Sculptures de Michel-Ange (2)

            Voyons maintenant des sculptures de Michel-Ange, d’inspiration « païenne » ou profane. Une des plus importantes fut son Bacchus ivre. Elle fut commandée pour figurer dans le jardin d’un cardinal, parmi ses pièces d’antiquité, mais ce dernier refusa la statue. Elle a été acquise plus tard par les Médicis et placée au Musée national du Bargello à  Florence. Cette œuvre en marbre de 203 cm fut sculptée trois ans avant la Piéta de la Sixtine (1499). Il avait 23 ans.

 

 

La statue de Bacchus a été commandée par le banquier Jacopo Galli pour son jardin. Il voulait qu'elle démode les modèles anciens. Le corps de ce dieu ivre donne une impression de jeunesse et de féminité. Vasari dit que cet étrange mélange est la caractéristique même du dieu Dionysos.

Michel-Ange en fait cependant aussi une allégorie de la condition humaine. Dans sa main gauche, le dieu tient avec indifférence une peau de lion, symbole de la mort, et une grappe de raisin, symbole de la vie, qui nourrit le faune. Nous réalisons ainsi que ce miracle de la pure sensualité ne dure qu'un court moment de la vie de l'homme. Celui-ci se trouve dans la position du faune, pris entre la vie et la mort.

 

La statue a été transférée à Florence en 1572.

 (Extrait de Wikipedia)

 

Le tombeau de Jules II

 

Le dessin

Le mausolée de Jules II, sculpté par Michel-Ange, devait à l'origine être construit sur trois niveaux au centre le la basilique Saint-Pierre et contenir quarante statues. Michel-Ange se rendra à Carrare durant huit mois afin de choisir les blocs de marbre nécessaire à sa réalisation. Le pape, qui changeait sans cesse d'avis et ne jurait plus que par Bramante, laissera finalement tomber le projet. Michel-Ange, qui s'en retournera à Florence, ne reprendra le tombeau qu'à la mort du pape, en 1513. Il n'en sculptera que les esclaves, aujourd'hui conservés au Musée du Louvre, et entreprendra l'exécution des statues des filles de Laban, Lia et Rachel. Le pape Léon X, souhaitant que Michel-Ange abandonne ce chantier pour se consacrer au Jugement Dernier de la Chapelle Sixtine, découvrira le Moïse dans l'atelier de l'artiste. Il jugera que la statue était d'une qualité suffisante pour honorer la sépulture d'un pape. L'exécution du reste du mausolée reviendra aux élèves de Michel-Ange. (Wikipedia)

 

 

            Après la mort de Jules II, les tractations entre le nouveau pape et les héritiers furent tendues. Le projet du tombeau de Jules II devient un mausolée contenant un simple cénotaphe dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens en 1545, soit quarante ans après la commande initiale. (D’après Wikipedia)

  

Michel-Ange et la chapelle des Médicis

 

Les tombeaux de Julien et Laurent de Médicis restent l'une des plus belles réalisations de Michel-Ange et dévoilent le rapport avec la mort et l’au-delà.

La nouvelle sacristie de l’église San Lorenzo à Florence, fut réalisée par Michel-Ange entre 1518 et 1534, sur un plan général inspiré de Brunelleschi. Elle contient les restes des deux célèbres Médicis, Laurent le Magnifique et son frère Julien assassiné lors de la conjuration des Pazzi.

 

Les tombeaux se présentent face à face. L’architecture générale dégage trois plans : le plan supérieur, qui contient des trônes vides, symboles de la présence du divin ; le plan intermédiaire avec une représentation allégorique des ducs : d’un côté Julien, de l’autre Laurent. Puis sous les effigies des ducs, les tombeaux surmontés chacun de deux personnages couchés dos à dos (un homme et une femme), qui contrastent fortement entre eux. Ce sont les allégories des quatre moments de la journée et de la nuit, qui personnifient la fuite du temps : le Jour et la Nuit, l’Aurore et le Crépuscule.

 

Tombeau de Julien de Médicis               Tombeau de Laurent de Médicis

 

Les effigies des ducs

Les statues de Julien ne sont pas des portraits réalistes mais des allégories.

Julien est représenté tête nue, le regard tourné vers le côté gauche. Il est vêtu d’une armure, à la manière antique, tenant un bâton de commandement entre ses mains, ce qui lui donne une allure martiale. Il est assis dans une position dynamique, les jambes décalées, comme s’il allait se lever. Il représente la vie active, toute tensionnée et pleine d’ardeur.

Face à lui, Laurent est représenté coiffé d’un casque qui pourrait être la gueule d’un animal, accoudé sur une boîte, la main devant la bouche dans une attitude songeuse, le regard tourné vers sa droite. Ses jambes croisées accentuent sa posture statique et son attitude introvertie contraste avec celle de Julien. Il symbolise la vie contemplative, accentuée par la présence de la boîte qui contient une chauve-souris, symbole de la mélancolie saturnienne et de l’hermétisme, c’est-à-dire du sens caché des choses. C’est aussi la boîte qui contient symboliquement les trésors de l’expérience accumulée durant la vie active.

 

Les allégories du temps

Sous la statue de Julien, deux personnages symbolisent l’alternance du Jour et de la Nuit.

 

La Nuit est la Mère primordiale, génératrice de tous les principes cosmiques. Elle est liée à l’élément souterrain et aquatique, matrice de toute chose.

