MARCEL MERCIER

 

 

 

 

Leopold Willmann. Le rêve de Jacob

 

 

 

 

GRANDIR ET GUÉRIR

PAR SES RÊVES

 

 

 

 

Copyright © Marcel Mercier 2005

 

TABLE DES MATIÈRES

 

En guise de préface                                                                 page 4

Introduction                                                                            page 6                        

Chapitre 1

         La nature complexe de l’homme                                     page 14            

         Les divers états de conscience                                       page  22            

Chapitre 2

         Les rêves expliqués par Jung                                          page 28

         Les rêves selon Cayce                                                   page 31

         Les rêves vus par Seth                                                   page 34

Chapitre 3 : Comment analyser vos rêves

         L’art de l’interprétation                                                  page 39

         Écrire vos rêves                                                             page 40

         Analyse et interprétation                                                 page 42

         La fonction compensatoire du rêve                                 page 45

         Un cadre personnalisé pour  l’interprétation                    page 47

         Un guide pratique                                                          page 50

Chapitre 4 : Interprétez vos rêves 1

         Rêves interprétés par Cayce                                           page 53

         Rêves rapportés par Jung                                                        page 57

         Trois rêves évolutionnaires                                             page 59

         Deux rêves télépathiques                                                page 70

Chapitre 5 : Interprétez vos rêves 2

         Exemples de rêves non interprétés                                  page 74

         Annexe : l’interprétation des rêves précédents                 page 77

Conclusion                                                                             page 84

Document A : Certains symboles oniriques (Cayce)                 page 87

Document B : Des actions typiques dans les rêves                    page 89

Document C : Symboles archétypiques                                    page 90

Mes sources                                                                                    page 92

GLOSSAIRE                                                                         page 94

 

 

 

 

 

 

 

En guise de préface

 

       (Après sa performance mémorable lors d’une interview à la BBC en 1959, un éditeur et de nombreux auditeurs, que ses propos avaient vivement intéressés, sollicitèrent Jung pour qu’il publie un ouvrage à l’adresse du lecteur moyen dans lequel il expliquerait les principes généraux de sa psychologie. Jung refusa d’abord, prétextant la lourdeur de la tâche et son grand âge. Toutefois, un jour il rêva qu’au lieu de parler, assis dans son bureau, avec les grands docteurs et les psychiatres qui venaient le voir du monde entier, il se trouvait sur une place publique, et s’adressait à une foule qui l’écoutait avec une profonde attention, et comprenait ce qu’il disait… Attachant alors une très grande importance à ce rêve, il accepta le projet et composa Essai d’exploration de l’inconscient, premier chapitre d’un ouvrage écrit en collaboration avec ses meilleurs disciples et sous sa direction, ouvrage qui parut sous le titre : L’homme et ses symboles. La préface qui suit est un texte rassemblant des affirmations de Jung glanées dans les pages 24 à 60 de ce premier chapitre. Le style a été unifié et légèrement modifié pour en faciliter la lecture.)

 

 

S

i l’on veut connaître et comprendre l’organisation psychique de la personnalité totale d’un individu, il est essentiel de se rendre compte que les rêves*( Les mots

suivis d’un astérisque (*) réfèrent au Glossaire qui donne des informations complémentaires.) ont un rôle beaucoup plus important à jouer (que les tests d’association verbale préconisés par Freud). Le rêve doit être traité comme un fait, à propos duquel on ne doit pas avoir d’idée préconçue, sinon qu’il a d’une manière ou d’une autre un sens, une expression spécifique de l’inconscient*.

            Seules les images et les idées qui font manifestement partie du rêve doivent être utilisées pour son interprétation. Le rêve porte en lui-même ses limites. La méthode que j’ai conçue nous amène à effectuer une sorte de promenade circulaire qui aurait l’image du rêve pour centre. Je tourne tout autour de l’image du rêve, et je refuse de tenir compte des tentatives que fait le rêveur pour s’en écarter. J’ai été maintes fois, au cours de ma pratique professionnelle, amené à répéter la phrase : « Revenons à votre rêve. Que dit le rêve? »

L’aspect inconscient des événements nous est révélé par le rêve, où il se manifeste non pas sous la forme d’une pensée rationnelle, mais par une image symbolique. Les images et les idées contenues dans les rêves ne peuvent pas être attribuées uniquement à un phénomène de mémoire. Elles expriment de nouvelles pensées qui n’ont jamais encore franchi le seuil de la conscience. Notre vie onirique est le sol où la plupart des symboles trouvent l’origine de leur croissance. Si une personne cultivée s’efforce d’éviter une métaphore hétérogène parce qu’elle peut brouiller l’effet de son propos, les rêves ont une texture différente. Le rêveur est assailli d’images qui semblent contradictoires et ridicules, le sens du temps est aboli, et les choses les plus banales peuvent revêtir un aspect enchanteur ou effrayant.

