Éplucher le passé comme un oignon
Le passé se dépose en nous sous la forme d'un grand nombre de couches compliquées.
Votre monde intérieur est plein de relations complexes, car il renferme le passé non seulement comme il est arrivé, mais
aussi sous tous les aspects que vous souhaiteriez lui donner rétrospectivement.
Toutes les choses qui aurait dû se dérouler d'une autre manière se déroulent
d'une autre manière en cet endroit où vous trouvez refuge dans le fantasme,
l'esprit de vengeance, la nostalgie, le chagrin, le regret, le remords et la
culpabilité. Pour vous libérer de ces distractions, vous devez vous rendre
compte qu'il existe un lieu plus profond où tout se passe bien.
DansSiddhârta, Hermann Hesse écrit: « À l'intérieur de toi, il y a un
calme, un sanctuaire dans lequel tu peux te retirer à tout moment et être
toi-même. » Ce sanctuaire est une simple conscience de bien-être, que ne
peut violer le bouleversement des événements. Ce lieu ne ressent aucun
traumatisme et ne conserve aucune blessure. C'est l'espace mental que l'on
cherche à atteindre par la méditation, qui est, je crois, l'une des quêtes les
plus importantes auxquelles il soit possible d'atteindre. Cependant, même si
vous ne méditez pas, vous pouvez accéder à ce havre de paix avec l'exercice
suivant :
Sans vous interrompre pour analyser, écrivez l'affirmation qui suit :
« Je
suis parfait comme je suis. Tout dans ma vie concourt à mon bien ultime. Je
suis aimé et je suis amour. »
Lorsque vous aurez fini, fermez les yeux et laissez toute réaction qui vous vient à l'esprit faire surface; écrivez ensuite les premiers mots auxquels vous avez songé (faites-le directement au-dessous de l'affirmation). Votre première pensée va sans doute contenir une forte résistance, et même de la peur, parce que personne n'a une vie parfaite et qu'il est difficile de croire que toute chose se passe comme elle le devrait. (Réactions typiques : « Sornettes! », « C'est stupide! », « Eh bien, non! » Si votre réaction est empreinte d'une émotion semblable, c'est qu'elle est sincère.
Maintenant,sans vous interrompre, récrivez l'affirmation, fermez les yeux et notez une fois encore les premiers mots qui vous passent par la tête. Ne vous arrêtez pas pour analyser ou vous appesantir sur votre réaction. Effectuez cet exercice jusqu'à ce que vous ayez répété 12 fois l'affirmation et votre réaction. Vous serez étonné de constater à quel point vos réponses se modifient; pour la majorité des gens, la réaction finale s'avérera nettement plus positive que la première. Cet exercice vous permet avant tout de glisser un œil indiscret dans les recoins les plus intimes de votre conscience. La plupart des personnes font preuve d'une résistance maximale à la surface de leur esprit, parce que c'est là qu'interviennent leurs réactions les plus publiques et les plus circonspectes. Votre moi social, celui qui adopte le comportement qu'il est supposé avoir, est superficiel; il a été formé à l'origine dans le but de faire bonne impression et de ne pas révéler trop de choses de vous-même. Ces couches supérieures de votre conscience ne réagiront pas très vigoureusement à une phrase aussi forte que « Je suis amour  de provoquer un accès de colère lié au souvenir tout frais d'une situation où vous n'avez pas eu du tout l'impression d'être aimé. En allant plus profond encore, on aboutit aux couches où se trouvent entreposés les sentiments les plus protégés. Si vous vous sentez fondamentalement incapables de susciter de l'amour, il se pourrait que l'on y rencontre beaucoup de souffrance et de résistance. Pourtant, même sous le conditionnement le plus rigide, il y a une strate de conscience qui approuve sans réserve la phrase « Je suis amour ». La raison pour laquelle vous pouvez aimer et être aimé, c'est que cette couche de votre conscience évoque ce sentiment; c'est à cet endroit précis