Plus
généralement, il est tout à fait stupide de croire qu’il existe des guides
préfabriqués et systématiques pour interpréter les rêves […]. Aucun symbole
apparaissant dans un rêve ne peut être abstrait de l’esprit individuel qui le
rêve. Et il n’y a pas d’interprétation déterminée et directe des rêves (Jung). C.G.Jung,
Essai d’exploration de l’inconscient, p. 65.
Cette
personne peut analyser ses rêves et les interpréter mieux que quiconque car
elle les analysera mieux pour elle-même que le meilleur des spécialistes. Et
cela est vrai pour tout le monde (Cayce). Edgar Cayce, Lecture 257-138, cité dans
Dorothée Koechlin de Bizemont, L’univers d’Edgar Cayce, t.1, p. 367.
Vous a appris à les interpréter
selon des procédures stéréotypées. On vous dit, par exemple, que certains
objets ou certaines images de rêves ont une signification précise – pas
forcément la vôtre – selon que vous êtes de telle ou telle école de pensée
psychologique, mystique ou religieuse.
Certains
de ces systèmes ne sont pas sans fondement, mais ils négligent le caractère
intime des rêves et le fait que vous créez votre propre réalité (Seth). Jane Robert, La réalité personnelle, Éd. De
Mortagne, p. 38.
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E |
ncore
une fois, les auteurs précités sont non seulement d’accord sur la nature des
rêves, mais tous les trois insistent sur le fait que leur interprétation est,
d’abord et avant tout, l’affaire du rêveur lui-même. Car le rêve fait partie de
la vie intime de l’individu qui en reçoit des informations et des messages pour
assurer sa croissance personnelle. Leur interprétation s’impose car le langage
du rêve est fait de symboles, qui se rapportent toujours à la vie du rêveur, à
ses pensées, à ses croyances, et aux problèmes qu’il tente de solutionner.
L’art de l’interprétation
On conçoit ainsi facilement qu’on ne peut
faire appel à une prétendue science de l’interprétation pour comprendre le
message du rêve. Car c’est plutôt un art qui requiert une certaine connaissance
de la psychologie humaine et des symboles oniriques (Voir les Documents A, B et C, pp. 84-87.) et un discernement qui
ne peut se faire que par une distanciation par rapport à ses propres idées ou à
ses propres projections inconscientes. Autrement dit : l’analyste, qu’il
soit le rêveur lui-même ou une autre personne qu’il consulte, doit mettre de
côté ses préjugés, ses a priori ou ses propres théories et aborder le
rêve en se disant au départ, comme Jung : « Je n’ai vraiment pas la
moindre idée de ce que ce rêve peut signifier » (C.G.Jung, La
guérison psychologique, p.64.). Il pourra ensuite aborder son étude dans un esprit ouvert avec la
collaboration du rêveur lui-même dans son contexte de vie et selon ses
caractéristiques personnelles. Il s’agit de trouver le sens du rêve :
qu’est-ce que l’inconscient veut signifier à la conscience du rêveur? Des trois
auteurs précités, Jung s’avère celui qui a le plus détaillé l’analyse des rêves
selon un protocole efficace. Nous l’adopterons donc dans ce qui suit.
Un premier tri portera
sur les sortes de rêves, afin de bien préciser celui qui fait l’objet d’analyse
et d’interprétation, car certains rêves sont leur propre interprétation,
par exemple, les rêves qui manifestent une perception psychique : voyance
et télépathie. Dans la voyance, comme nous l’avons dit plus haut, le rêveur
voit l’événement se produire ailleurs. Les rêves de voyance et les rêves
télépathiques n’exigent donc guère d’interprétation. Quant aux rêves
anticipatoires ou prophétiques, la plupart sont clairs (voir le rêve de Lincoln
dans l’Introduction). Même si un certain nombre d’entre eux se présentent sous
une forme symbolique, ils sont facilement reconnus après leur réalisation. Les
rêves où interviennent des guides spirituels sont généralement évidents et
signifient exactement ce que le message dit. J’en ai donné un exemple au
chapitre précédent. (Voir page 35.)
