
Le Brodeur, René, 1950-
Radiances en mi majeur : roman initiatique / [René] Le Brodeur, [inspiré par Michèle] Saintonge. —
Grand-Mère : L'Oeil ardent, ©2009. — 365, 5 p. ;
ISBN : 978-2-9810978-0-4
: 22,00 $.
Un roman initiatique
Dans l’analyse qui suit, il s’agit moins de
commentaires que de réflexions, qu’a suscitées en moi le scénario de l'auteur: j’essaie
de l'interpréter comme on le fait pour un rêve. Un roman n’est-il pas la mise en
scène d’un rêve de l’auteur ? L'argument est tiré de la maladie et du
décès de l’épouse de l'auteur, laquelle lui a inspiré ce scénario qui puise
beaucoup au bouddhisme qu’elle pratiquait.
Aussi, le texte m’apparaît-il complexe,
prégnant et attachant tout à la fois. Ayant moi-même étudié et pratiqué le
yoga, le prayanama et ses asanas, les allusions au bouddhisme ne constituent donc pas pour moi un obstacle sur lesquels des non-initiés pourraient buter. Voici donc quelques considérations qui paraissent opportunes au
psychologue que je suis. Elles prendront, à la fois l’allure d’un résumé de
l’histoire et d’une analyse psychologique des comportements des protagonistes
du drame.
Narbo représente, à mes yeux, l’autre partie psychique
de Tylman, celle qui émet des doutes sur ses plans et ses buts. Comme Tylman ,
il est une projection de l’auteur, car créé lui aussi par ce dernier. Il en est
donc aussi une personnalité probable, une contre-partie plus terre-à-terre, qui
s’attache davantage au senti concret qu’aux visions. Ces deux personnalités
sont pris dans un jeu d’antagonisme et reliées par l’anima représentée à la fois par
Maureen (Mo) et Michèle (Mi), celles-ci rattachées l’une à l’autre par les liens d'une amitié profonds. Aussi Mo
tombe-t-elle amoureuse des deux personnages (personnalités). Qui l’emportera
dans la suite du drame ? Qui rétablira l’équilibre de la vie toujours en
mouvement et en changement ? Comment l’amour triomphera-t-il dans le cœur de
Tylman au-delà de la séparation d'avec Mi? Quel élément ou quelle situation exercera le
rôle « équilibrateur » ou « pacificateur » dans son combat
intérieur ?
Le départ hésitant de Maureen pour
l’Australie préfigure déjà le départ imminent de Michèle pour l’autre monde et,
paradoxalement, atténue, à sa façon, la souffrance de Tylman dans l’arrachement
de la présence physique de Michèle tout en conservant une certaine proximité ou
lien, dont Maureen, ayant été l’ami intime de Michèle, devient le symbole
vivant. Durant son absence, c'est en rêve qu'elle apprend le décès de
Mi. Mais à son retour auprès de Tylman, après une séparation d’avec
Narbo, Maureen est chaleureusement accueillie par ce dernier, car elle est un
lien vital qui le relie encore à Michèle disparue. Il n'hésite guère
a user de
l’expédient du service et de l’aide pour l’inviter à faire un voyage à Tahiti avec lui, tout en prenant soin de bien préciser la nature platonique de leurs relations durant ce périple
dans les iles de
À Bora-Bora, lors de la dispersion des
cendres de Michèle, motif principal du voyage dans
Puis apparut, dans la cascade, la vision anticipée d'une femme enceinte et ensuite la vision de Mo avec deux enfants, une fille et un garçon que Tylman
croit être de lui…
À la vue des baigneuses, étendues au
soleil, les seins nus, Tylman met Maureen au défi de se baigner dans cet
appareil. Il prend soin de lui présenter un tableau de Gauguin : deux
vahinés aux seins nus portant un panier de fleurs rouges au niveau du cœur.

Il tente de justifier cette suggestion
en lui faisant découvrir, au-delà de l’esthétique le rayonnement énergétique
que dégage ce tableau. Maureen, après quelques réticences, accepte de faire
l’expérience. On devine aisément les vraies motivations de Tylman.
Ne chercherait-il pas ainsi une façon détournée de caresser, à la façon d’un voyeur, les
seins de Maureen. Mais réalisant les troubles sexuels qu’il en ressent, il
cherche une issue honorable conforme à sa qualité de mage.
Exacerbé par son attirance pour
Mo, il tente, à la suggestion de son Maître intérieur, de juguler ainsi ses désirs sexuels en
enlaidissant, par l'imagination, le corps physique de Maureen, le faisant passer par toutes les formes
qu’elle a prises et prendra de la naissance à la mort, tentant par là de bien
« exorciser » de ses attraits lascifs le corps même de Maureen. C’est un
procédé mental extrême et excessif qu'emploie Tylman pour tenter de cacher son désarroi devant la force de l’instinct.
Malgré son amour pour Mo, celui-ci veut rester fidèle à Michèle par-delà la
mort. C’est un dur combat, puisque Mo, à cause de son amour profond pour Mi,
lui rappelle constamment son épouse décédée.