 

Elle est symbolisée par une femme repliée sur elle-même, la tête penchée et les yeux clos, qui exprime la parenté de la nuit avec le tempérament mélancolique. Elle est coiffée d’un diadème portant une étoile dans un croissant de lune. Son pied repose sur une botte de pavots et sa couche abrite un masque de théâtre grimaçant, et une chouette est blottie sous sa jambe gauche repliée.

 

Eros et Thanatos

Plusieurs de ces symboles sont associés à la nuit et au sommeil : la chouette, oiseau nocturne, les pavots qui sont les fleurs du sommeil. Ils évoquent Thanatos et Eros, les deux fils jumeaux de la Nuit. Le masque accentue la dimension dramatique du temps nocturne, monde de cauchemars, où les rêves sont comme les scènes d’un théâtre effrayant. La chouette est un emblème de la connaissance hermétique : cet oiseau qui voit dans la nuit symbolise le savoir occulte, qui permet la perception des secrets de la Nature. Dans la Renaissance néo-platonicienne, la nuit retrouve ses attributs de Mère primordiale et est également associée à la figure de Léda. Selon la doctrine orphique et pythagoricienne, Léda et la Nuit sont la personnification d’un double visage de la mort, dans lequel joie et douleur se rencontrent.

 

 

 

Le Jour est représenté sous les traits d’un homme fort et viril, symbole de la pleine manifestation de l’énergie solaire, dispensatrice de force et de vitalité. C’est un homme en torsion, dans un mouvement spiralé, dont le visage est à peine dégrossi. Sa posture semble compléter celle de la Nuit.

 

Sous l’effigie de Laurent, deux allégories quoique également dramatiques, sont moins tendues que celles du tombeau de Julien.

 

Crépuscule et Aurore

Le Crépuscule, passage de la lumière solaire aux ténèbres nocturnes, symbolise la réflexion intérieure ou est l’allégorie de la vieillesse.

Il est représenté par un homme d’âge mûr, allongé, jambes croisées, dont le visage n’est pas achevé. Il est adossé à la vierge Aurore, selon le mythe d’Éos et Tithon auquel les dieux avaient accordé l’immortalité, mais non la jeunesse éternelle.

 

L’Aurore est dans la religion chrétienne l’emblème de la renaissance et de l’illumination spirituelle, signe de la victoire de la lumière divine sur les ténèbres démoniaques. Elle est représentée par une femme coiffée d’un voile qui se déroule, accoudée sur un bras, l’autre bras replié sur l’épaule, les yeux ouverts et la bouche entrouverte, les sourcils légèrement froncés donnant à son visage une impression de tristesse. Un lien serré sous sa poitrine la retient prisonnière.

Dramatiques, ces quatre visages du temps sont positionnés en équilibre instable sur les tombeaux, évoquant la dimension tragique du temps qui passe et l’instabilité qu’il engendre.

Tous les personnages de la chapelle n’ont ni pupille ni iris, ce qui n’était pas un usage chez Michel- Ange, évoquant le temps aveugle, n’épargnant personne.

 

Espérance de la résurrection

Sur le mur sud, vers lequel convergent les regards des ducs, et où aurait du être le double tombeau de Julien et Laurent le Magnifique, se trouve la Vierge à l’enfant. Elle est représentée assise, à la manière d’une Piéta, tenant de sa main gauche sur ses genoux, l’enfant Jésus complètement retourné vers elle, en quête de protection et de nourriture. C’est une madone au regard triste, la tête penchée, dans une attitude générale très effacée.

 

Elle est l’image de pureté et de bonté, symbole de l’élévation spirituelle et symbolise l’idéal de vie. Elle capte les regards car elle est l’aspiration de l’âme tout entière.

(Extrait de Wikipedia).

En 1535, il rencontre Tommaso de Cavalieri, avec qui il aura une "amitié amoureuse". Il rencontre également Vittoria Colonna, avec qui il a de longues conversations et en qui il voit une figure divine. Comme lui, elle faisait partie du mouvement des Spirituali dont le but était de changer l’Église corrompue par l’intérieur en s’infiltrant au Vatican. Il entretint une abondante correspondance avec elle jusqu’à la mort prématurée de cette dernière.

 

Le Génie de la Victoire

Son attachement au noble Cavalieri lui inspira ces extraits d’un poème qu’il lui adressa.

" Ce n'est pas toujours faute grave ni mortelle

que de brûler pour un prodige de beauté

si le cœur en est attendri de telle sorte

qu'un trait divin y puisse aisément pénétrer.

 

L'amour s'éveille : il dresse, il empenne ses ailes

et ne fait point obstacle au vol des passions vaines ;

c'est le premier degré d'où, vers son créateur

dont elle a toujours faim, l'âme prend son essor.

 

L'amour auquel je songe, tend vers les hauteurs.

Mais tout autre est celui des femmes : un cœur sage et viril

ne doit pas se consumer pour elles.

 

L'un vous attire au Ciel et l'autre vers la Terre ;

L'un dans l'âme est logé, l'autre habite les sens

et décoche sa flèche à vil et bas objet. "

Cette grande passion amoureuse lui inspira cette statue du Génie de la Victoire.

 

    

 

            Et on retrouve la figure de Tommaso de Cavalieri, tout près du Christ dans le Jugement dernier, intercédant pour Michel-Ange qui se considérait comme pécheur. Pour ce dernier, l’amour entre hommes, si répandu à Florence à cette époque, pouvait conduire au paradis. Dans cette fresque, on peut voir, parmi les élus, des hommes qui s’embrassent. Michel-Ange voulait ainsi contrer à sa manière toute forme de discrimination de la part de l’Église vis-à-vis des juifs, des protestants et des « homosexuels ». Mais ce mot n’existait pas à l’époque.