédéon, juste une fois au cours d’une période prolongée, je désire que vous les aidants de l’humanité étendiez la main et fassiez quelque chose – un miracle, peut-être – qui pourrait aider un malheureux pèlerin sur le chemin. »
Il n’avait pris qu’une petite gorgée de café pendant que je parlais. En m’entendant, il déposa lentement sa tasse et me regarda. Ses yeux, remplis à la fois de tristesse et de compassion, brûlèrent les miens. « C’est précisément ce que nous avons fait pour vous, John », dit-il.
« Voulez-vous dire, Gédéon, que vous m’avez aidé pendant tout ce temps ? Tout mon monde était ébranlé et tous mes biens éparpillés, et vous avez étendu la main pour m’aider ? Bonté divine, mon homme ! Je me demande ce que ça aurait été si vous ne m’aviez pas aidé ? Regardez, peut-être que je me désole trop pour moi-même parfois. Mais vous devez sûrement réaliser que nous simples mortels nous nous fatiguons à livrer les batailles de la vie jour après jour. »
Il approuva en répondant, « Oui vous êtes fatigué, mais quelques-uns de vos événements sont entremêlés avec vos opinions et vos perceptions des choses. La vie n’est pas une bataille. Voilà votre première erreur. Considérez-la comme une bataille et vous n’avez aucune paix. La vie n’est pas comme un navire subissant le roulis. Regardez-la comme cela et vous aurez toujours des hauts et des bas. Certes, vous en avez subi beaucoup ces dernières années. Évidemment, vous et les vôtres en avez souffert. Mais cela n’est qu’une partie de l’histoire. Croyez-moi, vous étiez surveillé et vous avez été protégé. Tous les gens le sont. Chacune et toutes les formes de vie humaine sur Terre possèdent leur propre système de protection. Vous êtes toujours en sécurité même si, parfois, vous pouvez penser que votre monde s’écroule. »
Presque une heure s’était écoulée depuis que nous nous étions assis pour parler. Ma curiosité me portait encore sur bien des choses, aussi j’ai changé le cours de la conversation. « Gédéon, parlez-moi des Entreprises G & M. Travaillez-vous encore pour elles ? Et Marla, comment va-t-elle ? »
« Tout en son temps, John », répondit-il. Une phase de votre vie est terminée et une autre a commencé. Nous devons maintenant travailler plus étroitement. C’est pourquoi je suis ici aujourd’hui. Je dois bientôt quitter. Mais je vous contacterai encore. Lisez et relisez seulement le livre que je vous ai donné. C’est comme une excursion guidée, qui va vous indiquer comment naviguer sur les océans de la vie. Je sais que vous allez l’aimer. » Gédéon se retourna pour regarder l’horloge sur le mur de la cuisine.
« Ne me dîtes pas que vous partez déjà », dis-je. « Vous venez juste d’arriver. J’ai besoin des réponses à mes questions. »
« Non, John. Vous avez toutes les réponses. Ce que vous avez besoin de travailler, ce sont les questions. Commencez par demander les bonnes questions et vous serez surpris des brillantes réponses que vous avez. »
« Là vous repartez encore, dis-je, des affirmations à sens multiples, Gédéon. Vous m’avez manqué et j’espère vous voir plus souvent. En passant, les enfants seraient-ils capables de vous voir s’ils étaient ici dans cette salle maintenant ? Vous avez dit il y a longtemps que personne d’autres ne pouvait vous voir sauf moi. »
« Seulement si c’est nécessaire », répondit-il en se levant de sa chaise. « Ils me verront éventuellement. Ainsi que d’autres aussi, quand ce sera le temps opportun. »
« Quand nous rencontrerons-nous de nouveau ? » Demandai-je, en le laissant partir à contre cœur. Il y avait tellement de choses à discuter. Par exemple, je voulais quelques explications à des questions du genre, pourquoi Mardai est morte jeune.
« Plus tôt que vous pensez, John », dit-il et comme arrière-pensée il ajouta, « Il va de soi que vous en comprendrez plus sur la mort de votre femme et sur votre travail futur, qui maintenant est déjà commencé. »
Gédéon se rapprocha me serra la main et se dirigea vers la porte. Je l’accompagnai dehors, et, en gagnant sa voiture, il me salua de la main une autre fois. Tout cela ressemblait à un rêve. Il arrivait de nouveau et pourtant j’étais aussi calme comme si c’était tout à fait naturel pour Gédéon de surgir et de sortir rapidement de nos vies. J’entendais maintenant des bruits de pas et savais que les enfants étaient réveillés et qu’ils allaient descendre bientôt pour déjeuner. Je me demandais ce qu’ils auraient dit s’ils avaient rencontré Gédéon. Je devais le savoir en moins d’une heure et d’une curieuse façon.
Chapitre quatre
Où s’en va le papillon ?
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M |
alika descendit la première. Selon son habitude, elle vint m’embrasser en me souhaitant une bonne journée et s’assit à la table de cuisine. Jonathan suivit aussitôt. Avec des yeux pétillants, il sourit et dit :
« Bonjour, Papa. Y avait-il quelqu’un ici ? Je pense avoir entendu des voix. »
« Oh, juste un collègue qui passait », répondis-je.
« Celui qui a dit que tu avais gagné un livre ? Demanda-t-il.
Déconcerté, je lui demandai : « Qui t’a dit ça ? »
« Je ne suis pas certain, répondit-il, j’ai eu un rêve la nuit dernière et Maman m’a dit dans mon rêve qu’un homme s’en venait te voir et t’apporter un ensemble d’encyclopédies. Le rêve semblait si réel. »
Malika était assise écoutant en silence notre conversation, et puis y entra d’un bond en disant : « Papa, te rappelles-tu l’homme nommé Gédéon ? Tu nous parlais souvent de lui. Eh bien, j’ai eu un rêve aussi, mais c’était au sujet de Gédéon. »
« Que disait ton rêve, ma chérie ? Demandai-je.
« Eh bien, il ne voulait pas dire grand-chose », dit-elle. « Quelque chose au sujet de livres, je pense. »
« Parle-m’en quand même », répliquai-je.
« OK. Mais, je pense que ce n’est rien. Jonathan et moi nous jouions dans les balançoires dans notre vieille maison près de la Grande Cité. Cet homme est venu vers nous et nous a dit qu’il s’appelait Gédéon et qu’il devait te visiter et t’aider dans tes problèmes. Il dit aussi que tu étais très fatigué, mais que tout devait changer bientôt. Il t’apporterait un ensemble de livres et il voulait que nous te le disions. »
« Des rêves », dis-je à mi-voix. Maintenant mes enfants rêvaient à Gédéon, et le même jour où il est réapparu. Pour la plupart des gens la vie semble un peu emmêlée. À ce point de vue, je ne faisais pas exception. J’étais extrêmement heureux de revoir Gédéon, mais en même temps, les rêves des enfants m’intriguaient. J’avais l’impression que même mes enfants tentaient de m’envoyer des messages de réconfort.
J’ai mis de côté, pour un temps, les pensées sur Gédéon, et nous avons savouré notre déjeuner. Une journée chargée suivit jusqu’à ce que finalement vint le soir. Les enfants montèrent au deuxième après le souper et je suis resté seul avec mes réflexions. Je me suis assis sur le perron arrière en regardant dans les bois et j’ai écouté avec joie le pépiement des petits oiseaux pendant qu’ils voltigeaient aller et retour au-dessus des mangeoires.
C’était une magnifique soirée, ni trop chaude ni trop froide. Une douce brise recouvrait les alentours d’une paix tranquille, et un tapis d’étoiles brillait dans le ciel. Loin au-dessus des arbres quelques nuages traçaient leur retour chez eux. « Chez eux ? » Je me mis à rêver. « Où les nuages vont-ils en retournant chez eux ? » Me mettant à philosopher un peu, je poursuivis ma pensée. Les nuages vont chez eux dans les océans du monde. Ils deviennent un avec ce qu’ils ont toujours été. Un nuage, semble-t-il, c’est l’océan qui se manifeste d’une autre façon. Peut-être que je venais moi aussi d’un océan d’être et que je m’exprimais en tant que John. Un nuage change seulement de forme. Il ne meurt jamais ; il ne fait que changer. Il peut disparaître pour un temps seulement et réapparaître sous une forme différente dans un endroit différent et dans un temps différent.
Ces pensées me portèrent à réfléchir au sujet de Mardai. Où est-elle allée après sa transition ? Je me considère comme quelqu’un à l’esprit ouvert, peut-être même un peu illuminé. Pourtant, il y a des moments où j’ai vraiment mal et je désire poser de telles questions. A-t-elle été appelée, ou est-elle partie de son propre choix ? Nous savons tous où la chenille va. Elle se quitte elle-même pour devenir un papillon. Mais qui peut dire où va le papillon ?
Parce que, au fond de mon cœur et de mon esprit, je savais que la vie est beaucoup plus que ce qu’elle paraît être, je sentais une force et une aide intérieures. J’ai pu survivre aux coups dévastateurs du monde du commerce et des affaires. J’ai pu vivre avec une perte apparente, sachant toujours qu’en réalité on ne perd jamais rien. À un niveau de conscience qui ne m’était pas apparent, j’acceptais tous les revers comme des défis.
Alors la voix sortit des ténèbres. Une gentille voix aimante, ni trop forte ni trop faible. « John », disait-elle, « c’est en étant la chenille que vous devenez le papillon. » Je regardai autour mais ne vit personne. Mais, la voix continua. « Et c’est en étant le papillon que vous savez où s’en va le papillon. »
Je me levai et scrutai les bois. À ce moment, la noirceur était venue. La voix m’intriguait et je commençais à penser que je pouvais avoir imaginé les réponses à mes questions quand je vis une très petite lueur qui se promenait dans la noirceur. « Des lucioles, » dis-je, alors que la lumière devenait de plus en plus brillante. « En fait, un groupe de lucioles ! » Je savais que les lucioles ne se déplaçaient pas en groupe, pourtant je restais là fasciné par le spectacle. C’était assez étrange, je n’étais ni excité ni craintif alors que la lueur continuait de grandir. Maintenant, elle était aussi brillante que le rayon d’une lampe de poche. Puis elle demeura immobile pendant que je continuais à la regarder.
Cela doit avoir duré quelques secondes seulement, mais ça me semblait une éternité pendant que je baignais dans le rayonnement d’un phénomène d’un autre monde. Elle disparut soudain aussi vite qu’elle était apparue. Un instant, elle était là, un instant après, elle n’y était plus. Dans la noirceur, j’entendis des pas et alors que je me retournais dans la direction des pas, Gédéon arrivait.
« Je gage que vous ne vous attendiez pas à me voir si vite », annonça-t-il. « Vous devez éviter de me faire de telles surprises, Gédéon », dis-je après avoir repris mon souffle.
« Vous voulez dire la lumière ? » demanda-t-il d’un air un peu innocent.
« Pas seulement la lumière, mais la voix et votre apparition subite », répondis-je. Il avait cette habitude d’apparaître instantanément et à des moments les plus insolites.
« Eh bien », dit-il, « j’étais certain que vous étiez maintenant habitué à cela. Puis-je entrer et avoir une tasse de ce café que vous faites ? »
« Les enfants sont en haut et jouent à un jeu vidéo. Que vont-ils dire s’ils descendent et vous voient ? » Demandai-je.
« Ne vous en faites pas, John. Ils m’ont déjà rencontré. Ne vous ont-ils pas parlé de leurs rêves ? »
« Ah bon, c’est ça ! C’est pourquoi ils m’ont parlé de leurs rêves et de votre ensemble d’encyclopédies ce matin. Rien ne devrait plus me surprendre de votre part. En passant, vieux camarade, où est l’ensemble gratuit d’encyclopédies que j’ai gagné, comme vous avez dit ? »
Le visage de Gédéon s’illumina. À ma connaissance, il s’émeut rarement, sinon jamais, à quelque sujet que ce soit. Cette fois il fit montre d’un peu d’émotion quand il dit : « Je suis content que vous parliez des volumes. Ne vous inquiétez pas, vous allez les recevoir bientôt. Et quant aux enfants, ils comprennent beaucoup plus qu’on ne le croit. Pouvons-nous entrer maintenant et prendre ce café ? »
Devant ma tasse de café fumante, je regardais Gédéon. Encore la même barbe et encore les mêmes yeux. Il me semblait que c’était hier, alors que nous étions assis là. J’étais fermement déterminé à obtenir des réponses aux questions qui m’avaient intrigué pendant quelque temps. Il resta tranquille un moment, comme s’il pensait à ce qu’il allait dire. Je brisai le silence. « Gédéon, qu’est-ce qui est arrivé à Marla ? Est-ce qu’elle m’aidera aussi ? Travaille-t-elle encore pour votre compagnie ? »
« Oui. Vous la rencontrerez bientôt. Elle a plusieurs responsabilités supplémentaires ces jours-ci. Mais nous la laisserons expliquer ce qu’elle fait quand vous la verrez. »
. « Quand serait-ce ? » Demandai-je.
« Tout en son temps » fut sa seule réponse.
« Vous souvenez-vous de la fois, il y a quelques années, quand nous avons assisté à une réception spéciale ? Il semblait que nous avions rencontré des gens de différents temps et de différents endroits. Vous rappelez-vous comment, semble-t-il, nous voyagions dans le passé ? Vous souvenez-vous de ces choses ? »
« Évidemment, je m’en souviens, John. Vous êtes celui qui oublie si facilement. Il y a des situations que vous considériez comme des miracles, et encore, vous les avez oubliées. Vous étiez supposé vous souvenir de ces événements et puiser de la force de ce que vous avez vu et entendu ». Il continua avec plus d’intensité. « Parfois, même si les gens pouvaient voir la lune devenir bleue ou quelqu’un marcher sur l’eau ou passer sur le feu et dire : ‘C’est absolument stupéfiant’, peu de temps après, ils oublient ça. On a tendance à se rappeler seulement les mauvaises passes et à rejeter les bonnes choses qui arrivent, à se faire prendre par les problèmes de la vie au lieu des joies que procure la vie. »
« Gédéon, ne gaspillons pas ainsi du temps, pourquoi discutons-nous sur ces sujets ? Pourquoi n’allons-nous pas à des sujets plus pratiques ? J’aimerais plutôt avoir des avis sur ma situation personnelle – par exemple, sur mes finances. »
« Tout d’abord, vous ne pourriez pas gaspiller du temps même si vous essayiez. En réalité, c’est le temps qui va vous gaspiller si vous ne l’utilisez pas à bon escient. Et quant aux avis concernant les sujets pratiques comme les finances et autres soi-disant choses mondaines, permettez-moi de vous rassurer, ces choses proviennent de la partie plus profonde de votre être. Elles ne sont que la réflexion d’où vous avez été et de ce que vous êtes. Commencez par fixer les processus internes de la pensée et toutes les choses mondaines externes se mettent en place. »
« Je comprends tout ça. ‘Pensez-le et vous devenez riche’, ‘vous créez votre propre réalité’, ‘comme un homme pense’ et des douzaines d’autres du genre. Plaisantes affirmations, certes, mais les mettre en pratique dans votre vie, la plupart du temps, c’est plus facile à dire qu’à faire. »
. « Mais c’est possible de le faire et beaucoup de gens le font. Il s’agit uniquement de suivre quelques règles simples. »
« Gédéon », dis-je finalement, « je ne suis pas réellement intéressé à parler philosophie ou concepts aujourd’hui. Comme exercice mental, j’imagine que ces choses peuvent être plaisantes. Je suis plus intéressé à la portée pratique de la vie quotidienne, non avec un plat de philosophies célestes. »
« C’est pourquoi je suis ici », dit-il, en tirant un petit calepin noir de sa poche. « Voyons ce qu’on a. Oui, l’agenda indique que nous allons nous rencontrer bientôt. Peut-être qu’alors vous comprendrez mieux. »
« Écoutez, Gédéon, je vous aime et vous apprécie, mais je suis fatigué de dépenser mon temps à ces sujets ésotériques. Vous n’avez pas à élever deux enfants et gagner votre vie, tout cela en même temps. »
« D’abord », dit-il en se levant, « vous n’avez pas à gaspiller du temps, vous avez seulement à gaspiller des pensées. Et deuxièmement, vous n’élever pas des enfants. Ils ne sont pas un troupeau de bêtes. Vous n’avez qu’à les aimer, leur enseigner et leur donner l’exemple. Nous approfondirons cela plus tard. Je dois quitter maintenant. »
Gédéon sourit et se dirigea vers la porte. Quand il l’ouvrit et quitta, tout ce que je pus dire fut : « Je vous reverrai bientôt. » Et puis il était parti. Alors je suis monté voir ce que faisaient les enfants.
Chapitre cinq
La
transformation
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D |
imanche matin arriva, et Gédéon n’était plus qu’un souvenir au milieu des tâches normales de la vie quotidienne. Plus tard, je suis sorti pour faire une promenade et me suis mis à penser aux dernières années, aux commentaires de Gédéon sur le fait qu’on oublie les bonnes choses pour ne se rappeler que les mauvaises. C’est, semble-t-il, juste l’opposé de ce que soutenaient les psychologues. On m’avait enseigné que nous sommes portés à oublier les expériences désagréables et à nous souvenir des bonnes. Pourtant, combien d’entre nous se concentrent sur ce qui aurait pu arriver, sur ce qui nous a échappé ou sur nos échecs plutôt que sur nos réussites ?
J’ai appris beaucoup de Gédéon mais si peu mis en pratique ces enseignements. Moi aussi j’étais coupable de ne pas considérer mes bénédictions. Selon lui, tout ce sur quoi nous nous concentrons devient notre réalité. Peut-être que le fait de fixer de trop près les difficultés du passé, m’a empêché de voir ce qui pouvait m’arriver de bien. J’avais décidé, d’une fois à l’autre, de faire mon possible pour changer ma façon de voir les choses.
Tout à coup, la réalité m’arriva comme un éclair dans une prise de conscience intérieure. J’étais en sécurité. Mes enfants étaient bien. Nous étions tous en santé, et nous avions eu juste assez d’argent dans le passé pour nous permettre de vivre. Malika et Jonathan fonctionnaient très bien à l’école. J’avais totalement changé l’orientation de ma carrière et j’écrivais maintenant des articles pour des revues, je donnais des conférences et des consultations. J’avais même publié un livre et j’en écrivais d’autres. Personne n’a repris ma voiture, mon hypothèque était à date, mes nouveaux amis étaient extrêmement serviables, et même ma parenté ne semblait moins importune qu’avant. En réalité, les choses allaient très bien et promettaient encore de s’améliorer.
Pourquoi, alors, m’inquiétais-je tant pour tout ? Un ami m’a fait, une fois, le commentaire suivant : j’avais oublié ce que c’était d’être heureux. Et maintenant, quand j’analyse toutes ces pensées, il devint clair à mes yeux que s’inquiéter est une habitude, et selon le même raisonnement, être heureux est une habitude. Ce n’est simplement qu’une question de choix. Nos expériences au cours de la vie ne créent pas nos émotions. Mais c’est plutôt nos émotions qui ont un rôle important dans la création de nos expériences.
Voilà que je mets la charrette devant le cheval, ou pour le dire autrement, je suis celui qui pense que c’est la queue qui fait branler le chien. Je commençais à me rappeler quelques simples règles de vie que Gédéon m’avait enseignées : vivre un jour à la fois ; faire le mieux avec ce qu’on a ; aimer et aider les autres. Le fait de me rappeler ces vérités, me transportait de joie. La joie de ces rappels engendrait une immense excitation dans mon esprit, et avant que je le sache tout allait bien dans le monde. C’était comme si je venais juste d’enlever des lunettes de soleil et de pouvoir enfin voir clair. J’avais vécu dans le passé, mais n’avais pas en fait vécu brillamment dans le présent.
Je continuai ma promenade, tout en voyant des choses que je n’avais pas remarquées auparavant. Les arbres me paraissaient plus vivants, les fleurs plus belles, et j’étais conscient des papillons qui voltigeaient gentiment autour de moi. Un motard qui passait m’envoya la main et me sourit. J’ai ramassé une pomme de pin et l’ai lancée avec un plaisir débridé sur un lampadaire – chose que je n’avais pas faite depuis des années. Je me sentais vibrant, vivant et fusionné au monde.
J’arrivais à l’endroit où habituellement je tourne pour revenir à la maison. Je demeurai là un instant et je levai les yeux vers le ciel. J’observais comme il était bleu et magnifique avec ses nuages qui se chassaient l’un l’autre dans le ciel. Le vent courait à travers les herbes du gazon, et au loin je pouvais entendre aboyer un chien. Je me tenais là, au centre d’un tout nouveau monde qui, en réalité, n’était pas nouveau du tout. Je regardais mes mains et mes pieds, je sentais la sueur sur mes sourcils et je réalisais que tout mon être physique n’était qu’une partie du plan universel des choses. Il y avait un ordre dans le monde et un ordre dans l’univers, et même si parfois l’ordre pouvait être voilé par les exigences de la vie quotidienne, il était là – glorieusement – à chaque moment de notre vie.
Je ne sentais plus aucune inquiétude quand je repris ma marche. Il y avait de la musique dans l’air et j’en faisais partie. La vie voulait dire la joie, non la souffrance. Concentrez-vous sur la souffrance et vous allez obtenir plus de souffrance. Soyez vivant pendant toute votre vie, aussi étrange que cela résonne, et vous trouverez que la planète Terre peut être une jolie aventure. Je me suis usé d’inquiétude pour l’argent, la maladie, la famille et tout le reste pendant tant d’années que j’ai perdu de vue les aspects les plus importants de la vie – la joie, la paix, le calme et la compréhension.
Je sentais monter en moi un sentiment croissant de gêne du fait d’en savoir tant et de faire si peu. Moi, qui avais appris de Gédéon des leçons si précieuses sur la vie, comment n’avais-je pas mis cette connaissance en pratique ? Cependant, des reproches personnels sont aussi dangereux qu’une dépression chronique. Ils créent de la culpabilité, et la culpabilité est peut-être un des pires ennemis mortels de l’humanité. Le seul message que nous fait la culpabilité est : « Vous ne méritez pas, vous ne méritez pas. » Se sentir coupable du passé nous limite et nous empêche de recevoir les bienfaits de la vie d’aujourd’hui.
Oui, je me suis senti quelque peu coupable de ne pas pratiquer ce que j’enseigne. On dit que quelqu’un demanda autrefois à Socrate pourquoi il avait commis une action soi-disant stupide et il lui répondit que c’était, semble-t-il, sensé à cette époque. Quoi que nous ayons fait dans le passé, nous l’avons fait parce que ça paraissait sensé alors. De la position avantageuse du présent, cela peut sembler extrêmement stupide, mais le but est d’apprendre de nos erreurs et de continuer à vivre, décidé à mieux faire la prochaine fois. Une de nos plus grosses erreurs c’est de se sentir indigne.
Il semblait que mon retour de promenade vers la maison pouvait durer éternellement. Il n’y avait rien d’urgent pendant que je jouissais de l’exaltation du moment. Mon cœur était en paix, et j’ai connu, comme jamais auparavant, la joie d’être simplement vivant. Le bruit de pas derrière moi me fit me retourner. Je vis s’approcher de moi mon vieil ami Gédéon arborant un sourire aussi large que l’horizon.
« Qu’est-ce que vous faites ici ? » Lui dis-je en le saluant alors qu’il prenait place à mes côtés.
« C’est un matin magnifique et je voulais seulement vous tenir compagnie un moment », dit-il.
J’ai présumé qu’il voulait me parler. «Eh bien, dis-je, qu’avez-vous de bon à me dire aujourd’hui ? »
« Avant tout, mes félicitations pour les prises de conscience que vous avez enregistrées ce matin. Je n’avais pas prévu vous voir pendant quelques jours, mais l’énergie que vos pensées ont générée m’ont incité à venir fêter ça avec vous. Je ne pouvais pas attendre. Vous avez réagi extrêmement bien. »
« Que voulez-vous dire ? » Lui ai-je demandé un peu surpris.
