Chapitre 4

 

Pratiquez-vous à l’interprétation

 

L

es rêves qui suivent, en plus de l’intérêt qu’ils présentent pour l’interprétation, peuvent aussi servir de banc d’essai pour développer votre capacité d’analyse. Après une première série de rêves qui serviront de modèles selon ce qui a été dit ci-dessus, je présenterai au Chapitre suivant d’autres rêves avec leur contexte mais sans l’interprétation. L’art se développe par l’exercice : plus vous vous commettrez dans l’exercice de l’interprétation, plus vous développerez cet art. Le lecteur pourra évaluer son aptitude à l’interprétation en écrivant sa propre analyse du rêve et en la comparant par la suite à l’interprétation qui en sera donnée dans l’Annexe  (p. 77). Il est évident que le lecteur, s’il veut avoir une bonne idée de son aptitude à l’analyse des rêves, devra éviter de lire l’Annexe avant d’avoir fait lui-même celle des rêves proposés.

 

I

 

Exemples de rêves

et leur interprétation

 

 

Rêves interprétés par Cayce.

 

Les cauchemars. Sont relatifs à des besoins alimentaires ou à une mauvaise digestion.

« Certains rêves sont de nature purement physique. Il s’agit d’une réaction à une prise de certains aliments que le système digestif n’a pu assimiler correctement. C’est alors que l’on fait des cauchemars!»(Lecture 4167-1.)

Une femme dont le régime alimentaire était défectueux, fit le rêve suivant : « Il pleuvait de l’amidon, de la fécule. Je sentais que je devais sortir dans cette pluie et m’enduire d’amidon tout le côté, pour atténuer mes douleurs. »

 Interprétation de Cayce : « Ce rêve vous montre de façon symbolique ce qui serait bon pour votre corps. L’amidon, les féculents, sont un aliment nécessaire à l’équilibre du corps physique. Votre régime vous en prive, provoquant des difficultés à éliminer les toxines. C’est ce qui a provoqué les douleurs. Consommez davantage de féculents. (Lecture 136-D.)

 

Attitude mentale. Une personne fit le cauchemar suivant : un homme, individu violent et sauvage, menaçait de tout casser dans sa maison.

Cayce : « Cette grande gueule qui fait tant de bruit, c’est votre Moi caractériel […] Contrôlez ce Moi, puisque ce redoutable personnage doit être saisi et maîtrisé!»(Ibidem.)

Un rêve fut communiqué à Cayce par lettre et disait simplement : J’ai rêvé que j’étais mort. Cayce répondit à ce consultant qui avait été assez ébranlé par ce rêve : « C’est le signe que vous naissez à la vie mentale et spirituelle. Votre subconscient s’éveille, c’est pourquoi vous avez rêvé que vos forces physiques s’éteignaient. » (Cité dans Jess Stearn, Edgar Cayce, le prophète, p. 190.)

 

Un homme d’affaire de Floride s’adressa à Cayce pour avoir l’explication d’un rêve qui l’obsédait. Voici sa narration :

Je me trouvais dans la cour, derrière ma maison, revêtu d’un grand manteau. Je me rendais compte que dans la doublure de la manche gauche se cachait quelque chose, mais quand je fis des efforts pour l’enlever, l’étoffe se déchira, découvrant un cocon par l’ouverture duquel apparut une araignée noire. Le cocon était également noir, et il en sortit un chapelet d’œufs minuscules qui tombèrent sur ma manche, que je frottai vigoureusement. L’araignée avait grandi et s’enfuit, en proférant quelques mots que je compris mal. Elle parlait très bien l’anglais, pourtant, mais je ne sais plus ce qu’elle disait et qui se rapportait, je crois, à ma mère. Elle réapparut soudain : elle s’était transformée en une grosse araignée noire, aussi grosse que le poing, avec une tache rouge vif sur sa livrée d’un noir profond. Elle s’installa dans ma maison et tissa sa toile de façon à boucher la porte de derrière, puis, elle se tapit dans un coin en me guettant. Armé d’un balai, je me mis à la pourchasser. Je la croyais morte quand elle se remit à parler. À sa troisième apparition, elle s’était construit un grand nid dans la cour, qui occupait tout l’espace, du sol au toit, près de l’endroit où je me tenais au début. En m’apercevant, elle alla se cacher sous la toiture. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à l’attraper. Finalement, mon balai détruisit sa toile et elle tomba sur le sol, où elle se remit à parler, tandis que je la transperçais de mon couteau […] »

 

Dans son analyse de ce rêve d’allure macabre, Cayce révéla au consultant qu’il désirait divorcer tout en craignant de détruire son foyer qu’il mettait en danger en entretenant des relations extraconjugales. Son travail risquait d’en faire les frais et ce rêve était bien une mise en garde! Il ajouta : « Ne vous laissez pas manœuvrer. Voyez la situation en face. Vous avez des devoirs envers les vôtres. Présentement, votre vie traverse une zone d’ombre qui représente une menace pour votre cœur et votre âme. » Il lui laissait aussi entendre que son épouse se rendait parfaitement compte de la situation. « Attention, attention! » lui dit finalement Cayce.

Une dame d’un certain âge vint un jour consulter Cayce au sujet d’un rêve qui l’avait angoissée. Elle craignait que ce fût un rêve prophétique : « Mon mari, ma mère et moi, dit-elle, vivions ensemble dans la même maison, à New Jersey. J’entendis soudain beaucoup de bruit et d’agitation. Toutes les fenêtres de l’habitation s’ouvrirent sur un violent orage. Dehors, il pleuvait à verse. Nous nous hâtâmes de tout refermer, car un homme inquiétant parcourait la ville et détruisait tout sur son passage. La police était à ses trousses. »

Cayce interpréta ainsi ce rêve : «  L’orage et les ennuis extérieurs n’ont rien d’inquiétant, mais il existe en vous un tumulte intérieur. Vous dissimulez vos mauvais instincts, qui continuent à vous tracasser : c’est cela, cet homme sauvage et menaçant qui parcourt la ville. C’est le symbole de vos impulsions cachées. » (Ibidem, p. 196-197.)