que vous apprenez à connaître les valeurs humaines les plus profondes. Sans cette connaissance - pas seulement de l'amour, mais aussi de la beauté, de la compassion, de la confiance, de la force et de la vérité -, ces mots n'auraient pas de signification. L'amour fait partie intégrante de la nature humaine. Nous le reconnaissons parce qu'il vibre en nous, et ce malgré le fait qu'il soit très profondément enfoui au-dessous du niveau conscient. Être capable de vivre à partir de ce niveau amène une satisfaction totale, mais cela n'arrive que si vous dissipez les strates de conflits et de contradictions qui constituent votre résistance. Quand vous résistez au flux de la vie, vous vous opposez en fait à votre propre nature intérieure, car chaque événement qui nous arrive est le reflet de ce que nous sommes. Il ne s'agit pas là d'une formulation mystique; c'est une partie de l'appareil de perception. Percevoir signifie saisir le sens de quelque chose. Un roc n'est pas un roc à moins que le concept de roc ne vous soit familier, autrement, cette matière minérale dure sera une donnée sensorielle dénuée de sens, comme si vous aviez sous les yeux un texte écrit en arabe ou en russe et que vous ne connaissiez pas ces langues. Vous devez apprendre une langue étrangère et vous devez apprendre à identifier chaque objet du monde « extérieur », mais vous n'êtes pas obligé d'apprendre à exister. Le fait d'être vient naturellement; avoir un système nerveux, c'est être. La conscience humaine fait partie du tout : vous savez que vous appartenez à l'espèce humaine et non à d'autres espèces. Grâce à cette connaissance surviennent les sentiments primordiaux qui nous font réagir à l'amour, à la confiance, à la compassion et aux autres états essentiels de l'affectivité. Ils sont notre commencement, mais ils sont également ce que nous recherchons, parce que chacun d'entre eux peut évoluer. Vivre à partir du niveau de conscience en disant « Je suis amour » veut dire vivre à partir d'un niveau où l'amour peut croître. Aux premiers stades de l'évolution personnelle, la plupart des gens se posent des questions à propos de ces états essentiels. Ils sont déconcertés et doutent de leur aptitude à susciter l'amour, de leur confiance en eux-mêmes et dans les autres, de leur force de caractère, de leur valeur, etc. Il vous est impossible de connaître la vérité sur ces états en tentant de vous les prouver à vous-même. Vouloir gagner l'amour d'autrui en adoptant un comportement « comme il faut », en se montrant gentil et attentionné, en apprenant toutes les facettes de la séduction en société, et plus encore, est une entreprise vouée à l'échec, parce que, aussitôt que vous cessez de vous conformer à ces schémas appris, l'attitude qui vous reste est le doute, qui est votre point de départ. La fin de la recherche de l'amour est au-delà du comportement parce que l'intelligence, avec le temps, décide de tourner son regard vers l'intérieur et, lorsqu'elle le fait, la recherche se transforme en une quête du moi essentiel, du moi qui sait que « Je suis amour ». Il y a un peu de vérité sur vous-même à chaque niveau de votre conscience mais, après que vous avez enlevé toutes les pelures de l'oignon, il demeure la vérité la plus fondamentale : vous êtes amour, vous êtes compassion, vous êtes beauté. Vous êtes existence et essence. Vous êtes conscience et esprit. Chacune de ces formulations peut être utilisée comme une affirmation qui, ainsi que le mot l'indique, est simplement une façon d'affirmer quelque chose, de dire oui. Cette technique est très efficace pour vous rappeler votre nature mais, plus encore, elle vous remet en mémoire votre objectif, qui est d'aboutir à ce que le « Je suis amour » remonte à la surface de votre conscience et ne reste pas enfoui dans ses entrailles obscures.Dr Deepak Chopra, Esprit éternel et Corps sans âme, pp. 213-217.