« Marcher est un bon exercice, mais il est encore beaucoup plus que ça. Même si vous en retirez un bienfait physique, il a aussi un impact énorme sur l’âme et l’esprit. La nature est une grande guérisseuse et une grande enseignante. Parmi les arbres et les nuages, vous avez pu, dans vos moments de tranquillité et de réflexion, goûter un peu de ce que nous voulons dire par ‘l’unité avec Tout Ce Qui Est.’ Vous avez découvert, dans un très court moment, ce que vous avez essayé de retrouver et de comprendre pendant des années. » Il sourit. « Hier, si vous vous rappelez, vous étiez inquiet et concerné au sujet de bien des situations dans votre vie. Toute notre conversation tournait autour des choses malheureuses qui vous étaient arrivées et de votre grand désir d’améliorer votre façon de vivre. Vous faisiez rejouer de vieux rubans magnétiques, et le son du passé vous empêchait d’entendre la musique du présent. Votre concentration était si intense pour améliorer votre mode de vie que vous ne pouviez pas voir comment organiser votre vie. Aujourd’hui, c’est différent. »
Même si je savais qu’il parlait de mon changement de perception, je tenais à l’entendre expliquer ; comme si en écoutant ses paroles, je pouvais me persuader davantage de ce que je venais d’apprendre. Nous nous sommes arrêtés un moment pour nous asseoir sur un banc sous un grand arbre. J’écoutais attentivement ce qu’il continuait de dire à voix basse. « Vous voyez, John, quand vous cessez de vous inquiéter de vos difficultés, vous leur retirez votre énergie. En même temps, vous redirigez votre concentration sur des choses qui fonctionnent à votre avantage. Ce faisant, vous changez votre manière de regarder votre monde. Chaque fois que vous changez la manière de regarder vos problèmes, les problèmes eux-mêmes commencent à changer. »
« Mais je sais tout cela, Gédéon », lui retournai-je. « Je suis conscient de ‘Changez vos pensées et vous changez votre monde,’ et tout le reste qui va avec. Ma question est : pourquoi cela m’a-t-il pris tant de temps pour voir les choses différemment – pour changer ma perception ? »
« Il est évident que vous le savez », reprit-il. « La plupart des gens le savent, mais ils le savent dans leurs têtes, pas dans leurs cœurs. Savoir de cette façon, n’est pas vraiment savoir. Vous étiez seulement conscient de telles choses. Aujourd’hui, votre conscience a atteint le véritable savoir. Encore une fois, permettez-moi d’insister : la conscience vient de la tête et le savoir vient du cœur. Quand vous connaissez vraiment quelque chose, vous le sentez profondément. Et quant au temps que cela a pris, c’est dans votre nature de tester les diverses possibilités jusqu’à ce que vous trouviez celle qui fonctionne réellement pour vous. Certains le font rapidement, d’autres prennent un peu plus de temps. »
« Pendant toutes ces années, Gédéon, j’ai vécu en dehors de la vie, presque comme le fils prodigue de l’évangile dans un pays lointain. J’ai partagé les miettes de pain qui tombaient de la table au lieu de réaliser que la table avait été servie pour moi. Aujourd’hui, c’est différent. Je suis revenu du pays lointain. Je suis à la maison. »
« Mais vous n’avez jamais été dans un pays lointain, John », répondit-il. « Vous étiez toujours ici. Où que vous alliez, vous êtes toujours ici. Tout ce que vous devez faire, c’est de le réaliser et de faire de votre mieux avec ce que vous avez présentement. Ceci est un des grands secrets de la vie : vivre joyeusement dans le moment présent. Comme le Maître Zen dirait, ‘Quand vous travaillez, travaillez. Quand vous jouez, jouez. Quoi que vous fassiez, faites-le avec un cœur joyeux. »
Il faisait si bon d’être là. Je me levai et m’étirai. Tout mon être semblait s’être rechargé d’une nouvelle énergie. Gédéon, assis avec satisfaction, m’observa avec une expression de contentement.
« Courons jusqu’à la maison », lui criai-je en partant à la course. Quelques minutes plus tard, j’arrivais au seuil de ma porte tout haletant ; je regardai derrière moi pour voir Gédéon, mais je ne l’ai pas vu. Peut-être était-il encore assis sur le banc. Puis j’entendis son petit rire. Là sur le perron, assis aussi calmement qu’il vous plaît de penser, Gédéon examinait une rose qu’il me tendit de sa main droite.
« Comment avez-vous fait pour arriver avant moi ? Lui demandai-je. Je ne vous ai pas vu me dépasser. »
Il sourit à belles dents en répondant : « Il y a de meilleures façons pour arriver à une place que la course ou la précipitation. Vous rappelez-vous ? J’étais toujours ici. Vous aussi. » Il se leva, me donna la rose, me salua et partit. Je restai là en le regardant s’éloigner.
Chapitre six
Plus
légère qu’une plume
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D |
es semaines ont passé depuis ma dernière rencontre avec Gédéon. J’ai à peine eu le temps de penser à lui, et en plus, je savais qu’il reviendrait bientôt. Pour le moment j’étais occupé à mettre en pratique mes nouvelles prises de conscience. À plusieurs occasions durant cette période je me suis dit que j’allais changer mon monde et moi-même une fois pour toutes. Mais encore comme de nombreuses fois, j’ai failli à mes bonnes intentions. Soit que j’ai été distrait par des événements qui m’apparaissaient très importants, soit que j’ai simplement abandonné après un élan initial d’enthousiasme.
Le secret, me semble-t-il, c’est la persévérance – l’habileté de s’attacher aux tâches et de les accomplir en dépit des obstacles. Il est aussi nécessaire d’être bon pour soi-même. Je savais que tôt ou tard je rencontrerais un problème qui me donnerait une excellente occasion de mettre en pratique ce que j’avais appris de Gédéon. Je commençais à être fatigué de réagir aux circonstances au lieu de leur répondre, distinction subtile mais importante. Réagissez et vous devenez esclave des événements et des circonstances. Répondez-leur et vous en restez le maître.
L’occasion s’est bientôt présentée. En règle générale, ce ne sont pas les grandes épreuves qui nous causent le plus d’agacement. C’est l’accumulation de plusieurs petites contrariétés additionnées ensemble qui, la plupart du temps, nous rendent la vie misérable. Aujourd’hui, je dois avoir émis un ordre pour que toutes les irritations de l’univers tombent sous ma responsabilité. Ça doit avoir eu lieu à un niveau inconscient, car, à mon avis, ça prenait un idiot bien culotté pour désirer une telle chose.
À tout événement, j’avais besoin d’aller au supermarché. Même avec une liste en main et une bonne planification préalable, j’allais au supermarché beaucoup plus souvent que nécessaire. Comme j’entrais dans le parc de stationnement, un vieux camion « pick-up » accéléra pour prendre la place vacante que j’avais visée pour moi. Néanmoins, j’en ai trouvé une autre où je me suis garé. Je suis sorti de la voiture, je l’ai barrée et me dirigeai vers l’entrée du supermarché. Un son soudain de klaxon et le bruit d’un crissement de pneus m’ont fait sauter de côté pour éviter une voiture qui allait trop vite. Pour dire le moins, à ce moment j’étais un peu ébranlé.
Prendre quelques articles au supermarché aurait dû être une affaire relativement simple. Aujourd’hui ce ne fut pas le cas. En fait, planifier l’invasion de la Normandie serait pâle en comparaison. Un acheteur inattentif, résolu à se ruer au travers des allées, frappa son panier à provision contre le mien. Cette collision m’envoya dans un étalage de nourriture en conserves, les projetant dans toutes les directions. Déséquilibré par le choc, je glissai et atterris sur une partie bien protéger de mon anatomie. En regardant au-dessus de moi, je vis plusieurs personnes se précipiter vers moi pour voir si j’avais besoin d’aide. Plus embarrassé que blessé, je me relevai et continuai à marcher comme si rien n’était arrivé. Je souriais aux spectateurs curieux, mais en dedans de moi c’était une fournaise ardente.
Finalement, arrivé à la caisse, je me sentais en territoire sécuritaire. Mais même là, j’ai rencontré des problèmes. Un des articles de mes achats n’avait pas le code du prix. Il en résulta qu’une ligne complète de clients fut immobilisée pendant qu’on a dépêché quelqu’un pour confirmer le prix exact. Pendant ce temps, d’autres clients impatients me toisaient comme si j’étais le seul responsable de leur retard. Enfin, on trouva le prix exact que je contrôlai. Dans un dernier effort pour rester calme, je retournai à ma voiture pour découvrir que, dans ma hâte, j’avais laissé mes clefs à l’intérieur.
À cet instant, j’avais perdu tout désir de rester calme et sous contrôle. Un collant sur le pare-choc de la voiture voisine résuma mes propres sentiments. Il disait, « Patience, mon âne… je veux tuer quelqu’un ». J’ai alors déposé mon sac d’épicerie sur la capote de la voiture et voulais crier ma frustration. J’avais une autre clef, mais elle était à la maison. Il doit y avoir une meilleure façon, pensai-je. Et alors cela m’a frappé. J’avais réagi à tous les événements exaspérants de la journée. Tout ce que je devais faire était de répondre d’une manière plus éclairante. J’avais oublié ma résolution de changer mes perceptions et de négocier les problèmes sur un niveau différent.
Comme nous oublions vite nos moments de gloire, notre joie d’exister. Comme il est facile de nous laisser prendre dans les rouages de la vie. Comme il semble naturel de réagir avec colère, impatience, blessure et frustration quand la situation semble hors de contrôle. C’est précisément ce qui se produit quand nous devons réaliser que nous sommes en plein milieu d’un drame dont nous avons écrit le scénario. Nous en sommes l’acteur, le directeur, l’auteur et la pièce elle-même. Les raisons qui nous poussent à agir ainsi sont hautement personnelles et enfouies au plus profond de soi. Nous ne comprenons même pas pourquoi nous nous testons nous-mêmes si durement parfois.
Un jour, je passais par une période extrêmement difficile, un ami me dit alors, « C’est seulement une épreuve, John. Elle va passer. »
« Seulement une épreuve ? » Lui criai-je en colère. « Seulement une épreuve ? Je suis fatigué des épreuves ! Je ne veux plus d’épreuves ! »
Il faut comprendre que je n’étais pas, au supermarché, en face de problèmes de grande importance. Il n’y avait pas de décisions vitales à prendre. Il n’y avait rien de plus qu’une situation irritante provenant de plusieurs petits problèmes. Pourtant, vu mon comportement, on aurait pensé que mon monde entier était sur le point d’être anéanti. Avec toutes ces considérations en tête, j’ai décidé de traiter la situation d’une manière plus éclairée.
Je respirai profondément tout en fixant les clefs enfermées dans la voiture. Soudain j’entendis le petit miaulement d’un chat. Je me retournai, et là, tout près de la porte arrière de ma voiture, se tenait le plus beau chaton que j’ai jamais vu. Il semblait en si bonne santé et si bien entretenu que j’étais certain qu’il s’était égaré. J’appelai le chaton et il s’est approché de moi prudemment. Je dois le retourner à son propriétaire, pensai-je en le prenant dans mes bras. Mais il n’y avait personne en vue qui semblait avoir perdu un chaton. Un voile d’un calme profond commença à m’envelopper alors que je parlais tranquillement au chaton égaré. Je me concentrais alors sur le problème du chaton au lieu des miens, et par ce simple transfert de pensée je me sentis mieux. Toutefois cela ne changeait pas le fait que j’étais en dehors de ma voiture verrouillée.
Je réalisais combien j’avais été bouleversé. Ces gens et les événements qui m’avaient mis en colère étaient choses du passé. Ce n’était que leur souvenir qui me rendait misérable. Auparavant je n’avais jamais laissé mes clefs dans ma voiture barrée. Ceci n’est pas arrivé accidentellement ; il n’y a pas d’accident. Mais maintenant je dois agir activement. Je déposai gentiment le chaton sur la capote de la voiture, puis essayai d’ouvrir la porte une autre fois. Elle était hermétiquement fermée. Je m’appuyai le dos sur la porte, fermai les yeux pendant quelques secondes et je m’imaginais au volant pour retourner à la maison. Une information éclaira mon esprit – un sentiment ridicule d’essayer la porte encore une fois. Je me retournai pour regarder le chaton, et il était là me surveillant tranquillement.
J’essayai la porte une fois de plus, mais cette fois encore aucune chance. C’est une voiture à quatre portes que je conduis. Le bouton électrique ferme toutes les portes en même temps, aussi était-il inutile d’essayer les autres portes. Néanmoins, je les essayai toutes. Ça n’a servi à rien. J’étais sur le point d’appeler un taxi pour aller chercher mon autre clef à la maison quand le chaton sauta en bas de la capote et courut sous la voiture.
« Tu vas te faire tuer, arguai-je. Viens-t-en ici. »
Tranquillement il revint vers moi. Je l’ai ramassé en le tançant : « J’ai bien l’intention de t’enfermer dans la voiture jusqu’à l’arrivée de ton propriétaire », lui dis-je sans penser à ce que je disais. En même temps, pour lui montrer ce que je voulais dire, j’étendis la main et levai la poignée de la porte. Il y eut un déclic et la porte s’ouvrit toute grande. Je me tenais juste là, la bouche aussi grande ouverte que la porte. J’avais essayé cette porte tellement de fois. Je mis le chaton sur le banc arrière pendant que je prenais mon sac d’épicerie sur la capote. Quand je me suis retourné, le chaton était parti. J’ai regardé tout autour, mais ne pus le trouver. Peut-être est-il retourné auprès de son propriétaire. J’exhalai un grand soupir de détente.
Finalement, je montai et démarrai la voiture. Quelle solution étrange d’ouvrir la porte de cette façon. Il devait y avoir un défaut dans le mécanisme de la barrure, supposai-je. J’étais prêt à partir quand j’entendis frapper dans la vitre du côté du passager. Avant que je puisse voir ce que c’était, la porte s’ouvrit et un visage souriant regarda à l’intérieur.
« Puis-je me joindre à vous ? » Dit-il sur un ton tout à fait naturel.
« Oh ! C’est vous, Gédéon. Vous auriez dû arriver plus tôt. »
Sans répondre, il se glissa sur le banc du passager et me fit signe de rouler. Quand j’eus reculé la voiture de l’espace de stationnement, il me demanda : « Comment va mon petit ami ? N’était-il pas magnifique ? »
« Quel ami ? » Demandai-je.
« Le chaton – celui qui est allé sous votre voiture. »
« Gédéon, étiez-vous là pendant tout ce temps ? Était-ce votre chaton ? »
« Non, pas mon chaton. C’était juste un ami, qui, à sa manière, vous a fait trouver une solution à votre porte barrée. »
« Parlez-moi de ça, Gédéon. J’écoute. »
« Pensez-y, reprit-il, et vous verrez comme c’est beaucoup mieux et beaucoup plus facile de résoudre les problèmes de cette manière. Tout ce que vous avez à faire, c’est de changer votre pensée au sujet du problème. Regardez-le différemment et il commencera à changer. Tout ce que vous regardez devient ce que vous attendez. »
« Un instant, Gédéon ! Je ne m’attendais pas à ce que la porte de la voiture soit barrée, mais elle l’était, de toute façon. Là s’arrête votre théorie. »
« Il me regarda à la manière d’un enseignant regardant un élève qui est lent à apprendre – non pas en colère ou frustré, mais avec une patience infinie. Alors il dit : « Il y a une loi, une loi universelle, John, qui dit que tout ce que vous attendez de la vie, c’est ce que vous allez obtenir. Quand vous avez découvert le chaton, vous avez détourné votre concentration de votre problème de porte barrée. Le problème s’est alors résolu de lui-même. Voilà le secret pour résoudre les problèmes. Changez votre foyer, changez votre concentration, et la matière est libre pour s’ajuster elle-même. Le résultat est parfois étonnant. »
Je suis revenu à ma première question, à laquelle il n’avait pas répondu. « Gédéon, étiez-vous là dans le parc de stationnement ? Avez-vous quelque chose à faire avec tout ceci ? »
« Non, John », répondit-il. « Je n’étais qu’un observateur cette fois. La barrure n’était plus un problème une fois que vous avez réalisé que vous contrôliez la situation. Je ne faisais qu’observer, de la perspective d’un chaton, et de jouir aussi de tout le déroulement de la situation. »
« De la perspective d’un chaton ? » Je le regardais en plaisantant.
« Oui, oui », dit-il. « Le chaton. Nous avons partagé des expériences pendant un court moment. Tout le monde peut faire ça. C’est seulement une question de concentration et d’un peu de pratique ».
« Intéressant, répondis-je. Mon ami, Gédéon, devient un chaton. »
Il me lança encore ce regard de l’enseignant tolérant et continua à parler comme s’il ne m’avait pas entendu.
« C’est seulement différentes formes de vie travaillant l’une avec l’autre. Amour et coopération. Respect et assistance mutuelle. Quelques-uns de vos peuples anciens utilisaient constamment cette faculté. Vous le trouverez dans les légendes de ceux qui ont habité ce pays il y a plusieurs siècles. Elle existe, à un certain degré, chez les aborigènes de l’Australie. Même au vingtième siècle il y en a plusieurs qui se souviennent comment le faire. Concentration et pratique, c’est tout ce que ça prend. »
« Dans quel but, Gédéon ? » Demandai-je.
« Penses-y, John. Vous pouvez échanger des informations sur bien des choses. Apprendre l’un de l’autre. L’homme antique était capable de trouver de la nourriture et de l’eau avec l’aide d’amis animaux et de la nature. L’homme moderne pourrait aussi trouver la paix et la joie par de telles communications. Chaque chose est connectée à toutes les autres choses. Vos savants commencent seulement à le découvrir. »
Nous approchions maintenant de ma maison. J’empruntai mon chemin privé en pensant que la vie, après tout, est un tour guidé du cosmos. Dans un petit coin de l’univers, j’étais assis dans ma capsule d’« espace-temps » n’apercevant que de petites portions du grand ensemble. Quelque part dans le temps j’avais perdu ma carte routière et ne pouvais même pas trouver mon guide. Je tournai la clef du moteur, alors que Gédéon et moi demeurions assis un peu plus longtemps.
Comme s’il lisait dans mes pensées, il dit : « Vous n’avez jamais perdu la carte et le guide a toujours été avec vous. Le problème, c’est que sur Terre vous et des millions d’autres êtes aveuglés par des apparences. Vous oubliez que vous êtes sur la scène dans votre propre pièce. Vous vous laissez prendre dans votre propre rôle, John. Vos ennuis commencent quand vous vous sentez faibles dans votre propre représentation. Votre joie et votre gloire commencent quand vous réalisez que tout ce que vous avez à faire, c’est de changer de perspective. Pratiquez à ne pas trop vous attacher à vos problèmes. Vous verrez comme ils disparaissent vite. »
« Gédéon, voulez-vous entrer et rencontrer les enfants ? Je sais qu’ils vont vous aimer. »
« Pas cette fois », répondit-il, « mais je les verrai bientôt. »
« Quand vais-je vous revoir de nouveau ? Comme vous voyez j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et vous êtes un excellent professeur. »
« Ne devenez pas dépendant d’un professeur, John. Vous êtes votre propre professeur et le meilleur. Maintenez la perspective et continuez à apprendre. Je dois partir car j’ai promis à Marla de prendre le thé avec elle. »
« Veuillez la saluer de ma part. »
« Je lui ferai vos salutations et je suis sûr qu’elle voudra vous revoir. Peut-être devrions-nous projeter une rencontre pour prendre un dîner ensemble, un de ces jours. » Ayant dit cela, il ouvrit la portière, descendit et disparut. Oui, en vérité, la vie est plus légère qu’une plume, mais vivre est parfois plus lourd qu’une montagne.
Chapitre sept
Après
une longue nuit vient invariablement l’aurore
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C |
’est toujours très intéressant d’observer la découverte ou la redécouverte de la vérité. Celui qui la découvre en est presque toujours étonné et débordé. Il peut même s’imaginer que la vérité s’est révélée exclusivement pour son bénéfice. Et puis, avec le temps, toutes les choses reprennent une fois encore leur routine. Mais, si on a une fois touché ou senti les possibilités qui dépassent l’ordinaire, on ne reste jamais plus celui qu’on était avant.
Il en allait ainsi avec Gédéon et moi. Une étroite amitié, une camaraderie d’un autre monde s’était développée entre nous. Les choses qu’il m’enseignait avaient un sens pour mon cœur mais pas pour ma tête. Il y eut des époques, toutefois, où, englouti dans les ténèbres, je ne pouvais trouver un sens à rien. C’est alors que j’entendais sa voix me servir un bel axiome, « Après une longue nuit vient l’aurore, et cela arrive invariablement. »
Ce n’est pas le soleil qui crée la noirceur, mais la Terre elle-même en détournant sa face du soleil. Mais la noirceur ne dure jamais ; le soleil est toujours là et c’est nous qui devons nous tourner vers lui. Ce n’est pas Dieu qui nous envoie des périodes de ténèbres, mais c’est nous qui nous les apportons, pour des raisons même que nous ignorons. Chaque fois qu’il y a des ombres devant nous, c’est que nous nous sommes détournés de la lumière. Pour faire disparaître les ombres, nous n’avons qu’à nous retourner et regarder la lumière.
En règle générale, je me suis orienté vers l’aspect pratique des choses. Une philosophie, une religion, un mode de vie doivent être extraordinairement pratiques pour créer de l’effet sur moi. Ne me parlez pas d’un futur glorieux à la fin de ce monde quand je suis aux prises avec de terribles difficultés dans le présent. Que ma philosophie et ma religion me montrent la voie pour sortir des ténèbres vers la lumière, et que cette voie soit celle que tous peuvent prendre, sinon, ménagez-moi vos sermons et vos propos grandiloquents et laissez-moi suivre mon chemin à ma guise.
En méditant sur ces pensées, j’ai réalisé combien Gédéon avait été un aide pratique pour moi. Il essayait de me montrer le chemin qui mène à une vie plus glorieuse. Sa méthode d’enseignement était la simplicité même. Sa vie en était une d’amour et de compréhension, et parce que je comprenais ses préoccupations, je répondais en apprenant très vite de nombreuses leçons. Il utilisait des exemples pris dans la vie de tous les jours et me communiquait non seulement de la connaissance, mais aussi de la compréhension.
Je me souviens d’avoir conduit une fois sur une superbe autoroute, en compagnie de Gédéon. C’était un jour magnifique et tout semblait paisible. Comme d’habitude, je questionnais Gédéon au sujet de mes problèmes. « Quelle est la signification de la vie, Gédéon ? » Lui demandai-je plutôt pour l’agacer que pour autre chose.
« La vie n’a aucune signification, John. »
« Aucune signification, Gédéon ? » J’étais scandalisé.
« La vie n’a aucune signification. Vous avez une signification. Vous apportez une signification à la vie », répondit-il calmement.
À peu près au même moment il y eut un terrible crissement de frein et des coups de klaxon. J’ai réagi rapidement alors qu’une voiture de sport verte m’a coupé sans même avoir signalé au préalable. Il continua de louvoyer, brisant le flot synchronisé du trafic qui durait depuis une heure. J’étais visiblement secoué. « Quel idiot ! » criai-je. « Il aurait pu causer un accident. Regardez à quelle vitesse il va, Gédéon ! Il peut encore occasionner un ‘rocambolage’. »
« Il est certainement pressé, John », répondit Gédéon.
« Comment pouvez-vous rester assis là si calme ? Mon coup de volant nous a presque jetés sur le côté de la route ! Nous aurions pu avoir un terrible accident. Vous ne pensez-pas ? »
« ‘Aurions pu avoir’ ne compte pas. Ce qui aurait pu arriver importe peu. Seulement ce qui arrive réellement est important. Écoutez, reprenez votre calme et continuons. Il n’y a pas eu de blessures. »
C’étaient ces fois-là que je désirais, plus qu’autre chose, hurler après Gédéon et le saisir par le cou et le serrer jusqu’à ce qu’il délaisse cette attitude de calme. Comment quelqu’un peut-il toujours garder un tel équilibre ? Je savais qu’il possédait des habiletés au-dessus de l’ordinaire, mais néanmoins, c’était extrêmement frustrant, et en même temps étrangement réconfortant, de le voir répondre au lieu de réagir aux circonstances et aux événements.
Comme s’il lisait mes pensées, il dit : » Nous devons tous apprendre tôt ou tard à répondre plutôt qu’à réagir. Quand nous réagissons à ce qui nous semble des obstacles, nous avons tendance à devenir des réacteurs et notre réaction nous contrôle. Quand nous répondons à partir d’un niveau de compréhension nous agissons alors d’une manière responsable et notre propre réponse contrôle les circonstances et les événements. Je sais que vous avez déjà réfléchi à cela. »
« Ce n’est pas que je ne comprends pas tout cela, Gédéon. C’est juste que… hé bien… présentement, vous paraissez si parfait que ça me laisse penser que je ne pourrai accomplir même pas le dixième de ce que vous avez maîtrisé ». J’hésitai un moment et puis je demandai : « Voyez-vous ce que je veux dire, Gédéon ? »
Sa voix semblait plus douce et plus réfléchie quand il répondit, « Pensez-vous que je suis devenu capable de faire ces choses sans en avoir jamais payé le prix ? Pensez-vous que je me suis levé un bon matin et que j’avais là toutes ces habiletés et toute cette sagesse ? Pensez-vous que ça arrive facilement ? Non, mon ami, j’ai bien peur que non. Il y a un prix fort à payer. Moi aussi j’ai un ‘Gédéon’ qui m’enseigne et qui m’aide. Il est si haut au-dessus de mon niveau de développement que moi aussi, parfois je désespère de ne jamais maîtriser le dixième de ce qu’il peut être. Mais je continue à travailler, je continue à pratiquer, je continue à espérer. Et je crois que je vais y arriver. Et même au-delà. Et vous – vous êtes un ‘Gédéon’ pour d’autres. Ne pensez-vous pas parfois que d’autres vous regardent et, en vous voyant tel que vous êtes, désirent pouvoir hériter de certaines de vos capacités ? Ne pensez-vous pas qu’eux aussi se sentent frustrés ? Sur Terre, croître et apprendre, ça prend du temps, John. Aussi, c’est plus évolutionnaire que révolutionnaire. Toutefois, des gens cherchent encore une illumination instantanée.