            On trouve dans beaucoup de rêves des images et des associations analogues aux idées, aux mythes* et aux rites primitifs. J’ai constaté que les associations et les images de cette sorte font partie intégrante de l’inconscient, et qu’on les trouve partout, que le rêveur soit cultivé ou analphabète, intelligent ou stupide. Elles ont une fonction qui leur « est propre » et une valeur particulière en raison précisément de leur caractère « historique ». Elles constituent un pont entre la manière dont nous exprimons notre pensée de façon consciente, et un mode d’expression plus primitif, plus coloré, plus imagé. De plus ce mode d’expression s’adresse directement à nos sentiments et à nos émotions. Ces associations « historiques » sont le lien entre l’univers rationnel de la conscience et le monde de l’instinct.

            Plus la conscience se trouve influencée par des préjugés, des erreurs, des fantasmes et des désirs puérils, plus s’élargit le fossé déjà existant jusqu’à la dissociation névrotique, amenant une vie plus ou moins artificielle, très éloignée des instincts normaux, de la nature et de la vérité. La fonction générale des rêves est d’essayer de rétablir notre équilibre psychologique à l’aide d’un matériel onirique qui, d’une façon subtile, reconstitue l’équilibre total de notre psychisme entier. C’est ce que j’appelle la fonction complémentaire (ou compensatrice) des rêves dans notre constitution psychique.

    Carl Gustav Jung, Essai d’exploration de l’inconscient,  pp. 24-60, (extraits).                  

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

                                                                               On meurt de ne pas rêver comme on meurt de          

                                                 ne pas respirer, de ne pas manger ou de ne pas

                                boire.  Raymond de Becker, Interprétez vos rêves.

                  

 

C

’est au Dr Kleitman (Le Dr Nathanael Kleitman avait commencé ses recherches sur le sommeil en 1938.) que revient l’honneur d’avoir démontré la nécessité vitale du rêve. Dans ses recherches sur le sommeil à l’Université de Chicago il s’associa un de ses élèves, Aserinsky, puis, un collègue, le Dr Dement. Ce groupe de chercheurs porta l’étude des rêves à son statut de Science officielle en 1953. Ces recherches qui se sont étalées sur deux décennies jusqu’aux années 60, ont prouvé que nous rêvions, en moyenne, 4 ou 5 fois par nuit et démontré que le rêve était essentiel à notre santé physique et mentale. Les dormeurs volontaires qui participèrent à ces recherches, aux Etats-Unis, ont montré des signes inquiétants de troubles psychiques graves (hallucinations, schizophrénie) lorsqu’on les privait de sommeil pendant une période prolongée. Par souci d’éthique, on arrêtait ces expériences dès l’apparition de ces troubles. Les études sur les effets de la privation de sommeil furent reprises en France par le Dr Jouvet, qui expérimenta sur des animaux. En poussant ces expérimentations à leurs limites extrêmes, non seulement il observa que les chats-cobayes présentaient les mêmes signes de dérangements psychiques (terreurs, hallucinations) que les dormeurs de Chicago, mais que l’animal qui ne pouvait plus rêver parce qu’on avait supprimé son centre du sommeil, mourait, en bonne santé, au bout de deux ou trois mois.

 

             On doit conclure de toutes ces études sur la physiologie du sommeil que « le rêve est indispensable à la vie, plus indispensable même que le sommeil et correspond à une fonction que des psychologues comme Maeder et Jung ont déjà décrite comme une fonction de compensation de la vie éveillée et d’autorégulation de l’organisme. » (Raymond de Becker, Les rêves, dans Le Dictionnaire de la Psychologie moderne, T-2, p.499.)

