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L’être
humain doit-il renoncer à tout pour se réaliser ?

Si quelqu’un veut venir à ma
suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se
charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa
vie la perdra; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. Luc, 9, 23-24.
Si quelqu’un vient à moi sans
haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et
jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Luc, 14, 26.
Qui aime sa vie la perd; et qui
hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Jean, 12,23.
Aimez vos ennemis, faites du bien
à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux
qui vous diffament. Luc, 6, 27-28.
Je vous donne un commandement
nouveau : vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés,
aimez-vous les uns les autres. Jean, 13, 34.
Celui qui parle ainsi est considéré comme le Fils de Dieu par les chrétiens, comme un Prophète par les Musulmans, comme un Sage par les peuples d’Orient et, en tant que Fils de l’Homme, comme le prototype de l’humanité. Ses paroles rapportées par les évangélistes sont difficilement conciliables à première lecture : comment à la fois haïr ses proches et aimer ses ennemis ? Cela confond le bon sens ! N’y aurait-il pas une clé à découvrir pour décoder le sens profond de cet enseignement ?
Seth a jeté un peu de lumière sur ce problème. Le Christ a utilisé, par exemple, le thème du père et du fils pour expliquer sa relation à Dieu. Il décrivait ainsi « la relation existant entre le soi intérieur et le soi engagé dans la vie physique. »[1], entre le Soi et l’ego, dirait un psychologue. Quand il affirmait que « les doux posséderont la terre », il voulait dire que nous créons notre propre réalité : si nous avons des pensées de paix, nous serons à l’abri de la guerre et des dissensions, nous ne serons nullement atteints. Nous nous échapperons et hériterons vraiment de la terre. Il sous-entendait le recours à l’affirmation, à l’amour et à la paix énergisante. [2]
Il plaça l’individu au-dessus de tout système, tout en admettant qu’il fallait un minimum d’organisation. Son message entier proclamait que la réalité physique était l’expression du monde intérieur, que le « Royaume de Dieu » s’était manifesté sous forme matérielle.[3]
En fait, le Christ comme le Bouddha ont accepté les projections intérieures et ont tenté de les représenter physiquement dans leur vie, car le « concept de Dieu le Père qu’il a transmis fut vraiment un ‘nouveau testament’ ». Mais sa principale affirmation fut la place du royaume de Dieu en chaque individu : Le royaume de Dieu est en vous (Luc, 17, 21)[4]
Dans un sens, la personnalité du Christ était une manifestation de l’évolution de la conscience devant conduire l’humanité au-delà des concepts de violence du temps et transformer le comportement qui prévalait à cette époque.[5]
Quand le Christ parlait, il le faisait en fonction de son époque. Il se servait des symboles et du vocabulaire des gens à un moment précis de l’histoire. Il partit de leur croyance et, se servant de leur système de référence, il essaya d’élargir leur champ de vision.[6]
Beaucoup
d’autres « évangiles » écrits dans d’autres pays par des hommes de
cette époque ont disparu : ils rapportaient des épisodes méconnus de la
vie du Christ qui n’étaient pas consignés dans
Les messages étaient formulés différemment, mais encore une fois, ils n’en soutenaient pas moins l’affirmation du « soi » et la continuité de son existence après la mort. Ils mettaient toujours l’accent sur l’amour.[7]
Ces considérations de Seth nous fournissent la clé qui va nous permettre de comprendre et de rétablir la cohérence entre les affirmations du Christ citées plus haut malgré leur apparence paradoxale. À cette fin, notre langage psychologique s’avère des plus adéquats pour ce faire si nous faisons les équations suivantes :
ÉVANGILE PSYCHOLOGIE
Royaume de Dieu Soi,
imago Dei (le royaume de Dieu est
au-dedans de vous)
Renier sa vie Renier son ego et ses parents
auxquels l’ego est attaché
Haïr sa vie Se détacher de son ego et de
son environnement
La conserver en vie éternelle Retrouver son Moi profond ou
son Soi (image de Dieu)
Aimez-vous les uns les autres (jusqu’aux ennemis) Le royaume de Dieu est aussi
en eux
Reprenons ces correspondances dans un exposé détaillé. Pour être bien compris, le Christ adaptait son langage à la façon de penser de ses contemporains. Les termes psychologiques que nous employons n’existaient pas alors, mais les réalités qu’ils désignent aujourd’hui existaient bel et bien. Il suffit seulement de faire la substitution des termes pour comprendre l’enseignement du Christ dans un langage qui nous est plus compréhensible. Quand Il dit que « celui qui veut sauver sa vie la perd », il entend bien désigner l’ego, le Moi conscient de la psychologie moderne quand celui-ci prétend être la réalité dernière de l’homme. « Vie » dans le langage du Christ signifie donc l’ego qui n’est qu’une personnalité transitoire soumis au changement, qui permet au Soi, le Moi profond, l’entité de s’adapter à la réalité physique. Celle-ci s’en sert pour expérimenter dans les trois dimensions et connaître les objets matériels qu’elle crée. L’ego de l’homme n’est qu’un faisceau de conscience limité et adapté à la réalité physique. Sa conscience totale transcende ce faisceau et a accès à d’autres dimensions, comme le montrent nos rêves.
S’attacher à l’ego et en faire le centre de la conscience, c’est prendre l’ombre pour la proie et oublier la véritable réalité de l’être, le Soi, l’imago Dei, le vrai Centre de l’être humain. Le but de l’enseignement du Christ consistait à faire prendre conscience aux gens de la réalité intérieure de leur être, le Soi éternel, l’imago Dei, le royaume de Dieu qui est en eux. « Haïr sa vie », c’est donc se détacher de son ego transitoire et illusoire pour se tourner vers l’intérieur, vers le Soi, ou, en langage chrétien, vers son âme. « Haïr ses parents et ses amis », c’est renoncer à leur image extérieur perçu par l’ego et découvrir le royaume de Dieu en eux. C’est sur ce plan que son commandement « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » prend tout son sens.
Loin de renoncer à tout pour se réaliser, l’enseignement du Christ nous convie à nous attacher plutôt à ce qu’il y a de plus fondamental et de plus essentiel en nous : notre entité, notre âme, faite à l’image de Dieu. Et cette âme s’exprime dans la matière pour accroître sa conscience par diverses expériences. C’est ce que Seth exprimait en disant :
Votre esprit s’est incarné pour s’enrichir du champ merveilleux de la connaissance sensible, pour ressentir l’énergie transposée sous forme corporelle. Vous êtes ici pour vivre, pour jouir et pour vous exprimer à travers votre corps. Vous êtes ici pour participer à la vaste expansion de la conscience.[8]