« Parfois ce qu’on gagne en rapidité on le perd en force. Construisez du solide et à votre propre rythme. La gratification instantanée est la malédiction de la civilisation moderne. Oui ! La plupart des choses exige du temps, John. Mais alors, vous avez une éternité pour faire et accomplir les tâches que vous vous êtes fixées. Si vous combinez une part de connaissance et de sagesse avec beaucoup de pratique, vous atteindrez n’importe quel but. ». Sa voix diminua vers la fin et nous sommes demeurés tous les deux silencieux pendant un moment.
Nous avons roulé pendant à peu près une heure pour un voyage qui prend normalement trois heures. Le flot du trafic était redevenu normal. Le bruit sourd du moteur combiné au son du vent à travers la fenêtre mi-ouverte créait une ambiance de paix.
« Voici un petit truc que vous pouvez utiliser, John ». La voix de Gédéon entra dans mes pensées. Je lui jetai un regard et fus rassuré par le demi-sourire apparu sur son visage. Il montrait une confiance et une maîtrise de soi qui m’a toujours semblé générer un grand degré de confort chaque fois qu’il était proche. Gédéon continua. « Ceux qui conduisent des voitures peuvent utiliser un petit truc pour mesurer le niveau de leur attention. En fait, en contrôlant leurs habitudes de conduite, ils peuvent dire s’ils sont près du centre ou loin sur la circonférence de la vie. »
« Comment ça, grand professeur ? » Lui demandai-je avec impertinence.
« Eh bien, c’est réellement très simple, vous voyez. Pas toujours facile mais, cependant, très simple. Votre façon de conduire indique votre niveau de conscience. Chaque fois que vous vous trouvez troublé par les actions des autres chauffeurs autour de vous, observez-vous, car vous êtes en déséquilibre. Vous ne pouvez même rien faire pour influencer les autres chauffeurs. Vous pouvez seulement vous montrer le meilleur chauffeur possible. Ne vous enragez pas contre leur façon de conduire. Ne les traitez pas d’idiots ou de faibles d’esprit. Vous allez augmenter votre pression artérielle et serez énervé au point que vous pourriez causer vous-même un accident. N’essayez pas d’enseigner aux gens sur l’autoroute comment conduire.
« Prenez ce chauffeur d’il y a une demi-heure. Vous avez été dérangé par lui. Vous étiez en colère et à bon droit. Mais ne restez pas sur cette impression. C’est nécessaire que vous ayez des émotions. Mais ne laissez pas les sentiments de colère, de frustration, d’impuissance, de solitude, de désespoir et d’autres persister pendant longtemps. La colère naturelle, proprement gérée, dure, en réalité, moins d’une minute. Tout ce qui suit est en réalité une réaction au souvenir de l’événement qui ramène votre colère à l’avant-plan.
« Ce que vous auriez dû faire, c’était de tapoter sur la manette de vos freins quand il vous a coupé. Puis vous dire, ‘La meilleure place pour vous, c’est au loin, très loin de moi’ et continuer à conduire. En quelques secondes vous auriez oublié l’incident. Vous seriez resté en paix, et un cœur en paix est un cœur puissant.
« Pour répéter ce que j’ai dit, John, quand vous êtes troublé par les autres chauffeurs, rappelez-vous que c’est une indication que vous devez retourner à un endroit calme au centre de votre être. Considérez-le comme un panneau de circulation. Revenez au centre. Si vous pratiquiez cela suffisamment vous noteriez que peu de choses pourraient vous déranger quand vous conduisez. Vous deviendriez un chauffeur beaucoup plus sécuritaire. Vous seriez protégé des accidents, les feux rouges tomberaient aux verts quand vous les approcheriez, et les places de stationnement s’ouvriraient dans un parc rempli, apparemment juste pour vous. Il y a aussi un aspect pratique à tout cela, aussi, vous savez. »
J’ai toujours été fasciné par la manière dont certaines personnes peuvent prendre les événements les plus ordinaires de la vie et leur donner une signification particulière. Gédéon était un maître dans cet art. Quelles que soient les circonstances ou les situations que nous expérimentons, il y a toujours, semble-t-il, d’après lui une signification plus profonde. Et il tâchait de m’enseigner cela. Il ne s’est jamais lassé de me dire : « Vous ne voyez jamais les choses comme elles sont. Vous ne croyez pas ce que vous voyez, en fait vous voyez ce que vous croyez. »
Assis en contemplant Gédéon et sa philosophie, l’incident de l’autoroute me semblait lointain, très lointain et enfoui dans le passé. Et pourtant, je pouvais fermer les yeux et en quelques secondes me rappeler l’événement en son entier. Le message et sa signification étaient toujours là. Qu’est-ce que ce serait si c’était possible de ne voir que la signification des événements et de mettre tout le reste de côté ? S’il était possible d’échapper à des questions comme « Qu’aurais-je dû faire » ou « Je voudrais ne pas avoir fait ça » ou pire encore, « Si seulement », nous serions tellement plus heureux, tellement plus productifs, tellement plus vivants. Nous avons tendance à vivre dans nos hiers et à craindre nos demains et ainsi nous gaspillons nos aujourd’huis. Et chaque jour, j’en sais un peu plus, je me sens un peu plus fort, et je comprends, avec un profond sentiment de réalisation, que j’évolue vers quelque chose de plus glorieux, pas seulement vers quelque chose de plus profitable.
J’espérais revoir bientôt Gédéon encore une fois. Je désirais aussi revoir Marla. On est toujours curieux de découvrir, au sujet des êtres qu’on aime, où ils sont allés ou comment ils évoluent. Une étrange pensée traversa mon esprit. Peut-être que Marla sait-elle où se trouve Mardai ? Peut-être peuvent-elles communiquer ?
Ma méditation fut interrompue par la sonnerie du téléphone. J’entrai et pris l’écouteur. Juste pour entendre la voix de mon vieil ami Gédéon. « John, comme je vous l’ai promis lors de notre dernière rencontre, Marla et moi, nous vous rencontrerons bientôt pour un dîner ». Gédéon parfois vise juste dans le mille. Pas de « Allo » ou « Comment allez-vous ? » Aucune salutation, juste droit au but.
« Comment allez-vous, Gédéon ? Et comment va Marla ? » Demandai-je. « Nous allons bien, comme toujours, John », répondit-il sans me laisser beaucoup de temps pour répondre. « Je sais que vous aimez la cornemuse, le country, le classique et d’autres genres de musique. Et, nous allons faire des arrangements pour avoir aussi quelque divertissement pendant le dîner », continua-t-il.
« De quoi parlez-vous, Gédéon ? » Laissai-je échapper.
« Le dîner. John. Vous, Marla et moi sommes inscrits pour un dîner mercredi soir à un endroit unique pour un festin spécial. Vous allez aussi pouvoir écouter quelques-unes de vos musiques favorites. Je vous prendrai à 7 heures p.m. pile. Des problèmes ? »
« Seulement vous, répondis-je. Vous êtes tellement embrouillant. »
« J’ai appris ça de vous, John, et je pense que parfois c’est plutôt agréable. Je vous vois bientôt. »
Je déposai l’écouteur. Enfin, je vais revoir Marla. Tout l’impact des paroles que Gédéon avait répétées une seule fois m’a frappé. Oui, après une longue nuit vient invariablement l’aurore.
Chapitre huit
Le restaurant au bord de l’éternité
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ercredi qui m’avait semblé si loin arriva enfin. La perspective de revoir Marla m’excitait d’une façon difficilement supportable, mais au fond de moi je pouvais ressentir une paix inconnue en temps ordinaire. Je ne l’avais pas vue depuis des années, mais le sentiment qu’elle savait des choses au sujet de mon épouse, loin de s’affaiblir, devenait plus fort. L’expérience m’enseignait qu’il y aurait ce soir beaucoup à apprendre de ce souper. J’ai fait le nécessaire pour avoir une gardienne, puis je me suis habillé : j’étais prêt avant 7 heures.
Gédéon était rarement, sinon jamais, en retard. Comme preuve, une longue voiture reluisante entra dans mon chemin exactement à l’heure prévue. Quelques instants plus tard la sonnette de la porte se fit entendre et j’ai ouvert pour saluer Gédéon avec son sourire énigmatique. À côté de lui se tenait une figure extrêmement fascinante et d’une beauté envoûtante. Marla s’avança, me serra la main et me donna une grande accolade. Elle ne paraissait pas avoir vieilli d’un jour et, s’il y avait quelque chose de différent, elle paraissait plus jeune et plus enjouée que jamais.
« Veuillez entrer », dis-je. « Marla, c’est si bon de vous revoir. Vous m’avez manqué. On dirait que ce Gédéon-là vous a tenue volontairement loin de moi pendant toutes ces années. Veuillez entrer. »
« J’attendais avec plaisir de nous rencontrer de nouveau, John », déclara-t-elle dans un gentil sourire.
« Nous n’entrerons pas maintenant ; la voiture nous attend », interjeta Gédéon. « Partons, nous avons une magnifique soirée bien organisée. ».
Je rentrai à la maison pour embrasser les enfants et sortis par la porte d’en avant. Pendant que Gédéon, Marla et moi marchions vers la voiture, un chauffeur avec uniforme en sortait pour nous ouvrir la portière.
« Qu’est-ce que c’est cette limousine avec chauffeur, Gédéon ? » Lui demandai-je. « Je pensais que vous croyiez à une vie modeste. »
« Vivre modestement est une chose. Vivre d’une manière misérable en est une autre. Nous devons toujours utiliser les instruments qui sont à notre disposition. Aussi longtemps qu’un équilibre est maintenu, nous pouvons jouir des dons que nous avons. Aimez les gens et utilisez les choses au lieu d’utiliser les gens et aimez les choses. C’est le non-attachement divin, John. »
« Il me sermonne toujours comme ça, Marla », dis-je alors que nous nous glissions sur le banc arrière. Le chauffeur ferma la portière et nous sommes partis. À ma droite était assis mon vieil ami Gédéon et à ma gauche la ravissante Marla.
« Où allons-nous, Gédéon ? » Demandai-je.
« Au restaurant au Bord de l’Éternité. » Me répondit-il.
« Le quoi … ? au bord de quoi ? » Laissai-je échapper dans ma surprise.
Marla ajouta : « Nous avons pensé que ce serait plaisant de faire une pause dans votre travail quotidien, John. C’est précisément pourquoi Gédéon et moi avons choisi ce restaurant. En réalité, ce n’est pas au bord de l’éternité. L’Éternité, évidemment, n’a pas de bord – pas de fins, pas de commencements. Il existe seulement. Et le restaurant ? C’est plus qu’un restaurant, C’est un système complet de divertissements. Plusieurs de nos amis le visitent quand ils reviennent de leurs missions spéciales. Vous allez l’aimer, J.H. »
« Où est-il au juste ce restaurant, Marla ? Ou bien ne devrais-je pas le demander ? »
Cette fois, c’est Gédéon qui répondit : « Vous avez déjà voyagé avec nous avant, John, aussi vous ne devez pas vous surprendre que ce ne soit pas un restaurant régulier. Dans très peu de temps nous allons expérimenter ce qu’on appelle ‘le vaisseau trans-dimensionnel’ et, avant que vous puissiez faire un clin d’œil, nous y serons. Pas de problème, nous avons les réservations, vous savez. »
« J’ai aussi quelques réservations », dis-je, en me référant à un but différent.
Il y a de ces moments où il est inutile d’obtenir de Gédéon plus d’information. C’était un de ces moments. J’avais une impression d’attente et un étrange sentiment d’aventure. Gédéon, Marla et moi avions effectué maints voyages à différents endroits et à différentes époques, mais il y avait longtemps de cela, et j’en avais déjà oublié la plupart. Pourtant, maintenant nous étions encore dans une de ces ballades extraterrestres ou inter-dimensionnelles. De toute façon, mon inquiétude initiale avait commencé à se dissiper
C’était généralement difficile de ne pas être optimiste, heureux et calme quand j’étais avec Gédéon. Et avec en plus le plaisir que me procurait la présence de Marla, la soirée promettait d’être, façon de parler, «hors de ce monde». J’avais hâte de poser des questions à Marla, d’apprendre ce qu’elle faisait, et d’en savoir plus sur son travail. Quand nous nous sommes quittés il y a plusieurs années, je savais que je la reverrais, mais maintenant je me demandais si elle était au courant des épreuves douloureuses que j’ai endurées depuis.
Comme si elle répondait à mes questions muettes, Marla dit : « Évidemment je sais par où vous avez passé, John. Je ne comprends pas pourquoi vous insistez à utiliser le mot ‘épreuves’ pour décrire votre voyage. Oui, je suis au courant du décès de votre femme, de la perte de plusieurs de ceux que vous appeliez vos amis, les situations où les membres de votre famille se sont tournés contre vous et votre lutte constante pour gagner votre subsistance et celle de vos enfants. Je suis également au courant de ces moments de solitude quand vous criiez vers Dieu pour avoir de l’aide. Pendant le souper nous allons probablement aborder quelques-uns de ces sujets. Aussi, vous allez probablement rencontrer quelques-uns de vos vieux amis, puisque nous avons dit à quelques camarades que nous serions là ce soir. Cependant, pour l’instant, profitons de cette promenade agréable. Nous sommes presque prêts pour le changement trans-dimensionnel. »
Avant que j’aie pu dire un mot, le son du moteur laissa la place à une sorte de déclic comme si quelqu’un avait soudainement pris possession de la voiture et ajustait ses instruments. Sans avertissement, il y eut un éclair éblouissant, et pendant un instant, je me sentais comme suspendu dans le temps et l’espace. J’étais sûr de faire un rêve lucide et quand je me réveillerais, je serais dans mon lit. Mais ce n’était pas un rêve. Gédéon s’assura que je sache que cela était réel en disant : « Vous faites réellement cette expérience, John. Nous y serons bientôt. »
Quelques secondes plus tard, ou ce qui m’a semblé tel, il y eut un léger choc et le son du moteur est revenu à la normale. Je regardai par la fenêtre, mais je ne pouvais encore rien voir. Finalement nous avons arrêté. Le chauffeur sortit et ouvrit la portière, et nous avons quitté la voiture. Un jeune homme et une jeune femme nous ont salués : ils semblaient nous avoir attendus.
« Bonsoir, dit le jeune homme. Par ici, s’il vous plaît. »
Nous les avons suivis tous les deux dans un grand bâtiment bien illuminé, où on nous indiqua une table. Une carte placée sur la table disait : « Gédéon et Compagnie. »
« Qu’est-ce que c’est cette compagnie, Gédéon ? » dis-je. « Possédez-vous maintenant votre propre compagnie ? »
« Non, John, je travaille encore pour Les Entreprises G & M, Inc. Cette carte aurait dû porter ‘Gédéon et ses Amis’. Vous vous souvenez de G & M d’antan, n’est-ce pas ? »
Les Entreprises G&M, c’est une compagnie pour laquelle Gédéon et Marla travaillaient quand je les ai rencontrés la première fois. Les lettres signifient Dieu (God) et Homme (Man), homme étant pris dans le sens générique du mot. L’Officier exécutif en chef de la direction, c’est Dieu. Plusieurs de mes expériences d’apprentissage antérieures ont eu lieu dans des aventures chez Les Entreprises G&M.
Maintenant nous étions assis confortablement. On avait placé cinq chaises autour de la table. Comme nous n’étions que trois, je demandai à Gédéon si nous en attendions d’autres qui se joindraient à nous pour le souper.
« On ne sait jamais avec certitude qui viendra, dit-il. Je vous ai mentionné déjà, continua-t-il, que nous rencontrons souvent ici de vieux amis. C’est un de nos ‘espace-temps’ favoris. Marla et moi le visitons souvent, La nourriture est excellente et les divertissements sont divins. » Il disait cela en affichant un curieux sourire.
J’avais longtemps désiré parler longuement avec Marla et j’en avais maintenant l’occasion. Avant que je commence, Gédéon ajouta : « Si vous n’avez pas d’objection, John, je vais commander pour nous. Je sais exactement ce que vous aimez.»
Il s’affaira à donner des instructions au garçon, et je me tournai vers Marla et lui demandai : « Marla qu’est-ce que vous faites ces jours-ci ? » Elle était un véritable exemple de calme et de compréhension. Ses cheveux qui lui tombaient sur les épaules semblaient onduler sous la brise, mais il n’y avait pas de brise. Lentement elle se pencha et prit ma main dans les siennes. Elle me regarda avec des yeux qui pouvaient illuminer le ciel de la nuit, me sourit et dit : « Mes responsabilités avec la compagnie ont augmenté – je viens juste de terminer un projet important, et maintenant on m’a donné ce qui pourrait être la plus grande attribution de ma carrière. »
« Oh, mes félicitations ! » m’écriai-je, en sentant ses douces mains chaudes sur la mienne. « Est-ce que cela veut dire que nous vous verrons plus souvent ? »
« Eh bien », dit-elle d’un air pensif, « ma nouvelle attribution va certainement me permettre de vous voir plus fréquemment. »
« Comment ça ? » Demandai-je,
« John, ma nouvelle attribution, c’est d’assister Gédéon dans son travail avec vous. »
Tout l’impact de ses paroles prit un certain temps à m’entrer dans la tête. Je recommençais à m’inquiéter. Chaque fois que Gédéon et Marla m’abordaient dans le passé, les événements semblaient aller aux extrêmes. Gédéon s’immisça dans mes pensées alors que Marla laissa ma main pour prendre son verre de vin.
« Rien à craindre, John », dit-il. « La partie la plus difficile de notre travail a déjà été accomplie. »
« Et qu’est-ce que c’était, Gédéon ? »
« C’était de rester avec vous pendant ces années passées, mais de ne pas intervenir dans les épreuves que vous deviez traverser. Pouvez-vous imaginer combien c’était difficile pour moi ? »
« Non, Gédéon ! Je ne peux pas imaginer comment cela pouvait vous ennuyer. Ce n’était certes pas un pique-nique pour moi. Vous m’observiez pendant que j’étais rôti. Un peu comme Néron qui jouait du violon pendant que Rome brûlait. Pourquoi n’avez-vous rien fait ? Au moins vous auriez pu sauver Mardai de la maladie qui l’a emportée. Pour vous, ce n’était rien ; pour moi, c’était tout ! À quoi ça sert toutes ces choses et tout votre pouvoir si vous ne levez même pas le petit doigt pour aider quelqu’un, spécialement quelqu’un dont vous vous occupez ? » J’étais réellement en train de raviver de vieilles blessures quand j’ai réalisé que j’étais l’invité ici et que je me comportais de la manière la plus inopportune. C’était comme si je les blâmais pour les terribles périodes du passé. En réalisant cela, je me suis excusé et j’ai continué.
« Je suis désolé, Gédéon. Je ne voulais pas me chicaner avec vous. Il est évident que mes problèmes n’étaient pas de votre faute. En réalité. Ils n’étaient la faute de personne. Je pense que je suis un peu susceptible quant à ces événements du passé. »
« Ne vous tracassez pas pour cela, John, répondit Gédéon. Une fois ou l’autre nous devons tous affronter nos dragons et les tuer, de peur qu’ils nous torturent pour le restant de nos vies. »
Marla prit la parole : « Je sais que vous avez plusieurs questions pour moi, Je répondrai à certaines d’entre elles, même avant la fin de cette soirée. Mais pour les autres ? Eh bien, je dois vous avertir que je n’ai pas toutes les réponses. »
Je m’apprêtais à lui répondre quand Gédéon me montra mon verre de vin. « C’est un bon vin. On l’apporte chaque semaine du Vignoble de l’Aurore Universelle… quelque part dans un secteur éloigné de la Galaxie. Goûtez-y. »
Je tendis la main pour saisir le verre. Lentement je l’approchai de mes lèvres et en pris une petite gorgée. Je le regardai et acquiesçai de la tête. Pendant tout ce temps Marla m’observait d’un regard amusé. Je souris et vidai mon verre.
« Il goûte comme le nectar proverbial des dieux », dis-je en guise de commentaire.
« C’est exactement ça », dit-elle.
Les lumières baissèrent pendant un moment et Gédéon dit,
« Le spectacle est sur le point de commencer. Nous mangerons pendant la représentation. »
Pour la première fois, je jetai un regard sur l’ensemble du restaurant. Il était décoré avec élégance. La chose remarquable, toutefois, c’était sa dimension. Même s’il semblait y avoir là des milliers de clients, l’activité et le remue-ménage normalement présents dans les grands restaurants, étaient absents. Chaque chose se déroulait si paisiblement. Tout au centre de la salle il y avait une grande scène qui semblait simplement flotter. Inattention de ma part ou juste illusion d’optique, supposai-je.
La voix de Marla me ramena à la table à manger. Tout près d’elle se tenait un homme mesurant six pieds portant un gilet et des « jeans ». Il parlait tout bas à Gédéon et s’était approché de la table quand je regardais autour du restaurant.
« John, dit Marla, voici un de nos vieux amis, Théophile Marc. Théo est heureux de pouvoir vous rencontrer. »
Nous nous saluâmes et il s’assit à notre table.
« Théo et moi avons travaillé ensemble à plusieurs projets », dit Gédéon. « Il va souper avec nous. »
« C’est un plaisir pour moi », répondit Théophile.
Quand le garçon de table nous apporta les plats, il en apporta un aussi pour Théophile. Prévenant ma question, Gédéon dit : « Théo passe par ici si souvent qu’ils savent ce qu’il aime pour souper. C’est un client régulier. »
« Je pense que vous avez dit que le spectacle commencerait bientôt, Gédéon », dis-je.
« Il est commencé, John. Chacun de nous peut commander un spectacle spécial, exclusivement pour lui. D’autres peuvent y participer, s’ils le désirent. La boîte de contrôles est là. » Gédéon désigna une boîte avec un écran, quelque chose ressemblant à un écran de TV. Il était contrôlé par un panneau de boutons, tous de couleurs différentes.
« C’est relativement facile à faire marcher, John. J’aurais dû vous l’expliquer plus tôt », poursuivit Gédéon. « C’est presque comme la vie elle-même. Vous pressez le bouton vert et pensez où vous voulez aller et ressentez ce que vous voulez ressentir. Dans l’instant même vous faites partie du spectacle. Si vous n’aimez pas ce que vous trouvez, ou ne voulez pas y rester, changez juste votre pensée, pressez le bouton rouge et tout s’arrête. Après cela, vous pouvez retourner là où vous avez commencé ou aller directement à une autre scène. Le temps et l’espace n’ont aucune incidence. Ce panneau utilise le mécanisme trans-dimensionnel dont je vous ai parlé plus tôt ce soir. C’est un dispositif, simple, très utile en fait »
« Puis-je l’essayer ? » Dis-je avec excitation.
« Quand vous voulez », reprit Gédéon. Rappelez-vous seulement du bouton d’urgence en cas de problèmes. »
« Des problèmes, Gédéon ? » Je pensais que c’était pour nous divertir. Pourquoi aurais-je des problèmes ? » Demandai-je.
Marla intervint et dit : « La vie est là pour nous divertir, John, et pourtant il y a des problèmes… des défis, si vous voulez. Aucun problème, aucune croissance. Aucune croissance, aucune joie ni excitation. Aucune joie ni excitation, et chacun meurt d’ennui. Il est préférable de mourir d’autre chose que de l’ennui. De plus pourtant, personne ne peut mourir, mais c’est une autre histoire. »
Théophile, qui se tenait assis tranquille pendant tout ce temps, prit finalement la parole. « Gédéon, vous et Marla devriez peut-être l’accompagner pour la première fois. Peut-être se sentirait-il beaucoup plus à l’aise, avec quelqu’un qui connaît le système. »
« Bonne idée, dit Gédéon. Marla, je vais rester et apprendre ce que Théo a fait récemment. Pourquoi n’iriez-vous pas avec John ? »
« Ça me ferait plaisir. Aimeriez-vous ça, John ? »
« Je ne suis pas sûr de ce que tout cela signifie, mais j’aimerais que vous m’accompagniez, Marla », répondis-je.
Je n’ai jamais goûté une nourriture aussi délicieuse que là, dans le Restaurant au Bord de l’Éternité. J’étais assis avec mes étranges amis en savourant un remarquable repas. Il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps avant que Marla étendit la main pour me souffler : « Aussitôt que vous serez prêt, John. La manière dont ça fonctionne est la simplicité même. Ne pensez qu’à un endroit et à un temps que vous aimeriez visiter, et quand vous avez clairement l’image dans votre esprit, vous n’avez qu’à presser le bouton vert. »
« Faut-il que ce soit un endroit que j’ai déjà visité ? »
« Non, non. Ce serait très ordinaire ; même si vous pouvez le faire, si vous le voulez – seulement n’importe où et n’importe quand. Utilisez votre imagination. Fermez les yeux, si vous aimez. Ça importe peu. »
« Seulement fermer les yeux et imaginer ? C’est tout ? »
« Quand vous utilisez votre imagination », reprit Gédéon, vous utilisez un des plus puissants instruments qui vous ont été donnés par le Créateur. Tout ce que vous pouvez imaginer existe. Ce mécanisme ne fait que vous aider à le trouver. Comprenez que vous n’avez besoin ni de machine ni d’instrument pour faire ces choses. Vous êtes parfaitement capable de faire tout ce que la machine fait. Mais puisque vous ne savez pas exactement encore comment faire, utilisez les instruments. »
« OK, Gédéon. Laissez-moi penser à un endroit et à une époque. Je vais faire un essai. »
En disant cela, j’ai fermé les yeux et m’assurai en même temps que mon doigt reposait sur le bouton vert. Je ne voulais faire aucune erreur. La main de Marla reposant sur la mienne pour m’aider, je pris une profonde respiration et laissai vagabonder mon esprit.