 

            Voilà donc ce que la science des rêves nous apprend au  plan physiologique. Mais qu’en est-il du contenu du rêve pour le rêveur. Sans doute, y a-t-il des rêves prémonitoires dont la fonction est de le prévenir d’un danger ou d’annoncer un événement futur le concernant, lui ou d’autres personnes. Tel fut le rêve de cette irlandaise de new York qui en a fait le récit suivant :

J’eus un rêve atroce à l’époque de mon adolescence. Je regardai par la fenêtre et vis une grande voiture s’arrêter devant notre porte. J’y pris place, et me retrouvai avec toute ma famille qui l’occupait déjà.

Elle repartit, mais s’arrêta bientôt devant une église entourée d’un cimetière. Ma sœur cadette en descendit et pénétra dans le cimetière. Elle se retourna vers nous et nous regarda tendrement. Mon cœur se serra, mais, dans mon rêve, j’étais incapable de bouger. La voiture repartit pour s’arrêter devant un autre cimetière. Un second membre de ma famille en descendit et, comme ma sœur, pénétra dans le cimetière sans que je puisse l’en empêcher. La voiture repartit encore, et tous les membres de ma famille la quittèrent tour à tour. Ce rêve symbolique n’était qu’une prophétie cruelle. Rien ne put l’empêcher de se réaliser. 

L’intéressée ajoute en effet que les décès se suivirent dans l’ordre du rêve. Tous moururent avant elle (Stevens et Moufag, Le dossier fantastique du rêve, dans Encyclopédie Planète, Éd. Planète, 1965, pp. 115-116).

 

            Dans ce rêve, l’inconscient se sert de symboles faciles à interpréter : la voiture qui voyage d’une église à l’autre indique la succession du temps et les cimetières, la suite des décès, alors que l’incapacité de bouger de la jeune fille signifie qu’elle ne peut changer le destin de sa famille. Les membres de la famille descendent d’eux-mêmes de voiture pour se diriger vers le cimetière (Ceci est conforme à l’enseignement de Seth selon lequel chacun décide du moment de sa mort. Jane Roberts, La réalité personnelle, T-2, p. 79).

 

Mais certains rêves dits « prémonitoires » ne comportent aucun symbole, ils présentent un événement futur tel qu’il se réalisera. Le rêve d’Abraham Lincoln en est un exemple-type.

Très inquiet à la suite de ce rêve, il le raconta à sa femme et à un de ses amis: « Un soir, dit-il, il y a dix jours environ, je me couchai fort tard. Je m’endormis bientôt et commençai à rêver. Un silence de mort m’entourait. J’entendis soudain des sanglots, puis j’eus l’impression que je sortais du lit et descendais l’escalier. Le silence n’était rompu que par le bruit des sanglots. Je pénétrai dans chaque pièce et n’y rencontrai aucun être vivant. Mais où étaient donc tous ces désespérés? J’étais inquiet. Résolu à trouver la clé de l’énigme, je continuai ma tournée jusqu’à la chambre de l’est, où j’entrai. Une surprise m’attendait. Je vis devant moi un mort exposé sur un catafalque et veillé par des soldats. La pièce était pleine de monde. Les uns regardaient tristement le mort, dont la figure était cachée, les autres pleuraient.

Je demandai à un des soldats :

 - Qui est mort à la Maison Blanche?

 - Le président, il a été assassiné!

À ce moment le désespoir de la foule devint si bruyant que je me réveillai. Je ne pus me rendormir cette nuit-là. Et depuis, je suis inquiet, bien que ce ne soit là qu’un rêve. […]

Et Lamon, ancien associé et ami de Lincoln, poursuivit son récit : « Cette terrible vision correspondait à d’autres rêves et pressentiments du président et l’inquiétait profondément. Il essaya d’en rire, mais termina son récit par ces mots :

- Maintenant ne nous faisons plus de soucis! Dieu agira en temps voulu et comme il lui plaira! Il sait ce qui est juste.

Il dit ces mots en soupirant et comme s’il se parlait à lui-même. Il avait oublié ma présence. 

Après son assassinat par un fanatique sudiste, il fut, comme dans son rêve, exposé dans la chambre de l’est, et des soldats veillèrent son corps (Stevens et Moufag, Ibidem, pp. 164-165.)

 

            Mais au cours de certains rêves, le dormeur peut utiliser la clairvoyance pour connaître un événement se passant ailleurs au même moment. En voici un exemple :

Ce rêve, comme l’assura la narratrice, avait un caractère si violent qu’il la réveilla brusquement.

Je sentais que c’était plus qu’un rêve ordinaire; c’est pourquoi je réveillai mon mari pour le lui raconter. Je venais de voir en rêve ma mère sur un canot de sauvetage luttant péniblement contre les vagues. Il était si chargé qu’il coulerait infailliblement.

