MARCEL MERCIER

Leopold Willmann. Le rêve de
Jacob
GRANDIR ET GUÉRIR
PAR SES RÊVES
Copyright © Marcel Mercier 2005
TABLE DES MATIÈRES
En guise de préface page
4
Introduction page
6
Chapitre 1
La nature complexe de
l’homme page
14
Les divers états de
conscience page 22
Chapitre 2
Les rêves expliqués par
Jung page
28
Les rêves selon Cayce page
31
Les rêves vus par Seth page
34
Chapitre 3 : Comment analyser vos rêves
L’art de l’interprétation page
39
Écrire vos rêves page
40
Analyse et interprétation page
42
La fonction compensatoire
du rêve page
45
Un cadre personnalisé
pour l’interprétation page 47
Un guide pratique page
50
Chapitre 4 : Interprétez vos rêves 1
Rêves interprétés par
Cayce page
53
Rêves rapportés par Jung page
57
Trois rêves
évolutionnaires page
59
Deux rêves télépathiques page
70
Chapitre 5 : Interprétez vos rêves 2
Exemples de rêves non
interprétés page
74
Annexe :
l’interprétation des rêves précédents page
77
Conclusion page
84
Document A : Certains symboles oniriques (Cayce) page 87
Document B : Des actions typiques dans les rêves page 89
Document C : Symboles archétypiques page 90
Mes sources page
92
GLOSSAIRE page
94
(Après sa performance mémorable
lors d’une interview à
|
S |
i l’on veut connaître et comprendre
l’organisation psychique de la personnalité totale d’un individu, il est
essentiel de se rendre compte que les rêves*( Les mots
suivis d’un astérisque (*) réfèrent au Glossaire qui donne des
informations complémentaires.) ont un rôle beaucoup plus important à jouer (que
les tests d’association verbale préconisés par Freud). Le rêve doit être traité comme un fait, à propos duquel
on ne doit pas avoir d’idée préconçue, sinon qu’il a d’une manière ou d’une
autre un sens, une expression spécifique de l’inconscient*.
Seules les images et
les idées qui font manifestement partie du rêve doivent être utilisées pour son
interprétation. Le rêve porte en lui-même ses limites. La méthode que j’ai
conçue nous amène à effectuer une sorte de promenade circulaire qui aurait
l’image du rêve pour centre. Je tourne tout autour de l’image du rêve, et je
refuse de tenir compte des tentatives que fait le rêveur pour s’en écarter.
J’ai été maintes fois, au cours de ma pratique professionnelle, amené à répéter
la phrase : « Revenons à votre rêve. Que dit le rêve? »
L’aspect inconscient des événements nous est révélé
par le rêve, où il se manifeste non pas sous la forme d’une pensée rationnelle,
mais par une image symbolique. Les images et les idées contenues dans les rêves
ne peuvent pas être attribuées uniquement à un phénomène de mémoire. Elles
expriment de nouvelles pensées qui n’ont jamais encore franchi le seuil de la
conscience. Notre vie onirique est le sol où la plupart des symboles trouvent l’origine
de leur croissance. Si une personne cultivée s’efforce d’éviter une métaphore
hétérogène parce qu’elle peut brouiller l’effet de son propos, les rêves ont
une texture différente. Le rêveur est assailli d’images qui semblent
contradictoires et ridicules, le sens du temps est aboli, et les choses les
plus banales peuvent revêtir un aspect enchanteur ou effrayant.
On trouve dans
beaucoup de rêves des images et des associations analogues aux idées, aux mythes* et aux
rites primitifs. J’ai constaté que les associations et les images de cette
sorte font partie intégrante de l’inconscient, et qu’on les trouve partout, que le
rêveur soit cultivé ou analphabète, intelligent ou stupide. Elles ont une
fonction qui leur « est propre » et une valeur particulière en raison
précisément de leur caractère « historique ». Elles constituent un
pont entre la manière dont nous exprimons notre pensée de façon consciente, et un mode
d’expression plus primitif, plus coloré, plus imagé. De plus ce mode
d’expression s’adresse directement à nos sentiments et à nos émotions. Ces
associations « historiques » sont le lien entre l’univers rationnel
de la conscience et le monde de l’instinct.