 

« Que signifie ce rêve dans lequel on me tendait une cuiller et une tasse avec lesquelles je nourrissais les gens d’une nourriture spirituelle? » demanda une personne à Cayce qui lui répondit : « Cela veut dire que vous devez donner l’information à petite dose, et non pas l’asséner tout d’un coup à votre auditeur, chez qui cela provoquerait un rejet! Sachez qu’aucun de nous, qui sommes des esprits limités, n’avons le monopole de la Vérité. (Lecture 286-6).

 

Un homme d’affaire racontait à Cayce le rêve suivant en lui demandant de l’interpréter : « Un homme essayait de me vendre une radio. Quelqu’un mit du poison sur la poignée de la porte d’entrée de ma maison, et voulait que j’y touche. J’étais terrifié. Il essayait de me forcer à toucher cette poignée empoisonnée. En me débattant, je me suis réveillé, trempé de sueur froide. »

« Dans ce rêve, lui répondit Cayce, est présentée la conjoncture économique à venir dans les affaires que vous menez. L’offre d’achat d’une radio se rapporte à un achat de stocks de radio, ou de valeurs dans ce secteur, qui vont bientôt vous être offertes. Et cela vous sera présenté de telle façon qu’on croira qu’il s’agit d’une magnifique affaire. Le poison mis sur la poignée est un avertissement : ne faites aucun investissement, n’achetez aucun titre du marché de l’équipement radio dans les deux à trois semaines qui viennent. »

Un autre confia à Cayce le rêve suivant : « Je vis un petit tas de feuilles mortes, et, comme je le regardais, je vis que cela bougeait. Je pensais qu’il devait y avoir un serpent là-dessous. Aussi je pris un bâton et marchais droit dessus. Le tas s’était déplacé […] et un serpent en sortit en disant : ‘Ne me frappe pas, je ne t’ennuierai plus’. »

Voici l’analyse qu’en donna Cayce : « Au fur et à mesure que vous désintoxiquez votre corps et que vous améliorez vos relations personnelles (fait expliqué par le déplacement du tas de feuilles) émergent en vous la sagesse et la connaissance de toutes choses (symbolisées par le serpent). Bien que les tentations puissent surgir (le serpent symbolisant le bon et le mauvais usage de toute connaissance), elles peuvent être maîtrisées par l’usage du bâton (symbole de la volonté). » (Lecture 294-D.)

Un autre exemple de rêve concernant la conduite de sa vie. Quelqu’un raconta au médium le rêve suivant en lui demandant de l’analyser : « Je conduisais une voiture sur une route qui longeait la berge d’un lac. Soudain, je vis que je roulais sur le bas-côté : je risquais de passer par-dessus la berge et de tomber dans le lac. J’avais le temps de freiner… Pourtant, je n’en fis rien! Je sautai hors de la voiture, et plongeai dans le lac. La voiture dégringola sur moi et me tua. »

L’analyse qu’en fit Cayce précisa que l’accident était purement symbolique : « C’est, dit-il, un avertissement : il faut changer vos conditions de vie physique et vous occuper de votre santé, pendant qu’il est encore temps. Ne vous contentez pas d’y penser. Faites-le tout de suite. La leçon la voici : savoir ce qu’il faut faire et ne pas le faire, c’est vraiment une faute. » (Lecture 140-10.)

 

Un autre rêve concerne les relations sociales. « Untel et moi-même, lui raconta un consultant, nous étions dans un bateau. Il y avait des coups de tonnerre, un combat violent, des coups de feu. La fin arriva lorsque le bateau fut frappé par la foudre : la chaudière explosa, et nous fûmes tués. »

« Le bateau, expliqua Cayce, est le voyage de la vie. Les combats symbolisent les changements, accompagnés d’épreuves qui vont venir. L’explosion et la mort symbolisent un changement de niveau dans la prise de conscience. Laquelle parvient à une plus grande paix, après s’être stabilisée. Tout cela est un avertissement pour les deux personnes concernées; elles doivent se mettre dans une vie droite, juste, vis-à-vis l’une de l’autre, afin de pouvoir s’apporter réciproquement une plus grande harmonie »( Lecture 136.)

Rêves rapportés par jung.

            Voici quelques rêves succinctement interprétés par Jung;

Un de mes malades avait une très haute opinion de lui-même, et ne se rendait pas compte que presque tout le monde s’irritait de son air de supériorité. Il vint me trouver pour un rêve au cours duquel il avait vu un vagabond ivre rouler dans un fossé. Ce spectacle n’avait provoqué en lui que ce commentaire de pitié condescendante : « Il est terrible de voir combien un homme peut tomber si bas ». Il était évident que le caractère désagréable du rêve constituait au moins partiellement une tentative pour contrebalancer l’idée excessive qu’il se faisait de ses mérites. Mais il y avait quelque chose de plus. Je découvris qu’il avait un frère alcoolique au dernier degré. Et le rêve révélait aussi que son attitude de supériorité visait à compenser le frère, à la fois intérieurement et extérieurement. (C.G.Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, p. 82.)

 

Dans un autre cas, une femme, fière de son intelligente compréhension de la psychologie, rêva à plusieurs reprises d’une autre femme qu’elle connaissait. Dans la réalité, elle ne l’aimait pas, la considérant comme une intrigante, futile et menteuse. Mais dans ces rêves, la femme lui apparaissait presque comme une sœur, amicale et aimable. Ma cliente n’arrivait pas à comprendre pourquoi elle rêvait d’une façon aussi flatteuse d’une personne qu’elle n’aimait pas. Mais ses rêves essayaient de lui suggérer que les aspects inconscients de son caractère projetaient sur sa personnalité une ‘ombre’ ressemblant beaucoup à l’autre femme. Ma cliente qui avait des idées très arrêtées sur sa personnalité, eut beaucoup de mal à se rendre compte que le rêve se référait à son propre complexe de puissance et à ses motivations cachées, qui lui avaient valu plus d’une fois des querelles désagréables avec ses amis. Elle en avait toujours blâmé les autres et jamais elle-même. (Ibidem, pp. 82-83.)