Nous traiterons donc
des rêves qui concernent les problèmes de l’organisme, les rêves dits
thérapeutiques et ceux qui permettent une meilleure observation de soi-même et
donc qui apporte, au rêveur, une plus grande connaissance de soi par la
révélation de son ombre et des autres archétypes de l’inconscient, c’est-à-dire
qui ont trait à l’évolution de sa personnalité. Ce sont les plus symboliques,
parce qu’ici l’intervention de l’inconscient se fait d’autant plus pressant en
son langage imagé qu’il y a urgence de rétablir l’équilibre physiologique ou
psychique du rêveur. Ce langage onirique est plus poétique que le langage
rationnel. Si on demande à un médecin de
décrire le déroulement d’une maladie, il utilisera des concepts rationnels
comme infection ou fièvre, alors que le rêve représentera « le corps
malade de l’homme comme s’il était sa maison terrestre, et la fièvre comme le
feu qui la détruit » (C.G.Jung, Essai
d’exploration de l’inconscient, p. 108.)
Mais celui qui veut aborder lui-même l’analyse de ses rêves
doit être animé d’un grand désir de se mieux connaître et décidé à y mettre le
prix. C’est une entreprise sérieuse – mais combien enrichissante ! - que de
vouloir scruter les messages de son inconscient : celui-ci répondra au
désir du conscient si ce dernier persévère dans son projet et y apporte une
certaine discipline et une continuité dans la remémoration de ses rêves et dans
leur rédaction quotidienne ou régulière. Il doit donc, avant tout, croire à
leur importance. Par contre, cette autoanalyse est déconseillée et même
contre-indiquée pour un psychotique, fût-il guéri, sans l’aide d’un
psychothérapeute chevronné qui saura faire la part des choses et renoncer à se
livrer à cette analyse si le Moi du patient est encore trop fragile pour
affronter les « confidences » déstabilisatrices de l’inconscient.
Le désir et la décision de se
souvenir de ses rêves au réveil faciliteront donc leur rappel à la conscience.
Les spécialistes recommandent de noter minutieusement le déroulement du rêve.
Jung suggérait même à ses patients de dessiner ou de peindre leurs rêves et
revenir à leurs esquisses pour stimuler le souvenir de certains détails qui
leur auraient d’abord échappé. Voici donc quelques règles qui facilitent
l’analyse des rêves (Voir Raymond de Becker, Interprétez vos rêves, pp.
94-98.):
1. Tenir un cahier de rêves qu’on pourra consulter
régulièrement.
2.
Ne pas interrompre ses activités
professionnelles ou son train de vie, à moins que l’interprétation des rêves y
pousse nécessairement le sujet.
3.
Mettre entre parenthèses toutes ses
valeurs : le rêve est un inconnu dont on ignore tout et qu’il faut
étudier.
4.
Transcrire exactement chaque rêve et son
contexte (celui de la veille et celui du rêve lui-même : lieu, endroit et,
éventuellement, l’heure).
5.
Noter le nombre de personnages qui se présentent
dans le rêve.
6.
Dans une suite de rêves, placer le rêve analysé
entre celui qui le précède et celui qui le suit.
7.
Étudier le rêve par rapport à la situation de la
veille.
8.
Toujours préférer à l’interprétation générale
des symboles les associations libres sur les détails du rêve.
9.
Peindre ou dessiner ses rêves si leur expression
verbale est difficile ou impossible.
Et voici une suggestion pratique: garder un bloc-note et un crayon sur sa table de chevet pour y écrire ses rêves si on se réveille durant la nuit : car alors le souvenir en est plus vif. Et, au réveil, tenir les yeux fermés quelques minutes pour s’efforcer de revoir en détail le ou les rêves dont nous avons retenu des bribes; puis, au lever, les noter immédiatement
Analyse et interprétation
Préliminaires. Jung donne deux conseils utiles pour aborder l’analyse des rêves de façon
efficace : a. Apprendre le plus de choses possibles sur le symbolisme,
puis oublier tout ce que vous avez appris lorsque vous analysez un rêve (C.G.Jung, Essai
d’exploration de l’inconscient, p. 70). b. Considérer le rêve comme un drame (C.G.Jung, La guérison psychologique, pp.
69-70).
Jung conseille, pour faciliter la clarté et l’analyse, de considérer le
rêve comme s’il constituait un drame en raccourci, avec ses quatre actes :
1. son exposition et ses personnages,
son lieu géographique, son époque, ses décors;
2. l’action qui s’y annonce et s’y
noue;
3. la péripétie du drame;
4. ce drame évolue vers sa
terminaison, sa solution, sa « lyse », détente, indication ou
conclusion.