Plus la conscience se
trouve influencée par des préjugés, des erreurs, des fantasmes et des désirs
puérils, plus s’élargit le fossé déjà existant jusqu’à la dissociation
névrotique, amenant une vie plus ou moins artificielle, très éloignée des
instincts normaux, de la nature et de la vérité. La fonction générale des rêves
est d’essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l’aide d’un matériel
onirique qui, d’une façon subtile, reconstitue l’équilibre total de notre
psychisme entier. C’est ce que j’appelle la fonction complémentaire (ou
compensatrice) des rêves dans notre constitution psychique.
Carl Gustav Jung, Essai
d’exploration de l’inconscient, pp.
24-60, (extraits).
On meurt de ne pas rêver comme on meurt
de
ne pas respirer, de ne pas manger ou de ne
pas
boire. Raymond
de Becker, Interprétez vos rêves.
|
C |
’est au Dr Kleitman (Le Dr Nathanael Kleitman avait commencé ses recherches
sur le sommeil en 1938.) que revient l’honneur d’avoir démontré la nécessité
vitale du rêve. Dans ses recherches sur le sommeil à l’Université de Chicago il
s’associa un de ses élèves, Aserinsky, puis, un collègue, le Dr Dement. Ce
groupe de chercheurs porta l’étude des rêves à son statut de Science
officielle en 1953. Ces recherches qui se sont étalées sur deux décennies
jusqu’aux années 60, ont prouvé que nous rêvions, en moyenne, 4 ou 5 fois par
nuit et démontré que le rêve était essentiel à notre santé physique et mentale.
Les dormeurs volontaires qui participèrent à ces recherches, aux Etats-Unis,
ont montré des signes inquiétants de troubles psychiques graves
(hallucinations, schizophrénie) lorsqu’on les privait de sommeil pendant une
période prolongée. Par souci d’éthique, on arrêtait ces expériences dès
l’apparition de ces troubles. Les études sur les effets de la privation de
sommeil furent reprises en France par le Dr Jouvet, qui expérimenta sur des
animaux. En poussant ces expérimentations à leurs limites extrêmes, non
seulement il observa que les chats-cobayes présentaient les mêmes signes de
dérangements psychiques (terreurs, hallucinations) que les dormeurs de Chicago,
mais que l’animal qui ne pouvait plus rêver parce qu’on avait supprimé son centre
du sommeil, mourait, en bonne santé, au bout de deux ou trois mois.
On doit conclure de toutes ces études sur la
physiologie du sommeil que « le rêve est indispensable à la vie, plus
indispensable même que le sommeil et correspond à une fonction que des
psychologues comme Maeder et Jung ont déjà décrite comme une fonction de
compensation de la vie éveillée et d’autorégulation de l’organisme. »
(Raymond de Becker, Les rêves, dans Le Dictionnaire de
Voilà donc ce que la science des rêves nous apprend au plan physiologique. Mais qu’en est-il du contenu du rêve pour le rêveur. Sans doute, y a-t-il des rêves prémonitoires dont la fonction est de le prévenir d’un danger ou d’annoncer un événement futur le concernant, lui ou d’autres personnes. Tel fut le rêve de cette irlandaise de new York qui en a fait le récit suivant :
J’eus un rêve atroce à l’époque de mon adolescence. Je regardai par la fenêtre et vis une grande voiture s’arrêter devant notre porte. J’y pris place, et me retrouvai avec toute ma famille qui l’occupait déjà.
Elle repartit, mais s’arrêta bientôt devant une église
entourée d’un cimetière. Ma sœur cadette en descendit et pénétra dans le
cimetière. Elle se retourna vers nous et nous regarda tendrement. Mon cœur se
serra, mais, dans mon rêve, j’étais incapable de bouger. La voiture repartit
pour s’arrêter devant un autre cimetière. Un second membre de ma famille en
descendit et, comme ma sœur, pénétra dans le cimetière sans que je puisse l’en
empêcher. La voiture repartit encore, et tous les membres de ma famille la
quittèrent tour à tour. Ce rêve symbolique n’était qu’une prophétie cruelle.
Rien ne put l’empêcher de se réaliser.
