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Monsieur Philippe opérait des guérisons qui semblaient tenir du miracle. Aussi, certains le tenaient-ils pour une réincarnation du Christ ou de l'un des apôtres. Mais il démentait ces rumeurs:«Je ne vous ai jamais dit que j'avais été l'un quelconque des apôtres du Christ. Je suis un pauvre pêcheur du temps de Notre Seigneur Jésus; j'étais avec les apôtres, voilà tout.»
Serge Hutin décrit Monsieur Philippe comme un être de foi et de charité intenses en même temps qu'un médecin et guérisseur aux pouvoirs quasi miraculeux.
Nizier Anthelme Philipp naquit le 25 avril 1849 dans un petit village de Savoie. Ses parents étaient de pauvres paysans. Au cours de sa grossesse, sa mère rendit visite au Curé d'Ars qui lui annonça qu'elle aurait un fils et qu'il serait un être très élevé.
À l'âge de six ans, Nizier était l'objet de manifestations qui inquiétaient le curé de son village. À treize ans, il obtenait déjà des guérisons, mais ne se rendit pas compte des choses étranges qui s'opéraient en lui.
Plus tard il décida d'étudier la médecine et suivit assidûment les cliniques du professeur B. Teissier au cours de ses quatre premières inscriptions.«Il consolait les malades, écrit André Lalande, et, souvent il demandait aux médecins de ne pas les opérer. Parfois les malades se trouvaient guéris avant la date fixée pour l'opération.» Il fut refusé à sa 5e inscription, sous prétexte qu'il s'adonnait à la médecine occulte et était un véritable charlatan. Ce geste stupide de la part de la Faculté ne l'empêcha nullement de se pencher sur la souffrance des autres ni de leur apporter le réconfort et la guérison.
Le 6 octobre 1866, il épousa Mademoiselle Landar qu'il avait guérie d'un mal qu'on disait incurable, De ce mariage, il eut deux enfants, une fille et un fils. Ce dernier mourut en bas âge au cours d'une épidémie de petite vérole alors que Monsieur Philippe, âgé de 32 ans, se trouvait en Tunisie où on l'avait fait venir pour soigner des soldats, victimes de la même épidémie.
En 1885, il vient habiter un petit hôtel de Lyon. Et c'est là qu'il donnera ses plus retentissantes consultations et obtiendra certaines de ses guérisons les plus troublantes. Il recevait ses malades en groupe deux fois par jour. Il examinait chaque groupe et renvoyait les personnes susceptibles de troubler l'atmosphère de recueillement qu'il exigeait au cours des séances. Les assistants étaient placés sur des rangées de chaises. après leur avoir recommandé de se recueillir, il se retirait seul dans une pièce voisine.
Lorsqu'il revenait pour la séance de traitement il disait aux malades de se lever et de se recueillir pendant quelques minutes. Pendant ce temps, il regardait fixement les assistants, puis, brusquement, il touchait un malade, et , le regardant plus fixement encore, il lui donnait l'ordre de guérir, lui affirmant que la guérison s'opérait. il faisait des passes magnétiques sur certains malades, et recommandait à d'autres de prier.
«On n'en finirait pas, écrit Serge Hutin, d'énumérer ses guérisons de sujets que l'on croyait condamnés. Des guérisons instantanées qu'aucun délai de convalescence ne devait suivre et qui comportaient, dans certains cas, d'appréciables reconstitution des tissus cellulaires (...). Il voyait au fond des êtres. il lisait la véritable personnalité. Il croyait à la réincarnation, donc, à des vies antérieures, et savait les révéler. Il commandait même à la pluie, à l'orage. Il était capable d'opérer ce que les métapsychistes et spirites appellent des matérialisations d'objets.»
Des médecins soutenant qu'il leur enlevait une bonne partie de leur clientèle le firent traduire devant le Tribunal Correctionnel pour «exercice illégal de la médecine», Il fut condamné à 75 amendes successives. Mais, ses adversaires les plus hargneux se découragèrent et plusieurs praticiens officiels lui adressèrent, par la suite, leurs cas difficiles.
Beaucoup de célébrités de l'époque tenaient à rencontrer ce personnage exceptionnel, considéré pourtant en France, comme un vulgaire charlatan, Le Tsar Nicolas II auquel il avait prédit la naissance d'un fils le fit venir à St-Petersbourg. Il s'y rendit avec Papus (docteur Gérard Encausse). Il devint le conseiller du couple impérial et opéra en Russie de nombreuses guérisons. Le tsar le fit nommer médecin de l'armée russe et conseiller d'état avec rang de général.