De retour au Québec, où devait se
réaliser son rêve, il tient à garder près de lui cette compagne qui lui
rappelle tellement Mi. Aussi, devant l’absence de ses plans d’avenir, il lui
propose de devenir son assistante à l’institut Irept au Torii en Mauricie. Les activités de
cet institut axé surtout sur la pratique du voyage astral, rappellent
étrangement Robert A. Monroe et son institut de formation à la sortie du corps.
La méthode enseignée par Tylman à Moreen et, ensuite, à Narbo, présente
beaucoup de similitude de ce qu’on enseigne à l’Institut Monroe. Y a-t-il un
lien ou est-ce une simple coïncidence ? En fait, les coïncidences n’existent
pas.
Profitant du rapprochement de Narbo et
de Maureen, toujours amoureuse de ce dernier, Tylman favorisera leurs relations
anticipant qu’ils deviendront le canal par lequel pourra s’opérer, croit-il,
la réincarnation de Michèle qu’il avait entrevue ou croyait avoir entrevue à
Bora-Bora. Mais Tylman doit intervenir souvent auprès de Narbo pour le
convaincre de la réalité des voyages dans l’astral. Il accepte enfin de le pratiquer à cause de
Maureen dont il est encore amoureux.
Se pliant aux indications de Tylman,
Narbo réussit son voyage astral devant les pictogrammes du rocher; le voilà donc initié à son tour. Sa liaison
amoureuse avec Maureen s’intensifie au point qu’après une union sexuelle des
plus intenses, Maureen avoue à Narbo qu’elle aimerait avoir un enfant. Celui-ci
se montre plutôt réticent devant cette perspective de paternité, vu la
nouveauté de leurs relations, et sa précaire situation financière. C’est alors
que Tylman leur révèle l’éventualité de la réincarnation de Michèle. Car c’est
par eux que Mi reviendrait en s’incarnant dans leur enfant. Il les invite à se
marier dans ce but. Sa méditation devant le rocher aux pictogrammes lui avait
montré à nouveau la vision de Bora-Bora.
Des indications précises de Tylman
devaient assurer la fécondation de leur enfant, qu’ils voulaient appeler
Mitsuki : la coïncidence des données du ciel avec la période de
fécondation de Maureen. Tylman leur révéla un endroit en forêt où ils
pourraient faire l’amour dans un environnement énergétique des plus puissants.
Puis, à la certitude de la fécondation,
Narbo se mit à douter de sa capacité à assumer ces responsabilités. Rester au
Torii à attendre la fin de la gestation de Maureen lui devint intolérable.
Nomade dans l’âme, il sentait le besoin d’aller exercer ailleurs son métier de
cinéaste. Mais, ce qui a fait déborder le verre, fut la suggestion que Tylman
serait l’officiant de leur mariage. Une crise de jalousie devant la relation
Maureen-Tylman lui permit de s’expliquer avec ce dernier, à qui il reprochait
son paternalisme, pour clarifier la situation. Narbo, prétextant alors d’une
dette karmique (il aurait, dans une vie antérieure, épousé la femme de ce dernier) laisse la place à Tylman et part en tournée dans l’ouest
américain.
La réaction de Moreen fut assez
dévastatrice. À la conviction et la déception de perdre Narbo dont elle est
toujours amoureuse, se joint le sentiment profond qu’il ne lui reviendra pas.
Et elle sombra peu à peu dans une noire dépression, accentuée par ses nausées
du matin. De plus, vexée de constater que Tylman ne l’aime que parce qu’elle
porte une Mi hypothétique, et non elle-même, elle lui assène ses propres
vérités : il est grand temps pour lui de faire enfin son deuil de Mi par
un détachement digne d’un mage. Et l’agressivité qu’elle met dans ses propos
prouve à Tylman l’amour qu’elle lui porte. Frappé par tant de franchise, il accepte avec
humilité cette mise au point. Ce qui le replace au niveau de Maureen.
Mais, elle se reprend bientôt pour
assumer ses responsabilités de mère. Aussi, après la naissance de Mitsuki, les
relations entre Mo et Tylman se modifient, non sans l’influence de Mitsuki qui
considère Tylman comme son deuxième père et rappelle à ce dernier, dans un
éclair de perception, lors d’un baiser qu’elle lui donne, une antique relation
dans l’Atlantide. Bouleversé, il cherche la paix émotionnelle dans le silence
et la méditation.
C’est alors que Mo, devant l’attitude
ambigüe de Tylman, décide de clarifier cette étrange situation triangulaire en
invitant ce dernier à partager leur vie. Autre bouleversement émotionnel qui
permet aux deux « amants » de se déclarer leur amour mutuel et
d’envisager le mariage. Car Mo désire avoir un autre enfant pour assurer à
Mitsuki une éducation plus équilibrée.
C’est Mitsuki qui dénoua l’ambigüité du
secret de ses parents. En plaine crise d’indépendance et d’affirmation de soi,
elle se retrouva chez son père pour clarifier le mystère de sa naissance.