 

            Une femme, de formation universitaire, partageait avec plaisir la vie intellectuelle de son mari et d’autres hommes. Malgré cette partie agréable de sa vie, elle avait parfois des accès d’humeur et parlait d’une façon agressive qui créait autour d’elle de l’antipathie et suscitait chez elle un sentiment intolérable de mécontentement de soi. Parallèlement, ses réactions sexuelles étaient peu satisfaisantes et elle s’en inquiétait, ainsi que son mari, sans qu’ils pussent en découvrir l’explication. Elle avait l’intention d’avoir des enfants, parce que l’on attendait cela d’elle ! Elle fit alors un rêve qui lui paraissait assez important pour aller consulter un psychologue afin de le comprendre.

            «  Elle rêva qu’elle marchait en rang avec d’autres jeunes femmes semblables à elle, et en regardant vers l’avant de la file, pour voir leur destination, elle s’aperçut que, une fois arrivée en tête, les jeunes femmes étaient guillotinées. Sans la moindre peur, elle resta dans le rang, apparemment prête à subir le même traitement, son tour venu. »

            Interprétation du Pr Henderson, disciple de Jung : « Je lui expliquai que cela signifiait qu’elle était prête à renoncer à une vie dictée par sa ‘tête’. Il fallait qu’elle apprenne à libérer son corps afin qu’il puisse découvrir ses réactions sexuelles naturelles et remplir sa fonction biologique, grâce à la maternité. »

            Cette femme cultivée accepta sans difficulté cette interprétation sur le plan intellectuel et s’efforça de devenir une femme plus soumise. Elle fit des progrès sur le plan amoureux et donna le jour à deux enfants qui la comblèrent. (C.G.Jung, L’homme et ses symboles, p. 137.)

 

 

Trois rêves évolutionnaires

 

À titre d’exemples d’interprétation d’une série de rêves, voici le condensé de trois rêves successifs de l’auteur. Du premier au dernier, le message onirique devient plus clair et plus pressant.

 

            Pour bien comprendre l’analyse et l’interprétation de ces trois rêves, il est fortement recommandé de relire les pages 15 à 19 ci-dessus : Une synthèse de la vision Jungienne.

1er rêve

        Le rêveur se trouve dans un atelier de polissage où deux hommes travaillent sur un bloc cristallin, qui ressemble au bloc de verre que possède le rêveur dans son salon. Ce minerai comporte des bulles d’air qu’il s’agit de faire disparaître en le chauffant.

            L’ouvrier qui s’y adonne utilise une méthode qui semble inefficace : une chaleur trop intense, dit-il, détruirait les arêtes du minerai qui perdrait ainsi sa texture cristalline. Un autre ouvrier, en retrait, semble s’occuper de la soufflerie de la forge. Le rêveur suggère au premier d’employer une autre méthode qu’il n’explique pas, mais qui, en permettant de contrôler la chaleur, donnerait un cristal pur sans bulles d’air.

            Cet atelier est situé dans l’école primaire du rêveur. Il est 12h et c’est la fin du cours. Il sort de l’atelier pour aller dîner et croise son petit-fils qui dépose son jacket- jeans  sur un banc avant d’entrer dans l’école. Ayant oublié sa bicyclette, le rêveur se rend chez lui en voiture; c’est sa soeur qui tient le volant. Avant d’embarquer, il s’aperçoit qu’il a revêtu le jacket de son petit-fils.  Cela se passe dans sa ville natale. En route, il s’aperçoit qu’il est déjà 12h 30 et le cours recommence à 13h. Il n’aura pas beaucoup de temps pour manger, pense-t-il. Sa sœur refuse d’accélérer, car elle veut admirer le paysage. Il décide alors de continuer à pied en courant.

            Il arrive ainsi à Québec, non loin du port où il cherche un restaurant, mais constatant qu’il n’a pas assez d’argent pour un repas, il retourne à sa ville natale qui n’est pas loin (contrairement à la réalité). En arrivant chez lui, il rencontre sa sœur qui a quitté la voiture pour entrer à la maison. Elle lui dit qu’elle a mal aux pieds, on doit la soutenir pour avancer : il voit en effet des décharges électriques sous ses pieds.

            Dans la maison, il n’y a d’abord personne, puis sa mère apparaît et leur dit de se servir. En cherchant, ils trouvent une sorte de potage épais. Il mange, mais le temps passe et le rêveur s’aperçoit qu’il sera en retard au cours, « mais, se dit-il,  ce n’est pas grave, je rattraperai bien la matière ».

            Pendant ce temps, sa mère, qui est âgée, découvre son sein gauche qui est rond et ferme. Elle dit que le petit chien l’a caressé ce matin. Il constate que, malgré son âge, sa mère a conservé toute sa féminité. Puis un homme sort d’une autre chambre; c’est, semble-t-il, un locataire; puis un autre arrive d’une chambre plus éloignée. Le rêveur pense qu’il s’agit de membres d’un club de l’âge d’or.

             Puis sa mère lui présente des brochettes de fruits de mer qui ressemblent à des langoustes. La chair rose est un peu coriace, mais bonne au goût.

            Il se réveille.

 

 

 

Analyse et interprétation

 

Contexte. La veille, le rêveur travaillait sur des manuscrits dans lesquels il traite du thème de l’individuation. Il avait lu un rêve de Jung sur les «soucoupes volantes» dans lesquelles ce dernier voyait une sorte de mandala, objet rond indiquant la totalité, l’ensemble de la personnalité. À cette époque, le rêveur avait constaté qu’il était moins impulsif et empressé à terminer ses travaux. Il était moins impatient devant les contrariétés et se mettait plus facilement à l’écoute des autres. Ce qui lui rendait la vie plus agréable et lui évitait beaucoup de stress. En plus, le rêveur s’intéresse à l’astrologie.