Chapitre neuf
Reviendrons-nous
maintenant encore une fois ?
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I |
l existe un village
en Écosse loin du trafic assourdissant des villes. Ou du moins il y avait.
Allez au nord, en suivant le vol des corbeaux, en partant de Cromarty, au-delà
de l’Estuaire de Dornoch, en direction des Hautes-Terres du Nord-Ouest, et vous
traverserez une verte région qui monte en pente douce et apercevrez les
collines et les lacs de l’ancien pays. Vous ne pouvez qu’être saisi par l’ambiance
d’exaltation et de liberté qui y règne. Avant d’atteindre l’océan, à cinquante
milles plus loin à peu près, tournez brusquement à droite et continuez
directement vers
Je n’avais jamais vu ce village, et pourtant, je savais qu’il était là. Peut-être que l’arrière-grand-père de Mardai avait parcouru les hautes terres et visité ce village. Il était écossais, vous savez. Quand j’étais jeune, je me souviens du ravissement dans lequel me plongeait le son de la cornemuse. J’aimais rester là à écouter le joueur de cornemuse solitaire jouer de l’instrument à la tombée du jour. Cet instrument me fascine encore aujourd’hui, au point que j’assiste aux fêtes écossaises et je passe littéralement des heures à marcher derrière les joueurs. Je me vois emprunter le grand chemin et suivre la petite route au-delà du Loch Lomond jusqu’à ce que je rencontre cette personne spéciale qui traverse le champ de seigle. Puis je m’en vais en chantant la chanson du Bateau Céleste jusqu’au fleuve Afton, qui arrose gentiment le Comté d’Ayrshire. Le pays de Robert Bruce et de la Reine Marie d’Écosse exerce sur moi une fascination très particulière.
Soudain, mon esprit revint au Restaurant au Bord de l’Éternité, à Marla, Gédéon et Théo. J’ouvris les yeux et d’un ton ferme je dis à Marla : « J’ai toujours voulu visiter l’Écosse et y aller seul la première fois. Ça ne vous fait rien, Marla ? »
« Non, John, je comprends très bien. » Une ombre de tristesse traversa son visage. Peut-être, était-ce mon imagination ? Toutefois, l’attrait de ce petit village était si fort que je sentais le besoin d’être seul.
« Je ne peux expliquer cela, Marla. Je dois juste être seul avec mes pensées. »
« Il y a des périodes où nous avons tous besoin de ‘solitude’. Attachez ce contrôle à distance à votre ceinture. Les boutons sur le panneau principal se retrouvent sur ce contrôle. Rappelez-vous, vert pour partir, rouge pour arrêter ou changer les programmes. Le bouton blanc est pour moi, Si vous changez d’idée au sujet de la solitude, pressez le bouton blanc. J’irai. Il y a aussi une petite instruction au dos du contrôle à distance au cas où vous oubliez quoi faire ou avez besoin d’instructions supplémentaires. »
« Vous êtes certaine que ce module est sécuritaire, n’est-ce pas ? » Demandai-je, plutôt pour m’entendre le demander que pour être rassuré.
« Toujours sécuritaire, John », fut sa réponse. « Tout le reste n’est qu’une apparence basée sur votre croyance. N’oubliez jamais cela. »
Elle s’approcha de moi et m’embrassa sur la joue. Gédéon et Théo étaient assis tranquilles et nous observaient. Je fermai les yeux de nouveau. Cette fois je pouvais voir clairement le village. Je savais que je devais y aller. Un son aigu traversa mon silence. Le son d’une cornemuse qui semblait si près, et pourtant tellement loin. Doucement, toujours si doucement, je pressai le bouton vert.
La musique semblait se rapprocher. Il ne se produisit rien d’autre. J’ouvris lentement les yeux. Le restaurant, Marla, Gédéon et tout le reste avaient disparu. J’étais assis sous un grand chêne. À quelque cinquante pas de moi un joueur de cornemuse solitaire jouait au coucher du soleil. L’air mélancolique se répercutait au travers des collines et des bois, je compris alors que je visitais une ancienne patrie.
La paix qui m’entourait alors était indescriptible. J’absorbais chaque variation de la musique par toutes les cellules de mon corps. Le temps semblait s’être arrêté, pris entre un voyageur curieux et un village Écossais d’antan. Quand la musique s’arrêta, je restai assis là, sans bouger pendant un bon moment.
Le joueur de cornemuse me regarda, me dit en souriant : « Ils vont bientôt vous attendre. Allons-y. » Et il se retourna et joua tout en marchant lentement vers le village. Je l’ai suivi à distance jusqu’à ce que, du haut de la colline suivante, j’aperçoive les feux du village. Un groupe de personnes se tenaient là anxieux comme s’il m’attendait. Aussitôt qu’ils me virent, ils ont accouru. A ce moment, le son de la cornemuse avait cessé.
« Vous l’avez trouvé, hein Charlie ? » Demanda au joueur de cornemuse une personne du groupe. Je regardais fixement et je me sentais calmement impliqué dans la scène. Une partie de moi se sentait si à l’aise qu’il me semblait appartenir à cet endroit. Une autre partie avait l’impression de regarder un vieux film se déroulant doucement sur mon écran mental.
« Oui. Au bon moment et à la bonne place. Juste comme on nous l’avait dit », répondit Charlie.
Pour la première fois depuis mon arrivée ici je pris la parole en m’adressant directement à Charlie. « Charlie, cette musique était merveilleuse. Qui est en charge ici ? »
Un couple âgé sortit du petit groupe, et tous les deux me saluèrent et l’homme prit la parole.
« Mon chef ! Bienvenue pour votre retour. Ma femme et moi sommes présentement en charge. Nous savions que vous reviendriez. Vous resterez avec nous ce soir, j’espère. »
Je me demandais pourquoi il s’adressa à moi en m’appelant « Mon chef, » mais j’ai pensé que ça devait être une vieille coutume Écossaise. C’était comme si j’avais déjà fait ça.
« Il semble qu’il y a une certaine urgence ici, dis-je. Pourquoi êtes-vous si inquiet, Donald ? » Je connaissais son nom sans même savoir comment.
« Mon seigneur, répondit-il, il y a un enfant au village qui est très malade. Vous êtes venu ici pour le guérir. »
« Je suis… ? Oh, évidemment, je le suis », dis-je avec étonnement, mais sans vouloir montrer mon ignorance.
Je n’étais pas réellement certain de me rappeler avoir donné quelque médicament à un enfant malade dans ce village, mais cela ne me préoccupait pas. Le vieil homme m’amena à une petite maison de l’autre côté du village. Les autres suivaient lentement. En entrant dans la maison, on me conduisit auprès d’un garçon couché sur un lit, recouvert d’un épais édredon. Une femme, que je supposais être la mère, était assise sur une vieille chaise en bois près de lui et lui tenait tendrement la main. Donald resta à l’arrière-plan quand je me suis approché. Elle se leva de sa chaise, saisit ma main et me supplia les yeux en larmes : « Vous devez l’aider, monsieur. La fièvre est très élevée. »
« Alex sera beaucoup mieux demain matin », dis-je en essayant de la réconforter. Encore une fois, je connaissais son nom sans vraiment savoir comment.
« Oh, merci, mon bon monsieur. Dieu vous bénisse. »
« Que Dieu nous bénisse tous. » Repris-je. M’adressant à Alex, je continuai, «vous allez bien dormir cette nuit, Alex. La fièvre va disparaître au cours de la nuit. Je vous ai apporté quelque chose. » Je me sentais un peu embarrassé quand, pour une raison inexplicable, je mis la main dans ma poche et en retirai une petite bouteille. C’était un de ces petits contenants qui servent pour une prescription pharmaceutique. Je ne me rappelais pas l’avoir apportée, mais encore semble-t-il, je savais qu’elle était là. Je sortis deux de ces petites pilules blanches dans le creux de ma main.
Je les tendis à la mère d’Alex, en disant : « Donnez-les lui avec un verre d’eau. Voici le reste. Assurez-vous qu’il les prend deux à la fois, trois fois par jour, jusqu’à épuisement. Il va reprendre ses forces très bientôt. »
Elle suivit mes instructions, et finalement, Alex s’endormit paisiblement. Je me tournai alors vers Donald et lui dit : « Mon travail ici est terminé. Je resterai jusqu’au matin, si ça ne vous fait rien. »
Il m’amena de la maison d’Alex à sa propre maison qui dominait la mer. Il y avait de l’excitation dans sa voix lorsqu’il me dit : « Mon chef, restez jusqu’à demain. Le repos va vous faire du bien. Vos appartements sont déjà préparés. »
« Je pense que j’aimerais ça, Donald. Etes-vous certain que je ne vous cause aucun trouble ? »
« Aucun trouble, je vous assure. Tous les villageois, y compris moi-même, nous oublierons ce qui a eu lieu ce soir. C’est ainsi que c’est supposé se passer. Mais le petit Alex – le petit Alex s’en rappellera, et en vieillissant, ça ressemblerait à un rêve pour lui. »
« Qui est Alex, de toute façon ? » demandai-je. « Je pensais le connaître ou l’avoir déjà vu quelque part. »
Nous étions là sur le perron, le vieil homme et moi. Il me regardait avec, dans ses yeux, cette sagesse qui vient avec l’âge et me dit calmement : « Alex, c’est celui qui, dans les années qui viennent, fera une découverte qui assurera sa renommée. Il va changer le cours de la médecine en donnant au monde ce qui sera connu comme la pénicilline. Ce petit garçon, mon seigneur, sera connu un jour en tant que Sir Alexander Fleming. Il gagnera le Prix Nobel de médecine. »
Je restai là muet d’étonnement. Même si je savais que je voulais venir dans ce petit village, je pensais que ce ne serait que pour un divertissement. Je ne pouvais pas croire qu’il y avait un autre but, pourtant, c’était si bon d’avoir été capable de donner à Alex un médicament dont il avait tant besoin.
« Ces pilules », continua Donald, « sont des tablettes de pénicilline que vous avez apportées avec vous pour aider à guérir la personne qui éventuellement découvrirait la pénicilline. »
« N’est-ce pas étrange, Donald ? N’est-ce pas mystérieux que j’aie apporté la substance qu’il allait découvrir, de sorte qu’il a pu vivre pour la découvrir ? »
« Pas étrange du tout, mon chef », reprit Donald. « Pas étrange si vous réalisez que nous pouvons changer notre futur en travaillant avec le passé. Ou influencer notre passé en travaillant sur le présent, et créer ainsi un futur complètement nouveau. Les passés et les futurs sont tous des constructions de l’esprit humain quand il habite un corps physique. »
« Comment connaissez-vous tant de choses, Don ? Et pourquoi m’appelez-vous toujours ‘Chef ’ ? » Demandai-je.
« Pour répondre d’abord à la deuxième partie de votre question, monsieur, vous êtes mon chef. Nous avons travaillé ensemble auparavant. Vous m’avez tellement aidé dans mon évolution spirituelle que je vous en serai toujours reconnaissant. Nous appartenons à la même famille, si je me permets d’être si hardi. J’ai choisi de rester dans ce petit village et de faire ici mes dons. La plupart des autres villageois l’ignorent. Charlie, le joueur de cornemuse, le sait et Duncan aussi. Mon boulot terrestre consiste à bâtir des villages, à aider les gens ordinaires dans leurs problèmes quotidiens, et de temps en temps, d’aider dans la production d’un Sir Alexander Fleming et, j’espère, de croître et d’atteindre les étoiles en même temps.
« Vous voyez, mon chef, vous m’avez toujours aidé à aider les autres. Comme moi, aussi, vous ne vous souvenez pas des choses que vous faites dans d’autres dimensions. Vous pouvez ne pas vous souvenir de l’époque où nous avons réuni, de toutes les parties de la Terre, cent mille lumières brillantes et rayonnantes. C’était dans un temps de grand trouble et il y avait des guerres et des rumeurs de guerres. Nous sommes venus ensemble et avons parlé d’amour et de compassion. Là, vous avez appris à certains d’entre nous l’amour dont notre Créateur nous entoure et comment notre joie de vivre émane des services que nous rendons aux autres. Vous nous avez montré par exemple que nous sommes tous des lumières rayonnantes et que, pour rayonner davantage, nous devions toujours tendre une main secourable à nos frères et sœurs moins fortunés.
« Vous nous avez expliqué la nature sacrée de toutes les formes de vie, et nous avez enseigné à respecter leurs vies uniques. Nous vous avons observé quand vous avez enduré vos propres épreuves et tribulations et nous avons vu votre combat quand vous languissiez après la paix et la joie. Mais jamais nous ne vous avons vu perdre espoir. Jamais, jamais nous ne vous avons entendu crier ou maudire votre Dieu. Vous êtes tombé. Mais vous vous êtes relevé. Quand les fleuves de la foi devenaient presque à sec, vous avez continué à garder espoir. Bien que nos cœurs souffraient pour vous, vous avez été et vous serez toujours notre inspiration. Ainsi vous voyez que vous êtes mon chef. Quant à la première partie de votre question, je connais beaucoup de choses parce que vous m’avez enseigné beaucoup de choses. »
Nous sommes restés tous les deux tranquilles quelques instants. Le son des vagues sur la plage du village était une musique calmante à mes oreilles. Un vent du nord-est se mit à souffler et caressa mon visage tout en réchauffant mon corps et mon âme. Donald se tenait près de moi et, vu du coin de l’œil, il ne m’apparaissait pas aussi âgé et décrépit que quand je l’ai vu la première fois. Un lien profond se développait entre nous. L’Écossais et moi nous nous plaisions dans la contemplation du seul fait d’exister, de vivre, de la vie elle-même.
« Fleming n’était-il pas né à Loch Field ? » Demandai-je. « Qu’est-ce qu’il fait ici ? »
« Oui, c’est vrai, mais il était en visite. Il va bientôt repartir et alors il va entreprendre le travail qui va le mener à sa plus grande contribution à l’humanité. »
« Un peu plus tard, je vais me permettre une promenade sur la plage, Donald », dis-je. « C’est une nuit claire et confortablement chaude. Regardez », et, en pointant vers le ciel, je poursuivis, « voici Orion, le chasseur, et son chien. Je sens l’appel des étoiles. »
« Je ne vous accompagnerai pas dans votre promenade », dit Donald. « Cependant, pourquoi ne souperions-nous pas d’abord et ensuite vous aurez tout le reste de la soirée à vous. Charlie serait enchanté si vous vous joigniez à nous pour souper chez lui. Il prépare un vrai repas écossais. Vous savez qu’il vit seul maintenant. Après la mort de sa femme il y a quelques années, il ne s’est jamais remarié. Il n’a pas d’enfants ni de parenté par ici, mais il est si heureux de réjouir tout le monde avec sa cornemuse. Je suis sûr qu’il en jouera pour vous, si vous venez. »
« Un souper et de la cornemuse aussi ? Pourquoi pas, Donald ? Comment pourrais-je refuser ? Quand y allons-nous ? »
« Maintenant, si vous voulez », répondit-il.
« Bien, allons passer un bon moment chez Charlie. »
En approchant de la maison de Charlie, un air mélancolique vint nous souhaiter la bienvenue. Nous nous rendîmes à sa porte et frappâmes ; Charlie interrompit sa musique et nous fit entrer.
« Je suis si heureux que vous puissiez venir, dit-il. Je sais combien vous êtes occupé, mais nous n’avions pas l’occasion de vous voir beaucoup ces jours-ci. Comment vont Gédéon et Marla ? »
« Vous les connaissez ? » Demandai-je, surpris.
« Il va de soi, mon seigneur. Ils arrêtent de temps en temps. Nous sommes vraiment honorés quand ils nous visitent. S’il vous plaît, dites-leur de revenir bientôt. »
« Je le leur dirai, soyez certain. Et s’il vous plaît, Charlie, vous et Donald cessez de m’appeler ‘Mon seigneur’ et ‘mon chef’. Ça me met plutôt mal à l’aise. »
« Très bien, mon seigneur », répondit Donald. « Mais nous avons grandi avec l’habitude de nous adresser à vous de cette façon. Ça va prendre quelque temps pour nous habituer. »
Nous avons joui d’un repas cordial. Charlie était aussi bon cuisinier que bon joueur de cornemuse. Après le souper, nous nous sommes relaxés en écoutant les jolis airs, qui sont pour moi un vrai délice. Finalement, je regardai ma montre qui marquait 10 heures 30 p.m. C’est à ce moment que j’ai pensé au contrôle à distance attaché à ma ceinture et que j’étais vêtu différemment des gens de ce temps et de cet endroit. Pourtant, personne, semble-t-il, ne l’avait remarqué. Je me penchai en arrière, fermai les yeux pendant une seconde et je crus avoir entendu la voix de Marla dire : « C’est OK, John, Ils vous voient comme ils sont. Ne vous en faites pas. » Pour un moment j’avais presque oublié où j’étais. Ce voyage trans-dimensionnel pouvait être, en effet, d’un maniement délicat.
« Je dois m’en aller maintenant, mes chers amis ». Dis-je à Donald et à Charlie. « Je désire encore faire cette promenade sur la plage. Je pense savoir comment retrouver mon chemin, aussi, Donald, vous pouvez rester et prolonger votre visite avec Charlie, si vous aimez. »
« C’est ce que je vais faire », dit Donald.
« Vous verrai-je demain matin avant mon départ ? »
« Si c’est ce que vous désirez », fut sa réponse. « Je vous souhaite une bonne nuit. »
Chapitre dix
Des
choses qui frappent dans la nuit.
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L |
e vent dans les feuilles au-dessus de moi me rappela des poèmes que j’avais lus concernant des pays et des climats mystiques, bien que l’endroit où je me trouvais ce soir était en lui-même mystique. Des pensées affluaient à mon esprit, se chevauchaient l’une l’autre en s’efforçant de capter mon attention. Je m’étais concentré si intensément sur le présent que je pouvais à peine me souvenir que je devais souper avec Gédéon et Marla. Le temps apparaît souvent relatif, comme dans les situations de la vie de tous les jours quand ce que vous faites est plaisant et plein de stimulation. Il semble s’accélérer ou se ralentir, même rester suspendu pendant que nous nous immergeons dans les affaires du moment.
Mon esprit retourna au souper, et puis à mes enfants, à ma maison et à mon travail, et je commençais à me sentir mal à l’aise. Demain serait un nouveau jour avec de nouveaux défis, et ici je tuais le temps à passer des heures aux restaurants, aux cornemuses et aux changements trans-dimensionnels. À ma connaissance, c’était un rêve, et chacun connaît les choses étranges qui peuvent arriver en rêve. Peut-être qu’il n’y a pas de telles choses comme le changement de dimension ni de tels endroits comme un Restaurant au Bord de l’Éternité. Qu’est-ce que je faisais ici ? Je sentais que je devais retourner là d’où j’étais venu ou, du moins, je devais me réveiller du rêve.
L’anxiété commençait à m’envahir quand soudainement je me suis rappelé le contrôle attaché à ma ceinture. Je me levai vitement, le pris et regardai les boutons. « Pressez le rouge », avait dit Gédéon, « si vous voulez arrêter ou changer de programme. » Et le bouton blanc, c’était pour appeler Marla. À ce moment, mes mains étaient humides de transpiration. Je n’entendais plus l’océan et ne voyais plus la lune là-haut. Mes pensées continuèrent à courir de plus en plus vite. Ce qui avait commencé comme une merveilleuse soirée de fantaisie devenait rapidement un horrible cauchemar.
J’approchai du bouton rouge et m’arrêtai juste à une fraction de pouce. « Peut-être pas le rouge », pensai-je. « Peut-être le blanc d’abord. Voyons ce qu’il arrive avec le bouton blanc. Presse le bouton blanc. Allons, John, presse le bouton blanc… maintenant ! » Avec beaucoup d’effort, je mis mon doigt sur le bouton blanc. Toute la scène semblait se dérouler lentement. Ça me rappelait ces films à la TV où le héros s’éloigne de la scène du crime. Plus il essaie d’aller vite, plus des obstacles apparaissent pour lui bloquer la route. Mon doigt atteignit finalement le bouton blanc que je pressai. Il cliqua facilement, et je restai là, comme si j’étais suspendu, attendant que quelque chose se produise.
D’abord, rien ne semblait se produire, et puis, sortant du clair de lune, un son arriva de la plage. C’était comme si quelqu’un m’appelait par mon nom. Pour voir un peu mieux je me penchai en avant et remarquai une forme dans une robe blanche flottant au vent, qui s’approchait de moi. Il y avait quelque chose de familier dans cette démarche – longue, gracieuse et ferme. Et puis j’entendis de nouveau la voix de Marla dominant le vent et la mer.
« John », dit-elle. « Vous m’avez appelée. Me voici. »
À ce moment elle arrivait près de moi et, de ses deux bras ouverts, elle m’enveloppa d’une longue étreinte.
« Marla, m’écriai-je, je commençais à m’effrayer de ce qui arrivait. Je commençais à penser que tout cela était du ‘faire-semblant’ et que je n’avais pas le droit d’être ici et que je n’étais pas supposé…»
. « Arrêtez, John », dit-elle en m’interrompant. « Je sais. C’est précisément la raison pour laquelle je voulais que vous ayez accès au bouton blanc sur votre contrôle. J’ai eu l’impression que vous en auriez besoin. »
« Je suis désolé », répondis-je, un peu déprimé. « Je ne voulais pas être la cause de trouble. C’était juste que… C’était, eh bien…. »
« Pas besoin d’explications. » Dit-elle. Et puis elle ajouta : « C’est une magnifique nuit. Marchons au bord de l’eau. Ou bien préféreriez-vous retourner au restaurant maintenant ? »
« J’ai promis de rester jusqu’au matin, à cause de ces deux types, Donald et Charlie. En passant, Donald a dit qu’il vous connaissait vous et Gédéon. »
« Nous nous connaissons tous les uns les autres, John. Toutes les choses sont connectées entre elles. Ceux d’entre nous qui ont les mêmes buts, les mêmes amours, des espoirs et des rêves semblables, ceux d’entre nous qui provenons de la même ‘famille’, nous nous rencontrons assez souvent pour nous connaître très bien les uns les autres. »
.
« Si je dois rester ici jusqu’au matin, qu’est-ce qui arriverait quand je retournerais au restaurant ? Je veux dire, est-ce que Gédéon et Théo seraient partis ? Et mes enfants ? Je ne leur ai pas dit ainsi qu’à la gardienne que je serais parti toute la nuit. »
« Vous vous inquiétez encore de tant de détails, mon ami. » Marla parlait doucement et avec compréhension. « Il n’y a aucun problème avec le temps que vous choisissez, quel qu’il soit, parce qu’aucun temps n’aurait passé à votre retour. Vous avez déjà expérimenté cela avec Gédéon, mais vous avez probablement oublié. »
« Je ne comprends pas encore trop bien ces choses-là. Okay. Je pense que je vais rester ici cette nuit. Dites-moi, cependant, pourquoi je me mets à m’inquiéter autant quand je suis assis sous cet arbre ? »
À ce moment, nous étions arrivés au bord de l’eau. Nous avons continué à marcher le long du rivage pendant un moment avant que Marla réponde.
« Être ici n’est pas différent d’être n’importe où ailleurs, John. Vous êtes sujet aux mêmes pensées et sentiments où que vous alliez et quel que soit le temps. C’est vrai qu’il y a des endroits qui amplifient certaines situations et d’autres qui les diminuent. Mais généralement, vous êtes toujours au contrôle de vos pensées et de vos sentiments. Au début, vous avez négocié les événements d’une façon excellente. Puis, vous avez fait une marche et finalement vous vous êtes assis sous un arbre pour réfléchir à vos pensées et pour profiter de la soirée.
« Au début, ce n’était qu’une pensée fugitive qui est entrée dans votre esprit. C’était facile parce que vous l’avez ignorée. Puis, une autre pensée est arrivée, et cette fois vous l’avez considérée un peu plus soigneusement, si vous voyez ce que je veux dire. Finalement vous vous êtes mis à considérer diverses possibilités, ce faisant, une de vos vieilles connaissances a montré sa face hideuse. C’était ce tyran connu sous la forme du ‘doute’. Il entra dans votre esprit et serait passé inaperçu si vous ne l’aviez pas invitée à rester et à vous tenir compagnie.