L’intéressée ajoute en effet que les décès se suivirent dans l’ordre du
rêve. Tous moururent avant elle (Stevens
et Moufag, Le dossier fantastique du rêve, dans Encyclopédie Planète,
Éd. Planète, 1965, pp. 115-116).
Dans ce rêve,
l’inconscient se sert de symboles faciles à interpréter : la voiture qui
voyage d’une église à l’autre indique la succession du temps et les cimetières,
la suite des décès, alors que l’incapacité de bouger de la jeune fille signifie
qu’elle ne peut changer le destin de sa famille. Les membres de la famille
descendent d’eux-mêmes de voiture pour se diriger vers le cimetière (Ceci est conforme à
l’enseignement de Seth selon lequel chacun décide du moment de sa mort. Jane Roberts, La réalité personnelle, T-2, p.
79).
Mais certains rêves dits « prémonitoires » ne
comportent aucun symbole, ils présentent un événement futur tel qu’il se
réalisera. Le rêve d’Abraham Lincoln en est un exemple-type.
Très inquiet à la suite de ce rêve, il le raconta à sa
femme et à un de ses amis: « Un soir, dit-il, il y a dix jours environ, je
me couchai fort tard. Je m’endormis bientôt et commençai à rêver. Un silence de
mort m’entourait. J’entendis soudain des sanglots, puis j’eus l’impression que
je sortais du lit et descendais l’escalier. Le silence n’était rompu que par le
bruit des sanglots. Je pénétrai dans chaque pièce et n’y rencontrai aucun être
vivant. Mais où étaient donc tous ces
désespérés? J’étais inquiet. Résolu à trouver la clé de l’énigme, je continuai
ma tournée jusqu’à la chambre de l’est, où j’entrai. Une surprise m’attendait.
Je vis devant moi un mort exposé sur un catafalque et veillé par des soldats.
La pièce était pleine de monde. Les uns regardaient tristement le mort, dont la
figure était cachée, les autres pleuraient.
Je demandai à un des
soldats :
- Qui est mort à
- Le président,
il a été assassiné!
À ce moment le désespoir de la foule devint si bruyant que je me réveillai. Je ne pus me rendormir cette nuit-là. Et depuis, je suis inquiet, bien que ce ne soit là qu’un rêve. […]
Et Lamon, ancien associé et ami de Lincoln, poursuivit son récit : « Cette terrible vision correspondait à d’autres rêves et pressentiments du président et l’inquiétait profondément. Il essaya d’en rire, mais termina son récit par ces mots :
- Maintenant ne nous faisons plus
de soucis! Dieu agira en temps voulu et comme il lui plaira! Il sait ce qui est
juste.
Il dit ces mots en soupirant et
comme s’il se parlait à lui-même. Il avait oublié ma présence.
Après son
assassinat par un fanatique sudiste, il fut, comme dans son rêve, exposé dans
la chambre de l’est, et des soldats veillèrent son corps (Stevens et Moufag, Ibidem, pp. 164-165.)
Mais au cours de certains rêves, le
dormeur peut utiliser la clairvoyance pour connaître un événement se passant
ailleurs au même moment. En voici un exemple :
Ce
rêve, comme l’assura la narratrice, avait un caractère si violent qu’il la
réveilla brusquement.
Je
sentais que c’était plus qu’un rêve ordinaire; c’est pourquoi je réveillai mon
mari pour le lui raconter. Je venais de voir en rêve ma mère sur un canot de
sauvetage luttant péniblement contre les vagues. Il était si chargé qu’il
coulerait infailliblement.
Mon
mari, furieux d’avoir été réveillé pour écouter le récit d’un cauchemar, me
répondit : « C’est un rêve idiot, pourquoi devrions-nous nous
inquiéter? Tu sais bien que ta mère est en Angleterre en ce moment! »
Malgré tout, je ne pus me rendormir. Le lendemain les journaux annonçaient la
catastrophe du Titanic. Lorsque parut la liste des passagers, la dame y
lut le nom de sa mère, mais celle-ci arriva finalement saine et sauve à New
York.