Première scène : dans l’atelier 

            Le minerai représente la personnalité du dormeur qui doit être purifiée et transformée pour devenir une pierre précieuse. Il suggère à l’artisan une méthode plus efficace parce qu’elle ne risque pas de détruire l’aspect cristallin du minerai : il s’agit de contrôler le feu (c’est-à-dire l’agressivité, l’empressement, l’impatience et l’impulsivité du rêveur), pour faire s’évaporer peu à peu les bulles d’air. Dans cette scène l’inconscient dit au rêveur qu’il doit prendre conscience de ce qui se passe, vivre la transformation au jour le jour : son ego doit laisser agir le Moi profond (Soi). Les bulles d’air peuvent symboliser les vains efforts de l’ego.  Ici, c’est le Moi profond (représenté par le rêveur) qui parle au Moi conscient (l’artisan). Le cours de polissage indique donc la leçon à apprendre : comment se changer efficacement. La méthode suggérée comporte l’idée de « lâcher prise » adressée à l’ego, au Moi conscient.

 

Deuxième scène : en route pour dîner

 

            En sortant de l’atelier, il croise son petit-fils, puis en gagnant la voiture, il s’aperçoit qu’il a revêtu le jacket de ce dernier : il doit revenir à sa jeunesse, renaître en quelque sorte. Le rêve lui suggère donc d’agir avec plus de simplicité, de retourner à son enfance : il est né un 13 septembre et son petit-fils, un 13 mars. En astrologie, Vierge et Poissons sont deux signes complémentaires. La Vierge, c’est l’intellectuel et les Poissons,  l’intuitif : on lui indique de se fier plutôt au senti (Poissons) qu’à la raison (Vierge). La leçon est donc de réapprendre comme les enfants.

            Cette 2e scène est marquée par la lutte contre la montre. Le rêveur est impatient d’aller dîner, car il craint de manquer le cours de 13h. Treize est un chiffre qui accompagne le déroulement de sa vie.

            Ayant oublié sa bicyclette, il prend la voiture, qui est plus rapide et demande à sa sœur de conduire plus vite. Celle-ci refuse car elle veut contempler le paysage : elle représente son anima qui lui enseigne l’importance de suivre la nature, de vivre et d’agir avec plus de spontanéité, et ne pas trop obéir aux calculs de son intellect (cours). En fait, il perd son temps en gardant cette attitude, car il s’est rendu inutilement à Québec pour son repas, il doit revenir chez lui, dans sa ville natale où il rencontre sa sœur avec laquelle il entre à la maison. Mais celle-ci  doit être soutenue car elle a des crampes aux pieds où le rêveur remarque des décharges électriques. Est-ce un signe que l’anima, symbolisée par sa sœur, disparaît ou doit disparaître en tant que personnalisation psychique en vue d’être intégrée dans le processus d’individuation? Les décharges électriques indiquent en effet qu’elle se vide de son énergie, donc de son autonomie. Intégrée, elle devient une simple fonction de relation, car l’anima se dépersonnalise à mesure que le Moi conscient intègre l’inconscient, représenté ici par la Maison familiale où ils entrent ensemble.

Troisième scène : à la maison

            Sa mère apparaît bientôt et leur dit de se servir. Ils trouvent une sorte de potage épais. Sa sœur semble avoir disparu. Tout en mangeant, le rêveur ne cesse de penser au cours et il est maintenant certain d’arriver en retard. Alors il lâche prise : ce n’est pas si grave, se dit-il, (ou lui souffle son anima sous forme d’intuition).

            Pendant qu’il mange, sa mère découvre et lui montre son sein gauche en disant que le petit chien l’a caressé ce matin. Le côté gauche se rapporte à ce qui est sombre, caché; ici il désigne l’inconscient et plus précisément le Soi. Il constate que le sein est rond et ferme indiquant que, malgré son âge, sa mère n’a pas perdu sa féminité, c’est-à-dire son intégrité. Le sein bien rond et ferme ressemble à un mandala comme un Ovni, et symbolise la totalité, l’ensemble de la personnalité englobant le Moi conscient et le Soi. Pour réaliser l’individuation, le Moi conscient doit intégrer le Soi comme étant le vrai centre de sa psyché. Le petit chien représente ici les émotions du rêveur qui seules peuvent permettre de relier le Moi au Soi par son anima.

Puis, sa mère, représentant son inconscient, lui offre une brochette de fruits de mer, des langoustes (chair rose). Le potage épais symbolise les nourritures terrestres, physiques, alors que les brochettes de fruits de mer représentent une sorte de nourriture spirituelle. Sa mère la lui offre après qu’il ait lâché prise : cette nourriture est un peu plus difficile à digérer (il doit faire des efforts pour évoluer) mais elle est bonne au goût (les efforts seront récompensés). La mer est aussi le symbole de l’inconscient et les fruits de mer représentent les archétypes que le Moi doit assimiler.

            Puis deux hommes âgés mais en bonne forme sortent de deux autres chambres de la maison. Le rêveur se demande s’ils font partie, avec sa mère, d’un club de l’âge d’or. « Âge d’or » fait penser à l’ouvrage de Jung Le secret de la fleur d’or qui traite du processus d’individuation. En fait, avec le rêveur et sa mère, ces deux personnages forment une quaternité, autre symbole de l’individuation, de la totalité. On a ici  les deux éléments d’un Mandala : le cercle (sein) et le carré (symbolisé par les quatre personnages).

            Cette totalité de l’être psychique est également indiquée par le chiffre 13. Dans la première scène, on voit trois personnages : le rêveur et les deux artisans. C’est une trinité qui va donner par la suite une quaternité. Il pourrait s’agir des trois aspects du rêveur : corps, âme et esprit qui ne font qu’un être, donc 3 + 1= 4.

            Dans la deuxième scène. Il est question du chiffre 13 (13 heures, 13 septembre, 13 mars. Il indique déjà la quaternité (la totalité, la réalisation), car ici aussi  1+3 = 4. Dans le 13, la quaternité n’est que suggérée, annoncée mais non encore réalisée.

