La prospérité

 

            On a l’impression sur Terre que la richesse de l’un fait la pauvreté de l’autre. Ce sont l’égoïsme et la peur, deux vices bien naturels sur le plan physique, qui engendrent cette idée-là alors que, spirituellement parlant, l’abondance est illimitée et traduisible pour tous en possessions concrètes.

 

            L’or n’est qu’un moyen humain d’acquérir des biens désirables. Il ne veut rien dire en soi. L’accumuler est une folie : c’est se pourvoir des moyens sans en venir au but, qui n’est ni de s’en prévaloir, ni d’exploiter son prochain, mais de mener une vie plus large, plus libre, plus généreuse, plus favorable au bien commun.

 

            Un  désir légitime ne saurait être égoïste ou, du moins, même s’il ne vise que soi il devrait pouvoir se formuler en termes de félicité générale. On peut rechercher individuellement ce qui sert l’harmonie cosmique, et qui est désirable pour tous : la prospérité, la santé, l’occupation et l’entourage qui conviennent le mieux, sans oublier que, sur Terre, dès qu’on entre d’avance dans des détails trop spécifiques on risque d’empiéter sur les visées de quelqu’un d’autre. L’idéal vers lequel tend l’évolution sur le plan physique n’est ni de convoiter la place d’autrui ni de prospérer à son détriment; c’est de prendre sa propre place tout en lui laissant la sienne : chacune des innombrables étoiles du firmament a son orbite.

 

            Le plan physique forme autour de chaque incarné un monde qui lui semble objectif mais qui ne l’est que dans une certaine mesure, la société humaine étant la résultante commune de la pensée de tous. Libre à chacun, cependant, d’aider à améliorer cette société en contrôlant sa propre mentalité; de l’action qu’il exerce ainsi il est le premier à bénéficier.

 

            Si l’on veut plus d’abondance matérielle, il ne faut pas être hypnotisé par la misère qu’on a lieu de constater mais se sentir dans un monde où l’abondance règne; la misère n’est qu’un moyen temporaire correspondant à un manque de vision; c’est l’abondance qui est la loi. Si l’on désire plus de beauté et d’harmonie autour de soi, c’est en soi qu’il faut cultiver l’harmonie, Si l’on souhaite trouver plus de bonté, c’est à soi de mieux exprimer la bonté. Si l’on veut plus de tolérance et de générosité, c’est plus de tolérance et de générosité que l’on doit montrer. De même pour la joie : nous ne pouvons prétendre vivre en éteignoir et voir les visages s’éclairer autour de nous; tâchons d’être cette lumière qu’est la joie et le miroir réfléchira pour nous du bonheur. On ne songerait pas à mettre un singe devant une glace pour y voir la réflexion d’un ange. Ce n’est pas à dire que le miroir de la vie nous renvoie toujours une image identique à celle que nous lui présentons, mais il nous renvoie infailliblement l’équivalent de notre état mental. Lorsque notre geste nous est retourné inversé et que nous recevons le mal pour le bien, nous regardions dans le miroir de nos appréhensions; et le bien que nous récoltons sur Terre sans paraître le mériter est aussi le fruit de quelque conviction intime. (à suivre)

 

Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus, Éditions JEP, Paris, pp. 155-157.