« Maintenant, je ne veux pas dire que cela s’est produit de façon littérale. Je veux simplement dire que vous avez laissé vos doutes marcher avec vous. Vous avez oublié les époques de vos triomphes et de vos succès. Vous avez ignoré le fait que vous aviez seulement profité d’une nuit des plus magnifiques, complétée par les cornemuses et votre voyage dans le temps. Vous avez permis à vos doutes de vous questionner sur ce que vous êtes et ce que vous faisiez ici. La seconde où vous avez fait cela, vous avez ouvert la porte à la peur. Quand la peur est entrée, votre perspective a changé. Prêtez bien attention au fait que rien n’avait changé sauf votre manière de regarder les choses. Quand votre perception avait changé, tout votre monde semblait avoir changé aussi.
« Remarquez que la lune semblait disparaître et que vous cessiez d’entendre le son de la mer. C’est quand vous vous êtes approché du bouton blanc. »
« Vous saviez tout ce que je faisais, Marla ? » Demandai-je.
« Évidemment, je savais. Nous vous surveillions étroitement. Aucun mal ne pouvait vous arriver, mais nous étions préoccupés par la manière dont vous vous comporteriez dans un savonnage émotionnel, qui aurait pu vous rendre totalement malheureux. Aussi, je suis contente que vous m’ayez appelée et je suis heureuse d’avoir pu vous aider. »
« Il y a un sens à toutes choses, n’est-ce pas, Marla ? »
« Oui. Il y a quelques exceptions, mais elles sont extrêmement rares. Généralement, il y a un but pour chaque chose. » Répondit-elle.
« Bien, dites-moi, quelle était la leçon à retirer de tout ce que je viens de vivre ? »
« C’est simple. Croyez en celui que vous êtes. Ayez foi en vous et en votre Dieu. Faites confiance à votre guide intérieur. Ne donnez pas de place au doute et à la peur. Il n’y a rien de compliqué du tout. »
« Ça semble si facile, maintenant que vous l’avez expliqué. »
« Un autre problème qu’ont les gens, continua Marla, c’est qu’ils refusent de demander de l’aide, même quand ils savent qu’une aide leur est disponible. Un fol orgueil ou une idée d’indépendance mal comprise les empêchent de demander. Vous avez aussi ce problème, John, mais cette fois vous avez demandé. Vous m’avez finalement appelée. »
« Oui, je me souviens maintenant. L’aide est toujours à notre disposition. Nous n’avons pas été jetés dans le cosmos comme des accidents biologiques. Nous sommes les enfants de notre Créateur avec le pouvoir de changer la création elle-même. Oui, je sais tout cela, mais parfois moi aussi je deviens inquiet et j’oublie. »
« C’est facile d’oublier qui vous êtes. La peur, la frustration, la colère, le doute, la cupidité, l’égoïsme… voilà les raisons qui font oublier. L’amour, la paix, la joie, le calme, la compassion, la solitude… ces sentiments nous aident à nous rappeler ; ils vous aident à renforcer votre unité avec Dieu et valorisent votre existence et votre propre valeur. Les gens sont si occupés à essayer de survivre qu’ils n’ont plus de temps pour vivre. »
Nous avions marché pendant tout ce temps. La tranquillité et la confiance des heures précédentes étaient maintenant revenues. Nous nous sommes arrêtés un moment pour respirer la fraîcheur de l’air marin. La lune était pleine de nouveau, et le bruit des vagues se joignit au bruissement des feuilles pour créer une symphonie plus envoûtante que le chant des sirènes dans le mythe d’Ulysse.
Nous avons changé de direction pour revenir à l’endroit où j’étais assis à l’arrivée de Marla. Je réfléchis sur la soirée que je venais de vivre, tout en regardant Marla. Combien nos mondes étaient différents, pensai-je. Comme elle était parfaite ou si près de la perfection, une âme et un esprit rayonnants dans un corps séduisant. La lumière de la lune se reflétant sur sa chevelure dorée créait des myriades d’étoiles autour de sa tête. Ça prenait peu d’imagination pour réaliser qu’on pouvait aisément tomber amoureux d’une telle vision.
Nous sommes demeurés tranquilles quelque temps, profitant seulement de la vue et des sons qui nous entouraient. La voix de Marla me fit sursauter quand elle prit la parole. « Je ne pourrai jamais comprendre pourquoi les être humains ‘tombent’ toujours amoureux. Comme ce serait beaucoup mieux s’ils pouvaient seulement ‘devenir’ amoureux. »
« Ainsi vous continuez à lire mes pensées, Marla », dis-je avec embarras.
« Je ne fais jamais ça. Il n’est pas permis de violer l’intimité des autres. Seulement, on le fait toujours dans certaines conditions urgentes, et alors seulement pour leur bénéfice », répondit-elle.
« Alors comment êtes-vous arrivée à savoir ce que je pensais ? » Demandai-je.
« Nos pensées se sont unifiées pendant un court instant, ainsi j’étais consciente des préoccupations essentielles de votre esprit. Vous faites cela tout le temps, vous savez. Combien de fois dans les dernières années avez-vous été capable de répondre aux questions des gens avant que les questions ne vous soient posées ? »
« Oui, je sais ce que vous voulez dire », dis-je. Je pensais maintenant à Mardai et aux années que nous avons vécues ensemble. Les souvenirs du passé se mirent à circuler rapidement, à une allure furieuse, dans mon esprit. Mais cette fois, je n’allais pas me laisser dominer par les émotions. J’allais plutôt les dépasser.
« Marla, j’ai toujours senti que vous connaissiez ma femme. Il semble y avoir un lien entre vous deux. »
« Oui, je la connais. Nous nous connaissons l’une l’autre très bien. »
« Savez-vous où elle est maintenant ? Comment elle va et ce qu’elle fait ? » Mes paroles sortaient si rapidement que Marla a dû me ralentir.
« Du calme, John, une chose à la fois. » Elle fit une courte pause, puis continua. « Elle et moi, de même que quelques autres, avons été ensemble depuis le commencement, si vous insistez sur le temps séquentiel. Si vous préférez penser en temps simultané, alors nous sommes toujours ensemble. »
« S’il vous plaît, Marla, ne compliquez pas les choses. Dites-moi seulement où elle est et ce qu’elle fait. »
« Il n’y a pas grand-chose à dire. Son travail avec vous sur le plan physique terrestre était terminé. Si elle était restée plus longtemps, vous n’auriez pas pu continuer à accomplir le travail pour lequel vous êtes venu ici. Elle sentait qu’elle ne pouvait plus vous aider dans votre travail et ainsi, elle partit, sachant que, quand vous auriez terminé les tâches que vous vous étiez imposées, vous la rejoindriez.
« Elle est toujours près de vous, et même ce soir quand vous étiez assis sous le vieil arbre, elle était présente avec vous. Un amour né dans l’éternité dure pendant toute l’éternité. La seule réalité au ciel ou sur terre, la seule chose qui compte, c’est la profondeur et la vérité de notre amour. Son amour pour vous a toujours été vrai et stable. Elle vous aide dans votre travail et dans le quotidien de votre vie. Elle veille sur les enfants et les aide dans leur développement. Elle partage autant votre vie maintenant qu’auparavant. La seule différence est que la présence physique est disparue ; toutefois, le corps spirituel ne peut jamais mourir. Vous ne l’avez jamais perdue. L’amour ne perd jamais. Vous et Mardai êtes liés ensemble par des liens qui traversent l’univers même.
« Continuez votre travail. Il va vous rendre heureux, Il va la rendre heureuse, aussi. Vous avez quelques bons amis, vos enfants, votre santé, votre sens du but à atteindre. Vous avez rassemblé une sagesse considérable durant votre voyage. Employez-la bien. Gédéon et moi sommes ici pour vous aider. Appelez-nous quand vous avez besoin. Mardai comprend, mieux que vous ne le pensez, les situations dans lesquelles vous vous trouvez. Elle vous entend quand vous lui parlez. Elle répond également à vos questions et souvent vous parle directement, mais vous ne l’entendez pas encore clairement. Continuez à pratiquer. »
Marla devint silencieuse. Nous avions couvert un ensemble de questions importantes dans notre conversation. Je savais que le temps approchait rapidement pour elle de retourner auprès de ses amis restés au restaurant. Je n’étais, toutefois, plus inquiet, craintif ou frustré.
« Je devine que vous vous préparez à partir maintenant », dis-je.
« À moins que vous ayez besoin que je reste plus longtemps. »
« Non. Je vous reverrai bientôt, de toute façon. »
« Alors je vais m’en aller », dit-elle. « Il y a beaucoup de choses auxquelles vous voulez réfléchir. » Elle m’embrassa tendrement et me sourit. Nous sommes demeurés là pendant quelques instants avant de me retourner et gagner la maison de Donald. Quand je jetai un coup d’œil en arrière, Marla était partie.
J’entrai sans bruit dans la maison pour ne pas réveiller mon hôte qui dormait. Cette fois, j’étais extrêmement fatigué. Ç’avait été une soirée remplie d’aventures, pleine de divertissements et de leçons. Nous sommes vraiment notre meilleur ami personnel, mais il y a des moments où nous pouvons être aussi notre plus grand ennemi. Un court instant plus tard, je dérivais dans le sommeil.
Le matin suivant, je remerciai Charlie et Donald pour leur chaude hospitalité. Nous avons parlé un moment au sujet de leurs espoirs pour le village, et j’ai promis de les visiter de nouveau un de ces jours. Ces deux-là allaient vraiment me manquer. Tristement, je leur dis au revoir, puis pressai le bouton rouge sur mon contrôle à distance en imaginant Gédéon, Marla et Théo sur mon écran mental. En quelques secondes, j’étais de retour sur ma chaise, assis près d’eux au restaurant. Ils m’apparurent dans la même conversation que lorsque je les avais quittés.
« Bon retour, John, dit Gédéon. Je sais que vous avez fait un excellent voyage. Vous êtes de nouveau le bienvenu. »
Chapitre onze
Un
rêve est un rêve est un…
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P |
endant mon absence, le temps semblait s’être arrêté. J’avais entendu raconter de telles histoires auparavant et j’en avais même expérimenté une fois ou deux, mais chaque fois que ça se reproduit, c’est presque toujours nouveau et excitant. Avant que j’aie pu dire un mot à Gédéon, Théo demanda, « Aimeriez-vous avoir un dessert, John ? »
« Non, merci », répondis-je. J’ai assez de nourriture pour penser. »
« Oui, je comprends, dit-il. Parfois les gens passent tellement de temps à nourrir le corps qu’ils négligent de nourrir l’âme et l’esprit. »
« Bien », repris-je, ne sachant quoi dire d’autre, « c’était certes une soirée intéressante. Je pense que j’aimerais seulement retourner chez moi maintenant. »
Gédéon demanda, « Êtes-vous fatigué ? »
« Pas fatigué, Gédéon. Je veux seulement m’éloigner un moment de cette existence d’un autre monde. Trop prolongée, cette expérience peut provoquer chez quelqu’un une indigestion mentale, vous savez. Peut-être ne suis-je pas prêt à digérer tout ça. Demain matin, je dois retourner dans le monde régulier de tous les jours, répondre au téléphone, travailler, prendre soin des enfants, payer les comptes. »
Gédéon m’interrompit. « Voyons, voyons, ne vous laissez pas entraîner encore dans ça. Vous parlez de travail et de toutes les autres tâches que vous devez affronter comme si c’était des choses horribles à éviter à tout prix. Je vous avais déjà dit que quand votre travail devient agréable, quand vous faites les choses que vous voulez surtout faire, quand vous aidez les autres au lieu de vous-même, alors la récompense vous remplit de joie. En rendant un service vous donnez du vôtre. En donnant du vôtre, le retour est assuré. »
« Bien dit, Gédéon », répondis-je. « Je vais essayer d’être plus compréhensif à mon égard et à l’égard des autres. Je vais essayer de garder cette perspective en toutes choses. » J’espérais changer la direction de sa conversation sans paraître brutal, mais il n’allait pas lâcher si facilement.
« John », dit-il avec une certaine insistance, « ne parlez pas ‘d’essai’. ‘Essayer’ est un des mots les plus négatifs de votre langage. Chaque fois que quelqu’un dit qu’il essaie, cela signifie qu’il ne s’implique pas véritablement. Si vous dites ou pensez ‘essai’ le subconscient sait que vous n’êtes pas sérieux. N’’essayez’ pas, ‘faites’ seulement ou ne ‘faites’ pas. »
« Merci, Gédéon », dis-je, en m’excusant un peu d’avoir oublié ce que je savais.
« Vous êtes le bienvenu, John », fut sa réponse. « Voyez Théo ici. Il a eu des périodes dures et, pourtant, il a persisté à travailler contre de terribles revers. Maintenant, je sais qu’il aime ce qu’il fait. »
« Que faites-vous, Théo ? » demandai-je.
Théo prit une grande respiration, me regarda et répondit : « Je suis dans les arbres, John. »
« Dans les arbres ? » demandai-je avec une drôle d’expression au visage. « Dans les arbres ? Comment faites-vous ça exactement ? »
« Ne soyez pas trop surpris », dit Théo. « Permettez-moi d’expliquer. Votre première source de nourriture sur Terre provient de ces usines que vous appelez ‘arbres’. Pendant des siècles les gens ont systématiquement détruit la végétation sur Terre. La situation est devenue critique. Vos forêts tropicales ont été détruites, vos rivières sont devenues polluées, et en certaines régions, vous ne pouvez plus respirer de l’air pur. Les gens pensent que c’est le problème des autres, mais je vous assure que c’est le devoir de chacun de faire quelque chose à ce sujet. Si vous ne renversez pas bientôt la situation, vos enfants et vos petits-enfants en souffriront. Mon travail consiste à arrêter la destruction de l’environnement de votre planète. Nous sommes nombreux à travailler à ce projet. Parfois, la tâche paraît sans espoir, mais nous continuerons à œuvrer à cette tâche. Nous voyons des signes de changement, même s’ils sont peu nombreux. ».
« Que puis-je faire pour aider ? »
« Beaucoup actuellement, dit-il. Vous et vos enfants vous pouvez planter des arbres dans votre cour, et prendre plus de soin de ceux que vous avez déjà. Si chacun fait cela, vous verrez des changements remarquables. Il y a beaucoup de groupes qui tentent de sauver l’environnement. Apportez votre aide à quelques-uns. Choisissez avec soin les produits que vous employez chez vous. Le papier provient des arbres. Aidez les compagnies à recycler le papier. Apportez vos vieux journaux aux unités de recyclage. Ça peut prendre quelques minutes supplémentaires de votre temps, mais ça aidera considérablement. Chacun peut faire de petites choses pour aider. Et un tas de petites choses s’additionnent pour produire de grands résultats. »
Quant à moi, je me sentais concerné par des problèmes importants que j’affrontais dans la vie, et là Théo me parlait des arbres. Pourtant, ce qu’il disait avait vraiment du sens. Parfois, nous sommes tellement pris par les choses qui nous paraissent importantes que nous oublions celles qui sont vraiment importantes – nos enfants, nos collègues, nos amis, notre Terre.
« Je pense que je vais boire encore du vin », dis-je en prenant la bouteille. J’en ai versé un peu dans mon verre et en ai offert aux autres. C’était certainement le meilleur vin que j’ai jamais goûté.
« Certains de mes amis radicaux sur le plan religieux me disent que j’irai en enfer en buvant de cette boisson, Gédéon.» Je ne faisais qu’un commentaire sans attendre de réponse, mais Gédéon donna son point de vue, de toute façon.
« Vous souvenez-vous de Jésus ? Demanda-t-il. Il aimait le vin. Son tout premier miracle, selon les écritures, consista à changer l’eau en vin. Il était un invité privilégié lors d’un repas à Jérusalem, vous savez. La clé, c’est la modération en toutes choses, John. Une trop grande quantité de n’importe quoi va créer un déséquilibre. Prenez plaisir au vin, n’en abusez pas, ne cherchez pas à l’analyser. »
« Maintenant que vous avez fait mention de Jésus, vous rappelez-vous cette réception à laquelle nous avons participé moi et Marla il y a des années ? J’aimerais répéter l’expérience. Qu’en pensez-vous ? » Demandai-je. « Serait-ce possible ? »
« C’était un très beau rassemblement, dit Marla, mais c’était aussi dans une situation d’espace-temps différente. Vous aviez appris tellement de l’expérience qu’il vous a été possible de passer au travers des années les plus difficiles de votre vie, sans abandonner. Qu’est-ce que vous avez aimé le plus quand vous y étiez, John ? »
J’ai remarqué qu’elle n’avait pas répondu à ma question, mais m’en avait posé une à la place. Ni Marla ni Gédéon n’emploient jamais des mots inutiles. Tout ce qu’ils disent a un sens profond. Chaque question posée a une signification.
« Je ne suis pas réellement certain si c’était un rêve ou si c’était arrivé réellement, Marla. Ça fait tellement longtemps. Je pense que ce n’est pas réellement important, de toute façon. » Je disais cela sans trop penser à mes paroles.
« Reprenez-vous maintenant, John ! Dit Marla. Vous rencontrez Dieu et ce n’est pas important ? Vous avez posé des questions à Jésus, au Bouddha, à Gandhi et aux autres, et vous vous demandez si vous rêviez ou si vous viviez ces événements ? Vous avez conversé avec votre père décédé depuis quelques années, et vous pensez que c’est votre imagination ? Écoutez, John, il y a une ligne extrêmement fine entre la réalité et les rêves. Dans leurs propres dimensions, ils sont vraiment réels. Le truc c’est de savoir quoi est quoi et d’utiliser l’information que vous obtenez de l’un et de l’autre. »
« Eh bien, je suis désolé de paraître buté, Marla », rétorquai-je. « Il y a des fois où la vie peut être extrêmement embêtante. Un jour vous êtes plein d’enthousiasme et tout semble parfait. Le jour suivant vous êtes déprimé et le monde entier semble se tourner contre vous. J’aimerais réellement que Dieu m’explique en quelques phrases simples comment rendre la vie positive. Pourrions-nous arranger une autre rencontre de manière que, une fois pour toutes, on apporte des réponses à mes questions ? »
C’est Gédéon qui répondit cette fois. « Nous pourrions arranger une rencontre entre vous et les personnalités auxquelles vous avez référé. Mais souvenez-vous qu’elles ne peuvent pas changer votre vie. Il n’y a que vous qui pouvez le faire. De tout ce que vous désirez dire d’autre sur la vie, une seule chose est sûre, la vie existe, elle ne fait qu’exister. Pas la mort ni les taxes. Seulement la vie et l’univers. »
« Je suis, semble-t-il, un pauvre invité au souper ce soir, mes amis », dis-je. « Peut-être est-ce seulement parce que je suis fatigué et que j’ai besoin d’un repos. Pouvons-nous partir maintenant ? Nous parlerons de ces sujets une autre fois. »
Théo se leva, nous souhaita une bonne soirée en nous saluant et nous laissa Gédéon, Marla et moi à la table.
« Oui, il est temps pour vous de retourner », dit Marla alors que nous nous préparions à quitter.
« Merci pour cette soirée si agréable, dis-je. J’aurais aimé avoir été de meilleure compagnie. »
« John, arrêtez de vous dévaloriser. Vous l’avez assez fait dans le passé. Nous avons apprécié votre compagnie. Vous ne faites que vous efforcer d’apprendre davantage, à savoir plus et à devenir une meilleure personne. C’est pourquoi vous posez tant de questions. Vous ne pouvez jamais nous ennuyer. Nous vous aimons trop. Allons-y. Quand vous aurez pris une bonne nuit de repos, vous allez vous sentir beaucoup mieux. »
« Merci, Gédéon. S’il vous plaît, permettez que je paie ma part pour le souper. »
« Non, John. C’est sur mon compte de dépenses. Rappelez-vous, nous travaillons pour Les Entreprises G & M, Inc. Le salaire est de qualité et les bénéfices marginaux excellents. »
« Pourquoi ne me décrocheriez-vous pas un travail dans votre compagnie, Gédéon ? Demandai-je. « Je pourrais certainement profiter de ces bénéfices et, j’en suis sûr, j’augmenterais heureusement mon revenu. »
Il eut de nouveau ce clin d’œil dans le regard quand il répondit, « Vous travaillez déjà pour la compagnie, John. En fait, vous, Marla et moi sommes dans le même département. Votre problème c’est que vous pensez que vous travaillez pour tous les autres, même si vous travaillez seulement pour vous et la compagnie. »
« Que voulez-vous dire ? » Demandai-je, mais il n’expliqua pas davantage.
À ce moment nous étions arrivés devant l’édifice. La même limousine y était garée, prête à nous prendre. Quand nous y entrâmes, Marla se pencha et murmura, « Ce fut une soirée très agréable. Nous vous reverrons bientôt. »
Les portes se refermèrent et j’entendis la sonnerie d’un téléphone. Pourquoi quelqu’un appellerait-il maintenant ? Je me sentais extrêmement somnolent et mes yeux ont dû se fermer pendant une seconde. La sonnerie du téléphone continua et je me suis levé. À ma surprise, je me suis retrouvé dans mon lit chez moi, et la sonnerie provenait du téléphone sur ma table de chevet. Je m’étirai pour le prendre, ne sachant pas exactement où j’étais et ce qui se passait.
« Allo », dis-je, en jetant un coup d’œil à ma montre ; il était 7h 11. C’était le matin. « Allo ». Répétai-je.
La voix à l’autre bout répondit : « C’est un appel pour vous réveiller, M.H. Je vous souhaite une bonne journée ! »
Avant que je ne dise quelque chose d’autre, il y eut un déclic et on raccrocha. Je déposai le récepteur et m’assis dans mon lit pour clarifier mon esprit. Je ne reçois pas d’appel pour me réveiller chez moi. Je devais tirer ça au clair. Comment suis-je arrivé ici ? Je me rappelais être parti pour un souper la nuit dernière avec Marla et Gédéon et avoir fait les arrangements pour trouver une gardienne. Le restaurant, Théo, Marla et Gédéon étaient encore tout frais à ma mémoire. Le petit village écossais près de la mer, les cornemuses, Charlie et Donald. Pour le moins, j’étais abasourdi et désorienté.
Pendant que j’essayais de mettre ensemble les pièces du casse-tête, il y eut un fort coup à la porte de ma chambre, et comme ils font parfois, Malika et Jonathan s’y précipitèrent.
« Bonjour, Papa ! » cria Jonathan.
« Nous pensions que tu dormais, dit Malika. Mais quand on a entendu le téléphone, nous avons su que tu devais être réveillé. »
« Bonjour, les enfants », dis-je. » Est-ce que tout est OK ? »
Ils doivent avoir perçu mon air confus alors que j’étais là assis dans mon lit. Malika reprit : « Oui, tout va bien. Qu’est-ce qu’il y a, Papa ? »
« Rien. Avez-vous eu une bonne veillée hier soir ? Vous n’avez pas mené la vie dure à la gardienne, j’espère. »
« La gardienne ? » Demanda-t-elle. « Quelle gardienne ? »
« Celle qui vous a gardés hier soir, dis-je. De quoi je parle, pensez-vous ? »
« Nous n’avons pas eu de gardienne hier soir, Papa. Es-tu sûr que tu es OK ? »
« Peut-être que tu dormais et que le téléphone t’a réveillé au milieu d’un rêve », dit Jonathan.
Je les regardais curieusement et puis je dis : OUI, je dois avoir rêvé. Ça semblait si réel. »
« Parle-nous de ton rêve, Papa », dit Malika.
Ne voulant pas en dire beaucoup, je répondis : « C’était quelque chose au sujet d’une sortie pour aller souper avec des amis pendant qu’une gardienne prenait soin de vous. Les rêves sont parfois ainsi. Ils semblent si réels. »
« Tu étais si fatigué quand tu es rentré du bureau hier, dit Malika, qu’immédiatement après le souper, tu nous a dit que tu avais besoin d’une sieste. Tu as mis ton pyjama et tu t’es endormi. Il était de très bonne heure. Tu as réellement dormi très longtemps. J’espère que tu es reposé maintenant et que tu te sens mieux. »
« Et, Papa », dit Jonathan, « tu avais laissé les lumières allumées. Malika et moi les avons éteintes. »
« Eh bien, je vous remercie. Allez vous laver et je vais descendre pour le déjeuner dans quelques minutes », dis-je.
Je sortis du lit et, au bout de quelques minutes, je descendis pour déjeuner. Les samedis et les dimanches ont toujours été des jours spéciaux pour les enfants et moi. Durant la semaine, ils vont à l’école et moi au bureau. Mais les fins de semaine nous passons le plus de temps possible ensemble. Ils grandissent si vite, et bientôt ils seront partis. Je veux profiter de chaque moment que je passe avec eux. Même s’il peut sembler parfois qu’élever des enfants est 90% de grandes frustrations et 10% de pure joie, je pense que la joie et l’amour le rendent précieux. Comme la plupart des samedis, aujourd’hui nous promettait de l’agrément.
Après le déjeuner, les enfants voulaient aller chez un ami quelque temps. Quand ils furent partis, je montai au deuxième et décidai de mettre de l’ordre dans mes livres tout en écoutant de la musique. Le rêve de la nuit dernière était encore très vivace. Si j’écoutais avec soin, je pouvais encore entendre le son mélancolique des cornemuses et le ressac de l’océan sur le rivage du petit village.