 

Conclusion

Ce rêve illustre certains changements qui se sont produits dernièrement chez le rêveur, dans sa façon de considérer sa vie, une façon plus détendue qui favorise une plus grande intégration de sa personnalité. Le scénario emprunte aux notions de la psychologie analytique sur lesquelles le rêveur réfléchissait la veille. Le rêve par son rôle compensatoire vient souligner les progrès accomplis mais aussi suggérer le travail à poursuivre pour dominer complètement l’impulsivité, la hâte et l’empressement obsessif du rêveur. Les éléments symboliques du Mandala (cercle et carré) indiquent donc que l’individuation est commencée.

Toutes les images symboliques du rêve empruntent leurs motifs à sa vie, à son expérience personnelle : sa famille, les lieux qu’il a habités, ses expériences scolaires, etc. La leçon de ce rêve est donc personnalisée, car l’inconscient se sert des contenus de la mémoire consciente du Moi et en revêt les archétypes. C’est ce que Jung explique ainsi :

De même que le corps a besoin d’être nourri, non d’une nourriture quelconque, mais seulement de celle qui lui convient, ainsi la psyché a besoin du sens de sa vie et, là encore, non pas de n’importe quel sens, mais des images et des idées qui lui correspondent naturellement, à savoir, celles qui sont suscitées par l’inconscient. L’inconscient livre en quelque sorte la forme archétypique qui est en elle-même vide et irreprésentable. C’est à partir du conscient qu’il est aussitôt rempli et rendu perceptible au moyen d’un matériel de représentation apparenté ou analogue. C’est pour cette raison que les représentations archétypiques sont toujours conditionnées dans le lieu, dans le temps et individuellement. » C.G. Jung, Les racines de la conscience, p. 460.

 

2e rêve

 

Le rêveur et quelques personnes (ouvriers) sont réunis dans une maison ou une école en construction. Les travaux sont presque terminés. Un homme se détache très nettement au centre du chantier. Il est assis, porte une moustache noire et des cheveux de même couleur. Il semble avoir une grande importance dans l’entreprise de construction.

Il dit que l’heure du dîner ne lui convient pas : il va le prendre une heure plus tard. On doit accepter cet horaire car il en fait une condition de sa présence. On se rallie à sa décision.

Puis, le rêveur se retrouve dans son appartement qui est au sous-sol de la construction. Il sort ensuite pour regarder l’édifice de plusieurs étages qu’on est en train de terminer. Il craint que ce bâtiment n’écrase ou du moins ne cache l’entrée de son appartement. Mais constate heureusement qu’une fenêtre est visible au rez-de-chaussée.

Il est inquiet et angoissé en constatant qu’il n’a plus de cours ni d’emploi. Il doit prendre une nouvelle orientation dans sa vie. Il décide alors d’aller consulter un psychologue ou un orienteur. Il pense à un collègue avec qui il a travaillé autrefois. Mais ce sera difficile de le rencontrer car il demeure loin.

 

Analyse et Interprétation

Contexte. La veille, le rêveur a eu une conversation téléphonique avec un ami qui lui a parlé de ses problèmes au bureau. Mais cela n’a pas eu d’incidence immédiate sur le rêve, sauf, peut-être, d’une façon générale, en faisant allusion à la nécessité de recourir au Moi intérieur (Soi) pour régler tous les problèmes. Le rêveur s’intéresse au Tarot qui selon Jung représente l’archétype de la transformation. Le rêve fait référence plus spécifiquement au précédent qu’il vient compléter. On peut le diviser en trois scènes:

 

Première scène : sur un chantier de construction

Le rêveur et ses compagnons sont réunis dans une salle d’un édifice en construction. Les travaux sont presque terminés. Un homme apparaît au milieu du chantier. S’agit-il d’un nouveau contremaître? Car il paraît être un personnage important. Il porte une moustache et des cheveux noirs. Sa position assise et son allure générale rappellent l’Arcane 4 du Tarot, l’Empereur. Avec l’Impératrice, il forme le couple royal, deux figures archétypiques représentant l’animus et l’anima, les deux composantes du Soi.

            Ce personnage important, représenté ici sous les traits de l’Empereur du Tarot, représente donc le Soi. L’édifice en construction, c’est le processus de l’individuation du rêveur, déjà amorcé dans le premier rêve. Jusqu’à présent, c’était le rêveur (l’ego) qui dirigeait les travaux (sa vie). Mais pour terminer l’édifice (ou l’école?), on a fait appel à ce nouveau contremaître, qui représente le Soi.

            Le contremaître s’informe des habitudes du rêveur et des ouvriers, symbolisées par les repas. La scène principale du rêve précédent se passait autour du repas de 12 h à 13 h. Cet horaire ne lui convient pas. Il dit qu’il  prend son dîner une heure plus tard, donc, à 13 h au lieu de midi. Le chiffre 13 fait allusion au carré (1+3 = 4), élément important d’un mandala, symbole de l’individuation. Ce chiffre 13 était central dans le rêve précédent et faisait allusion à la totalité, à la réalisation de la personnalité du rêveur. Le repas du contremaître (le Soi) à 13 h s’impose dans la journée de travail, symbole de la vie du rêveur et redonne des forces aux ouvriers qui symbolisent ses talents et ses capacités. C’est une allusion à la place centrale du Soi qui est aussi la source des énergies du rêveur.

 

Deuxième scène : le rêveur (ego) relégué à la 2e place

            Cet homme important (Soi) domine le chantier et les actions du rêveur (ouvriers) : il prend le centre de la psyché et remplace le Moi (ego) qui était le centre de la conscience. Évincé de la place centrale, le rêveur (ego) s’inquiète maintenant pour son existence propre. Il continue pourtant d’exister quoique relégué au sous-sol : le Soi ne détruit pas l’ego mais, en le dirigeant, il donne une plus grande portée à son action.