La mère
avait voulu faire une surprise à sa fille et s’était embarquée à l’insu de ses
enfants. Au moment même où sa fille faisait son rêve atroce, la mère se
trouvait sur un canot qui menaçait de couler d’une minute à l’autre. Elle
raconta à son arrivée que, persuadée qu’elle ne reverrait plus sa fille, elle
concentra toute sa pensée sur elle en ce moment tragique
S’il y eut télépathie* de la part de la
mère, c’est par clairvoyance* que la fille prit connaissance, dans son rêve, de
la situation périlleuse où elle se trouvait.
(Stevens et Moufag, Ibidem, pp. 150-151.)
Certains rêves de « clairvoyance » peuvent
aussi présenter un événement dans une vision prémonitoire : il s’agit
alors d’un fait futur qui n’a aucun rapport avec la personne du rêveur. Telle est la nature du rêve suivant, fait par
le Dr Walter Franklin Prince, directeur de
Dans la nuit du 7 ou 8 janvier 1902, écrit le Dr Prince, probablement vers l’aube, je rêvai d’un train dont la queue sortait d’un tunnel. Je vis alors, à mon grand effroi, un autre train le tamponner. » Le rêveur vit l’écrasement des wagons, entendit les appels et les cris des blessés dans les décombres. Et il put nettement distinguer plusieurs personnes coincées parmi les débris.
Puis
vinrent les sauveteurs qui tentèrent désespérément de dégager les victimes. Des
jets de fumée et de vapeur couvrirent la scène, et les cris se firent plus
déchirants; des voyageurs périrent brûlés ou ébouillantés.
Le Dr
Prince était tellement agité pendant son sommeil que sa femme le réveilla. Il
lui raconta immédiatement son rêve. Comme il le rapporte, il était encore, à
son réveil, sous le choc que lui avait causé le sifflement de la vapeur et les
cris déchirants des victimes. Plusieurs minutes se passèrent avant que ces
bruits cessassent de résonner à ses oreilles. Néanmoins, il parvint à se
rendormir.
Que se
passa-t-il en réalité? Le lendemain matin à huit heures dix-huit minutes, le
Danbury-Express, encore en partie engagé sous le tunnel de Park Avenue à New
York, était tamponné par la locomotive du train local de Wite-Plain. Cette
collision inattendue eut lieu six heures au plus après le rêve. La locomotive
tamponna le train à l’arrêt, broya les wagons, et de nombreux voyageurs furent
tués ou blessés. Les sauveteurs accoururent, mais bientôt des jets de vapeur
s’échappèrent de la locomotive détruite, arrosèrent les passagers coincés entre
les débris et aggravèrent la catastrophe. Telles furent les relations de la
presse qui corroborèrent le récit du rêve du Dr Prince.
Le temps et
l’espace semblent perdre leur signification restrictive pendant le sommeil. Il
s’agit, dans notre optique temporaire, d’une voyance par précognition d’un fait
réel, sans aucun rapport personnel avec le rêveur.
Il y a également des rêves
simultanés ou télépathiques entre deux personnes. Le suivant en est un exemple très curieux qui se
double d’un caractère de rêve de guérison : Ce rêve fut communiqué à
Robert Owen, auteur d’un volume sur le sujet. Il lui fut envoyé par la fille
d’un lettré connu de l’Angleterre victorienne, appelée ici miss A.M.H.
Nous
avions, écrit-elle, il y a quelques années, un ami malade, Mr S. qui se
trouvait en mauvaise condition. On le disait phtisique. Il habitait à plusieurs
milles de chez nous. Malgré nos liens d’amitié, nous ne connaissions ni son
habitation ni ses proches. Nos rapports consistaient principalement en échanges
de lettres.
Sans
avoir eu une raison particulière de m’inquiéter de l’état de santé de notre
ami, je rêvai une nuit que je me rendais dans la ville où il habitait.
J’arrivai à une maison et y entrai. Je montai l’escalier et pénétrai dans une
pièce obscure. Je vis Mr S. couché dans son lit. Il donnait l’impression d’être
à la dernière extrémité. Je m’approchai de lui et lui dis, sans tristesse, mais
sur un ton assuré et confiant : « Non, vous ne mourrez pas.
Rassurez-vous, vous vivrez. » Tandis que je parlais, j’entendis une
musique magnifique emplir la pièce.
