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Le Péché originel

 

Vous n’êtes pas sous le coup d’une sentence consécutive à un péché originel. Jane Roberts, L’enseignement de Seth, p. 91.

 

Le mythe du péché originel est traité par Seth d’une manière des plus intéressantes. Son explication, ou mieux son exégèse du récit biblique de la chute est également très éclairante et nous change des explications traditionnelles trop souvent littérales.

 

Il souligne tout d’abord que ce concept du péché originel était « très pauvre, limité et déformé » et que plusieurs personnes perspicaces, n’en recevant aucune aide, ont reconnu « que l’idée de Dieu, avec celles du ciel et de l’enfer des religions organisées, était fausse, injuste et digne des contes de fées enfantins (1). » Il nous invite ensuite à imaginer  toutes les connotations possibles de l’idée du péché originel et les façons dont elles peuvent influencer notre comportement et notre expérience.

 

Ce concept qui existait bien avant le christianisme, fut transmis de diverses manières au cours des âges et des civilisations. « Mais pour la conscience, c’est un mythe qui évoque la naissance de la pensée chez l’espèce et l’émergence de l’autoresponsabilité. Ainsi le moi « fortement personnalisé », sortant du plus profond de l’être « d’où émane toute conscience », pouvait se différencier des objets qu’il percevait, qu’il pouvait juger et apprécier. Différenciation suppose aussi séparation, distance entre le moi et l’objet perçu : d’où l’image de la chute d’un état inconscient où tout était unifié et préordonné dans un état d’indépendance consciente où existent désormais la liberté de choix et la multiplicité.

 

Le mythe du péché originel représente donc la nouvelle conscience qui, issue de l’arbre de vie, se voit unique et séparée ; elle peut donc juger de ses propres fruits et, pour la première fois, se distinguer des autres, comme le serpent qui rampe à la surface de la terre. L’homme voulait devenir une créature indépendante. « De votre point de vue, donc, il se détacha intentionnellement et de manière originale du corps même de la planète. Une partie de lui brûle tout naturellement d’un retour aux sources de la connaissance inconsciente qu’il dut abandonner et où tout lui était donné ; en effet, aucun jugement ni distinction n’étaient nécessaires, car toute responsabilité était organiquement préordonnée (2). »

 

L’homme se considérait comme supérieur au serpent, « symbole de la connaissance inconsciente » ; mais le serpent pouvait tromper et attirer l’homme, même si ce dernier « pouvait symboliquement, lui écraser la tête et croître à partir de sa connaissance. Avec la naissance de la conscience vint la responsabilité consciente des fruits de la planète. » C’est ainsi que l’homme en devint le jardinier. (3) Ces considérations ne sont pas éloignées des explications de Jung sur le moi conscient, l’inconscient et ses archétypes.

 

Le serpent, « symbole de la connaissance profondément inscrite dans la nature humaine », « symbolise aussi un certain dépassement. Ainsi dans l’histoire, c’est Ève et non Adam qui mange la pomme parce que, en tant que femme, elle représente l’élément intuitif de la race qui devait amener cette évolution. Par la suite, l’ego, symbolisé par Adam, pouvait renaître et effectuer la séparation nécessaire. Cela rejoint la bipolarité psychique selon Jung, c’est-à-dire les archétypes anima et animus.  L’arbre de la connaissance offrait effectivement ses fruits – « bons et mauvais »-, car pour la première fois intervenait le libre arbitre et la possibilité de faire des choix (4). » Cette séparation est représentée dans le récit biblique par l’expulsion du Jardin d’Éden, symbole de l’inconscience d’où émane le conscient.

 

Une autre version oubliée de l’histoire enseignait qu’Adam et Ève avaient été créés ensemble, mais qu’en rêve, ils se séparèrent en mâle et femelle. « Selon votre légende, Adam apparut le premier. La création de la femme à partir de l’une de ses côtes symbolise l’émergence essentielle de forces intuitives chez la nouvelle créature, car sans ce développement la race n’aurait pas pu atteindre cette conscience de soi dont vous jouissez (5). »

 

Quant au bien et au mal, ils représentent simplement la possibilité de choix ; « choix d’abord en termes de survie, car antérieurement l’instinct suffisait à assurer le nécessaire. Mais on retrouve un sens plus profond à ces apparentes oppositions, alors que Tout Ce Qui Est sépare semble-t-il des parties de lui-même, étalant Sa toute puissance en de nouveaux modèles de l’être qui se souviennent de leur source et la contemple avec nostalgie, tout en profitant de l’unique individualité dont ils jouissent (6)», résultant de cette « séparation ».