Ne pensant à rien en particulier et à tout en général, je commençais à rejeter mon rêve dans l’arrière-plan de mon esprit quand je remarquai une feuille de papier au pied de mon lit. Le papier provient des arbres, pensais-je tout en me penchant pour le ramasser. Qui était Théo ? Oh, le rêve, évidemment. Eh bien, les rêves sont des rêves et la réalité est la réalité, et ils sont deux segments distincts de la vie. Ainsi allaient mes pensées.
Je jetai un coup d’œil à l’écriture sur la feuille de papier, présumant qu’il appartenait à Jonathan ou à Malika. Là, écrit en belles lettres, étaient les mots, « Souper au Restaurant au Bord de l’Éternité – 7 h p.m. » Je le fixai de nouveau, tout en proie à un profond étonnement. Peut-être que mon rêve n’était pas un rêve après tout.
Chapitre douze
Ceci
passera également
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L |
es jours passèrent sans aucun signe ni communication de Gédéon et de Marla. Ce n’était pas inhabituel, mais je désirais tant discuter de mon rêve avec eux. Était-ce réellement un rêve ? Et si ce n’en était pas un, alors qu’est-ce qui s’est passé en réalité ? Les besognes normales de la vie quotidienne reprirent leur cours, et je m’affairais à faire face aux problèmes habituels qui se présentaient. Des échéances apparaissaient partout. Je n’ai jamais aimé le mot « échéance » (deadline) et fis plusieurs fois des tentatives débiles, pour le changer en « ligne de sauvetage » (lifeline) ». Ça n’avait d’ailleurs aucun sens, aussi je laissai tomber et poursuivis mon travail quotidien. Gédéon, Marla et mon rêve disparurent au fond de ma mémoire.
Ce soir, la noirceur est venue plus tôt que d’habitude. Des nuages sombres, des nuages monstres, venus de l’est couvraient le ciel. Des éclairs et de sourds grondements de tonnerre traversaient les airs. Je me rappelais le puissant dieu Thor criant sa colère foudroyante contre un peuple qui se cachait sous l’emprise de la peur. Et puis vint la pluie. Les météorologues disaient qu’il y aurait de la pluie battante toute la nuit. Les stations de radio et de télévision émettaient des avertissements de soudaines inondations et on parlait même de tornades. C’était pour nous vraiment inhabituel d’avoir des tornades dans notre région.
Malika, Jonathan et moi, assis devant la télévision, regardions les derniers rapports météo. Je n’avais jamais vu une tornade, sauf dans le film Le magicien d’Oz. Je ne désirais pas en voir une maintenant, ni jamais dans la vie réelle. Quelles puissantes forces elles déployaient en se déchaînant à travers le pays et détruisant tout sur leur passage. Notre maison est située en retrait de la route un peu plus haut que les autres dans le voisinage, et nous étions entourés de grands pins et d’autres gros arbres. Je regardai par la fenêtre et observai les arbres qui se balançaient sauvagement sous le vent. La furie de la tempête avait augmenté et devait garder cette force toute la nuit.
Nous nous sommes couchés pleins d’anxiété. Comme toutes choses, pensai-je, celle-ci, aussi, passera. Je tombai endormi en écoutant le hurlement du vent et le bruit de la pluie frappant les vitres des fenêtres. Je me réveillai le lendemain matin vers six heures. C’était comme si toute la maison était secouée. Un peu effrayés par cette commotion, les enfants s’étaient précipités dans ma chambre et regardaient par la fenêtre. Il commençait déjà à faire clair quand je me suis levé pour contempler au dehors une des plus étranges scènes que j’ai jamais contemplée.
La pluie formait comme une nappe d’eau et le vent soufflait avec tant de force que de grands arbres dans la cour du voisin s’étaient déjà fendus en deux. Un grand pin imposant, à pas plus de 30 pieds de ma fenêtre, se balançait aller retour comme un pendule frénétiquement agité.
« Penses-tu qu’il va tomber sur la maison, s’il casse ? » demanda Malika, sa voix me rappelant un danger potentiel.
« Ça se pourrait », dis-je d’un ton aussi calme que possible.
« Ne devrions-nous pas descendre au sous-sol, Papa ? » Demanda Jonathan. Juste comme il parlait, toute l’électricité disparut.
« Oui, nous devrions le faire, Jonathan, mais pas tout de suite. Je pense que tout va bien se passer. » Je parlais dans l’espoir de les rassurer plutôt qu’avec une réelle conviction. Un autre coup de tonnerre fit écho alors que j’entendais une voix dans ma tête qui disait : « S’il en tombe mille à ton côté et dix mille à ta droite, toi, tu ne seras pas atteint. »
Je me répétais ces paroles en me rappelant qu’elles étaient tirées du Livre des Psaumes. Je les notai mentalement pour contrôler la référence. Les mots persistaient quelques secondes de plus, et alors toute la maison frémit sous un autre coup de tonnerre. Je restai bouche bée, comme un témoin frappé d’étonnement devant la puissance de la nature. Un calme soudain descendit sur moi, et je sus avec une grande certitude que tout finirait bien.
Les enfants, cependant, étaient de minute en minute de plus en plus effrayés. Je les caressai et leur dit d’une voix douce : « Allons, maintenant. Il n’y a pas de raison d’avoir peur. Ce n’est qu’une aventure. Profitons-en pendant qu’elle a lieu. » Un peu rassurés, ils se tinrent là pendant un moment apaisant peu à peu leurs frayeurs.
« Nous n’avons pas peur, Papa, dit Jonathan. On ne faisait que s’inquiéter à ton sujet. » Il m’envoya un sourire complice et retourna jouer avec ses avions et ses navettes spatiales. Dans son esprit innocent, il volait au-dessus de la pluie et des tempêtes et menait des batailles contre les ennemis de la galaxie. Malika dit simplement : « Nous allons préparer ton déjeuner aujourd’hui, Papa. »
« Mais il n’y a plus d’électricité », dis-je.
« Elle va revenir bientôt », répondit-elle.
Quand ils quittèrent la chambre et arrivèrent à la cuisine, l’électricité revint. Je pouvais entendre les enfants crier et en même temps remarquer que les arbres se balançaient moins dangereusement qu’auparavant. Même la pluie perdit peu à peu de sa force, et en l’espace de 15 minutes tout semblait redevenu normal. Tout, sauf l’arbre cassé au travers du chemin. J’ai vite enfilé un gilet et sortis pour faire le bilan des dommages. Je m’attendais au pire et je restai là un moment en inspectant les alentours. À l’exception d’une poubelle que le vent avait poussée dans la cour du voisin, il n’y avait aucun dommage.
Pourtant, tout autour de moi
présentait des signes de destruction. Encore une fois ces mots me revinrent à
l’esprit : « S’il en tombe mille à ton côté et dix mille à ta droite,
toi, tu ne seras pas atteint. » Comme c’était réconfortant, pensai-je, et
comme c’était vrai. Et puis il y eut d’autres voix : « Restez
tranquilles et voyez la victoire que Jéhovah va accomplir pour vous aujourd’hui. »
Enfin, le calme complet. C’était des
versets de
Soudain le soleil perça les nuages inondant la région de chaleur et d’espérance. Les oiseaux arrivèrent comme s’ils venaient de nulle part, et dans le lointain émergea un arc-en-ciel qui disparut lentement. Je revins à la maison pour aider les enfants à préparer le déjeuner.
Un peu plus tard dans la journée, je fis un tour de voiture dans le voisinage. Des arbres étaient déracinés, des lignes électriques coupées, et des débris éparpillés un peu partout, mais heureusement, personne ne fut blessé. En quelques jours, la plupart des situations malheureuses furent réparées. Il y eut beaucoup de plaintes, et certains qui avaient subi plus de dommages que les autres regardaient alentour et demandaient : « Pourquoi moi ? » Chaque fois que j’entends quelqu’un dire ça, je me sens tout petit. « Pourquoi moi, Seigneur ? Pourquoi pas l’autre type ? Pourquoi m’avez-vous laissé perdre mon emploi ou ma maison ou n’importe quoi ? Comme nous pouvons être égoïstes parfois. Est-ce moins terrible si cela arrive à quelqu’un d’autre mais plus terrible si ça m’arrive à moi ?
Le point important, conjecturais-je, n’est pas que les choses arrivent à moi ou aux autres, mais que les choses arrivent. Il nous appartient de tirer une leçon de ce qui arrive et de savoir que ça ne continuera pas toujours. La vie est un fleuve en mouvement – un fleuve qui est toujours changeant. Toutes les choses changent et le pauvre d’aujourd’hui pourrait devenir le prince de demain, ou l’indifférence d’aujourd’hui pourrait être le deuil de demain. Même la température est un indicateur de la constance du changement. La nuit dernière et ce matin, des pluies intenses et de fortes rafales de vent ; maintenant, un beau soleil et une douce brise. Il y aura toujours des changements dans le monde, mais quelque chose au-dedans de moi disait qu’une partie de moi – une partie de nous tous – ne change pas et échappe à l’atteinte des tempêtes. Cette partie a été avec nous depuis des temps immémoriaux, et dans nos moments de tranquillité, si nous écoutons avec soin, nous pouvons l’entendre nous parler.
Cette partie de nous qui semble savoir, qui semble si silencieuse et sereine, cette partie de Dieu mise là par notre Créateur est toujours si aimante, toujours si bienveillante et elle est toujours notre conscience et notre guide. D’une certaine façon, je me sens en sécurité et sûr de mon monde en ce moment. Je n’avais pas peur des suites des événements ni même de ses conséquences. J’étais seulement reconnaissant que tout un Nouveau Monde s’ouvrait aussi vite pour moi.
De retour à la maison, la première chose que j’entendis fut la sonnerie du téléphone. Ces jours-ci, je suis peu disposé à répondre, car je préfère de beaucoup que les enfants le fassent. Ce n’est pas que je déteste le téléphone. Il y a une raison beaucoup plus simple. Chaque fois que je réponds au téléphone, c’est habituellement un appel pour un des enfants, généralement l’enfant qui se trouve dans l’endroit le plus reculé de la maison. Les enfants jouent à un jeu étrange. Chacun attend que l’autre réponde et, évidemment, ce n’est jamais pour celui qui répond.
Cette fois, c’était pour moi. Jonathan me tendit le récepteur.
« Allo », dis-je.
« Bonjour, John », dit la voix à l’autre bout. « Je suis désolé de vous déranger chez vous, mais un ami commun n’a donné votre numéro et m’a dit que je pouvais vous appeler. Mon nom est Karman, James Karman. Avez-vous un moment ? »
« Eh bien, oui », répondis-je. « Je pense que oui. »
« Pouvez-vous m’aider ? Mon ami dit que vous êtes toujours prêt à rendre service. Vous voyez, mon fils a perdu son emploi il y a quelques mois. Il est très déprimé et ça me brise le cœur de le voir tant souffrir. Il a une femme et deux enfants. Il s’est cherché un nouvel emploi mais sans succès. Y a-t-il quelque chose que vous pouvez me suggérer pour l’aider ? » Le désespoir dans sa voix était évident. Mais pourquoi m’appelait-il ? Je n’avais aucun moyen d’aider cet homme ou son fils. La peine et le désespoir dans sa voix me rappelaient le temps où j’étais au chevet de ma femme, impuissant à l’aider dans ses souffrances. Peut-être l’ « enfer » regarde-t-il souffrir un être cher sans être capable de lever le petit doigt pour l’aider.
« Je suis très désolé de cette situation, dis-je, mais je ne sais pas s’il y a quelque chose que je puisse faire pour lui trouver un travail. Je ne saurais pas par où commencer. J’ai quitté la vie des affaires depuis des années et j’ai perdu ainsi tous mes contacts. »
« Non, non, John », reprit-il aussitôt. « Je ne voulais pas dire de l’aider à trouver un travail. Je voulais vous demander si vous pouviez lui parler, l’aider à se retrouver lui-même, lui donner quelques conseils pour l’aider à continuer à vivre. D’après ce que m’a dit notre ami commun, vous êtes familier avec ces situations. S’il vous plaît, aidez-le. »
Je ressentais une grande compassion pour cet homme et son fils. Des souvenirs montèrent à mon esprit sur la façon dont mon père voulait m’aider quand je perdais tous mes biens. Je me souvenais comment il avait été incapable de me donner même un peu d’argent pour me permettre de survivre. Mais ce qu’il me donna était de loin plus important que la richesse matérielle. Il me donna le courage et la foi en moi-même. Il m’aida à élargir ma vision des choses. Combien de fois dans le passé j’avais désiré parler à quelqu’un, quelqu’un qui possédait la sagesse et la compassion, qui pouvait proférer le seul mot ou la seule phrase qui garderait vivaces mes espoirs. Et alors arriva Gédéon, qui me rappela que nous sommes tous des parties du tout, tous interconnectés, et que nous devons toujours nous aider les uns les autres, prendre soin les uns des autres, s’aimer les uns les autres.
« James, dis-je, Je vais parler avec votre fils. Demandez-lui de m’appeler aussitôt … »
« Il est ici avec moi, dit James. Et si ça ne vous dérange pas trop, pourriez-vous lui parler maintenant ? »
« OK. Passez-le-moi. Je vais voir ce que je peux faire. À propos, James, qui est cet ami commun qui vous a parlé de moi ? »
« Eh bien », James hésitait, « ce n’est pas réellement un ami intime. En fait, nous nous sommes rencontrés une seule fois. J’étais assis à un bar alors que je me sentais vraiment découragé. Je devais être l’image même de la misère quand cet homme s’est approché. Il jeta un coup d’œil alentour, m’aperçut, vint vers moi et me demanda s’il pouvait se joindre à moi, Nous avons parlé un moment et puis, il m’a suggéré de vous appeler. Il a dit de vous dire que son nom était Gédéon et que vous comprendriez. »
« Certainement, certainement », dis-je. « Gédéon est dans les environs. Il est un de mes vieux amis. » J’en pris note mentalement pour demander à Gédéon pourquoi il distribuait mon numéro de téléphone à chaque étranger qu’il rencontrait. À ce moment, la voix à l’autre bout du téléphone avait changé. Je parlais maintenant avec le fils de James Karman.
« Allo. Mon nom est Jess Karman. Mon père dit que je devrais parler avec vous. » Il était plus nerveux que tous ceux avec qui j’avais parlé depuis bien longtemps. Bien que je fusse un peu ennuyé d’avoir à traiter un problème de quelqu’un d’autre aujourd’hui, une voix continuait à me rappeler que chaque fois que j’aide les autres à régler leurs problèmes, je règle également les miens.
« Jess, dites-moi ce qu’il vous arrive. Je comprends que vous ne travaillez pas, que vous avez perdu votre emploi. » J’essayais d’être le plus compréhensif possible.
Alors Jess se lança dans son histoire : il expliqua comment les choses étaient dures et les compagnies malhonnêtes, combien il avait travaillé péniblement pendant très longtemps, juste pour être remplacé par quelqu’un qui coûtait moins cher à la compagnie. Il parla des souffrances de son épouse et de ses enfants et comment son pauvre père y avait été impliqué. J’écoutai avec beaucoup de sympathie pendant quelque temps. Ce qu’il avait le plus besoin, semblait-il, c’était quelqu’un pour l’écouter et lui prêter attention. Nous avons parlé pendant environ une heure, et je fis ressortir les choses pour lesquelles il devrait être reconnaissant – il avait sa famille, sa santé, sa jeunesse, et s’il pouvait contrôler ses peurs et reprendre confiance, il verrait de nouveau le succès.
« Écoutez, Jess », dis-je en terminant notre conversation. « Ne perdez jamais de vue votre sens du but. Il n’y a que deux choses nécessaires pour le succès dans la vie. L’une est le sens du but et l’autre un brin de folie. Voilà les ingrédients les plus importants dans la recette du succès. Affrontez vos peurs et négociez avec elles. Toute peur résulte de la considération d’une perte. Vous n’avez perdu qu’un emploi. Mais le véritable emploi vous attend. Croyez en votre Dieu et croyez en vous. Les choses travaillent pour vous. Tenez-moi au courant. »
En raccrochant le téléphone, je goûtais un sentiment de satisfaction d’avoir pu passer quelque temps à aider un compagnon de voyage sur le chemin de la vie. C’est en aidant les autres que nous sommes aidés, c’est en donnant que nous recevons, et c’est en aimant que nous sommes aimés.
Chapitre treize
Pourquoi
marcher sur l’eau quand
vous pouvez voler ?
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I |
l y a longtemps, j’ai parcouru les hameaux de pays étrangers, goûtant avec joie des cultures variées et me réchauffant dans l’expérience exaltante d’un voyage international. J’ai menée une vie étrange. Elle m’a transporté au-delà des océans et des continents, à travers les jungles et les plaines et en présence de princes et de pêcheurs, de riches et de pauvres. Je me suis trouvé à plusieurs endroits, j’ai vu et expérimenté beaucoup de choses, mais il y a une seule place que je n’ai pas visitée où réside quelqu’un de différent – non physiquement, j`entends, mais dans un sens plus émotionnel et plus spirituel.
La plupart de nos guerres, la plupart de nos conflits, que ce soit sur une grande échelle, mondiale ou d’une manière quotidienne plus simple, plus ordinaire sont dus tout d’abord à notre tendance à juger les autres. Comme c’était facile pour moi d’exprimer mon indignation personnelle et de m’attacher obstinément à mon point de vue au détriment de tous les autres.
Les gens font des choses pour des raisons si personnelles et si individuelles qu’ils ne comprennent même pas eux-mêmes pourquoi ils le font. Je me suis souvenu de ce chercheur de vérité qui se déshabilla à l’heure du repas pour sauter dans une piscine glaciale. Aussitôt qu’il en sortit, ce qui fut presque instantanément, un spectateur lui demanda pourquoi il avait fait une chose si stupide. Sa réponse, je crois, contient une grande sagesse, il déclara : « Ça me semblait une bonne idée à ce moment ».
Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait parce que ça semblait être une bonne chose à ce moment. Le truc consiste à apprendre de nos erreurs passées, de corriger nos actions présentes et futures, d’évoluer vers un ordre supérieur d’existence et de permettre à la compassion, à l’amour, à la joie et à la compréhension de fleurir. Quand cela se produit, nous devenons plus tolérants envers ceux qui nous entourent. Un nouveau pouvoir naît en nous, et nous trouvons que les circonstances et les événements ne peuvent nous blesser. Sur cette nouvelle prise de conscience, un jour nouveau et lumineux se lève.
Depuis ma première rencontre avec Gédéon, j’ai essayé de vivre une existence qui servirait d’exemple de mise en pratique de plusieurs principes qu’il m’avait enseignés. Il y eut des périodes où je réussissais avec brio, des périodes où toutes choses semblaient fonctionner si bien que je me demandais comment je n’avais jamais su quoi faire en situation de crise. Mais il y eut des périodes, et elles furent nombreuses, où, peu importe ce que je faisais, rien ne fonctionnait. Alors je m’inquiétais et je rageais, pensant tout le temps que l’existence humaine n’a ni sens ni but. Comme je persistais à pratiquer, des changements se produisaient, et de nouveau, les choses qui semblaient impossibles se réglaient d’elles-mêmes de manières trop parfaites pour pouvoir les expliquer. Je devins aussi conscient que chaque fois que je soustrayais mon attention à mes problèmes pour la porter sur ceux des autres, chaque fois que j’essayais d’aider les autres au lieu de m’immerger dans mes propres inquiétudes, les événements prenaient un franc retour vers l’amélioration.
Aujourd’hui, j’étais assis sur mon perron, une douce brise s’éleva et un silence profond s’installa. La température tomba de quelques degrés, mais je restai là, en toute tranquillité, en paix totale, observant les activités de la nature. Demain je veux me rendre à la Grande Cité pour régler des affaires courantes. Visiter la Grande Cité était pour moi une expérience excitante, et mon dernier voyage datait de loin. Je désirais réellement vivre cette nouvelle expérience. Ce ne serait pas un long voyage, une journée seulement – je pars au matin pour revenir tard dans la soirée – un vol de deux heures environ.
Assis là en jouissant de la brise, de la sérénité et de la pensée de la Grande Cité, je me sentais fusionné à mon monde. C’était, à la vérité, une vraie détente. C’était le « bonheur à la tombée du jour. » Les tensions et le stress de la journée m’avaient lâché, comme des aimants qui auraient perdu leur pouvoir. Je buvais l’air frais du soir et restai assis là sans me concentrer sur quelque chose de particulier, mais laissant mon esprit et mon corps ne faire qu’un. Au bout de quelques minutes, je me suis senti si reposé que je décidai d’entrer et de faire mes bagages pour le voyage.
Je passai quelque temps avec les enfants et puis je commençai à me préparer pour le lendemain. Il y avait peu de choses à faire, et puisque demain serait une longue journée, nous nous sommes couchés tôt. Le sommeil est un don. Il calme le cœur troublé et redonne à l’esprit et au corps la force et l’énergie nécessaires pour continuer à vivre un jour à la fois. Je dois avoir bien dormi, car quand je me suis réveillé j’étais complètement reposé et prêt à partir.
J’arrivai à l’aéroport à temps, j’ai vérifié l’heure du vol et suis monté à bord de mon avion. C’était un départ tôt, et je fus agréablement surpris de trouver un siège vacant à côté du mien, bien que, j’en suis certain, la compagnie d’aviation voit cela d’un autre oeil. Non seulement il y avait des sièges vides de chaque côté du mien, mais aussi bien en avant qu’en arrière. Comme c’est confortable, pensai-je, de ne pas se sentir pressé comme des sardines.
Après le départ, j’ai ajusté mon siège et me préparai à jouir de mon voyage aérien. J’ai toujours aimé l’avion. Aussi loin que je me souvienne, j’avais lu des histoires sur l’aviation. À l’âge de 16 ans, j’ai failli partir de la maison pour rejoindre la Royal Air Force en Angleterre. Si j’y ai renoncé c’est uniquement dû à la sagesse de mon père et à la requête compatissante de ma mère. Depuis lors, j’ai maîtrisé quelques leçons de vol, mais je me sens plus confortable en avion commercial Jumbo-jet que dans un petit monomoteur.
Une petite tape sur mon épaule capta mon attention et je me retournai pour apercevoir les visages amicaux de Gédéon et de Marla. Ce fut Gédéon qui parla d’abord.
« Nous pensions que ça ne vous dérangerait pas si nous nous asseyions avec vous, pendant quelques minutes, John. »
« Allez-vous aussi à la Grande Cité ? » Demandai-je.
Gédéon ignora ma question et dit : « Je suis content que vous ayez des sièges libres près de vous. Ça ne vous dérange pas que nous nous asseyions ? »
« Allez, allez, asseyez-vous », dis-je.
« Nous sommes tous les deux en route vers la Grande Cité », dit Marla alors qu’elle et Gédéon prenaient un siège près de moi - l’un à ma droite et l’autre à ma gauche, comme des gardiens armés tenant un prisonnier enchaîné.
« Je ne savais pas que vous deviez prendre cet avion, dis-je. Je ne vous ai pas vus à l’aéroport. J’étais là de bonne heure et je ne vous aurais certainement pas manqués tous les deux. Êtes-vous arrivés en retard ? »
« Nous ne sommes jamais en retard », répondit Gédéon. « Nous sommes arrivés à temps, n’est-ce pas ? »
« Ici ? Dans l’avion ? » Demandai-je.
« Exactement, John », dit-il. « Nous avons su que vous seriez sur ce vol, et puisque nous avons une réunion aux Quartiers Généraux, nous avons pensé vous rejoindre et vous tenir compagnie un moment. C’est toujours agréable de voir un ami. »
« Mais comment êtes-vous entrés dans l’avion ? » Demandai-je.
« Écoutez », dit Marla. « Pourquoi marcher sur l’eau quand vous pouvez voler ? »
« John », dit Gédéon, « il y a d’autres moyens de voyager avec lesquels vous n’êtes pas encore habitué. Nous sommes ici et c’est ce qui est important. Combien de temps restez-vous dans la Grande Cité ? »
« Je reviens ce soir. Combien de temps serez-vous là ? »
« Nous reviendrons ce soir ou demain. Ça n’a pas d’importance. Nous avons une réunion régionale aux Quartiers Généraux. Ça devrait durer quelques heures. Vous vous souvenez de nos Quartiers Généraux, n’est-ce pas ? Vous y êtes allé il y a quelques années. »
« Évidemment, je m’en souviens. Rencontre avec Dieu et tout ça. Est-Il encore dans les environs ?
« Où ailleurs pourrait-Il être ? » Demanda Marla.
« Parfois je me le demande », murmurai-je en moi-même.
« Toujours cynique, n’est-ce pas, John ? » Fit observer Gédéon.
Il continua sans attendre ma réponse. « Auriez-vous un peu de temps libre ? Peut-être que nous pourrions nous rencontrer un petit moment. Vous avez besoin de relaxer un peu. »
« Je serai libre après ma réunion », dis-je.
« Pourquoi ne venez-vous pas avec nous au Quartiers Généraux cette après-midi ? » Demanda Marla. « Notre réunion ne durera pas longtemps, et nous pourrons passer un peu de temps ensemble avant votre retour à l’aéroport. Ça ferait très bien. Qu’en dites-vous, John ? Le Chef sera là, aussi. »
« La dernière fois que j’y suis allé, c’était glorieux et effrayant à la fois, mais j’ai aimé ma visite. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre Dieu, vous savez.»