Ce schéma de répartition en quatre
actes est en général fort éclairant et valable.
Des rêves, en particulier, qui se terminent par le réveil en sursaut du rêveur, Jung pense – pour qu’ils aient réussi à percer tous les mécanismes physiologiques et psycho-physiologiques protecteurs du sommeil – qu’il s’agit d’une teneur psychologique d’une telle importance ou d’une telle urgence, que l’inconscient les fait passer en quelque sorte en prise directe dans le conscient pour être sûr qu’ils n’échappent point au conscient et au moi du rêveur. (Dr Roland Cahen, cité dans Planète Plus, C.G.Jung, l’homme et son message, p. 51)
Procédé succinct d’analyse
Quant à l’interprétation, la tâche
s’avère plus délicate et plus longue. « Elle suppose chez celui qui la
pratique, une compréhension psychologique, une faculté de pénétration intuitive
et de combinaison, une connaissance du monde et des hommes, et, en outre, un savoir
spécifique, reposant autant sur des connaissances étendues et approfondies
que sur une certaine « intelligence du cœur » (Ibidem,
p. 68)
2. Avec les
conseils d’un spécialiste et la pratique personnelle, l’interprétation de ses
propres rêves devient plus facile.
Voici, à titre d’illustration, la structure dramatique
habituelle en quatre phases d’un rêve :
1. une exposition qui
indique le lieu de l’action. Par exemple : Je suis dans la rue, c’est une avenue… Cette exposition
comprend :
a. les personnages. Je me promène avec mon ami X et nous croisons
Mme Y…
b. le temps (manque souvent). Parfois une horloge sur un bâtiment
indique l’heure…
2. une action qui se noue :
Dans le lointain apparaît une automobile
qui roule bizarrement : le chauffeur doit être ivre…
3. une culmination ou
péripétie : Tout à coup, c’est moi qui suis dans l’automobile,
apparemment je suis le chauffeur ivre, mais je ne suis pas ivre, mais incertain
et embarrassé : la direction ne répond plus et je bute contre un mur…
4. un dénouement
(solution) : (Cette partie manque parfois) Je remarque que la partie avant de la voiture est écrasée. Je ne
connais pas cette auto qui appartient à quelqu’un d’autre. Je ressens une
certaine angoisse en pensant à ma responsabilité. (Voir C.G.Jung, La guérison psychologique,
pp. 68-70).
Cette séquence dans l’analyse (en trois ou quatre phases) est répétée pour chacun des rêves d’une série. Elle précède l’interprétation proprement dite. Dans le prochain chapitre, je présenterai des exemples d’interprétation de rêves.
Les rêves n’ont pas tous la même importance. Il faut
distinguer ceux qu’on qualifie de « petits rêves » et ceux qu’on
considère comme de « grands rêves », car la fonction compensatoire ne
s’applique pas de la même façon dans les deux cas. Les petits rêves, expliquent
Jung, « sont les fragments de l’imagination courante de chaque nuit; ils
proviennent de la sphère subjective et personnelle et trouvent une explication
suffisante dans les faits de la vie quotidienne » (C.G. Jung, La guérison psychologique, pp.
74-75.)
Ce sont ces rêves quotidiens que nous désirons
analyser pour équilibrer notre vie ou progresser psychiquement. On les oublie
facilement, car leur valeur réside dans les « variation quotidiennes de
l’équilibre psychique. » Et cet équilibre est la plupart du temps assuré
par la fonction de compensation du rêve (voir plus loin).
Quant
aux rêves importants ou « grands rêves », on en garde le souvenir
durant toute la vie : « […] il n’est pas rare qu’ils soient la gemme
la plus précieuse du trésor où l’âme renferme les joyaux de ses
expériences » (C.G. Jung, La guérison psychologique, pp. 74-75),
car ces rêves contiennent des motifs mythologiques que Jung a appelés
archétypes et qui prennent leur source dans la couche profonde de l’inconscient
collectif. Ils surviennent, en général, à des moments importants de la
vie : dans la première enfance (entre 3 et 5 ans), à la puberté, au milieu
de la vie (36-40 ans) et à l’heure de la mort. Ils se présentent ordinairement
dans un cadre poétique et de beauté qui étonne le rêveur. Leur interprétation
est difficile et laborieuse parce que le sujet qui les a vécus ne peut pas
faire, à leur sujet, d’associations significatives. Les symboles, en effet, ont
une saveur mythologique et visent à exprimer un problème humain éternel et non
point un déséquilibre personnel (Ibidem, pp. 76-77 ).