 

Troisième scène : le rêveur doit se prendre en main

        Mais, pour l’instant, le rêveur (ego) est inquiet et angoissé du fait qu’il n’a plus de cours et se trouve sans emploi. N’étant plus le centre de la personnalité, puisque le Soi l’occupe comme maître des opérations, il doit se réorienter, se considérer d’une manière nouvelle. Il fait appel à un psychologue, un spécialiste de la psyché pour le conseiller. Mais celui auquel il pense est loin et il ne peut le rencontrer. Ne pouvant plus compter sur une aide extérieure, il doit prendre l’initiative de s’adapter lui-même à cette nouvelle situation, c’est-à-dire accepter, en intégrant le Soi, de laisser à ce dernier la place centrale et se considérer « comme une planète tournant autour du Soi » (Jung).

 

Conclusion

Cette interprétation fait donc suite à celle du rêve précédent et montre que, pour se réaliser et parfaire son individuation, le rêveur doit accepter la prédominance de son Moi intérieur (Soi) sur son Moi extérieur (ego). Le rêve indique que telle n’est pas encore l’attitude du Moi conscient.

 

 

 3e rêve

            Je dirigeais un groupe composé d’un homme d’un certain âge, d’une femme plutôt jeune et de moi. Nous étions à l’extérieur de l’Université Laval et la pluie menaçait. Il y avait, dans le groupe, un problème de communication qui nous a obligés à tenir une réunion pour en discuter.

             Dans ce but, je suis entré à l’Université pour aller chercher mes notes. En m’attendant, mes deux compagnons se sont éloignés. J’ai dû les rappeler à mon retour sur le campus et leur dire qu’il revenait à tous les trois de définir le but de notre organisation et que je n’avais pas l’intention d’imposer mes propres idées, car nous étions tous égaux et responsables.

            Soudain, nous étions à l’intérieur dans une grande salle et au milieu d’une foule de gens. Malgré ces présences bourdonnantes, nous avons entamé notre discussion. Deux types assis tout près nous regardaient en écoutant ce que j’étais en train d’exposer à mes deux compagnons. L’un d’eux, d’allure un peu hippy et portant quelques clinquants, vint vers moi et fit des commentaires sur mon exposé d’une façon qui m’intéressait. Aussi je l’invitai à se joindre à nous pour faire valoir son point de vue. Son compagnon l’encourageait à accepter mon invitation.

            Par sa façon de gesticuler et ses inflexions de voix, ce personnage me faisait penser à un homosexuel mais sans connotation péjorative. De façon convaincante, il exposa son point de vue, mais nous n’avons pas eu le temps de tirer des conclusions valables. Tout est resté en plan.

            Ensuite, je me suis rendu au vestiaire pour prendre mes bottillons, car j’étais en pieds de bas. Ils avaient disparu, volés encore comme les autres fois quand j’allais à l’Université. Des escrocs profitent de la foule pour se vêtir à bon marché. J’aurais dû les apporter avec moi, car j’en ai vraiment besoin pour emprunter le chemin détrempé par la pluie jusque chez moi dans ma ville natale où mon école primaire est devenue l’Université Laval. J’ai fini par trouver des claques qui m’allaient bien comme des pantoufles.

            Puis je me réveillai.

 

Analyse et interprétation

 

Contexte. Tout en travaillant sur ses écrits dans lesquels il traite du problème de l’individuation selon Jung, le sujet réfléchit à ses deux rêves précédents qui indiquaient une amorce de sa propre individuation. La scène de ce 3e rêve se situe à l’Université Laval. Le temps est à la pluie. Si l’individuation du sujet est vraiment commencée comme semblaient l’indiquer les rêves 1 et 2, celui-ci devrait indiquer soit des progrès soit des retards dans le processus. Ce rêve peut être divisé en trois parties.

I

Sur le campus de l’Université

 

            L’Université Laval, avec ses nombreux départements, écoles et facultés, représente l’Inconscient collectif avec ses archétypes, qui prend de plus en plus de place dans la vie du rêveur. À la fin du rêve, elle se substitue même à son école primaire, symbole de son enfance, de l’éveil de son ego, de son Moi conscient avec son inconscient personnel (voir le 1er rêve).

            Le rêveur dit : « J’avais un groupe auquel j’enseignais… » Il exerce donc une certaine autorité, un contrôle sur ce groupe, formé de lui-même et de deux autres personnages. Il s’agit de deux archétypes : le Vieux Sage (l’homme âgé) et son anima (la femme jeune), Le premier représente la sagesse et l’expérience, la deuxième, la sensibilité et le cœur, alors que le rêveur représente l’intellect et la raison. Ils se trouvent tous les trois sur le campus pour régler un problème de communication qui menace l’intégration du groupe, c’est-à-dire l’individuation du rêveur. À l’extérieur, le temps est orageux : l’eau étant un autre symbole de l’inconscient, la pluie menaçante indique l’insistance de ce dernier à être intégré au conscient du rêveur. Celui-ci n’a pas encore assumé pleinement la deuxième place (2e rêve).

            Au lieu de dialoguer avec son anima pour trouver une solution, le rêveur entre à l’Université pour prendre ses notes afin de régler le problème de façon rationnelle. Ces notes représentent les leçons des deux rêves précédents qu’il a rationalisés mais non encore assimilés affectivement. Le contrôle de l’ego est fortement souligné ici et manifeste une sorte d’inflation psychique : il se prend encore pour le maître d’œuvre, capable de dominer l’inconscient qui le sollicite instamment (orage menaçant) et tente de le déstabiliser.

            Dans le premier rêve, son anima avait été apparemment assimilée et cela constituait la première étape de l’individuation. Cela semble ici indiqué  par le mutisme et le retrait de la jeune femme. Mais, le rêveur est dominé ici par l’archétype du sorcier responsable de son inflation psychique. Il devra pourtant assimiler ce dernier en renonçant au contrôle et en acceptant qu’il n’est qu’une émanation de l’inconscient dont il dépend. Il en a une certaine conscience car il affirme qu’il ne veut pas imposer ses propres idées « car tous sont responsables » et il leur revient de « définir le but de l’organisation », c’est-à-dire l’individuation. Son intention est bonne mais son attitude est ambiguë, parce qu’elle est encore trop intellectuelle.