À mon
réveil, l’impression du rêve était encore si vive que je ne pus m’en défaire et
que je le racontai aussitôt à ma mère. Puis j’écrivis à Mr S. et lui demandai
des nouvelles de sa santé, sans faire allusion à mon inquiétude.
Il
répondit qu’il avait été malade, même à deux doigts de la mort, et que ma
lettre – qu’en raison de sa faiblesse il n’avait pu lire qu’après quelques
jours – l’avait rendu très heureux.
Trois
ans plus tard, ma mère et moi rencontrâmes Mr S. à Londres. Venant à parler de
rêves, je dis : « Lorsque vous avez été si malade, il y a trois ans,
j’ai rêvé de vous de façon très singulière. » Et je lui racontai mon
histoire. À mesure que je parlais, je voyais changer l’expression de son visage
et, quand j’eus terminé, il dit avec une vive émotion : « C’est
vraiment extraordinaire. Car, moi aussi, j’ai eu un ou deux jours avant
l’arrivée de votre lettre, un rêve qui est exactement la contrepartie du vôtre.
Je croyais être à la mort et prenais congé de mon frère. Celui-ci dit :
-
Puis-je faire
quelque chose pour toi?
-
Oui,
répondis-je, deux choses. La première : fais venir miss A.M.H. Je veux la
voir avant de mourir.
-
Impossible, dit
mon frère, elle ne viendra jamais.
-
Si, elle
viendra, ajoutai-je. De plus, je voudrais, avant de mourir, entendre ma sonate
préférée de Beethoven.
-
Ce n’est pas
sérieux, s’écria mon frère, n’as-tu pas de désirs plus importants en un tel
moment?
-
Non, je désire
seulement voir miss A.M.H. et entendre la sonate. Voilà tout.
Vous
vous êtes approchée de mon lit, la mine souriante, et m’avez adressé des
paroles encourageantes, m’assurant que je ne mourrais pas. Et, en même temps,
la musique que j’avais désirée, remplissait la pièce.
Cet exemple est
particulièrement beau, car il montre la puissance du subconscient unissant en
rêve deux personnes amies .(Stevens et
Moufag, Ibidem. pp. 201-202.)
De ces différents exemples, on doit
donc conclure que dans le rêve temps et espace sont différents du contexte
physique.
Ces rêves prémonitoires,
télépathiques ou clairvoyants sont exceptionnels comparativement à la multitude
de rêves qui meublent nos nuits de sommeil et influencent, consciemment ou non,
notre vie quotidienne. Faut-il distinguer le rêve du songe et de la vision?
Le rêve est un terme générique qui regroupe toutes
les trames oniriques se déroulant à la conscience. C’est là son sens
neuro-physiologique. Il peut être fortuit ou avoir un sens symbolique
traduisant l’état physiologique ou psycho-affectif. Le songe, qui est un rêve,
a un sens précisément de communication entre deux mondes ou deux entités. C’est
le terme biblique qui nous est parvenu et dont on disait qu’il était une
communication divine […]
Enfin la vision serait un terme générique indiquant une vue, intérieure ou par les yeux, à l’état de sommeil ou de veille, d’une chose ou d’une scène. D’une façon générale, nous conviendrons d’établir que la vision indique plutôt un phénomène propre à l’état de veille, entendu que le songe est spécifique au sommeil; il va sans dire que cette distinction est méthodologique et n’a qu’un intérêt pratique pour nous. Elle a toutefois ses racines dans la tradition du langage.
Il
convient de noter que le rêve est généralement corrélatif au sommeil […] Il
n’est pas exclu, toutefois, que nous puissions rêver à l’état de veille, bien
que ce soit là des états antinomiques. Les visions hypnagogiques, dites
crépusculaires, surviennent dans un état pré-somnique ou post-somnique; elles
sont intermédiaires entre sommeil et veille… (Donald Ernst, Vie onirique et
rêve prémonitoire, Les Éditions de l’Aube, Québec, 1984, pp. 173-174, 234.)