.
Dans une longue
suite de rêves apparaît un processus de développement ou d’organisation,
évoluant par étapes méthodiques. C’est ce que Jung a désigné par le terme de processus
d’individuation ou processus évolutif de la personnalité. Les grands rêves
amorcent et souvent « précipitent » chez les sujets, ce processus
d’individuation, c’est-à-dire la réalisation de l’homme total :
l’intégration de l’inconscient dans le conscient ou mieux l’assimilation du moi
à une personnalité plus étendue. Pour ce faire, enseigne Jung, ils
utilisent de nombreux thèmes
mythologiques qui caractérisent la vie du héros, cette personnalité humaine
plus grande que celle du commun des mortels et de nature semi-divine. Il s’agit
d’aventures dangereuses, d’épreuves comme celles qu’on rencontre dans les
initiations. Il y a des dragons, des animaux secourables et des démons. On y
rencontre le Vieux Sage, l’Homme-Bête, le trésor caché, l’Arbre magique,
La compensation est un affrontement, une comparaison
de différents points de vue qui pourraient permettre un redressement ou un
équilibre. Trois possibilités se présentent :
a. Si l’attitude
du Moi conscient est fortement unilatérale, le rêve adopte un parti
opposé, une contre-partie. Par exemple, quelqu’un qui rationalise beaucoup ses
émotions pour les contrôler, pourrait se retrouver angoissé ou pleurnichard en
rêve.
b. Si la
conscience se tient aux environs du juste
milieu, le rêve se contente d’exprimer des variantes. Par exemple,
quelqu’un qui affiche un bon contrôle émotif, mais qui est capable d’exprimer
de la sympathie, rêvera qu’il console des gens et les aide à régler leurs
problèmes.
c. Si l’attitude
de la conscience est correcte
(adéquate), le rêve coïncide avec cette attitude et en souligne les tendances,
sans perdre pour autant l’autonomie qui lui est propre. Par exemple, une
personne optimiste qui aime la vie et les animaux, fera des rêves dans lesquels
elle se verra entourer d’amis ou s’intéressera à l’élevage de petits animaux.
La compensation vise, dans la plupart des cas, à rétablir un équilibre
psychique normal et agit ainsi comme une sorte de régulation autonome du
système psychique. Mais la compensation est insuffisante (ou n’a pas lieu) dans
le cas d’individus ayant une vie tarée, car le rêve présagerait un dénouement
fatal : suicide ou autres actions anormales (Voir Ibidem, pp. 71-72).
Un profane
intelligent, c’est-à-dire un non spécialiste, qui dispose de quelques
connaissances psychologiques, d’une certaine expérience de la vie et d’un
certain entraînement, est capable de diagnostiquer de façon très exacte la
compensation incluse dans un rêve ordinaire. Mais il lui sera impossible de
comprendre la nature du processus d’individuation qui se manifeste à travers
les rêves et qui est à la base de la compensation psychologique, s’il n’a pas
de solides connaissances dans les domaines de la mythologie, du folklore, de la
psychologie des primitifs et de l’histoire comparée des religions (Voir Ibidem,
p. 74). Il pourra, avec avantage, consulter un psychothérapeute à leur sujet.
Ceci étant bien compris, revenons aux
rêves « moyens » ou aux petits rêves, qui concernent notre propos,
voyons quand et comment opère la fonction de compensation. Elle s’exerce avec
d’autant plus d’insistance que le sujet garde et entretient « des
préjugés, des erreurs, des fantasmes et des désir puérils » (de fausses
croyances ou croyances négatives, dirait Seth) qui peuvent, s’ils ne sont pas
modifiés, conduire à une dissociation névrotique ou amener « une vie plus
ou moins artificielle, très éloignée des instincts normaux, de la nature et de
la vérité ». Le rêve tentera de compenser la situation psychologique, de
façon subtile, à l’aide d’un matériel onirique dont le but est de reconstituer
l’équilibre total de notre psychisme tout entier. Pour illustrer cela, Jung
cite le cas de gens qui manquent de réalisme, qui ont une trop bonne opinion
d’eux-mêmes ou qui font des projets sans tenir compte de leurs capacités. Ces
gens rêveront, par exemple, qu’ils volent ou font des chutes. Les rêves
compenseront ainsi les déficiences de leur personnalité tout en les avertissant
du danger de leur démarche (Ibidem, p. 60).