II

Dans l’université

            Le rêveur et ses deux compagnons se trouvent soudain à l’intérieur, dans une grande salle remplie de monde. Les quatre côtés de la salle font allusion à la totalité, à la réalisation, comme le carré dans un Mandala. Cette salle est remplie de gens debout, comme s’ils attendaient quelque chose qui doit arriver ou doit s’accomplir : il s’agit évidemment de l’individuation, de la réalisation de Soi. Puisque tous les personnages dans un rêve sont autant d’aspects du rêveur, ces « présences », symbolisent ses préoccupations, ses intérêts et ses divers projets dont celui de se connaître pour se réaliser. Malgré le brouhaha, celui-ci se met en frais d’exposer son point de vue à ses deux compagnons qui écoutent sans rien dire. Deux types assis écoutent également en les regardant. L’un des deux se lève pour donner son opinion sur l’exposé du rêveur. Intéressé par ces commentaires, celui-ci l’invite à se joindre à la discussion. Son compagnon assis l’encourage à accepter l’invitation, comme s’il le déléguait. Ces deux types sont des projections des deux personnages du groupe. Ils se sont travestis pour intervenir de l’extérieur du groupe, d’un autre point de vue que celui du rêveur. Le personnage qui s’adresse à ce dernier lui fait penser, par son accoutrement, ses gestes et ses décorations, à un homosexuel, « sans connotation péjorative ». Un homosexuel, selon Jung, est un être qui s’est identifié à son anima. Par son habillement et ses décorations, il fait un peu clown, et en symbolisant son anima, il indique les besoins sentimentaux et sensuels du rêveur, compensant, de la sorte, son attitude trop sérieuse et trop intellectuelle.

Son anima s’est donc ici camouflée sous l’apparence d’un homosexuel, pour tenter de reprendre le dialogue entre le rêveur et son inconscient. Cela indique que l’anima n’avait pas été totalement assimilée dans le premier rêve. Ses commentaires ont sans doute pour but d’introduire l’autre personnage assis qui, s’étant substitué au Vieux Sage, représente le Soi, car son attitude démontre un certain ascendant sur son compagnon. Ce dernier, en effet, comme substitut de l’anima, joue un rôle d’intermédiaire : celui de faire communiquer le Soi de l’inconscient avec le Moi du rêveur. Mais malgré ses commentaires pertinents et convaincants, on n’a pas eu le temps, c’est-à-dire on n’a pas pris le temps de tirer des conclusions valables, car le rêveur s’empresse de se rendre aussitôt au vestiaire.

III

Au vestiaire

 

 Le rêveur est en pieds de bas et cherche ses bottillons pour retourner chez lui. Car sans eux il se sent démuni pour s’aventurer sur le chemin détrempé. La pluie qui s’est mise à tomber, indique que l’inconscient se fait de plus en plus pressant et insistant. Le rêveur est vexé par la disparition (vol) de ses bottillons. Il accuse un escroc d’en être l’auteur, « comme les autres fois, dit-il, quand il allait à l’Université » : il fait ici allusion à d’autres rêves récurrents dans lesquels, on lui soutirait ses moyens de contrôle : sa voiture dans un parc de stationnement, son bureau ou sa chambre dans une grande école ou bien l’oubli de l’adresse d’une maison importante qu’il recherchait, etc.  Mais, il se rend bien compte qu’il est lui-même responsable de la situation par son empressement à agir, par son imprudence ou son imprévoyance et que l’escroc n’est nul autre que son inconscient. Il aurait dû prendre ses bottillons avec lui, pense-t-il.

Les bottillons symbolisent ce contrôle de la raison par lequel le rêveur croit pouvoir  dominer l’inconscient. Avec eux, il pourrait affronter le sol détrempé pour se rendre chez lui. Mais ici il est en pieds de bas, c’est-à-dire privé de son contrôle. Le sol du chemin (processus de l’individuation) est envahi par l’eau, comme si l’inconscient, dans son rôle compensatoire,  lui disait : il te faut renoncer au contrôle (bottillons), lâcher prise et te mouiller : laisser s’exprimer davantage la sensibilité et la sensualité de ton anima pour me laisser la place centrale qui me revient; ensuite tu  pourras  retourner chez toi, à ton école primaire devenue l’Université Laval, c’est-à-dire où se réalisera ton individuation. Mais l’ego (rêveur) hésite et tente encore de contrôler la situation : il trouve des claques pour retourner chez lui.

Conclusion

 

Dans ce troisième rêve de la série, l’inconscient se fait insistant pour lui démontrer que le contrôle auquel il tient, c’est-à-dire la hâte et l’empressement qu’il met dans l’accomplissement d’une tâche de même que l’attachement à son propre point de vue l’empêchent souvent d’exercer le discernement nécessaire qui lui assurerait toujours des choix et des décisions judicieux. Malgré sa bonne volonté et ses bonnes intentions, son ego n’a donc pas encore complètement « lâcher prise ». Il est encore trop entreprenant dans l’ « organisation ». Il avoue toutefois que le problème de la communication est à la fois l’affaire du conscient et de l’inconscient et se dit prêt à échanger (à dialoguer) à ce sujet. Malgré un certain progrès dans son évolution, la poursuite de l’individuation, bien qu’amorcée, reste, en grande partie, au plan des bonnes intentions et doit se concrétiser pour que le rêveur se réalise comme un individu à part entière.

 

Deux rêves télépathiques

 

Un ami m’a raconté les deux rêves suivants, que nous avons analysés et interprétés ensemble. Ils montrent que les relations étroites entre deux êtres donnent souvent lieu, en rêve, à une expérience télépathique.