 

            « Le récit de la Chute, de la rébellion des anges et de leur chef Satan – qui devint le démon – tout ceci se réfère au même phénomène à des niveaux différents. Satan représente – dans les termes du récit – la partie de Tout Ce Qui Est, ou Dieu, qui se serait détachée de Lui pour se joindre à Ses créatures, les dotant ainsi du libre arbitre dont elles ne disposaient pas « auparavant ». Edgar Cayce exprime cela comme le « désir de Dieu d’avoir une compagnie. « Et, dans ce dessein, les âmes des hommes et des femmes furent appelées à l’existence, afin que chaque âme puisse devenir compagne/compagnon de Dieu, parfaitement adapté(e) à ce royaume divin (7). »

 

            D’où la majesté et le pouvoir attribués à Satan. On le décrit souvent sous forme animale, montrant ainsi ses caractéristiques terrestres, mais il possédait aussi les qualités intuitives, d’où sortirait la nouvelle conscience humaine. Au niveau purement biologique, avec l’apparition du raisonnement et sa capacité de décision, l’espèce cessa de dépendre totalement de l’instinct ; elle conservait cependant tous ses penchants naturels de survie (8). » Cette idée est sous-jacente, me semble-t-il, dans le conte biblique de Job, où l’on voit Satan, l’Adversaire, discuter avec Yahvé au sujet de l’intégrité de Job (9).

 

            La culture grecque a véhiculé aussi un mythe analogue dans la légende de Prométhée (Cf. Eschyle, Prométhée enchaîné). Ce Titan, ennemi de Jupiter et ami des hommes, est puni par le maître de l’Olympe pour avoir dérobé le feu aux forges de Vulcain pour en faire don aux hommes afin qu’ils puissent évoluer, développer leurs talents et créer des civilisations (10).

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L’état de grâce

 

Vous êtes donc né en état de grâce. […] Vous mourrez en état de grâce. Jane Roberts, La réalité personnelle, T-1, p. 222.

 

 

On définit l’état de grâce comme celui où on se développe sans effort. Il est signe d’une acceptation joyeuse et transparente de notre existence. L’exemple le plus clair et le plus proche de nous, c’est la croissance et le développement de notre corps physique. « Votre corps croît naturellement et facilement depuis sa naissance ; il ne s’attend à aucune résistance, il tient son miraculeux déploiement pour acquis. Il exploite ses capacités avec un immense et gracieux abandon, mais avec une agressivité créatrice (11). »

 

            Seth affirme qu’il est impossible d’ « échapper » à cet état ou de « tomber en dehors ». Mais, nous pouvons l’ignorer, nos croyances peuvent nous en cacher l’existence, cependant nous aurons toujours la grâce : mais alors « vous serez incapable de percevoir votre propre intégrité et votre unicité et vous ne discernerez pas certains autres attributs qui vous sont automatiquement donnés (12). »

 

            Chez les animaux, l’état de grâce est inconscient tout comme la culpabilité naturelle qui lui est tributaire. « L’homme peut cependant s’éloigner de cette grande joie de vivre, justement à cause de l’immense liberté de sa pensée consciente ; il peut l’oublier, ne pas y croire, ou utiliser sa volonté pour en nier l’existence (13). » Et alors émerge avec sa conscience la culpabilité artificielle qui est apparue « au moment où l’homme se mit à jongler avec la culpabilité naturelle, innocente et dissociée de toute idée de punition (14). »

 

            La grâce et la culpabilité naturelle nous sont données pour s’épanouir dans notre conscience éveillée.