S’ils ne réagissent pas au message du rêve,
ces personnes pourraient tomber dans les escaliers ou avoir des accidents de
voitures. Voici un exemple éclairant fourni par Jung :
Je me souviens d’un homme qui était inextricablement
empêtré dans toute une série d’affaires louches. Il conçut une passion presque
morbide pour les formes les plus dangereuses d’alpinisme, comme une sorte de
compensation. Il cherchait à « se dépasser lui-même ». Dans un rêve,
une nuit, il se vit dépassant le sommet d’une haute montagne et mettant le pied
dans le vide. Quand il me raconta son rêve, je vis aussitôt le danger qu’il
courait et j’essayai de donner encore plus de poids à la mise en garde, pour le
convaincre de se modérer. J’allai même jusqu’à lui dire que son rêve présageait
sa mort dans un accident de montagne. En vain. Six mois plus tard, il
« mit le pied dans le vide ». Un guide l’observait alors que lui et
un ami se laissaient descendre au long d’une corde dans un endroit difficile.
L’ami avait momentanément pris pied sur une corniche, et le rêveur le suivait.
Soudain, il lâcha la corde, selon les propres termes du guide, « comme
s’il sautait dans le vide ». Il tomba sur son ami, l’entraîna dans sa
chute et tous deux furent tués (Ibidem, pp. 60-61).
On peut, par
exemple, faire une distinction relativement simple entre les individus qui ont
une personnalité extravertie et ceux qui ont une personnalité introvertie.
L’introverti est branché surtout sur l’être, sur sa
conscience propre et son ego, alors que l’extraverti se préoccupe plus du paraître aux yeux des
autres dont il recherche la compagnie. Mais la distinction entre ces deux types
psychologiques n’est pas absolue : les deux tendances s’entremêlent plus
ou moins.
Questions
sur les types : suis-je introverti ou extraverti (quel type prédomine chez
moi)? Le rêve m’indique-t-il que je suis
trop introverti ou trop extraverti ?
Pour affiner encore l’analyse, nous
examinerons comment s’expriment les quatre fonctions psychiques dans notre vie.
Elles correspondent aux quatre moyens grâce auxquels notre conscience parvient
à s’orienter par rapport à l’expérience. La sensation (c’est-à-dire la
perception sensorielle) nous révèle que quelque chose existe. La pensée
nous révèle ce que c’est. Le sentiment nous dit si c’est agréable ou
non. Et l’intuition nous révèle d’où provient la chose, et vers quoi
elle tend. Ces quatre types fonctionnels sont plus précis que les types plus
généraux de l’extraversion et de l’introversion.
Questions
sur les fonctions : quelle est ma fonction psychique dominante?
Si la pensée domine chez moi,
je suis plutôt rationnel : on me regarde comme un
intellectuel. Le rêve m’indique-t-il que la fonction du sentiment est
déficiente? Et que j’ai peur d’exprimer mes émotions et mes sentiments ? Est-ce
que je les rationalise trop?
Si le sentiment domine chez moi,
je suis un sentimental : les idées ne sont pas mon point fort. Le rêve
m’indique-t-il que je devrais plutôt considérer la nature profonde des choses
et des personnes et non seulement leur apparence extérieure qui me plaît ou me
déplaît?
Si la sensation est la fonction
importante pour moi, je suis plutôt matérialiste et je n’accepte que ce que je touche et
expérimente par mes sens. Le rêve m’indique-t-il qu’il faut dépasser la
perception physique pour favoriser l’intuition, le senti psychologique?
Si la connaissance intuitive prédomine chez
moi, je suis plutôt un imaginatif. Le rêve m’indique-t-il que je dois aussi
avoir les deux pieds sur terre, et agir concrètement ici et maintenant?
Il y a des rêves qui se
répètent tout au long de la vie ou pendant une certaine période. On les appelle
rêves récurrents. Un rêve de
cette sorte, selon Jung, indique un effort de l’inconscient pour compenser une
attitude déficiente du rêveur à l’égard de la vie. Il peut remonter à un
traumatisme qui a marqué l’individu ou « anticiper sur quelque événement
important à venir » (C.G.Jung, Essai d’exploration de l’inconscient,
p. 66) Pendant trente ans, Jung fit souvent un rêve qui anticipait sur sa vie
et ses recherches psychologiques. Voici le premier de ces rêves qu’il raconta à
Freud dans un but d’analyse, mais que celui-ci
n’a pas pu interpréter à cause de ses propres préjugés.