Mon mari, furieux d’avoir été réveillé pour écouter le récit d’un cauchemar, me répondit : « C’est un rêve idiot, pourquoi devrions-nous nous inquiéter? Tu sais bien que ta mère est en Angleterre en ce moment! » Malgré tout, je ne pus me rendormir. Le lendemain les journaux annonçaient la catastrophe du Titanic. Lorsque parut la liste des passagers, la dame y lut le nom de sa mère, mais celle-ci arriva finalement saine et sauve à New York.

La mère avait voulu faire une surprise à sa fille et s’était embarquée à l’insu de ses enfants. Au moment même où sa fille faisait son rêve atroce, la mère se trouvait sur un canot qui menaçait de couler d’une minute à l’autre. Elle raconta à son arrivée que, persuadée qu’elle ne reverrait plus sa fille, elle concentra toute sa pensée sur elle en ce moment tragique

S’il y eut télépathie* de la part de la mère, c’est par clairvoyance* que la fille prit connaissance, dans son rêve, de la situation périlleuse où elle se trouvait. (Stevens et Moufag, Ibidem, pp. 150-151.)

 

                Certains rêves de « clairvoyance » peuvent aussi présenter un événement dans une vision prémonitoire : il s’agit alors d’un fait futur qui n’a aucun rapport avec la personne du rêveur.  Telle est la nature du rêve suivant, fait par le Dr Walter Franklin Prince, directeur de la S.P.R. (Society of Psychical Research) de Boston (Ibidem, pp. 174-175.)

Dans la nuit du 7 ou 8 janvier 1902, écrit le Dr Prince, probablement vers l’aube, je rêvai d’un train dont la queue sortait d’un tunnel. Je vis alors, à mon grand effroi, un autre train le tamponner. » Le rêveur vit  l’écrasement des wagons, entendit les appels et les cris des blessés dans les décombres. Et il put nettement distinguer plusieurs personnes coincées parmi les débris.

Puis vinrent les sauveteurs qui tentèrent désespérément de dégager les victimes. Des jets de fumée et de vapeur couvrirent la scène, et les cris se firent plus déchirants; des voyageurs périrent brûlés ou ébouillantés.

Le Dr Prince était tellement agité pendant son sommeil que sa femme le réveilla. Il lui raconta immédiatement son rêve. Comme il le rapporte, il était encore, à son réveil, sous le choc que lui avait causé le sifflement de la vapeur et les cris déchirants des victimes. Plusieurs minutes se passèrent avant que ces bruits cessassent de résonner à ses oreilles. Néanmoins, il parvint à se rendormir.

Que se passa-t-il en réalité? Le lendemain matin à huit heures dix-huit minutes, le Danbury-Express, encore en partie engagé sous le tunnel de Park Avenue à New York, était tamponné par la locomotive du train local de Wite-Plain. Cette collision inattendue eut lieu six heures au plus après le rêve. La locomotive tamponna le train à l’arrêt, broya les wagons, et de nombreux voyageurs furent tués ou blessés. Les sauveteurs accoururent, mais bientôt des jets de vapeur s’échappèrent de la locomotive détruite, arrosèrent les passagers coincés entre les débris et aggravèrent la catastrophe. Telles furent les relations de la presse qui corroborèrent le récit du rêve du Dr Prince.

 Le temps et l’espace semblent perdre leur signification restrictive pendant le sommeil. Il s’agit, dans notre optique temporaire, d’une voyance par précognition d’un fait réel, sans aucun rapport personnel avec le rêveur.

            Il y a également des rêves simultanés ou télépathiques entre deux personnes. Le  suivant en est un exemple très curieux qui se double d’un caractère de rêve de guérison : Ce rêve fut communiqué à Robert Owen, auteur d’un volume sur le sujet. Il lui fut envoyé par la fille d’un lettré connu de l’Angleterre victorienne, appelée ici miss A.M.H.

Nous avions, écrit-elle, il y a quelques années, un ami malade, Mr S. qui se trouvait en mauvaise condition. On le disait phtisique. Il habitait à plusieurs milles de chez nous. Malgré nos liens d’amitié, nous ne connaissions ni son habitation ni ses proches. Nos rapports consistaient principalement en échanges de lettres.