Ce sont ces rêves de tous les jours qui font l’objet de cet
ouvrage. Les recherches ci-dessus mentionnées nous enseignent que le fait de
rêver est donc aussi naturel et bienfaisant pour le corps que le fait de
s’alimenter, de respirer ou de boire. Mais, les effets du rêve ne se cantonnent
pas seulement dans la physiologie du corps physique et l’analyse de son contenu
révèle qu’ils se rapportent plus spécifiquement à notre santé psychique et
spirituelle. Et cela justifierait amplement le fait que nous passons en sommeil
près du tiers de notre existence. Les recherches de Jung sur l’inconscient ont
mis en lumière la fonction thérapeutique du rêve ainsi que son rôle essentiel
dans l’évolution de la personnalité. C’est par le rêve, et surtout par son
analyse sans préjugés, que l’individu apprend à se réaliser en intégrant son
inconscient à son Moi conscient. Jung appelle ce phénomène psychique le processus
de l’individuation* qui se dessine en filigrane dans la synthèse
analytique d’une suite de rêves faits au cours d’un traitement psychologique.
Les découvertes du psychiatre suisse
se sont trouvées corroborées par les enseignements médiumniques d’Edgar Cayce*
et de Jane Roberts*, qui nous a transmis l’enseignement de Seth*. Ce dernier,
tout en élargissant la vision jungienne de la psychologie humaine, la prolonge
de façon remarquable dans des exposés originaux sur la nature de l’âme et du
corps, qui n’est que la manifestation physique de l’âme. Les considérations de
Seth sur le rôle du rêve sont des plus stimulantes pour qui veut vraiment se
prendre en main et assurer et sa santé physique et sa réalisation personnelle.
Cela nous suggère déjà la fonction
essentielle du rêve comme méthode de guérison et comme moyen de devenir
soi-même, donc de réaliser sa croissance personnelle. On y verra la
justification du titre de cet ouvrage : Grandir et guérir par ses rêves.
Des scientifiques de
facture cartésienne me reprocheront peut-être de mettre sur le même pied
les énoncés d’un savant comme Carl Jung et les révélations médiumniques d’un
Edgar Cayce et d’une Jane Roberts. Mais Jung lui-même répond à cette objection
lorsqu’il enseigne que le mythe et la science sont deux modes de même valeur
par lesquels l’homme accède à la connaissance (Carl G. Jung, Ma vie,
Gallimard, pp. 342-343.)
La raison et l’intuition concourent donc à
cette connaissance de la réalité, comme le cerveau gauche et le cerveau droit,
par le corps calleux, intègrent la saisie de la réalité physique. L’intellect
peut élaborer des hypothèses, mais leur vérification dans la réalité est
redevable davantage au senti intuitif, au même titre que l’inspiration de
nombreuses découvertes a émané des rêves de leurs auteurs.
Dans cette monographie, j’exposerai d’abord comment les
auteurs précités définissent l’être humain dans toute sa complexité; ensuite
comment ils présentent la nature des rêves et leur fonction dans l’économie de
la vie humaine; puis, partant de ces exposés, j’expliquerai au lecteur une
méthode sûre pour analyser ses propres rêves dans un but thérapeutique et/ou
évolutif; cette méthode sera enfin appliquée à l’analyse de rêves originaux
pour illustrer et concrétiser leur enseignement. Le lecteur sera ensuite invité
à s’exercer à l’analyse et à l’interprétation de certains rêves qui lui seront
proposés. Ainsi, l’ouvrage comprendra cinq chapitres suivis de documents
complémentaires sur les images symboliques:
Chapitre 1 : L’être
humain et ses états de conscience
Chapitre 2 : Les
rêves et leur fonction
Chapitre 3 :
Comment analyser et comprendre ses rêves.
Chapitre 4 :
Exemples d’analyses de rêves
Chapitre 5 :
Exercices pratiques.
Document A :
Certains symboles oniriques (Cayce)
Document B : Des
actions typiques dans les rêves (Jung)
Document C :
Symboles archétypiques
En terminant cette introduction, je
m’en voudrais de ne pas signaler les suggestions significatives et
enrichissantes apportées à ce travail par Richard Tremblay, ami et
collaborateur. Non seulement avons-nous partagé l’analyse et l’interprétation
de nos rêves réciproques dans l’optique de cet ouvrage, mais il m’a aimablement
fait part de rêves éclairants pouvant aider les lecteurs à comprendre les
surprenantes révélations que nous recevons en rêve de notre Moi profond pour notre
gouverne quotidienne et pour notre évolution personnelle.