J’étais dans ma maison, C’était une grande maison à
l’architecture complexe et qui rappelait vaguement la très vieille demeure de
mon oncle, construite sur les anciens remparts de Bâle. Je me trouvais au
premier étage; il y avait là de beaux meubles, un peu comme dans mon bureau
actuel. C’était une pièce du XVIIIe siècle dont le mobilier me plaisait
énormément. Je remarquai un bel escalier et je décidai qu’il fallait que
j’explore l’étage inférieur. Je descendis donc et j’arrivai au rez-de-chaussée.
Là, la construction, comme l’installation, semblait dater du XVIe siècle ou un
peu avant. Tout était dans la pénombre; le mobilier était vieux et lourd et je pensais
en moi-même : « Comme c’est beau ! J’ignorais que c’était ici.
Peut-être y a-t-il une cave en dessous ? » Il y en avait une en effet.
Elle était de construction très ancienne et datait sans doute de l’époque
romaine. Je descendis un escalier poussiéreux et usé et je découvris des murs
nus dont le plâtre s’écaillait et qui laissait paraître des briques romaines;
le sol était recouvert de dalles. Un sentiment étrange m’envahit pendant que je
descendais l’escalier une lanterne à la main. Je pensais : maintenant je
suis arrivé au bout. C’est alors que dans un coin j’aperçus une pierre carrée
munie d’un anneau; je le tirai et je pus voir plus bas une deuxième cave très
sombre, comme une grotte ou un caveau funéraire. Un peu de lumière filtra
lorsque je soulevai la dalle. La cave était remplie de débris de vases
préhistoriques, d’ossements et de crânes. Je demeurais stupéfait et lorsque la
poussière retomba j’eus l’impression d’avoir fait une découverte importante. Le
rêve s’arrêta là et je me réveillai.
Intriguée
par ce rêve, il considéra que la maison représentait peut-être différentes
étapes culturelles, ce qui l’amena à l’idée de l’inconscient collectif :
Plus Jung y pensait, plus le satisfaisait l’idée que le
rêve décrivait, tel un diagramme, l’évolution par couches successives de
Par la suite, l’analyse de ses
propres rêves et ceux de ses malades lui révéla
que des contenus n’ayant aucun rapport avec les données personnelles du rêveur, lui fit désigner ces contenus à saveur
mythologique sous le nom d’archétypes, c’est-à-dire des dispositions fonctionnelles,
faisant partie de l’héritage humain universel. En tant que scientifique, il se
devait d’étayer cette hypothèse sur des assises historiques : c’est
l’étude de l’alchimie qui lui fournit cette base historique. Et cela lui permit
d’interpréter son dernier rêve récurrent. Voici donc un résumé des rêves
suivants et le dernier qu’il fit sur ce motif de la maison :
J’ai moi-même rêvé un même motif pendant plusieurs années,
dans lequel je découvrais une partie de ma maison dont j’ignorais l’existence.
Quelquefois, il s’agissait des appartements de mes parents,
morts depuis longtemps, dans lesquels mon père, à ma grande surprise, avait un
laboratoire où il étudiait l’anatomie comparée des poissons et ma mère un hôtel
pour visiteurs fantômes. D’habitude, cette aile inconnue de ma maison était un
ancien édifice historique, depuis longtemps oublié, dont j’étais propriétaire
par héritage. Il s’y trouvait des meubles anciens intéressants, et vers la fin
de cette série de rêves, je découvris une vieille bibliothèque dont les livres
m’étaient inconnus. Finalement, dans le dernier rêve, j’ouvris un de ces
livres, et j’y trouvai une profusion de merveilleuses images symboliques. Quand
je m’éveillai mon cœur battait d’émotion. …
Plusieurs
semaines après avoir rêvé du livre inconnu, je reçus un paquet du libraire. Il
contenait un volume en parchemin datant du XVIe siècle qui était illustré par
de fascinantes images symboliques qui me rappelèrent aussitôt celles de mon
rêve. Comme la découverte des principes de l’alchimie était devenue une partie
importante de mon travail en tant que pionnier de la psychologie, le motif de
mon rêve récurrent est facile à comprendre. La maison, bien entendu, était le
symbole de ma personnalité et de son champ conscient d’intérêts. Et l’aile
inconnue représentait une anticipation d’un nouveau champ d’intérêt et de
recherches qui échappait encore à ma conscience. Depuis ce temps, il y a trente
ans, je n’ai plus jamais fait ce rêve (C.G.Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, Denoël-Gonthier,
pp. 66-67).