 

Rêve d’une naissance

 

Je me trouvais en prison, où j’avais accès à une piscine. Les prisonniers avaient le loisir de s’y baigner. En fait, il y avait deux piscines : l’une dans la prison, l’autre à l’extérieur. Il fallait absolument que je m’évade de la prison, mais la seule façon d’y parvenir c’était de passer dans la 2e piscine; pour cela, je devais plonger au plus profond de la piscine située à l’intérieur de la prison, nager sous l’eau pour emprunter un très long couloir et refaire surface au milieu de l’autre piscine. Le défi s’annonçait périlleux, car je craignais de ne pas pouvoir garder mon souffle suffisamment longtemps pour atteindre l’autre piscine.  Advenant un échec, c’était la noyade assurée. Mais je sentais que je n’avais pas le choix. Je devais m’évader. Je me lançai donc et, après des moments qui me parurent interminables, je parvins à accéder à la seconde piscine. En sortant de l’eau, je n’arrivais pas à y croire, j’étais vraiment libre ! C’est alors que mon épouse, enceinte de huit mois, me réveilla. Ses eaux venaient de crever. Je sentis alors que les draps étaient mouillés.

 

Analyse et interprétation

Contexte. L’épouse du rêveur n’était pas à la veille d’accoucher : elle n’en était qu’à son 8e mois. Cependant, une échographie faite une dizaine de jours avant le rêve avait révélé que le fœtus n’évoluait plus à un rythme normal, ce qui laissait penser qu’il pouvait être en difficulté. Les futurs parents étaient très inquiets. Ils avaient hâte que le bébé naisse. Ils souhaitaient par-dessus tout que l’enfant soit en santé. En crevant durant la nuit, les eaux ont atteint le rêveur et provoqué ce rêve étrange qui annonçait la naissance prématurée de leur premier enfant. Soulignons que le rêveur est un amateur de natation et de plein air. Il aime relever des défis, par exemple descendre une rivière tumultueuse en canot.

 

Le sentiment d’être prisonnier tout en jouissant d’une baignade dans la piscine de la prison évoque clairement la situation du fœtus dans le sein de la mère. Le désir de s’évader de la prison correspond à son besoin instinctif de quitter l’utérus et le liquide amniotique dans lequel il baigne.

 

Le plongeon du rêveur pour emprunter un profond et long couloir reliant sous l’eau les deux piscines et ressortir à l’air libre dans la piscine extérieure, indique le travail que doit effectuer le fœtus pour sortir de l’utérus, s’engager dans l’étroit passage du vagin et naître.

À première vue, l’interprétation du rêve est la suivante : le rêveur, père de l’enfant, a subi le stimulus extérieur du mouillage des eaux crevées, qui a provoqué, en rêve, la scène symbolique de l’accouchement.

Mais pourquoi cette situation plutôt qu’une autre? Le dormeur aurait pu rêver qu’il prenait son bain, ou qu’il se promenait sous la pluie, ou qu’il avait chaviré lors d’une descente de canot.

Il y a eu perception psychique de la situation réelle, à savoir l’accouchement prochain : l’inconscient du dormeur l’a exprimé par un rêve symbolique. Mais ordinairement, un stimulus extérieur (ici les eaux amniotiques) qui intervient dans une trame onirique ne modifie celle-ci que partiellement, n’ajoutant qu’un élément accessoire qui s’intègre dans la scène onirique sans en changer la nature. Or, dans ce rêve-ci, la perte des eaux a provoqué toute la trame de l’accouchement sous forme symbolique.

Si le dormeur, inquiété par les résultats de l’échographie, avait perçu, par clairvoyance, l’éventualité de l’accouchement de son épouse, son inconscient  lui aurait présenté, en rêve, l’événement se déroulant normalement chez lui ou à l’hôpital. Mais en l’occurrence, la scène se déroule comme si le rêveur s’identifiait au fœtus, prêt à naître ou sur le point de le faire, et jouait symboliquement les péripéties de l’accouchement en quittant la prison pour ressortir hors d’une piscine extérieure.

Comme on sait que le fœtus rêve[1] dans le sein maternel (comme le poussin dans son œuf[2]), il est logique de penser qu’il y a eu rêve télépathique entre ce dernier et le futur papa, qui l’a interprété de façon claire quoique symbolique. Le message du fœtus, dont la finalité était la naissance prématurée du bébé, ne fut certainement pas verbal, mais émotionnel et gestuel.

Rêve d’un prêt d’argent

Je me trouvais sur le terrain de stationnement de l’immeuble où je travaille. J’y rencontre un vieil ami que je ne fréquente plus. Une conversation s’amorce et, finalement, il me demande de lui prêter une somme d’argent dont il avait absolument besoin. Heureux de lui rendre service, je lui prête la somme demandée.

 

Analyse et Interprétation

 

Contexte. Au lever, le matin suivant le rêve, je descends les escaliers et, en bas, en passant devant le téléphone, la sonnerie retentit. C’est l’ami à qui j’ai rêvé. Après les salutations d’usage, il me dit qu’il a un urgent besoin d’argent et qu’il aimerait bien pouvoir compter sur moi. Je lui prête la somme demandée. À l’époque du rêve, je n’avais eu aucun contact avec mon ami depuis longtemps. D’ailleurs, celui-ci n’était guère dans mes pensées et rien ne pouvait m’indiquer qu’il était dans le besoin : je ne l’avais pas revu depuis des années, quoique je lui avais parlé au téléphone six mois auparavant. Au moment de cette conversation téléphonique, mon ami avait certains problèmes familiaux, mais je ne crois pas qu’il ait alors fait allusion à des difficultés financières.

 

Il s’agit sans doute  d’un rêve télépathique qu’on pourrait expliquer ainsi.  L’ami aurait décidé la veille ou auparavant d’appeler le rêveur pour lui emprunter une somme d’argent dont il avait grand besoin. L’urgence de la situation  plongeait l’emprunteur dans un état émotionnel intense qui permit d’établir ce contact télépathique entre les deux amis. Mais ce n’est que dans son sommeil que le rêveur, délesté de ses propres préoccupations conscientes, a pu recevoir le message de l’emprunteur sous la forme d’une voyance onirique. La sonnerie du téléphone, le lendemain matin, est venue concrétiser dans le temps la rencontre du rêve qui eut lieu hors du temps.

 

 



[1] Des recherches récentes on prouvé que les enfants rêvent même avant leur naissance. Voir Dr Hanns Kurth, Dictionnaire des rêves, p. 20.

[2] Voir Raymond de Becker, Le rêve, dans Dictionnaire de la psychologie moderne, p. 494.