Paul Gauguin

Un peintre qui « impressionne » toujours

Autoportrait (1893-1894)                   Portrait de sa fille Aline (1894)

NB. Ce qui suit, sauf la Conclusion, est inspiré de nombreux articles d’Internet consacrés à Gauguin, mais fusionnés et adaptés pour ce texte.

Aventurier et voyageur, Paul GAUGUIN est né à Paris en 1848 dans une famille française de la moyenne bourgeoisie. Il était d'ascendance  hispano-péruvienne noble par sa mère, et sa famille, étiquetée "rouge" (son père travaillait au "National", l'organe du Parti Radical), gagne le Pérou en 1849 pour échapper à la répression du "Parti de l'ordre".

Son père décède lors du voyage, et Paul reviendra à Paris six ans plus tard avec sa mère et sa sœur. De cette petite enfance en exil en Amérique Latine, il gardera toujours le goût du voyage et de l'exotisme.

Paul Gauguin  est un peintre post-impressionniste. Chef de file de l'École de Pont-Aven et inspirateur des Nabis, il est très largement considéré comme peintre français majeur du XIXe siècle. Le mouvement nabi (dont les membres sont les nabis) est un mouvement artistique post-impressionniste d'avant-garde, né à la fin du XIXe siècle en réaction contre la peinture académique et qui perdurera jusqu'au début du XXe siècle. Nabi en hébreu se traduit pas intellectuel.

En marge des Impressionnistes, Gauguin fut sans doute, avec Paul Cézanne et Vincent Van Gogh, le peintre de cette fin de XIXe siècle qui eut le plus d'influence sur les mouvements de peinture du XXe siècle. Ses expérimentations sur la couleur et l'ensemble de son œuvre influencèrent l'évolution de la peinture, notamment le fauvisme.

Durant les années 1874-1886, Paul Gauguin allait se mouvoir dans le sillage du mouvement impressionniste. Cette même année 1886 voit la naissance d'une nouvelle tendance artistique, le Symbolisme, exposée dans le manifeste du poète Jean Moréas. Celle-ci s'oppose à l'Impressionnisme en prônant non la peinture objective de la réalité observée avec ses mille détails visuels, mais la peinture du caractère propre du sujet - ce qu'il symbolise - au moyen de traits essentiels.

Dans cette optique, la recherche de Gauguin allait dans le sens d'une simplification des formes; éliminant les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.

En 1888, il part rejoindre Van Gogh à Arles. Cette visite améliore d'abord l'état de santé de Van Gogh, avant que les deux hommes ne s'opposent sur leur façon de travailler et leurs idées, et ce que Van Gogh devait appeler "la catastrophe" dans la journée du 23 décembre, qui vit Vincent menacer Paul avec un rasoir, avant de se mutiler partiellement l'oreille droite. Gauguin quitte Arles après ce dramatique incident.

Pourtant, l'intensité psychique et spirituelle des toiles de Gauguin de 1889 le marque : le Christ Jaune, le Calvaire breton, la Belle Angèle évoque l'influence de Van Gogh sur Gauguin.

Ce dernier retourne en Bretagne en 1889 et 1890 en compagnie des peintres Meyer de Haan, Sérusier et Filiger. Il se détourne de l'impressionnisme en créant à Pont-Aven une nouvelle école de peinture symboliste, le Synthétisme... 

Son style pictural.

"La couleur qui est vibration de même que la musique", ces mots de Paul Gauguin illustrent bien l'usage si particulier qu'il fait du rose, son amour de plus en plus vif pour l'indigo et le jaune citron, la profondeur de ses ocres rouges, le balancement du vert du suraigu au très grave, ses harmonies sombres, presque sourdes, déchirées par des dissonances. L'envie s'impose d'écouter sonner la peinture dans toute sa puissance. On s'en étonne, on s'en pénètre, on en jouit.

Dans une lettre de 1888 écrite à Émile Schuffenecker, Paul Gauguin lui exprime son credo qui sera l'âme des contestations artistiques à venir : « Un conseil, ne copiez pas trop d'après nature, l'art est une abstraction, tirez là de la nature en rêvant devant, et pensez plus à la création qu'au résultat. C'est le seul moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer ».

« Comment voyez-vous cet arbre ? Écrivait-il encore, Vert? Mettez-donc le plus beau vert de votre palette; et cette ombre? Plutôt bleue? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible », ou encore : « Ne copiez pas trop d'après nature. L'art est une abstraction. » Et encore : « Vous connaissez depuis longtemps ce que j'ai voulu établir : le droit de tout oser. »

En 1891, il décide de renouveler l'expérience des contrées exotiques en fixant son choix, sur Tahiti. Cette île lointaine découverte en 1767, protectorat puis colonie française à partir de 1880, est décrite par Bougainville puis par Pierre Loti, dans son roman autobiographique, "le Mariage de Loti", comme un archétype de l'Éden primitif.

            Or, c'est bien cela que recherche Gauguin : trouver une nature primordiale où cultiver, pour lui-même et pour son art, ce qu'on a appelé son primitivisme, ce "malgré moi de sauvage" comme il l'écrivait à sa femme, ses origines profondes d'Inca du Pérou - comme il se représente désormais dans ses autoportraits.

Autoportrait près du Christ jaune. 1889

1er Séjour en Polynésie 1891-93.