Sans avoir eu une raison particulière de m’inquiéter de l’état de santé de notre ami, je rêvai une nuit que je me rendais dans la ville où il habitait. J’arrivai à une maison et y entrai. Je montai l’escalier et pénétrai dans une pièce obscure. Je vis Mr S. couché dans son lit. Il donnait l’impression d’être à la dernière extrémité. Je m’approchai de lui et lui dis, sans tristesse, mais sur un ton assuré et confiant : « Non, vous ne mourrez pas. Rassurez-vous, vous vivrez. » Tandis que je parlais, j’entendis une musique magnifique emplir la pièce.

À mon réveil, l’impression du rêve était encore si vive que je ne pus m’en défaire et que je le racontai aussitôt à ma mère. Puis j’écrivis à Mr S. et lui demandai des nouvelles de sa santé, sans faire allusion à mon inquiétude.

Il répondit qu’il avait été malade, même à deux doigts de la mort, et que ma lettre – qu’en raison de sa faiblesse il n’avait pu lire qu’après quelques jours – l’avait rendu très heureux.

Trois ans plus tard, ma mère et moi rencontrâmes Mr S. à Londres. Venant à parler de rêves, je dis : « Lorsque vous avez été si malade, il y a trois ans, j’ai rêvé de vous de façon très singulière. » Et je lui racontai mon histoire. À mesure que je parlais, je voyais changer l’expression de son visage et, quand j’eus terminé, il dit avec une vive émotion : « C’est vraiment extraordinaire. Car, moi aussi, j’ai eu un ou deux jours avant l’arrivée de votre lettre, un rêve qui est exactement la contrepartie du vôtre. Je croyais être à la mort et prenais congé de mon frère. Celui-ci dit :

-         Puis-je faire quelque chose pour toi?

-         Oui, répondis-je, deux choses. La première : fais venir miss A.M.H. Je veux la voir avant de mourir.

-         Impossible, dit mon frère, elle ne viendra jamais.

-         Si, elle viendra, ajoutai-je. De plus, je voudrais, avant de mourir, entendre ma sonate préférée de Beethoven.

-         Ce n’est pas sérieux, s’écria mon frère, n’as-tu pas de désirs plus importants en un tel moment?

-         Non, je désire seulement voir miss A.M.H. et entendre la sonate. Voilà tout.

Vous vous êtes approchée de mon lit, la mine souriante, et m’avez adressé des paroles encourageantes, m’assurant que je ne mourrais pas. Et, en même temps, la musique que j’avais désirée, remplissait la pièce.

Cet exemple est particulièrement beau, car il montre la puissance du subconscient unissant en rêve deux personnes amies .(Stevens et Moufag, Ibidem. pp. 201-202.)

 

            De ces différents exemples, on doit donc conclure que dans le rêve temps et espace sont différents du contexte physique.

            Ces rêves prémonitoires, télépathiques ou clairvoyants sont exceptionnels comparativement à la multitude de rêves qui meublent nos nuits de sommeil et influencent, consciemment ou non, notre vie quotidienne. Faut-il distinguer le rêve du songe et de la vision?

Le rêve est un terme générique qui regroupe toutes les trames oniriques se déroulant à la conscience. C’est là son sens neuro-physiologique. Il peut être fortuit ou avoir un sens symbolique traduisant l’état physiologique ou psycho-affectif. Le songe, qui est un rêve, a un sens précisément de communication entre deux mondes ou deux entités. C’est le terme biblique qui nous est parvenu et dont on disait qu’il était une communication divine […]

Enfin la vision serait un terme générique indiquant une vue, intérieure ou par les yeux, à l’état de sommeil ou de veille, d’une chose ou d’une scène. D’une façon générale, nous conviendrons d’établir que la vision indique plutôt un phénomène propre à l’état de veille, entendu que le songe est spécifique au sommeil; il va sans dire que cette distinction est méthodologique et n’a qu’un intérêt pratique pour nous. Elle a toutefois ses racines dans la tradition du langage.

Il convient de noter que le rêve est généralement corrélatif au sommeil […] Il n’est pas exclu, toutefois, que nous puissions rêver à l’état de veille, bien que ce soit là des états antinomiques. Les visions hypnagogiques, dites crépusculaires, surviennent dans un état pré-somnique ou post-somnique; elles sont intermédiaires entre sommeil et veille… (Donald Ernst, Vie onirique et rêve prémonitoire, Les Éditions de l’Aube, Québec, 1984, pp. 173-174, 234.)