Si vous pouviez vous asseoir calmement et prendre conscience que les parties de votre corps se remplacent continuellement, porter attention à cette transformation, vous pourriez alors toucher du doigt votre propre état de grâce. Si vous perceviez cette permutation constante de vos propres pensées, vous pourriez d’ores et déjà pressentir votre propre excellence. Cependant vous ne pouvez à la fois vous sentir coupables et goûter cet état de grâce. Si vous vous dépréciez pour une action de la veille ou d’il y a dix ans, vous n’êtes pas vertueux. Vous êtes vraisemblablement rongé par une culpabilité artificielle. Même s’il y eut violation, la culpabilité naturelle n’entraîne pas de punition. Ella a été voulue comme mesure préventive, un rappel avant l’acte. « Ne recommence plus » est le seul message après coup. (15)

 

            Le sens de la grâce est donc « l’appréciation innée de votre rectitude et de votre place dans l’existence ; c’est la reconnaissance émotionnelle de votre raison d’être et de votre liberté (16). » C’est une illumination qui se produit lorsqu’il y a parfait équilibre entre la conscience et autres niveaux de la psyché et le corps ; « c’est une reconnaissance biologique et spirituelle de l’unicité de l’individu et de sa relation avec l’univers 17). » Si nous l’affirmons et nous y croyons comme à notre réalité profonde, les croyances contraires s’amenuiseront et nous pourrons conserver la vision d’un moi idéal tout en comprenant « les écarts naturels entre celui-ci et la réalité (18). »

 

            Et voici la touche finale de cet exposé sur l’état de grâce : « Lorsque le corps et l’âme travaillent dans la même direction, leur relation est harmonieuse et leurs systèmes d’équilibre respectif vous gardent en état de grâce et en bonne santé (19). » Mais, si l’on se méprend sur la signification des mythes, l’on pourra croire « que l’homme a perdu la grâce et que son humanité même est maudite ; dans ce cas vous ne ferez pas confiance à votre corps ou vous freinerez sa capacité « naturelle » d’autoguérison (20). »

 

            Dans des termes semblables Cayce parle de l’harmonie entre les trois parties de l’être humain : « On considère si rarement que la spiritualité, l’activité mentale et le corps physique, sont UN – bien qu’ils puissent se séparer et fonctionner l’un sans l’autre. Faites-les coopérer, réunissez-les dans leur programme. Et ainsi, vous aurez une plus grande énergie dans vos activités (21)» Puis, parlant des supposées dettes karmiques, tributaires de la culpabilité artificielle, il affirme « qu’avec la Loi de Grâce, elles peuvent se réduire à une simple impulsion intérieure. Et si l’on accorde sa volonté avec la Voie du Christ, on peut par là empêcher le malheur d’arriver ; on peut surmonter les difficultés, et faire les bons choix, ceux qui donnent joie, amour et bonheur pour toute la vie. C’est préférable, plutôt que de choisir la Loi de Cause à Effet, qui oblige à une confrontation de soi-même avec tout, sur le mode le plus dur (22). » On ne peut plus justement expliquer les méandres où conduisent nos fausses croyances nous éloignant de  notre état de grâce initial. Suivre la Voie du Christ, c’est changer nos croyances en raison de la nature profonde de notre être dont le Christ est le prototype, c’est revenir à la simplicité des enfants de Dieu.

 

(1) Jane Roberts, La réalité personnelle, T-1, pp 40, 50..

(2) Jane Roberts, La réalité personnelle,  T-2, p. 82. Voir mon ouvrage Le Mythe de l’Éden, Ch. 3 : La Chute.

(3) Ibidem. Voir Genèse 3.

(4) Ibidem, p. 84.

(5) Ibidem.

(6) Ibidem.

(7) Lecture 805-4.

(8) Ibidem, pp. 84-85.

(9) Job, 1.

(10) G. Chandon, Récits tirés du théâtre grec, Fernand Nathan, Paris, 1959, pp. 7-20.

(11) Jane Roberts, La réalité personnelle, T-1, p. 222.

(12) Ibidem, p. 223.

(13) Ibidem.

(14) Ibidem, p. 224.

(15) Ibidem, p. 225.

(16) Ibidem, p. 231.

(17) Idem, T-2, p. 36.

(18) Ibidem, p. 291.

(19) Ibidem, T-2, p. 37.

(20) Ibidem, p. 94.

(21) Lecture 307-10.

(22) Lecture 1771-2.

 

 

 

Illustrations

       

                                                                                              Michel-Ange. Sixtine. La Chute

 

                                                                                              William Blake. Le Soleil