« Pas tous les jours, mais toutes les heures et toutes les secondes vous rencontrez Dieu. Parfois Il s’inquiète à votre sujet. Il nous a demandé plusieurs fois de vous emmener encore pour une petite visite. Il pense que vous avez besoin de l’inspiration et d’une vision plus précise de la compagnie. ». Marla me regarda et acquiesça de la tête comme si ça expliquait tout.
« Dieu s’inquiète à mon sujet ? » Demandai-je, un peu étonné. « Je ne pensais pas que Dieu s’inquiétait. Les gens seuls s’inquiètent. Et Il s’est informé de moi ? Il doit certainement avoir de bien meilleures choses à faire que de S’intéresser à moi. Nous sommes à peu près six millions sur Terre, vous savez. »
Gédéon reprit la parole : « En disant que Dieu s’inquiète à votre sujet, nous ne voulons pas dire qu’Il est inquiet. Marla veut dire que Dieu S’intéresse à vos progrès sur Terre. Il désire que vous remplissiez votre mission, que vous accomplissiez le but pour lequel vous êtes venu sur Terre. Il s’y intéresse parce qu’Il vous aime et prend soin de vous. Il désire votre réussite. »
« C’est difficile de comprendre qu’un Très-Haut si puissant peut avoir le temps de s’intéresser à de banales professions humaines. Parfois, dans mes périodes les moins illuminées je n’ai jamais compris que Dieu pouvait nous aimer, prendre soin de nous et nous aider. »
« Vous n’êtes pas toujours obligé de comprendre, John », répondit Gédéon. « Il est plus important que vous l’acceptiez. Vous rappelez-vous les Écritures ? Dieu prend soin des passereaux, des lis des champs, de toutes choses. »
« Il me semble, dis-je, que nous avons déjà tenu cette conversation. Elle se termine toujours de la même manière. J’ai amassé certaines choses que j’aimerais demander à Dieu cette fois-ci. »
« Pourquoi ne pas le Lui demander cette après-midi ? Vous allez Le voir. Mais encore là, vous n’aimez pas toujours Ses réponses », dit Gédéon.
« En passant », demandai-je, « pensez-vous réellement que j’ai assez de temps pour visiter vos Quartiers Généraux et prendre ensuite mon avion ? »
Marla et Gédéon éclatèrent ensemble de rire. Je les regardais avec confusion.
Reprenant leur sérieux, ils se regardèrent l’un l’autre et Gédéon dit : « C’est réellement drôle, Marla. Voici un homme qui va rencontrer Dieu cette après-midi. Il parlera directement avec le Très-Haut, le Seigneur de la Création, et il s’inquiète de savoir s’il va ou non manquer son avion. »
Marla se tourna vers moi et dit : « Je suis désolé, John. Gédéon et moi avons été emportés par le côté drôle de la situation. C’est seulement que toute la scène terrestre semble vraiment absurde parfois. Les gens courent à leurs synagogues, à leurs temples ou à leurs églises pour une heure environ et puis se précipitent chez eux, n’ayant pas de temps pour autre chose. Dieu attend patiemment, observant toujours et attendant, essayant toujours d’aider. Mais comment pourrait-Il aider quand personne n’écoute ? Il n’intervient pas dans notre liberté de choix, vous voyez. Nous devons être réceptifs et avoir confiance. Nous devons écouter cette ‘petite voix tranquille’ qui nous parle du plus profond de notre âme. »
Gédéon ajouta, « Vous aurez une autre occasion aujourd’hui de demander à Dieu tout ce que vous aimeriez lui demander. Quant à prendre votre avion ? Ne vous inquiétez pas, aucun problème. Nous vous garantissons que vous serez chez vous avec vos enfants ce soir. »
« Parfois je me questionne sur vous deux », dis-je en guise de commentaire aimable plutôt que d’une critique.
« Nous vous verrons après votre réunion », dit Gédéon.
« Voici, je vais vous donner l’adresse », dis-je en fouillant dans ma poche pour en tirer un stylo et un bout de papier.
« Nous savons où vous serez, John. Nous vous trouverons », dit-il.
Notre conversation continua jusqu’à ce que le capitaine annonce que nous allions bientôt atterrir. De cette altitude la Grande Cité paraissait si paisible qu’on pouvait presque croire qu’elle était endormie. Pourtant, il y règne une activité de ruche à toutes les heures du jour et de la nuit. Dans quelques minutes nous serons au sol.
Gédéon se leva et dit : « Nous devons reprendre nos propres sièges, John. Nous vous verrons plus tard. »
Marla le suivit, me souriant en passant. « À plus tard », dit-elle alors que tous deux gagnaient l’arrière de l’avion.
Ce fut un atterrissage sur un livre avec à peine une vibration quand nous avons touché la piste et qu’on nous amena à la barrière. Quelques minutes plus tard, nous nous préparions à débarquer. Il n’y avait pas lieu de se presser puisque nous étions arrivés à l’heure. J’ai pensé rester à mon siège quelques temps en attendant Marla et Gédéon. À ce moment l’avion s’était presque vidé, mais j’étais sûr qu’ils n’avaient pas pu passer sans que je les voie. Quelques minutes plus tard je me levai et regardai aux alentours : j’étais le seul passager encore dans l’avion.
Marla et Gédéon me l’ont encore fait. Ils ont complètement disparu dans l’air. Pas surpris du tout, j’ai pris mon petit sac de voyage, ajustai ma cravate et sortis de l’avion. Une heure et demie plus tard, j’arrivai à l’hôtel où se tenait ma réunion. Elle durerait à peu près une heure. Après cela, je rencontrerais le Président et le Représentant du Bureau des Entreprises G & M, Inc. !
Chapitre quatorze
L’Ombre
du Tout-Puissant
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T |
out se passa bien, et après avoir traité de quelques questions générales au sujet du décours normale de nos affaires, la réunion prit fin. Je saluai tout le monde et me rendis rapidement à la salle d’attente, puis sortis de l’hôtel. Gédéon était là, appuyé sur un lampadaire. Marla attendait près de lui. Je m’approchai d’eux.
« Marla, Gédéon ! » M’écriai-je dans le bruit de la Cité.
« Salut, John », dit Marla. « Juste en temps. »
« Bien », dit Gédéon. Allons à notre autre rendez-vous. »
« Vous m’avez encore trouvé », dis-je.
« Parfois c’est plus facile de trouver les autres que de se trouver soi-même », répondit Gédéon avec son insondable sourire.
Je les suivis vers un taxi qui attendait, et en quelques minutes nous nous sommes retrouvés devant cet impressionnant édifice sur un côté de la rue. Gédéon paya le tarif, et nous sommes sortis pour passer la porte jusqu’à la salle d’attente. Nous avons pris le premier ascenseur disponible jusqu’au 33e étage. Je me rappelais l’endroit depuis des années antérieures et je fus un peu surpris de voir que rien n’avait changé. Nous sommes entrés dans la salle de réception, où Marla nous a demandé de nous asseoir. Elle alla à la réceptionniste, lui murmura quelque chose à voix basse et vint nous rejoindre.
« Nous serons bientôt en présence du Chef », dit-elle.
C’est seulement alors que tout l’impact de ce que nous étions en train de faire me frappa. Une fois encore, je vais rencontrer Dieu face à face. Une fois encore, je vais avoir l’occasion de lui poser des questions concernant le passé, le présent et le futur. Peut-être voudrait-Il m’expliquer pourquoi nous devons engager des luttes à chaque tournant de la vie. Peut-être même me parlera-t-il de Mardai et pourquoi elle a quitté cette vie-ci à un âge si jeune. Mes pensées couraient sans arrêt quand la voix de Gédéon me ramena au moment présent.
« John », dit-il gentiment et tendrement, « vous êtes un peu nerveux. Calmez-vous. Cette rencontre va vous faire beaucoup de bien. Il n’y a rien à craindre. S’il y a quelque chose, c’est que vous allez partir d’ici plus confiant et plus maître des événements de votre vie. »
« Oui », ajouta Marla. « Posez à Dieu n’importe quelle question que vous désirez. Il ne refuse jamais de répondre, même si parfois, Il ne donne pas d’explications. Ça peut être frustrant, mais c’est ainsi que vous apprendrez. »
« Il y avait longtemps que je voulais Le revoir », dis-je. Il y a tant de choses que je veux savoir et, pourtant, toutes les questions que j’avais je les ai oubliées. C’est ridicule, vous savez. »
Avant que l’un ou l’autre puisse répondre, la réceptionniste vint nous dire : « Vous pouvez y aller maintenant. La salle de réunion habituelle, Gédéon. »
« Merci, Marie », dit Gédéon en se levant. Marla et moi l’avons suivi dans un corridor bien éclairé jusqu’à une porte indiquant « Président et Représentant de la Compagnie ». Gédéon frappa, tourna la poignée et entra. Je suivis derrière Marla. Le bureau était élégant et décoré sans prétention et, si je me souviens bien, il avait le même tapis bleu ciel. Le grand pupitre et les fichiers du bureau, toutefois, n’étaient plus là. Maintenant il ressemblait plus à une salle de séjour qu’à un bureau.
Alors que nous étions là, la porte du côté opposé s’ouvrit et une merveilleuse jeune femme entra, J’ai vu plusieurs femmes magnifiques dans ma vie, mais jamais je n’en avais vu une aussi ravissante que cette créature qui s’approchait de nous. Ce doit être la secrétaire de Dieu ou son assistante, supposais-je. Elle semblait flotter dans la salle avec une grâce que seules possèdent les reines. Sa longue robe irradiait toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et sa chevelure rehaussait la beauté de son visage. Ça doit être la femme la plus exquise de l’univers. Je me sentais tellement ensorcelé par sa beauté, que je la regardais dans une crainte respectueuse.
« Veuillez vous asseoir », dit-elle d’une voix gentille dans un sourire chaleureux. Nous avons tous pris une position confortable, Gédéon et Marla sur le canapé alors que je pris la chaise droite. La femme s’est assise par terre en face de nous. Ça semblait plutôt étrange, puisque qu’il y avait d’autres chaises vides. Personne ne s’est préoccupé de nous présenter, mais j’ai présumé que c’était par inadvertance. Je remarquai que Marla et Gédéon me regardaient avec ce qu’on pourrait charitablement appeler un air amusé. Quant à moi, je ne voyais rien de drôle dans la situation.
« Eh bien, John », dit Gédéon. « Qu’est-ce que vous pensez ?»
« Ce que je pense ? Je ne pense à rien en fait. Pourquoi ne me présentez-vous pas à cette magnifique dame ? » Demandai-je.
« Oh, je suis désolée », reprit Marla. « Je pensais que vous la connaissiez. Vous vous êtes rencontrés plusieurs fois déjà et elle vous connaît. John, veuillez rencontrer Dieu. »
« Dieu ? » Bégayai-je, en regardant la dame assise paisiblement par terre devant moi. « Dieu ? Vous n’êtes pas Dieu, n’est-ce pas ? »
Sa voix était la musique même quand elle répondit. « Ça doit vous avoir surpris de Me voir dans la forme d’une femme aujourd’hui. Vous êtes tellement habitué à penser à moi en tant que mâle. Je viens justement de visiter une culture où on pense à moi comme Dieu la Mère au lieu de Dieu le Père. Il existe beaucoup de ces cultures, vous savez. Mais si ça peut vous mettre plus à l’aise, vous pouvez me voir comme mâle. Ça ne fait aucune différence pour moi. Je suis mâle, femelle, ni l’un ni l’autre, les deux à la fois, tout ce que vous voulez. Je suis toutes choses. Il ne peut y avoir deux ‘ toutes choses ‘. »
À ce moment Marla et Gédéon s’esclaffèrent. Gédéon s’efforçait le premier à reprendre son sérieux. « Veuillez nous pardonner, John, dit-il. Nous sentions que cette mise en scène s’avérerait intéressante pour vous. C’est Dieu qui l’a suggéré. Parfois, c’est agréable de mettre de l’humour et une perspective un peu différente dans la vie. »
J’étais consterné par ce qui me semblait, de leur part, un manque de respect en présence de Dieu. Dans beaucoup d’églises de Dieu, on n’accordait pas de faveur au rire. Il y a quelques siècles, on vous aurait brûlé au poteau pour une telle conduite. La voix de Dieu interrompit mes pensées.
« John, dit-Elle, la plupart des gens me comprennent mal. Ceci est un univers heureux. Je l’ai créé pour cela. Je désire que toute ma création soit joyeuse. Bien que je sois Dieu, parfois même je ne peux comprendre pourquoi les gens ont si peur de moi. Évidemment, certaines de vos églises ont enseigné à leurs disciples que je suis un être vengeur, et coléreux, que je suis prêt à punir quiconque même pour la plus petite infraction aux règles que je ne me souviens pas d’avoir faites. C’est tout à fait stupide. Allons maintenant, nous avons beaucoup à parler. »
Dieu arrêta de parler et se leva. Je La surveillais très étroitement car ce n’est pas tous les jours qu’on a une telle expérience comme celle-ci. Comme je La regardais fixement, Son corps devint embrouillé et je plissai les yeux pour faire la mise au point. Alors, une fraction de seconde plus tard, Elle se changea en la forme d’un mâle. Je retins mon souffle quelques secondes et, me fis ce raisonnement : je vais me réveiller bientôt et tout cela aurait été un rêve bizarre, pas réel du tout.
« Ceci est réel, John, dit Dieu. Mais c’est aussi un rêve, bien que ce ne soit pas dans le sens où vous l’entendez normalement. Aussi, puisque cette culture pense à moi en tant que mâle, j’ai pris la forme d’un mâle. Et certes, je connais vos pensées. Je connais les pensées de chacun quand je veux les connaître. Vous pensiez aussi que ce n’était pas tous les jours qu’on a une audience avec moi. Eh bien, là vous faites erreur. À chaque jour, à chaque heure, à chaque seconde on peut avoir accès à moi. Je suis dans chaque partie de ma création et chacune de ses parties est en moi. Et concernant cette situation mâle-femelle, ce n’est pas important en réalité. Il y a beaucoup de sujets plus importants à traiter que d’essayer de s’imaginer si je suis mâle ou femelle, noir ou blanc, jaune ou rouge, Chrétien ou Juif, Hindou ou Musulman. Je suis tous ceux-là et plus encore. »
« Alors qu’en est-il du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? » Demandai-je.
« Dans certaines cultures, c’est ainsi qu’on préfère me voir. En d’autres, c’est la Mère, la Fille et le Saint-Esprit. En d’autres encore, c’est le Créateur, le Préservateur et le Destructeur. Qu’en est-il du Créateur, de l’Enfant et du Tout de l’Esprit ? Ça n’a pas d’importance. Dieu est Un, mais chaque forme de vie me perçoit différemment, Venez, allons visiter un de mes endroits favoris. »
Soudain, la salle disparut et nous nous sommes retrouvés au sommet d’une très haute montagne. Je regardai tout autour et je vis l’océan au loin. Les eaux étaient d’une douce teinte bleu-vert. « Oui, John », dit Dieu, « vous pouvez appeler ceci une expérience de sommet. Vous n’avez pas besoin d’escalader la montagne pour me voir. Vous montez sur les montagnes pour vous trouver. Restez près de moi et vos difficultés cessent de prendre les proportions d’une montagne. »
Je savais qu’Il essayait de m’enseigner quelque chose de très important, mais je n’étais pas sûr de quoi il s’agissait. Ça ne faisait rien, de toute façon, car j’étais si heureux d’être avec Lui ou Elle. On ressent une paix qui dépasse toute description chaque fois qu’on est avec Dieu. Il y a un bonheur qui dépasse toute imagination quand vous êtes en présence du Tout-Puissant. Peut-être est-ce cela que le Psalmiste voulait dire par ces mots : « Celui qui demeure dans le lieu secret du Très-Haut habitera à l’Ombre du Tout-Puissant ».
Nous sommes restés là longtemps tout en jouissant du vent, du soleil, de la vue panoramique. Personne ne dit mot. Un nuage ou deux passèrent et sur ce haut sommet de la montagne on pouvait entendre le chant des petits oiseaux qui voltigeaient parmi les branches des arbres toujours verts. Dieu se tenait près de moi et je Lui jetai un regard du coin de l’œil. Ses cheveux paraissaient blonds, mais en regardant de plus près, j’ai vu qu’ils étaient un peu plus sombres. Il portait un gilet et des « jeans » bleus qui étaient délavés à certains endroits. Je regardai de nouveau Ses cheveux et cette fois ils paraissaient gris. C’était la chose la plus étrange, Ses cheveux changeant de couleur comme ça.
« Si ça vous dérange, John, je vais les laisser de la même couleur », proposa Dieu avec sollicitude.
« Ce n’est pas les cheveux, dis-je. Je pensais juste que c’est paisible d’être avec Vous, quelle béatitude apporte l’expérience d’être en Votre présence. »
« Vous devriez faire cette expérience tous les jours, répondit-Il. Vous devriez donner le ton à votre journée entière en vous rappelant de telles expériences quand vous vous réveillez le matin. Certaines personnes appellent cela une prière, d’autres la considèrent comme une méditation ou une contemplation. Je suis toujours aussi près de vous que vos pensées. Pensez à moi et vous êtes instantanément relié à moi. Voilà comment Je suis près de vous. Et rappelez-vous, vous ne me voyez jamais comme Je suis, vous me voyez toujours comme vous êtes. »
« Vous voulez dire que Vous n’êtes pas comme Vous paraissez être maintenant ? » J’étais un peu mêlé.
« Ce n’est qu’une des nombreuses façons pour moi d’apparaître. Ce que je veux dire c’est que la grande partie de l’humanité pense à moi de certaines façons et croient que Je suis ce qu’ils pensent. Prenez certaines anciennes civilisations, par exemple, Ils croyaient que J’étais un Dieu jaloux, coléreux, vengeur qui existait seulement pour être adoré et craint, Et comme ils croyaient, ainsi en était-il. »
« Ce que vous dites, Seigneur, est le contraire de tout ce qu’on nous a enseigné », dis-je.
« Croyez-vous toujours tout ce qu’on vous a enseigné, John ? » Demanda-t-Il.
Marla et Gédéon nous écoutaient en silence. Dieu leva sa main gauche en faisant un grand cercle. « Regardez, dit-Il, regardez toute cette beauté. La Terre est vraiment spéciale pour moi. Tous mes mondes sont spéciaux, mais j’ai un coin sensible dans mon cœur pour la Terre. Vous devriez vous réjouir davantage de sa beauté. Passez plus de temps avec ses rivières, ses lacs, ses montagnes et ses forêts. C’est plus facile pour nous de converser dans des endroits comme celui-ci. Prenez soin de votre environnement. Ne pensez pas que si vous la polluez, elle sera détruite. Non, elle va vous détruire, plutôt. On ne peut se séparer du tout. »
Aussitôt qu’il arrêta de parler, la scène tout entière autour de nous trembla et disparut. Dans une fraction de seconde nous fûmes de retour dans les bureaux des Entreprises G & M, Inc. Il semblait que nous ne les avions jamais quittés. Nous étions même assis dans la même position qu’avant. C’était certes excitant d’être avec Dieu – étrange, mais excitant.
« Seigneur, dis-je, j’ai attendu pendant ces nombreuses années pour Vous poser des questions d’une très grande importance pour moi. Puis, quand je suis en Votre présence, les questions ne semblent pas tellement importantes. Toutes choses semblent très bien quand je suis près de vous. »
« Alors pourquoi ne pratiquez-vous pas à vous tenir près de moi plus souvent ? » Pourquoi ne pouvez-vous pas être près de moi chaque fois que vous le désirez ? » Dit-Il.
« Je ne suis pas allé à l’église depuis un bon bout de temps, Seigneur. Je manque habituellement quelques dimanches chaque mois. Je pense que je vais y aller plus souvent maintenant. »
« Moi-même, je n’y suis pas allé récemment, dit-Il. Je pense que je vais arrêter dans quelques-unes pour voir ce qu’ils font ».
Je suis presque tombé en bas de ma
chaise. Je pensai que peut-être je ne l’avais pas bien entendu. Mais je suis
resté tranquille alors qu’Il continuait. « Ce n’est pas que je n’aime pas
certains aspects de l’église. La musique est habituellement bonne et j’aime le
chant. Mais Pensez-y, John, siècle après siècle entendre les mêmes choses. Des
prêcheurs criant de leur chaire la condamnation et les ténèbres. Des assemblées
menacées d’arguments ridicules à mon endroit et dans mes intentions. Chaque
groupe, secte ou dénomination affirmant connaître la bonne voie. Imaginez
d’écouter ce qui est appelé ‘
« Le point que je veux faire ressortir est que même si les rituels ont leur place, ce qui est plus important est ce qu’on fait l’un pour l’autre, comment nous nous aimons et nous nous aidons les uns les autres. Je ne prends pas autant de plaisir à l’encens ou à l’adoration, qu’aux gens, aux animaux, aux arbres et aux autres aspects de ma création. Quand l’intention est de rendre service aux habitants de votre monde, alors vous trouverez vraiment votre paix. Seulement alors vous arriverez à vous connaître vous-même et, ce faisant, à me connaître mieux. » Sa voix finit dans un murmure alors qu’Il se tournait vers Gédéon et Marla pour leur dire, « Il est temps de ramener John chez lui. »
« Mais, Seigneur », arguai-je, « J’ai encore tant de questions. Ne pouvons-nous pas… ? »
« Je sais. Vous voulez me poser des questions sur Mardai, sur votre père, sur vos enfants, votre travail et tous vos autres problèmes. Je vous rencontrerai de nouveau d’ici peu et nous tirerons ces questions au clair. Mais pour l’instant, vous avez besoin de retourner à votre programme régulier. Vous avez un avion à prendre et vos enfants vous attendent. Marla et Gédéon vous ramèneront à l’aéroport. »
Dieu s’approcha et passa Son bras sur mon épaule en me conduisant vers la porte. Gédéon et Marla suivaient derrière nous. « N’oubliez pas maintenant, John », dit Dieu, « de pratiquer seulement à vous mettre en présence de Dieu. Trouvez cette place secrète où les troubles de votre monde ne peuvent vous atteindre. Et, oui », ajouta-t-Il comme une arrière-pensée, « Celui qui demeure dans le lieu secret du Très-Haut habitera à l’Ombre du Tout-Puissant. J’aurai une gâterie spéciale pour vous bientôt. Vaya con Dios.» Une seconde plus tard, Il était parti.
Marla décida de rester aux
Entreprises G & M pour un moment, mais promit de me téléphoner bientôt.
Gédéon et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée, puis un taxi
pour nous rendre directement à l’aéroport. Nous n’avons pas beaucoup parlé, je
crois qu’il voulait que j’assimile le plus possible ce qui était arrivé
aujourd’hui. En me donnant une tape dans le dos, il me salua et me promit de me
contacter. Quelques heures plus tard, j’avais laissé
Chapitre quinze
Colorer
mon grenier en vert
|
J |
’ai passé la semaine suivante à me mettre à flot dans tous les petits travaux que j’avais laissés en suspens. Le souvenir de ma visite chez Dieu était frais à mon esprit, et j’ai même fait plus d’efforts pour pratiquer à me mettre en Sa présence. Je regrettais de ne pas pouvoir obtenir une information précise sur Mardai, mais je me consolais à la pensée que j’en découvrirais davantage bientôt.
Samedi arriva et j’ai commencé à éprouver une forte excitation intérieure. En y réfléchissant davantage je ne pouvais pas découvrir pourquoi j’étais si heureux et, pourtant, c’était un sentiment que je ne pouvais nier. Parfois je me sens malheureux quand apparemment je suis heureux sans aucune raison, sauf que je constate rationnellement qu’il n’y a rien qui justifie cela. C’est seulement récemment que j’ai réalisé que vous n’avez pas besoin d’une raison pour être heureux. Au milieu de mes réflexions, le téléphone sonna. Je le pris et dis « Allo ».
« Salut, John, c’est Gédéon, »
« Salut, Gédéon. Vous m’avez manqué, vous et Marla », dis-je.
Comme d’habitude, il alla droit au but. « Aujourd’hui, vous aurez une visite du Tout-Puissant. Vous rappelez-vous notre dernière rencontre quand Il vous a promis une gâterie ? Eh bien, c’est aujourd’hui. »
« Arrêtez, arrêtez, Gédéon ! » Beuglai-je. « Redîtes cela depuis le début. De quoi s’agit-il ? »
Gédéon fit une longue pause, puis dit : « Dieu vient chez vous aujourd’hui. Marla et moi l’accompagnerons, évidemment. »
« Dieu vient me voir ? Pourquoi ferait-il ça ? »
« Vous êtes venu Le voir, n’est-ce pas ? Pourquoi ne viendrait-Il pas vous voir ? Après tout, vous essayez de vous rapprocher de Lui, n’est-ce pas ? »
« Oui, je sais, mais tout cela sonne si étrange. Dieu vient chez moi ? Je ne peux pas le croire ! »
« Vous vous demandez probablement ce que les voisins vont penser. Eh bien, ne vous laissez pas déranger par ça. Il visite leurs maisons également, mais la plupart d’entre eux ne Le voient jamais ou ne reconnaissent pas Sa présence. Avec toutes leurs préoccupations sur l’entretien de la cour, sur le nettoyage, la cuisine, le lavage et, évidemment, les enfants, qui a du temps pour Dieu ? »
« Je vois que vous essayez d’être drôle, Gédéon », dis-je. « J’aurai toujours du temps pour Dieu. C’est un honneur d’avoir sa visite. En passant, que voulez-vous dire - Dieu visite la maison des voisins, aussi ? »
« Il visite toutes les maisons, mais ce n’est pas toutes qui le voient. Il parle à tous, mais ce n’est pas tous qui L’entendent. Il a visité votre maison si souvent que c’est presque comme s’Il y vivait. Il vit également dans les maisons de vos voisins, dans les maisons de chaque ville et village. Il vit partout, John. »
« S’Il vit ici, pourquoi, alors fait-Il une visite ? Cessez de parler en énigmes, Gédéon, et veuillez répondre avec des phrases simples », demandai-je.
