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Les rêves
et leur interprétation

Introduction


Après Freud qui affirma que "le rêve est la voie royale vers l'Inconscient", c'est Jung qui a le mieux, à mon avis, parlé des rêves. Il a présenté des critères qui peuvent favoriser leur interprétation pour aider le rêveur à comprendre et même à corriger les expériences de sa vie quotidienne afin qu'elles deviennent plus enrichissantes et lui permettent d'accéder à une personnalité plus étendue grâce au processus de l'individuation, toujours impliqué dans l'intention du rêve. Il vise à réaliser la personnalité globale de l'individu, incluant le Moi et le Soi, la conscience de son individualité reliée à la collectivité. C'est grâce à la fonction transcendante de la transformation que l'individu se réalise totalement. Pour approfondir l'enseignement de Jung sur les rêves, on pourra se référer à mon ouvrage Grandir et guérir par ses rêves. Je ne donnerai ici qu'un résumé de la pensée de Jung sur l'interprétation des rêves, deux exemples de rêve: l'un thérapeutique, l'autre télépathique et quelques conseils pratiques pour analyser ses propres rêves.


Jung et le rêve


Pour établir le sens du rêve, écrit Jung, j'ai mis au point [...] un procédé que je désigne par le terme d'établissement du contexte et qui consiste à rechercher grâce aux associations du rêveur, pour chaque détail saillant du rêve, dans quelle signification et quelle nuance il lui apparaît. (La guérison psychologique. p. 67).

L'établissement du contexte est un travail simple et presque mécanique, qui n'a qu'une valeur préparatoire. La confection. à l'aide de ce matériel, d'un texte lisible, c'est-à-dire la véritable interprétation du rêve, est, par contre, dans la règle, une tâche plus difficile. Elle présuppose chez celui qui la pratique, une compréhension psychologique, une faculté de pénétration intuitive et de combinaison, une connaissance du monde et des hommes et, en outre, un savoir spécifique, reposant autant sur des connaissances étendue et approfondies que sur une certaine "intelligence du coeur". (Ibidem, p. 68).

Pour en revenir à ce qui concerne la forme des rêves, on peut y trouver de tout, depuis l'impression fugitive comme l'éclair, jusqu'aux élucubrations interminables. Il y a néanmoins une prédominance de rêves "moyens" dans lesquels on peut reconnaître une certaine structure, celle-ci n'est pas sans analogie avec celle d'un drame. Le rêve commence, par exemple, par une indication de lieu comme "Je suis dans la rue, c'est une avenue" (1), ou: "Je me trouve dans un grand bâtiment qui rappelle un hôtel" (2); etc. Il s'y ajoute souvent une indication concernant les personnages de l'action, par exemple: "Je me promène avec mon ami X dans un parc public. À un carrefour, nous rencontrons tout à coup Madame Y" (3); ou bien: "Je suis assis dans un compartiment de chemin de fer avec mon père et ma mère" (4); ou encore: "Je suis en uniforme, de nombreux camarades de service m'entourent" (5); etc. Les indications de temps sont plus rares. J'appelle exposition cette phase du rêve. Elle indique le lieu de l'action, les personnages et fréquemment la situation initiale.

Dans la deuxième phase se noue l'action; par exemple (1): "Je suis dans la rue, c'est une avenue. Dans le lointain apparaît une automobile qui s'approche rapidement. Sa façon de rouler est bizarrement incertaine et je me dis que le chauffeur doit être ivre; ou bien (3) "Madame Y semble très excitée et tient à me murmurer quelque chose que mon ami X ne doit pas entendre". La siutation se complique d'une manière ou d'une autre et il apparaît une certaine tension, car on est incertain de ce qui va se passer,

La troisième phase est la culmination ou la péripétie. Il se passe quelque chose de décisif ou bien la situation change du tout au tout. Par exemple (1): "Tout à coup, c'est moi qui suis dans l'automobile et, apparemment, qui suis le chauffeur ivre. Cependant je ne suis pas ivre, je ne suis qu'étrangement incertain et embarrassé, comme si la direction ne répondait plus. Je ne suis pas capable de ralentir l'auto qui roule rapidement et j'arrive avec un grand fracas contre un mur"; ou bien encore (3): "Madame Y devient subitement pâle comme une morte et tombe à terre".

La quatrième et dernière phase est la lyse, la solution ou le dénouement élaboré par le rêve. (Il y a certains rêves où cette quatrième phase manque, ce qui peut représenter un problème spécial...) Par exemple (1): "Je remarque que la partie antérieure de l'automobile est écrasée. C'est une auto que je ne connais pas et qui appartient à quelqu'un d'autre. Moi-même, je ne suis pas blessé. Je réfléchis avec une certaine angoisse à ma responsabilité"; ou bien (3): "Nous avons l'impression que Madame Y est morte, mais ce n'est probablement qu'une syncope. Mon ami X dit: 'Il faut que j'aille chercher un médecin'". La dernière phase reflète le dénouement auquel le rêve, finalement, entendait parvenir. Dans le rêve (1), la confusion apparente paraît être suivie d'une nouvelle réflexion, ou plutôt celle-ci devrait survenir puisque le rêve est compensatoire. Dans le rêve (3), le résultat consiste dans la réflexion qu'il serait indiqué d'invoquer le secours d'une tierce personne qui soit compétente. Le premier sujet (1) est un homme qui a un peu perdu la tête dans des circonstances familiales difficiles et qui craignait une catastrophe. Le deuxième sujet (3) se demandait s'il avait raison de recourir à l'aide d'un psychothérapeute à cause de sa névrose. Avec ces indications, l'analyse du rêve n'est naturellement pas terminée; on n'a fait qu'esquisser la situation initiale.

Cette division en quatre phases peut être appliquée pratiquement à la plupart des rêves sans difficulté spéciale, ce qui confirmerait que le rêve a en quelque sorte une structure "dramatique". (Ibidem, pp. 69-70).


Jung attribue au rêve deux fonctions qui sont essentiellement liées: la compensation et, dans une série de rêves, la réalisation de soi par le processus de l'individuation. Voici comment Anna Theilard rsume les fonctions du rêve selon Jung: