Prologue
Durant ma
jeunesse, j'étais passionné pour l'observation des oiseaux. Pendant plusieurs
années, j'ai eu la chance de passer mes étés près d'un lac et des forêts de
l'Outaouais où je pouvais observer à loisir la gent ailée. Avec mes compagnons
de séjour dans la Nature, j'ai eu plus d'une occasion de naviguer en canot sur
plusieurs lacs en faisant les portages qui s'imposaient. Toujours animé du
désir de connaître davantage les comportements des oiseaux, je profitais alors
de chaque escale pour explorer les environs à la recherche de l'oiseau
fabuleux. Ne pouvant croquer à la caméra les scènes dont j'étais spectateur,
j'ai résumé dans un poème le fruit de mes observations sur les moeurs de nos
amis ailés.
Moeurs d’oiseaux
Mouette
blanche, légère nacelle,
Quand
tu prends ton envol sur les flots bleus,
Nos canots traînent
un lourd sillage...
Je changerais nos pales dorées pour
tes ailes de neige,
Et
monterais, assumé, dans l'onde invisible.
Le
vieux héron gris aux ailes déployées,
Paisible
voyageur, pèlerin des rivages tranquilles,
Reprend,
intrépide, le flot de brise...
Laissant
dans l'air brumeux une secrète invite...
Mouette
blanche, légère nacelle,
Quand
tu prends ton envol sur les flots bleus,
Nos
canots traînent un lourd sillage...
Malheureux
pinson, ami de ma route,
Comment
pleurer ton sort, quand l'autour rapace,
De
ta joyeuse vie, consomme l'holocauste!
Je
n'entendrai plus désormais tes roulades fleuries,
Qui
me saluaient gaiement au bord du sentier.
Te
voilà, corsaire aérien,
Guettant
l'innocente proie
Pour
en faire ton festin !
Mouette
blanche, légère nacelle,
Je changerais nos pales dorées pour tes ailes de neige,
Et
monterais, assumé, dans l'onde invisible.
Svelte
hirondelle, lente à la marche,
Tu
navigues, allègre, en cette mer subtile,
Dans
le vent qui se gonfle, tes ailes arrondies
Dirigent
ton fragile esquif en d'immenses trajectoires.
Tu
plonges dans le souffle violent,
Frôles
l'onde nerveuse,
Puis
remontes, frappée au flanc
D'une
haleine fiévreuse:
Ouvre
tes ailes, étends ta queue effilée...
Et
monte, monte, monte toujours, courageux volatile,
Dans
la lumière qui t'enivre et t'attire
Loin
du sol fuyant et terne.
Mouette
blanche, légère nacelle,
Quand
tu prends ton envol sur les flots bleus,
Nos canots traînent
un lourd sillage...
Abordage
au campement, les canots se reposent…
J’ai cherché l’oiseau de feu, aux cimes des
arbres,
Mais… rien !
J’ai
parcouru la montagne, dans un espoir brûlant…
Les arbres
m’ont flagellé et les rochers déchiré…
Mais enfin
m’y voilà… lentement,
Le corps
recru de fatigue, mais l’âme souriante,
Je
cherchais des yeux, appelais doucement
La beauté
qui fuyait.
Puis…
Vision soudaine ! Entre deux branches
Je l’ai vu
flamboyant dans le ciel méridien…
Contemplation
savoureuse où mon âme
Reconnaît
son destin !
Quitter la
terre pour les rives montagneuses
Et briller
sans fin dans les vagues du firmament…
Mouette
blanche, légère nacelle,
Je
changerais nos pales dorées
Pour tes ailes
de neige,
Et
monterais, assumé,
Dans
l’onde invisible…
Dans la
vallée, baignée d’eau verte,
La blanche
colombe a posé son nid.
Chaque
été, elle vient y nourrir ses petits.
Quand
seront-ils prêts pour la grande envolée
Au-dessus des
nues, visitant les contrées ?
Toi seule
le sais, chaste voyageuse,
Jaugeant
d’un œil maternel
La
longueur de leurs ailes,
La
blancheur de leurs plumes.
Et puis,
un bon matin,
Tu leur glisseras
à l’oreille
Un mot
plein d’azur,
Et ils
s’envoleront à ta suite, mûrs,
À
l’encontre des horizons frais
Ou des
brouillards pesants.
Mouette
blanche, légère nacelle,
Quand tu
prends ton envol sur les flots bleus,
Nos canots
traînent un long sillage …
Je
changerais nos pâles dorées pour tes ailes de neige,
Et
monterais, assumé,
Dans
l’onde invisible.
Grive
harmonieuse, reine des solitudes,
Quand tu égrènes, au silence
des forêts,
Tes arpèges cristallins
aux trois sommets,
Mon
oreille docile s'efforce en vain
De saisir la dernière à peine audible
Alors je songe à
Qui, dans un chant d'amour trop
sublime
Pour vibrer dans l'air trop lourd de
l'exil,
S'envola un midi d'été
Vers l'éternelle Beauté.
Candides
chardonnerets qui balancez les branches
Comme des fruits nouveaux, prêts pour
la vendange,
Laissez
vos jasettes bénignes pour les plongeons mélodieux
Dans l'azur serein et tiède:
Gaieté
vivante et sans trêve,
Mettez dans nos jours de pluie
l'espoir du soleil,
Dans
nos âmes pesantes, le triomphe de la joie permanente.
Le matin, sous le ciel morne ou le
soir
Un roucoulement familier réveille mon
esprit engourdi:
Le
merle cendré, à la poitrine de feu
Salue
l'aurore, invoque le soleil, clôt sa journée
D'une
même rengaine paisible:
Qui
possède un ami toujours là
Pour bander à nouveau le courage las
Et relancer sur la vie le compagnon
qui trébuche?
Je marcherai longtemps sur la route
poudreuse,
Au sein des bois épais, dans la
montagne ombreuse,
Pour
entendre le message annoncé
Au chant de nos amis ailés.
Je
marcherai longtemps,
Tant
que la terre
Sous
mes pas frémissants et tenaces,
Tournera
son orbe millénaire
Et
qu'usé comme un vêtement
Mon
corps laissera mon âme
S'échapper
des lois planétaires
Pour
contempler la joie plénière.
Marcel
Mercier Juillet-août 1952 - revu et
modifié le 11 juillet 2009.