« Je ne plaisantais pas », répondit-il d’un ton de voix plus sérieux. « J’essayais simplement de vous faire réfléchir. La simplicité de la chose, c’est que Dieu est partout, mais ce n’est pas tout le monde qui est conscient de Sa présence. Plus tard, aujourd’hui, Il vous visitera d’une façon qui vous rappellera toujours Sa proximité. Il semble que vous devez toujours voir pour croire, mais je vous dis, croyez et vous verrez. »
« Alors je fais mieux d’être occupé et de couper la pelouse et de redresser le …»
Il ne me laissa pas terminer. « Non, non. Il n’est pas besoin de préparation spéciale. Vous ne devez pas faire quelque chose en dehors de l’ordinaire. Dieu vous voit toujours comme vous êtes et comme vous pouvez être. »
« Au moins », dis-je, « je devrais préparer quelques gâteaux et un bon café. »
Le rire de Gédéon résonna dans le téléphone. « Je suis sûr que le café et les pâtisseries sont en tête sur la liste des intérêts prioritaires de Dieu », dit-il. « Allons, John, oubliez ces choses, vous n’avez qu’à attendre la visite de Dieu cet après-midi, aux environs, disons, de quatre heures. Est-ce que cette heure vous convient ? »
« Quelle que soit l’heure à laquelle Dieu veut me visiter, elle me convient très bien », répondis-je nerveusement. « Mais, Gédéon, qu’en est-il des enfants ? Seront-ils capables de Le rencontrer, aussi ? »
« Les enfants rencontrent Dieu plus souvent que le font les adultes. Les vôtres le voient tous les jours. Mais aujourd’hui ils ne seront pas capables de Le voir ici. Sa principale affaire est avec vous. Marla et moi avons fait quelques arrangements pour Malika et Jonathan. Ils passeront tous les deux la nuit à la maison de leurs amis. »
« J’aurai à leur parler à ce sujet. »
« Les arrangements ont déjà été faits, aussi, ne vous inquiétez pas, allez simplement à votre travail comme si rien ne devait arriver », dit-il.
« Comme si rien ne devait arriver ? Oh certes ! Dieu vient chez moi et vous me dîtes de faire mon travail comme si rien ne devait arriver ? »
Il m’interrompit encore. « Il me semble que vous manquez l’affaire, John. Dieu a toujours été chez vous aussi, pourquoi vous faire tant de tracas ? La seule différence c’est que cette fois, vous serez conscient de Sa présence. Votre maison ou les Quartiers Généraux des Entreprises G & M, quelle différence cela fait-il ? »
« Je serai prêt, Gédéon », dis-je
« À plus tard, mon ami », répondit-il et il raccrocha.
Avant que je puisse reprendre mes esprits, les enfants entrèrent, Ils avaient joué à l’extérieur pendant la dernière heure et, puisque c’était près du dîner, j’ai présumé qu’ils avaient faim.
« Tu lui demandes, Malika », dit Jonathan d’une voix cajoleuse avec un grand sourire espiègle.
« Papa, dit Malika, nous permettrais-tu, à Jonathan et à moi, de rester chez Lisa ce soir ? Le frère de Lisa, Marc, regardera un film avec Jonathan. Ils seront vraiment tranquilles, Papa. Lisa et moi les surveillerons. S’il te plaît, Papa, pouvons-nous y passer la nuit, s’il te plaît ? »
Ils paraissaient tous les deux très excités. « Quand avez-vous eu cette idée ? » Demandai-je. « Vous ne m’avez pas demandé la permission avant. »
« Marc et Lisa viennent juste de nous le demander il y a quelques minutes. Ils ont dit que leurs parents étaient d’accord », répondit Jonathan.
Naturellement, je le leur ai permis et immédiatement j’appelai les parents de Marc et de Lisa pour confirmer ces arrangements. Aux alentours de 3 heures p.m., Malika et Jonathan préparèrent leurs petits sacs de nuit et allèrent à la porte voisine pour passer la soirée avec leurs amis. Je suis resté seul pour trouver la bonne façon de recevoir Dieu. C’était insensé.
Je traînai dans la maison pendant un moment, ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Je suis sorti en pensant que je devrais poser à Dieu des questions pratiques au lieu de toutes les folles questions mondaines que j’avais tendance à proposer quand j’étais avec Lui. Ce serait pour moi une opportunité en or. Cette fois je ne pourrais pas obtenir des réponses qui paraissent trop vagues ou trop compliquées. Peut-être qu’il marchera dans la cour avec moi, peut-être me donnera-t-il des suggestions pour faire fleurir le mimosa. Je sais, j’ai largement souri, je Le questionnerai au sujet du tuyau qui fuit au sous-sol et en même temps avoir son opinion sur le projet d’asphalter ou non mon chemin.
Plus je pensais à cela, plus je réalisais les nombreuses choses au sujet desquelles j’aimerais que Dieu m’aide. Évidemment, il y a ces deux pneus usés sur la voiture. Je me demande si je devrais les remplacer maintenant ou les garder pendant encore quelques mois ou plus. Puis il y a aussi la question d’envoyer les enfants en vacances chez leurs grands-parents. Cela devrait-il se faire tôt à l’été ou plus tard, de préférence quelques semaines avant le début de la nouvelle année scolaire ? Je ne devrais pas oublier la chambre au grenier. Sûrement que Dieu serait d’accord que je la peinture. Mais quelle couleur devrais-je employer ? Peut-être verte, ou peut-être jaune ou bleue. Aucun problème – Dieu m’aidera à prendre toutes ces décisions.
Et ainsi en allait-il, chaque question devenant plus insignifiante et égocentrique que la précédente. Ça ne m’a pris que quelques minutes pour réaliser que j’étais tombé dans une vieille, mais insignifiante, habitude. Dans un sourire embarrassé, j’ai découvert que je n’avais pas à questionner Dieu pour mon arbre mimosa. L’information était tout à fait accessible à la pépinière ou à la bibliothèque, et un appel téléphonique ou une visite m’enseignerait tout ce que j’ai besoin de savoir. Notre plombier local pourrait me conseiller concernant le tuyau du sous-sol, et ça ne demande pas beaucoup de sens commun pour se figurer que le mécanicien local pourrait contrôler les pneus. Quant à la semaine des enfants avec les grands-parents, pourquoi n’aurais-je pas juste à appeler ces derniers pour savoir quelle semaine serait le mieux ?
Il est intéressant de constater comment nous pouvons résoudre plusieurs de nos problèmes en réalisant seulement que nous possédons déjà la plupart des informations dont nous avons besoin. Imaginez que vous questionnez Dieu concernant la couleur de peinture que je pourrais utiliser dans mon grenier ! La chose suivante que je voudrais vérifier aurait probablement été si Dieu préfère que je demande une coupe de cheveux cette semaine ou la suivante. Comme je réfléchissais sur ces choses dans mon esprit, il devint clair pour moi que n’importe quelle couleur que je choisirais pour la chambre du grenier serait la bonne. Si je préférais le bleu, alors le bleu serait excellent. Si le vert me rend heureux, alors je devrais peinturer mon grenier en vert. Il dépendait de moi de décider sur les coupes de cheveux, des pneus et de telles autres matières.
Je revins lentement à la maison, en pensant comment nous comptons sur Dieu pour résoudre tant de problèmes, alors que nous avons tout ce qu’il faut pour les régler. Il me semblait qu’il était plus simple de faire tout notre possible concernant le problème et de laisser Dieu faire le reste. Le Créateur nous a déjà fourni les outils dont nous avons besoin pour vivre. Tout ce que nous avons à faire c’est de nous efforcer de les trouver et de les employer proprement.
Il approchait quatre heures et Dieu arriverait bientôt. Je commençais à essayer de penser aux questions que je lui poserais. Comment aurais-je oublié de penser à lui demander de l’aide pour la vieille Madame Jones, dont le mari est décédé récemment ? Et oui, j’aurais dû considérer d’apporter une assistance à cette famille qui a tout perdu dans l’incendie de leur maison l’autre jour. Je devrais définitivement solliciter l’aide de Dieu pour ceux qui sont dans un plus grand besoin que moi-même. A côté de leurs problèmes, les miens paraissent si insignifiants. Cependant, cette fois, je vais aussi le questionner sur Mardai et sa vie.
Avec ces pensées, je pris le pot à café, préparai une nouvelle infusion et m’assis à la table de cuisine pour attendre l’arrivée de Dieu.
Chapitre seize
Je
peux voir clair maintenant
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e n’étais assis que depuis quelques minutes quand la clochette de la porte sonna. Je me levai promptement de ma chaise, courus à la porte principale que je tirai brusquement. J’étais si anxieux de revoir Dieu, mais Il n’était pas là. C’était Gédéon, de bonne humeur comme d’habitude. Même Marla n’était pas là.
« Entrez, Gédéon », dis-je. « Je suis heureux de vous voir, mais où est Dieu et où est Marla ? »
« Marla est rendue sur le perron arrière. Elle a dit que c’était un si beau jour et que vous n’auriez pas objection à ce que nous nous asseyions tous sur le perron et admirions avec joie les dons de la nature tout en conversant. »
« Ça va pour moi », répondis-je. « Mais où est Dieu ? Il est presque quatre heures. »
« Dieu n’est jamais en retard », dit Gédéon et au moment où il parlait, le téléphone sonna.
« Allez, Gédéon, versez-vous une tasse de café. Versez m’en une aussi, s’il vous plaît. Je vais en terminer avec le téléphone en quelques secondes, »
En prenant le récepteur, je dis « Allo » et entendis un voisin me demander si je pouvais lui prêter ma perceuse électrique. Tout d’abord, je ressentis un ennui évident pour cet appel, car je désirais que rien ne vienne retarder mon rendez-vous avec Dieu. Puis, je réalisai que c’était aussi important de faire quelque chose pour aider les autres. Il y en a trop parmi nous qui, lorsque nous entendons quelqu’un demander de l’aide, avons tendance à former un comité pour en discuter plutôt que de faire positivement quelque chose dans les circonstances.
« Certainement, dis-je. Elle est dans le garage sur le grand banc ; servez-vous. Prenez-la quand vous voudrez. La porte est ouverte. Veuillez m’excuser, j’ai de la visite et je dois y aller maintenant. Bonne journée. »
Je revins à Gédéon, qui me dit : « Sortons et allons nous asseoir avec Marla sur le perron. »
« OK. Je vais lui apporter une tasse de café », repris-je.
« Elle préfère de l’eau, John, Je vais lui en apporter un verre. »
Quelques moments plus tard, nous étions assis avec Marla sur le perron. J’attendais l’arrivée de Dieu d’un moment à l’autre.
« Allo, John », dit Marla en me saluant. « C’est un magnifique environnement pour Le rencontrer. »
« Ça l’est sûrement », répondis-je, « mais où est-Il, Marla ? C’est supposé être le jour, n’est-ce pas ? »
« Oui, c’est aujourd’hui et le temps est exact, » Alors, se tournant vers Gédéon, elle dit : « Pourquoi ne commencez-vous pas à lui expliquer, Gédéon ? »
« Détendez-vous, John », dit Gédéon. « J’ai quelques choses à vous dire. »
« Je le savais ! Je le savais ! » M’écriai-je alors que la déception m’envahissait. « Quelque chose me dit qu’Il ne viendra pas. » Je laissai échapper un soupir de résignation. Marla et Gédéon ne dirent rien pendant un court instant. Finalement, Gédéon prit une autre gorgée de café, se pencha en arrière sur sa chaise et commença à parler.
« Écoutez attentivement, John », dit-il. Dieu ne vous a pas déçu. Dieu ne déçoit jamais personne. Vous rappelez-vous que je vous ai dit plus tôt que Dieu n’est jamais en retard ? Il est venu. Il est ici, mais Il a choisi de le faire d’une manière différente de la façon que vous L’avez vu récemment. Il veut que vous réalisiez que vous n’avez pas à aller à la Grande Cité pour Le voir, qu’Il est toujours avec vous et qu’un rendez-vous n’est pas nécessaire. Il est ici et avec vous en ce moment, mais vous ne pouvez pas le voir comme vous pouvez le ressentir.»
« Alors, où est-Il, Gédéon ? » Ma voix était encore chargée de déception.
Ce fut Marla qui parla ensuite. « Écoutez, John, pourrez-vous nous faire confiance un petit moment encore ? »
« Évidemment, Marla. Vous savez que je vous ai toujours fait confiance à vous et à Gédéon – ou du moins, presque toujours. »
« Bien, alors », dit-elle en montrant les arbres, « regardez autour de vous, regardez tout autour de vous et faites le calme en vous, un vrai calme. Arrêtez ces pensées qui se bousculent sans arrêt en vous. Maintenant écoutez ce que votre cœur vous dit et vous commencerez à voir Dieu. ».
Elle paraissait si intéressée, si soucieuse, et sa voix était si douce que je m’assis en silence pendant un moment en regardant les bois. Lentement d’abord et puis totalement impliqué, mon corps commença à se détendre. Un sentiment de paix intérieure m’enveloppa et je souris à Gédéon. J’ai même fait un clin d’œil à Marla.
« C’est bon », murmurai-je. « Je sais où Il est. »
« Je pense que nous avons enfin réussi avec lui, Gédéon », annonça Marla avec fierté.
« Je le pense aussi », répondit Gédéon.
« Oui, mes chers amis », dis-je, « Dieu est bien ici avec moi. Il est dans mon cœur, dans mon propre esprit et dans mon âme. Je n’ai pas à aller quelque part pour le trouver. Tout ce que je dois faire, c’est d’être tranquille et je peux l’entendre me parler. Maintenant je comprends ce que vous vouliez dire quand vous disiez que Dieu est toujours ici, qu’Il visite ma maison, qu’Il ne me quitte jamais. Au début, je le savais avec ma tête, mais maintenant je le sais avec mon cœur. Veuillez me pardonner de ne pas l’avoir vu plus tôt. Je me demande seulement pourquoi ça m’a pris tant de temps. »
« Il n’y a rien à pardonner, John », dit Gédéon. « Chacun d’entre nous trouve éventuellement notre Dieu. Pour certains, ça se produit rapidement, mais pour d’autres ça peut prendre plus de temps. Vous avez réellement bien manoeuvré, John. »
Gédéon fouilla dans la poche intérieure de son gilet et en sortit une enveloppe. Il me la tendit en disant : « Cette lettre est pour vous, John. Dieu voulait que je vous la donne personnellement. »
Je pris la lettre et murmurai un reconnaissant « Merci ». Sur une enveloppe bleue étaient écrits les mots suivants : « À John avec amour - Ouvrez immédiatement ». C’était signé « D ». J’ouvris soigneusement l’enveloppe et sortis son contenu. Je regardai Gédéon, qui me dit : « Lisez-la maintenant, John. Lisez-la tout haut, si vous le désirez. Nous étions présents quand Il l’a écrite. »
Je me penchai en arrière sur ma chaise, en m’installant plus confortablement et en commençai la lecture.
« Cher John Bien-aimé… vous vous attendiez à ce que je vous visite dans la même forme physique que lorsque vous m’avez vu dernièrement. Cette fois, j’ai choisi de ne pas le faire de cette manière, mais de vous montrer que je suis avec vous toujours et en différentes formes et façons. Au début, vous avez été déçu que je ne sois pas arrivé avec Gédéon et Marla. En fait, j’étais ici avant qu’ils n’arrivent. J’étais toujours ici, même avant la Terre, l’univers ou toutes choses.
« Quelqu’un un jour vous a dit que je ne suis pas comme un être humain, que je n’ai pas de bras, de jambes, un visage et autres caractéristiques humaines. Jusqu’à un certain point, c’est vrai car je suis tout ce que je veux être. Je suis la somme totale de toutes choses. Je suis Tout Ce Qui Est. Si je choisis d’être une force invisible ou un champ d’interaction, alors, c’est ce que Je Suis. Quand je choisis d’être dans une forme humaine, Je Suis cela aussi. Parfois il vous est difficile de me concevoir juste comme une force bienveillante. Quand ces moments se présentent, il est préférable pour vous de me voir ou de me penser en termes humains. Ça vous aidera à vous rapprocher de moi. Ça vous apportera plus de réconfort et de force, et en croissant en sagesse et en compréhension, vous trouverez que vous n’avez plus besoin de me voir ou de référer à moi dans une forme, structure ou grandeur particulières. Vous découvrirez alors que vous et moi avons toujours été ensemble. Que nous sommes des parties inséparables l’un de l’autre.
« J’étais intrigué et content de vos réflexions sur la vie quand vous rôdiez dans votre cour cette après-midi. Vous n’avez pas besoin de moi pour vous dire de quelle couleur peinturer une chambre ou quel habit revêtir pour une rencontre. Ce sont des décisions que la plupart de mes enfants peuvent faire sans beaucoup de difficulté. Tout ce dont vous avez besoin c’est de pratiquer à être toujours conscient de moi. Oui, j’ai beaucoup d’enfants. Ils sont nombreux comme vous sur Terre, tous uniquement différents les uns des autres. Il y en a d’autres dans les galaxies lointaines et dans les univers alternatifs d’espace-temps. Chacun est cher à mes yeux.
« À travers l’histoire de votre Terre il y eut certains groupes qui m’ont revendiqué comme leur propriété. Ils ont traité les autres groupes de ‘païens’ ou ‘d’incroyants ’ et même entreprirent d’horribles guerres pour me protéger contre ceux qui ne croyaient pas en moi. Vous rappelez-vous les croisades avec le Roi Richard contre Saladin et ses disciples musulmans ? Les deux côtés combattaient pour moi ; les deux chefs voulaient sauver la Sainte Cité pour moi. Voyez comme c’était ridicule. Je suis Dieu et n’ai pas besoin que quelqu’un me sauve ou me protège. Je fais pour cela un excellent travail moi-même.
« Même en celui-ci, en votre 20e siècle, il y a tellement de religions, tellement de dénominations, tellement de différences, chacun croyant qu’il a trouvé le seul vrai Dieu. Je vous ai dit déjà qu’il n’y a qu’un seul Dieu et Je Suis Lui ou Elle ou Cela. Oui, j’ai beaucoup d’enfants sur Terre avec des noms tels que Catholiques, Protestants, Fondamentalistes, Juifs, Hindous, Musulmans, Agnostiques etc. Même si certains d’entre eux ne croient pas en moi, je crois en eux et prends soin d’eux de façon équitable.
« Est-ce qu’un père ou une mère aimerait un enfant et détesterait l’autre ? Les parents désirent que l’enfant réalise tout son potentiel et qu’il soit heureux et qu’il réussisse. Voilà ce que je désire pour tous mes enfants.
« À ce point de ma lettre, vous désirez probablement et espérez que je dise quelque chose au sujet de votre bien-aimée Mardai. Il y a encore beaucoup de choses que vous ne comprenez pas. Est-ce qu’un professeur enseigne l’algèbre avancée à un étudiant de 3e année ? Non. En évoluant et en apprenant, vous deviendrez capable de comprendre la beauté du Plan Éternel. Mais je vais vous dire ceci. Mardai est heureuse dans son nouveau travail. Elle est une beauté aussi rayonnante et gracieuse que lorsqu’elle était avec vous dans une forme physique. À cause des mondes différents que vous habitez tous les deux, vous ne pouvez la voir ni l’entendre comme vous étiez habitué de le faire. Il existe cependant un endroit commun pour vous rencontrer, et exactement comme vous m’avez trouvé dans votre cœur, là vous la trouverez, aussi. Elle se félicite de vos progrès et elle se tient près de vous. Vous la reverrez quand votre travail sur Terre sera terminé. Retenez ceci, que les liens qui vous unissent tous les deux traversent l’éternité même.
« Parlez-lui dans vos moments de quiétude, même comme vous me parlez. Elle va entendre et vous répondre. Ne vous inquiétez pas tant au sujet des enfants. Ils reçoivent beaucoup d’aide de nous. Enseignez-leur les choses que vous avez apprises et ils seront bien préparés pour remplir leurs missions dans la vie.
« Aimez-vous les uns les autres. Pardonnez à ceux qui vous ont blessés et qui ont essayé de vous abuser. Écartez toute forme de ressentiment que vous pouvez nourrir envers les autres. Pardonnez aux autres non pas parce qu’ils le méritent, mais parce que vous le méritez. Aidez-vous les uns les autres, réconfortez et bénissez-vous les uns les autres et, par-dessus tout, consacrez un peu de temps chaque jour à essayer d’être conscient de ma présence avec vous. Avec la pratique, vous trouverez que vous vous rapprochez de plus en plus de moi. En vous rapprochant, vous allez remarquer que vous devenez plus heureux et plus efficace dans votre travail ici sur Terre.
« Je ne dis pas que vous n’aurez jamais de problèmes ni que vous ne ferez plus l’expérience de la peine ou d’une ruine apparente. Tout ce que je dis, c’est que même si le chemin est dur, vous triompherez. Il y aura des périodes difficiles mais pas aussi nombreuses qu’elles ont été. Il y aura des insuccès. Mais les insuccès sont seulement des insuccès parce que vous ne voyez pas l’image dans son entier ; ils constituent actuellement des tremplins vers le succès. Des périodes difficiles pourraient aussi être des périodes glorieuses.
« Vous devez maintenant continuer votre travail. À l’intérieur de vous il y a une connaissance de votre but sur Terre. Quand vous êtes mêlé ou frustré, trouvez un endroit calme où vous pouvez vous asseoir et parler avec vous-même. J’ai toujours été et je serai toujours avec vous. Je n’abandonne jamais mes enfants. Faites de ma force votre force et de ma joie votre joie. Vous pouvez voir clairement maintenant. Le brouillard se lève.
« Gédéon et Marla seront tout près chaque fois que vous aurez besoin d’eux. Ils n’accompliront pas des miracles pour vous, mais ils vous aideront et vous montreront comment les accomplir vous-même. Ils sont vos aides ici sur Terre. Restez en contact avec eux. Vous devez tous travailler ensemble pour le bien des vies que vous touchez.
« Maintenant, je suis arrivé à la fin de cette lettre, et vous vous rappellerez toutes ces choses. Nos aventures ne sont pas terminées ; elles ne font que continuer. Même si nous ne pouvons jamais être séparés, vous me percevrez de différentes façons à différents moments. Toujours, Je Suis, Éternellement, Vous êtes. Ensemble, toutes choses sont possibles. Souvenez-vous que je suis toujours avec vous. Mon enfant bien-aimé, je vous ai aimé d’un amour éternel. » À la fin, il était simplement écrit, « Votre Dieu ».
Laissant la lettre, je levai les yeux et observai comme tout était calme et paisible autour de moi. Une brise commença à souffler, d’abord doucement et puis augmentant en intensité. Quand je remis la lettre dans son enveloppe, un coup de vent singulier, plus puissant que les autres, me l’enleva rapidement des mains. En vain, je fis un effort désespéré pour la rattraper, mais il était trop tard. Elle fit des spirales à quelques pieds au-dessus de ma tête, puis flotta de plus en plus haut au-dessus des arbres. Je m’efforçais de l’apercevoir mais elle disparut en même temps de ma vue.
Gédéon et Marla se levèrent. Lui mit ses bras autour de mes épaules pendant qu’elle tenait ma main et dit : « Nous vous aimons, John. Tout est bien. Nous vous reverrons bientôt. » Ils descendirent les marches, me saluant en quittant, et avant que je puisse fermer les yeux, ils étaient partis.
Pendant un moment, je restai assis dans le silence du moment – un moment qui semblait s’étirer dans toute l’éternité.
***
Il y a maintenant en moi une paix qui m’envahit totalement. Il y a aussi le mouvement d’un vent puissant qui souffle dans mon âme, Comme vous, je suis une partie de Tout Ce Qui Est et Tout est une partie de moi. Je sais que mon travail avec Gédéon, Marla et les autres, mes périodes de paix avec Dieu, mon amour pour mes enfants, mon souvenir de Mardai et ma croissance vers un meilleur moi continueront pour toujours. Tout comme votre voyage vers la maison continue ainsi fera le mien. Je sais que je vais voir mes amis et les êtres qui me sont chers encore et encore. Satisfait de cette pensée, je rentrai à la maison et je me suis versé une autre tasse de café.