De tout ce qui précède, on peut dégager certains éléments d’une analyse efficace de ses rêves. Voici donc, en conséquence, une démarche ou un guide pratique qu’on peut utiliser avec profit :
1. Préparation psychologique. Avoir un grand désir de se mieux connaître au moyen de ses rêves. S’autosuggestionner avant de s’endormir afin de se souvenir de ceux-ci. Garder un bloc-note et un crayon sur sa table de chevet pour les noter, si on se réveille au cours de la nuit. Tenir un carnet dans lequel on les écrit régulièrement et, si possible, quotidiennement.
2. Notation
des rêves. Il s’agit de rêves qui
nous préoccupent au réveil ou dont le souvenir est encore vivace. Il est bon
alors d’écrire à son sujet : date
du rêve; heure approximative (dans la nuit ou avant le réveil); idée générale (en mots succincts); détails : action, personne
actives, objets, rapports entre personnes et objets; contexte physiologique : indigestion, indispositions avant le
sommeil, maladie affectant la personne (chronique ou récente); contexte psychique : bonne ou
mauvaise nouvelle reçue la veille; dispute avec quelqu’un; déception dans ses
plans de vie; décisions non réalisées, un gain inattendu, etc.
Si
on n’a qu’un vague souvenir d’un rêve, qui pourtant nous sollicite, on peut
utiliser la méthode de
« réminiscence du rêve » (Correspondance personnelle de
l’auteur. Cette méthode m’a été suggérée par un ami, auteur d’un traité
philosophique sur le rêve prémonitoire. Voir dans Mes Sources : Ernst Donald, Vie onirique et rêve prémonitoire, Les Éditions de l’Aube, 1983.)
Au réveil, ne
pas bouger; garder la même position dans le lit; ne pas ouvrir les yeux.
Entretenir l’atmosphère du réveil et du rêve qui a précédé durant la nuit, même
s’il n’y a pas d’image ou de souvenir.
Procéder par
la méthode du puzzle (casse-tête); trouver d’abord une bribe du rêve, un
élément, et essayer d’y accoler d’autres morceaux de souvenir dans le rêve.
Ne pas
procéder en partant du commencement vers la fin, comme une histoire suivie. Il
faut d’abord reconstituer le rêve comme un puzzle; une fois la majeure partie
des éléments du rêve retrouvée, repasser le rêve du commencement jusqu’à la
fin.
3. Analyse et interprétation. Mettre de côté ses préjugés et considérer le rêve comme un inconnu (« Je ne sais vraiment pas ce que ce rêve peut signifier », se disait Jung). Établir le contexte de la veille et le contexte du rêve (revoir les 4 phases du drame ci-dessus, pp. 44-45) et faire des associations entre les deux contextes : les écrire en détails et même les dessiner ou les peindre à l’occasion (surtout quand les images oniriques sont difficilement exprimables en mots). Comparer les actions, les sentiments et les émotions présents dans le rêve avec ceux de ma vie réelle : qu’est-ce que le rêve veut compenser ou compléter dans mon attitude ? S’agit-il d’un problème de santé physique ou d’un trouble psychologique ? A-t-il trait à mon tempérament extraverti ou introverti? Veut-il compenser l’une de mes fonctions psychiques exagérément dominantes? Dans l’analyse de ses propres rêves, il faut se méfier de l’intervention « réductrice » de l’ego qui peut se rebeller devant certaines révélations peu flatteuses du rêve. Pour parer à cet obstacle, il faut nourrir beaucoup d’honnêteté envers soi-même, montrer beaucoup d’ouverture envers son vrai Moi (qui n’est pas l’ego ni la persona qui l’habille) : considérer le « rêveur » comme une tierce personne qui a des affinités amicales avec soi. Cette attitude peut grandement aider à garder beaucoup « d’objectivité » au cours de l’analyse et de l’interprétation.
Ce guide est suffisant, à mon avis, pour commencer
l’analyse de ses rêves et procéder à une amorce d’interprétation. On pourra
l’oublier bientôt et suivre son propre senti intérieur qui favorise davantage
l’art de l’interprétation.