Narbo, après bien des hésitations, tout en invitant Mitsuki à ne pas les juger,
lui révéla que Tylman a présidé à sa conception et à sa naissance comme étant
celle de Michèle réincarnée en elle. Il ne manqua pas de manifester ses doutes
et son scepticisme devant ces prétentions de Tylman.
De retour au Torii, elle annonce à
Maureen et à Tylman, qu’elle veut désormais rester avec son père qui accepte de
la prendre chez lui. D’abord surpris et déstabilisés, Mo et Tylman tentent de clarifier
certaines choses avec elle avant son départ. Mitsuki avoue qu’elle connaît déjà
leur secret : son père lui en a parlé. Tylman insiste pour qu’elle vienne
camper seule avec lui avant son départ, pour tenter une dernière fois de lui
parler de Michèle, dont elle serait la réincarnation. Il voulait en lui
montrant des souvenirs de Mi, susciter une certaine ressouvenance. Malgré ses
bonnes intentions, ce fut peine perdue et Maureen a dû lui rappeler
qu’elle-même ne croyait plus beaucoup à son rêve, lui rappelant de nouveau
qu’il n’avait pas encore fait son deuil de Mi.
Devant les affirmations de Mo, les
doutes de Narbo et le refus de Mitsuki de reconnaître ses prétentions, Tylman
lâcha prise, brûla les derniers souvenirs de Mi et se rendit compte dans le
silence de la forêt, que celle-ci vivait avec lui, au-delà du cycle des
réincarnations, une existence qui la comblait. Il accepta enfin, que Mitsuki n’était
pas la réincarnation de Mi.
Il a fallu la révolte de Mitsuki, en
plein désarroi de son adolescence et dans son désir d’être elle-même, malgré
ses parents, pour susciter cette métamorphose de Tylman. Avec l’assentiment de
Mo, Mitsuki partit pour demeurer avec son père. La séparation fut pourtant des
plus chaleureuses et Tylman nota que l’unité de leur amour avait triomphé.
Des changements s’opéraient au
Torii : plusieurs pionniers cherchaient ailleurs… Une chute grave sur la glace
déclencha la dernière mutation de Tylman. Ramené à la maison, puis dirigé à
l’hôpital, il en revint pas trop amoché physiquement, mais blessé psychiquement.
C’est pendant ses rêves au cours de ses nuits de repos qu’il comprit enfin que
Mi ne l’avait jamais quitté mais que tous deux vivaient à un autre niveau sans
limite de temps ni d’espace. Il admit aussi que Mitsuki n’était pas Mi revenue
et qu’il avait sans doute mal interprété sa vision de Bora-Bora. Aussi se
sentit-il délesté d’un énorme poids de culpabilité et requinqué d’un amour plus
vrai pour sa famille terrestre.
Enfin, Michèle révéla à Tylman
l’entière vérité sur sa réincarnation souhaitée. C’était à l’occasion de la
traversée, en lévitation, du lac Wapizagonke par le yogi Dananjaya. Ce dernier
s’était avancé de quelques mètres au-dessus de l’eau, quand Tylman, en
regardant dans la direction de Narbo, aperçut une silhouette diaphane à côté de
Mitsuki : il reconnut Michèle qui
lui dit : « Regarde, je suis revenue par elle et non à travers elle.
C’est ce que tu dois savoir, mon amour. J’ai mis des années à te le dire, mais
c’est seulement depuis peu que tu l’entends. »
Rempli d’une grande paix intérieure et
sentant que tous les êtres qu’il aimait étaient aussi en paix, Tylman s’éloigna
en pleine nature pour goûter dans une extase le vrai sens de la félicité.
Radiance en Mi majeur est un roman profond de sens par ses thèmes et ses évocations. Écrit par un virtuose du verbe, il constitue et constituera, pour plusieurs, un éveil et un stimulant vers la connaissance et la pratique du domaine astral et spirituel. Mais par son style original, il entraîne à une lecture continue. Aussi, je n’hésite pas à le considérer comme un joyau dans la littérature française. Pour un premier roman, c’est une grande réussite.
Tylman, en plus de sa qualité de mage, se montre fin psychologue dans ses analyses des méandres émotionnelles et sentimentales de l’amour humain du couple et du triangle (Narbo-Maureen-Tylman), de même que des troubles tumultueux de l’adolescence (Mitsuki). Et cela, malgré la sublimation astrale de l’amour humain que peu d’individus peuvent atteindre dans leur vie terrestre. Sans doute, s’agit-il d’un roman initiatique, et, à ce titre, réservé au petit nombre d’adeptes de la recherche psychique et ésotérique et peut-être aussi à certains cercles de poètes.
Mais son message n’indique qu’un premier pas vers l’ouverture des esprits à une réalité qui dépasse la folie actuelle dans laquelle l’humanité s’embourbe au nom de ses idéaux économiques et ses guerres incessantes de domination, sans parler de la pollution qu’elle engendre. On s'attendrait à un autre roman ou écrit montrant toute la profondeur de la nature de l’homme. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux ».
Marcel Mercier 12 février 2010.