Shirley
MacLaine5
(séance
avec Kevin Ryerson (1))
(Kevin)
se pencha en arrière, joignit les mains sur sa poitrine et ferma les yeux. Je
rapprochai de lui le magnétophone. Lentement, sa respiration se fit plus
profonde. J’attendais. Il resta immobile pendant trois minutes environ. Sa
respiration se fit encore plus profonde. Puis, très doucement, son menton
retomba sur sa poitrine et un bruit sourd, étranglé, s’échappa de sa gorge. Il
redressa la tête et l’inclina de côté. Une trentaine de secondes encore s’écoulèrent,
puis sa bouche s’entrouvrit et son corps se mit à trembler. Le rythme de sa
respiration changea. Un sourire très doux apparut sur ses lèvres. Ses sourcils
se soulevèrent donnant à sa physionomie une expression fugitive de surprise. Il
posa les mains sur les bras du fauteuil, et je l’entendis murmurer. D’une voix
dont les sonorités rauques ne ressemblaient en rien au timbre de Kevin :
-
Je vous salue. Je suis jean. Soyez en paix. Je vous prie de vous présenter et
de formuler clairement la raison de votre présence.
Je
m’éclaircis la gorge, changeai de position, et m’assis par terre, près du
fauteuil de Kevin.
-
Je m’appelle Shirley MacLaine. Je suis originaire de Richmond, dans l’État
américain de Virginie. Mais je vous parle de Malibu, en Californie. Il m’est
impossible de vous dire la raison de ma présence ici. Je l’ignore.
-
Comme tel, fit la voix.
Comme
tel… Je supposai qu’il voulait dire : d’accord. Je me souvins d’avoir
entendu Kevin déclarer qu’un des esprits s’exprimait en langage biblique.
-
Nous sommes satisfaits de constater que vous avez des questions à poser, reprit
la voix. Vos vibrations nous en informent. Elles nous sont familières.
Il
y eut une pause, comme si Jean attendait de moi une question ou une réplique.
Je ne savais par où commencer.
-
Pourquoi dites-vous « nous » ? Qui cela représente-t-il ?
demandai-je.
-
Comme tel. Nous sommes ceux qui vous ont connue durant vos vies passées.
J’étais
stupéfaite.
-
Vous ! Vous m’avez connue dans des vies passées !
-
Comme tel.
-
Seriez-vous mes guides spirituels ? Ce qui expliquerait ma présence ici ?
-
Comme tel.
-
Je vois…
Je
ne voyais rien du tout. Il continua.
-
Pour savoir ce que vous êtes aujourd’hui, il vous faut comprendre que vous êtes
plus que vous ne paraissez. Tous vos talents, tous vos sentiments, vous les
avez déjà éprouvés… et ce que vous êtes fait partie du Tout et de son Unité.
Cela vous est-il intelligible ?
Je
gigotai sur le tapis. Des gens du monde entier avaient des talents, des
sentiments et des pensées qui leur semblaient en dissonance avec leur présente,
non ?
-
Pardonnez-moi, dis-je. Mais sur quoi fondez-vous ce que vous dites savoir de
moi, ou des choses du cosmos ?
-
Sur ce que vous appelez, semble-t-il, les Tables Akashiques, répliqua-t-il
presque aussitôt.
Puis
il s’interrompit. Comme si j’étais depuis longtemps familière de ces fameuses
tables. Il me semblait si distant, si faussement biblique, que ses propos ne
m’impressionnaient pas.
-
Nous inclinons à croire, reprit-il, qu’Akasha est le nom que vous donnez à la
conscience collective de l’humanité, laquelle se trouve contenue dans l’Éther,
Nous pourrions dire de cette énergie qu’elle est le mental de Dieu. Mais nous
sommes conduits à penser qu’il est malaisé de transmettre pareilles idées, eu
égard à l’exiguïté du langage.
-
J’entends bien, mais… à propos de langage, pourquoi est-ce que vous parlez
comme ça.
Un
silence. Puis :
-
Je ferai de mon mieux pour mettre au goût du jour ma façon de m’exprimer. Cette
énergie contenue dans l’Éther – ce que vous nommez Tables Akashiques – pourrait
être comparée à de longs rouleaux de parchemin entreposés dans une immense
bibliothèque. Votre individualité serait représentée par l’un de ces
parchemins. Ainsi les âmes sont-elles réunies dans l’esprit divin.
-
Pardonnez-moi encore, dis-je, mais ça ne vous semble pas un peu trop simple ?
-
Toute vérité doit être simple, quand elle est destinée à être aisément révélée.
-
Si les vérités se révèlent si aisément, pourquoi ne les connaissons-nous pas ?
-
L’homme refuse d’accepter que toute vérité est en lui depuis l’origine du temps
et de l’espace. Il refuse d’admettre qu’il est responsable de lui-même. L’homme
est en Dieu, et avec Dieu il a créé le cosmos.
À
l’église, pensai-je, on nous avait appris que Dieu seul a créé toute chose.
Jean
continuait sur sa lancée :
-
Quand l’homme accepte de reconnaître qu’il procède de la vérité qu’il cherche,
alors seulement, les vérités lui sont apparentes.
-
D’après vous donc, si je me comprends et si je comprends d’où je viens, je
comprendrai toute chose ?
-
Comme tel.
-
Eh bien, dis-je, je n’ai jamais été vraiment convaincue de l’existence de Dieu,
tout au moins jusqu’à ces derniers temps. Quand on voit ce qui se passe dans le
monde, comment croire en Dieu ?
-
Autrement dit, il vous faut la preuve de votre propre existence .
-
Je… ne vous comprends pas. Non, je suis sûre d’exister. Oui, sûre !
-
Vous avez un esprit ?
-
Certainement.- L’esprit est un reflet de l’âme, et l’âme est un reflet de Dieu.
L’âme et Dieu sont éternels et ne font qu’un.
-
Donc, si je veux comprendre ce qu’est Dieu, je dois d’abord me connaître
moi-même?
-
Comme tel. Âme n’est qu’une métaphore pour signifier Dieu.
-
Pas si vite, dis-je. Je ne peux prouver l’existence ni de l’un ni de l’autre…
ni de l’âme, ni de la divinité. Je ne voudrais pas vous offenser, mais cette
façon de démontrer l’existence de l’âme me semble plutôt… astucieuse.
-
L’astuce est un travers de l’homme. Elle est étrangère aux desseins de Dieu.
Je
me sentis étrangement gênée.
-
Si j’étais convaincue, moi, d’être
partie de la divinité, je risquerais fort de pécher par orgueil, dis-je.
-
En aucune façon. Ne confondez jamais la voie que vous suivez avec la vérité en
tant que telle.
Une
certaine confusion m’assaillit. J’attendis qu’il ajoute quelque chose.
-
Observons une pause, fit-il. Une autre entité désire se faire entendre.
Shirley MacLaine, L’amour foudre, pp. 239-243.