De retour en France, Monsieur Philippe, celui qu'on appelait alors le Médecin des pauvres, ne cessa de soulager la misère humaine, malgré les sarcasmes et les calomnies qu'on lui prodiguait.
Monsieur Philippe mourut le 2 août 1905 à la suite d'une longue mladie qui lui apporta des souffrances épouvantables: «Je suis crucifié vivant», disait-il.
Parmi les nombreuses guérisons opérées par Monsieur Philippe, en voici une très spectaculaire. Son intérêt, en plus de son instantanéité, tient au fait qu'elle fut opérée en présence de trois médecins qui y ont assisté comme témoins oculaires.
Le professeur Brouardel avait été envoyé à Lyon pour assister à une séance de guérison chez Monsieur Philippe. Il s'y était rendu avec les docteurs Encausse et Lalande.
Le professeur Brouardel se fit connaître et dit au guérisseur: «Il paraît, Monsieur, que vous faites des miracles. Et nous voici, deux de mes collègues et moi, prêts à en dresser le constat.»
Monsieur Philippe haussa les épaules. ces sortes de démonstrations ne l'intéressaient pas. Mais comme il était bonhomme, il voulait ce qu'on voulait. D'un geste, il désigna l'ensemble des consultants: «Choisissez un malade à votre goût. Je m'en occuperai.» La commission choisit une énorme hydropique qui paraissait à toute extrémité. Ses jambes étaient comme des pilastres, son torse comme une tour et ses bras comme des courges de Provence, le tout sur le point de fendre.
Monsieur Philippe pria le professeur de vouloir bien examiner cette malade dans la salle voisine, en présence de quelques élèves qu'il désigna. Il les rejoignit à la fin de la consultation. «Eh bien! dit-il à l'éminent médecin, que pensez-vous de cette femme?» Celui-ci déclara qu'elle était hydropique au dernier degré et qu'elle n'avait probablement que quelques heures à vivre.
Rentrés dans la salle des séances où les avait précédé la femme littéralement traînée par les élèves, Monsieur Philippe et les médecins allèrent avec elle... Alors Monsieur Philippe lui ordonna assez rudement de marcher. «Je ne peux pas.» - «Viens!» Elle fit en gémissant quelques pas, puis, au bout d'un moment, elle se mit à marcher normalement. Tout à coup, elle s'écria: «Maintenant, je vais danser.» Ce qu'elle fit, retenant ses vêtements devenus subitement beaucoup trop grands. Elle était guérie. Le professeur l'examina. L'enflure monstrueuse avait disparu et il n'y avait sur le plancher aucune trace de liquide.
Les médecins Encausse et Lalande établirent immédiatement un constat, exposant qu'ils avaient examiné la malade avant et après, qu'ils ne l'avaient pas une seconde perdue de vue des yeux et qu'ils devaient se rendre À l'évidence. Ces sortes de guérisons étaient, du reste, habituellle de la part de Philippe. Tous deux signèrent. Mais le professeur Brouardel, tout en s'inclinant devant l'évidence, refusa d'apposer son paraphe à côté des leurs, sous prétexte qu'il n'avait pas compris ce qui s'était passé. Il se retira après avoir salué Monsieur Philippe et les personnes présentes.
«Dans les rues de la ville qu'il habite, on le voit passer, humble entre les humbles. Les pauvres gens, seuls, le bénissent et le connaissent. Cet ouvrier qui le salue avec respect lui doit sa jambe qu'on allait couper et qui fut guéri en une heure, cette femme du peuple qui accourt à son passage, vint le trouver alors que son enfant râlait, et le Maître lui avait dit: «Femme, vous êtes plus riche, de par votre dévouement incessant et votre courage devant les épreuves, que les riches de la terre; allez, votre enfant est guérie!» Et rentrée chez elle, la mère avait constaté le miracle, Cette famille d'artisans courut à lui alors que, depuis dix-huit heures, leur fille unique était morte. Il vint et devant dix témoins, la morte sourit et ouvrit de nouveau les yeux...
Demandez à tous ces gens le nom de cet homme, ils vous diront: «C'est le père des pauvres.» Interrogez cet homme, demandez-lui qui il est, d'où il tient ses pouvoirs étranges et terribles, il vous répondra: «Je suis moins qu'une pierre. Dès treize ans, j'opérais des guérisons miraculeuses. je suis un intermédiaire inconscient entre l'humanité et un pouvoir supérieur qui plane au-dessus d'elle. Les résultats stupéfiants que j'obtiens chaque jour, je les admire et ne les comprend pas.»