Dans cet "ailleurs", Paul Gauguin fait d'abord œuvre d'ethnologue, selon la demande du gouvernement français. Il manifestait une grande curiosité pour la culture et le culte maori, dont il va utiliser les sujets dans ses tableaux. Il y est aussi fasciné par le charme indolent des beautés locales et peint une Océanie paradisiaque (que l'arrivée des Occidentaux avait déjà pourtant grandement commencée à détruire). Gauguin s'y affranchit avec une liberté et un naturel inégalés de la peinture occidentale par son style primitif et la prodigieuse invasion des couleurs.


« La grâce calme de l'attitude, la noblesse mesurée du geste, la gravité de porteuse d'offrandes de ces Tahitiennes s'expriment par l'admirable cadence des verticales, des horizontales, la douceur des courbes unissant l'instinctive force du primitif à la plus pure tradition de la peinture française. Jamais peut-être Gauguin n'a atteint une maîtrise aussi parfaite de son art pour exprimer cette harmonie particulière, cette " rigidité statuaire " des femmes maories, qui, à défaut de beauté traditionnelle, ont, écrivait-il, " un je ne sais quoi d'ancien, d'auguste, de religieux dans le rythme de leurs gestes, dans leur immobilité rare. Dans des yeux qui rêvent, la surface trouble d'une énigme insondable ". »

Fatata te iti (Près de la mer). 1892.

En juin 1893, Gauguin quitte Tahiti pour la France où il arrivera en août. Il séjournera pour la dernière fois à Pont-Aven.

2ème Séjour 1895-1903, l'adieu définitif à la civilisation.

Il vivra à Papeete (Tahiti) jusqu'au mois de septembre 1901, date à laquelle il part pour les Iles Marquises où il s'installe avec sa vahiné Vaeho Marie-Rose qui donna naissance à une fille Tahiatikaomata en 1902.

Et l’or de leur corps… 1901.

Là-bas, la solitude et la détresse matérielle ne l'empêchèrent pas de réaliser certaines de ses plus belles œuvres où il retranscrit avec concision et intensité sa vision sensuelle et mystique de la vie. En particulier son vaste tableau testament, "D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?" - 1897[1]. C'est la toile la plus grande et la plus ambitieuse de Gauguin En ce mois de décembre 1897, malade, criblé de dettes et très affecté de la Mort de son enfant préféré, sa fille Aline, il y travailla fiévreusement, jour et nuit: il peignait directement sur la toile, sans croquis préparatoires ni modèles. Après son suicide manqué, il part pour les Îles Marquises.

Détail de droite

Détail de gauche

C'est dans sa case baptisée la "maison du jouir" qu'il mourut le 8 mai 1903 à Hiva Oa, une des îles Marquises. Il est enterré dans le cimetière d'Atuona. La tombe de Jacques Brel côtoie la sienne.

Conclusion

            À qui connais la majorité des tableaux de Paul Gauguin, il apparaît clairement qu’aucun de ses personnages ne rit ou n’esquisse un sourire (sauf peut-être le portrait de sa fille Aline). C’est que le monde de ce peintre est rempli de gens sérieux, qu’il s’agisse des femmes Bretonnes de Pont-Aven ou des vahinés de Polynésie. Il semble donc que Gauguin avait une personnalité qui le portait à se questionner sur la vie humaine et qu’il présentait une certaine fragilité intérieure (n’a-t-il pas tenté de se suicider à quelques reprises ?) Il recherchait une vie humaine à la fois sensuelle et mystique, loin de la vie compliquée qu'on menait en France. .

            Cela peut nous faire comprendre son caractère d’aventurier et son goût de l’exotisme, croyant pouvoir trouver dans des pays lointains ce sens à la vie qu’il ne trouvait pas dans la Métropole. Son questionnement intérieur se reflète dans ses nombreux autoportraits qu’il peint sous différents oripeaux et sur le visage de tous ses personnages. L’allure est toujours sérieuse et indique une interrogation. Même ses vahinés en partie ou totalement nues semblent au-dessus de la sexualité : il n’y a pas de pornographie chez Gauguin. La " rigidité statuaire " des femmes maories, à défaut de beauté traditionnelle, a, écrivait-il, " un je ne sais quoi d'ancien, d'auguste, de religieux dans le rythme de leurs gestes, dans leur immobilité rare. Dans des yeux qui rêvent, la surface trouble d'une énigme insondable ".

            Cette interprétation que je fais de l’œuvre de ce peintre me semble corroborée par sa plus grande toile qu’il a peinte avec frénésie, malgré sa maladie et sa solitude, dans les dernières années de sa vie et qui constitue son testament pictural : « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » Voici ce qu'il en dit lui-même :

" J'y ai mis là avant de mourir toute mon énergie, une telle passion douloureuse dans des circonstances terribles et une vision tellement nette, sans corrections, que le hâtif disparaît et que la vie en surgit ". Puis, il explique : " Tout se passe au bord d'un ruisseau sous-bois. Dans le fond, la mer puis les montagnes de l'île voisine. A droite et en. bas un. bébé endormi puis trois femmes accroupies. Deux figures habillées de pourpre se confient leurs réflexions. Une figure énorme volontairement et malgré la perspective, accroupie, lève le bras en l'air et regarde étonnée ces deux personnages qui osent penser à leur destinée. Une figure au milieu cueille un fruit. Deux chats près d'un enfant, une chèvre blanche.

« L'Idole, les deux bras levés mystérieusement et avec rythme, semble indiquer l'au-delà. Une figure accroupie semble écouter l'idole ; puis une vieille près de la mort semble accepter, se résigner à ce qu'elle pense et termine la légende ; à ses pieds un étrange oiseau blanc tenant en sa patte un lézard représente l'inutilité des vaines paroles ".

 



[1] Ce tableau est conservé au Museum of Fine Art de Boston.