Ce sont ces rêves de tous les jours qui font l’objet de cet ouvrage. Les recherches ci-dessus mentionnées nous enseignent que le fait de rêver est donc aussi naturel et bienfaisant pour le corps que le fait de s’alimenter, de respirer ou de boire. Mais, les effets du rêve ne se cantonnent pas seulement dans la physiologie du corps physique et l’analyse de son contenu révèle qu’ils se rapportent plus spécifiquement à notre santé psychique et spirituelle. Et cela justifierait amplement le fait que nous passons en sommeil près du tiers de notre existence. Les recherches de Jung sur l’inconscient ont mis en lumière la fonction thérapeutique du rêve ainsi que son rôle essentiel dans l’évolution de la personnalité. C’est par le rêve, et surtout par son analyse sans préjugés, que l’individu apprend à se réaliser en intégrant son inconscient à son Moi conscient. Jung appelle ce phénomène psychique le processus de l’individuation* qui se dessine en filigrane dans la synthèse analytique d’une suite de rêves faits au cours d’un traitement psychologique.

            Les découvertes du psychiatre suisse se sont trouvées corroborées par les enseignements médiumniques d’Edgar Cayce* et de Jane Roberts*, qui nous a transmis l’enseignement de Seth*. Ce dernier, tout en élargissant la vision jungienne de la psychologie humaine, la prolonge de façon remarquable dans des exposés originaux sur la nature de l’âme et du corps, qui n’est que la manifestation physique de l’âme. Les considérations de Seth sur le rôle du rêve sont des plus stimulantes pour qui veut vraiment se prendre en main et assurer et sa santé physique et sa réalisation personnelle.

            Cela nous suggère déjà la fonction essentielle du rêve comme méthode de guérison et comme moyen de devenir soi-même, donc de réaliser sa croissance personnelle. On y verra la justification du titre de cet ouvrage : Grandir et guérir par ses rêves.

            Des scientifiques de facture cartésienne me reprocheront peut-être de mettre sur le même pied les énoncés d’un savant comme Carl Jung et les révélations médiumniques d’un Edgar Cayce et d’une Jane Roberts. Mais Jung lui-même répond à cette objection lorsqu’il enseigne que le mythe et la science sont deux modes de même valeur par lesquels l’homme accède à la connaissance (Carl G. Jung, Ma vie, Gallimard, pp. 342-343.)

 La raison et l’intuition concourent donc à cette connaissance de la réalité, comme le cerveau gauche et le cerveau droit, par le corps calleux, intègrent la saisie de la réalité physique. L’intellect peut élaborer des hypothèses, mais leur vérification dans la réalité est redevable davantage au senti intuitif, au même titre que l’inspiration de nombreuses découvertes a émané des rêves de leurs auteurs.

Dans cette monographie, j’exposerai d’abord comment les auteurs précités définissent l’être humain dans toute sa complexité; ensuite comment ils présentent la nature des rêves et leur fonction dans l’économie de la vie humaine; puis, partant de ces exposés, j’expliquerai au lecteur une méthode sûre pour analyser ses propres rêves dans un but thérapeutique et/ou évolutif; cette méthode sera enfin appliquée à l’analyse de rêves originaux pour illustrer et concrétiser leur enseignement. Le lecteur sera ensuite invité à s’exercer à l’analyse et à l’interprétation de certains rêves qui lui seront proposés. Ainsi, l’ouvrage comprendra cinq chapitres suivis de documents complémentaires sur les images symboliques:

                        Chapitre 1 : L’être humain et ses états de conscience

                        Chapitre 2 : Les rêves et leur fonction

Chapitre 3 : Comment analyser et comprendre ses rêves.

                        Chapitre 4 : Exemples d’analyses de rêves

                        Chapitre 5 : Exercices pratiques.

Document A : Certains symboles oniriques (Cayce)

                        Document B : Des actions typiques dans les rêves (Jung)

                        Document C : Symboles archétypiques

            En terminant cette introduction, je m’en voudrais de ne pas signaler les suggestions significatives et enrichissantes apportées à ce travail par Richard Tremblay, ami et collaborateur. Non seulement avons-nous partagé l’analyse et l’interprétation de nos rêves réciproques dans l’optique de cet ouvrage, mais il m’a aimablement fait part de rêves éclairants pouvant aider les lecteurs à comprendre les surprenantes révélations que nous recevons en rêve de notre Moi profond pour notre gouverne quotidienne et pour notre évolution personnelle.