Shirley MacLaine

(séance avec Kevin Ryerson (2))

 

            Un frisson parcourut Kevin. Sa tête eut un mouvement circulaire, puis il reprit le personnage de Jean.

            - Je vous salue, fit la voix de Jean. Vous avez à poser des questions sur vos vies passées ?

            - Oui, répondis-je.

[…]

            - Vous allez découvrir ceci, reprit jean : pour comprendre la nature de l’âme qui est en vous aujourd’hui, il vous faudra posséder une bonne connaissance des civilisations passées que vous avez connues.

            Je me sentais un peu ridicule, déroutée.

            - Vous avez été incarnée plusieurs fois, poursuivit Jean, au cours de la civilisation la plus sérieusement évoluée qu’ait jamais connue l’homme. Cette période a duré cinq mille ans. La Bible la décrit sous le nom symbolique de Jardin de l’Éden. Je voudrais vous rendre intelligible un concept extrêmement important : le degré d’accomplissement de toute civilisation se mesure à son évolution spirituelle. Les progrès technologiques ont aussi leur importance, mais s’ils doivent retarder, freiner ou empêcher l’élévation spirituelle, ils portent en germe leur propre destruction. Votre civilisation actuelle en témoigne : votre entendement spirituel stagne bien loin derrière son savoir technologique. Résultat : vous vous enfoncez dans une ère de folie, de dépression, de confusion dans vos desseins. Quand vous ne sombrez pas dans l’iniquité et la détresse absolue.

            - Mais alors, qu’est-ce qu’on peut espérer ? demandai-je. Si on régresse au lieu de progresser, pourquoi est-ce qu’on vit ?

            - Importante et judicieuse question. Elle nous ramène, une fois de plus, au karma. Si vous voulez comprendre votre nature divine. Et votre association avec Dieu, il vous faut découvrir votre identité fondamentale, et reconnaître la puissance de votre libre arbitre.

            - Pardonnez-moi, dis-je, mais quelle place est-ce que vous faites à la religion ?

            - Les religions terrestres réfuteraient bien des points de mon discours. Elles enseignent la soumission aux dogmes, et non la spiritualité. La plupart du temps elles n’ont fait qu’exploiter l’homme. Vos religions sont fondées sur d’excellents principes. Mais elles se gardent bien d’enseigner que chaque individu est, par nature, créateur et maître de sa propre destinée. Elles prétendent que c’est à Dieu seul qu’échoit cette prérogative. Or, tout individu est le partenaire de Dieu en création. Mais vos religions préfèrent exercer leur contrôle sur le genre humain plutôt que de l’inciter à forger lui-même sa destinée, en apprenant à se connaître, à connaître son passé, et à découvrir sa raison d’être, dans le présent autant que dans l’avenir.

            Quels propos explosifs ! Et pourtant, de nombreux croyants cherchaient à se connaître au sein même de l’Église, en se conformant à ses préceptes : ils cherchaient ailleurs, sans répit, une autre vérité.

            Par la fenêtre, je contemplai l’océan obscur, Les feux d’un bateau de pêche clignotaient dans la nuit. Combien, parmi les grandes vérités de l’existence, serions-nous capables de voir, de prouver, de confirmer ? Question angoissante. La vérité n’était-elle pas vérité que si on la « prouvait » ? Impossible de me satisfaire de ce raisonnement. Je quittai des yeux la fenêtre pour observer Kevin et « l’entité spirituelle désincarnée » dont il transmettait le message.

            - Donc, fis-je d’une voix anxieuse et un peu assourdie, j’aurais vécu dans une civilisation ancienne ?

            - Plusieurs fois, confirma jean. Deux fois en qualité d’homme et une fois en qualité de femme,

            Je m’efforçai de garder mon calme. Un des postulats les plus subtils de la réincarnation me revint à l’esprit :

            - Dans nos vies passées, nous avons tous reçu les attributs des deux sexes, n’est-ce pas? C’est pour apprendre à mieux nous accorder avec le sexe opposé ?

            - Comme tel. Comment le genre humain pourrait-il comprendre sa nature et ses identités multiples, s’il n’avait vécu des expériences physiques diversifiées ?

            Je me penchai en avant.

            - Il y aurait alors une explication physique à l’homosexualité ? demandai-je. Une âme qui a mal vécu le passage d’un corps femelle à un corps mâle, par exemple, peut avoir conservé de sa précédente incarnation des séquelles émotives qui lui font éprouver des attirances spécifiquement féminine ?

            - Comme tel. Ces êtres avec leurs prédilections sexuelles nous aident à mieux comprendre que nous sommes tous fondamentalement identiques. Vérité essentielle. Car nos âmes sont androgynes pare essence, si vous préférez.

            - Androgynes ?

            - Oui. À un certain degré de spiritualité, on ne connaît plus de différences» : des éléments des deux sexes sont associés et leurs polarités s’annulent en une personnalité. Vos anciens prophètes, certains personnages, bibliques ou non, tels que Jésus, Bouddha et d’autres, en sont des exemples; ils ne leur était pas nécessaire de se vouer au célibat et à l’abstinence : leurs fréquences vibratoires s’équilibraient parfaitement. Leur yin et leur yang se trouvaient en si parfaite harmonie que la sexualité ne présentait aucun attrait pour eux, puisque toute discorde, et donc toute tension, leur était étrangère. Ils n’avaient pas besoin de sublimer ou de réprimer des pulsions. À leur niveau d’accomplissement spirituel, la sexualité n’exerçait aucune séduction sur eux.

            - Je ne suis pas sûre d’être prête à suivre leur exemple ! dis-je.

            Jean fit une pause. Puis :

            - Nous ne préconisons pas l’abstinence sexuelle, reprit-il. Loin de là. Telle que les humains la conçoivent, la sexualité peut mener à Dieu, à condition qu’elle réjouisse autant l’esprit que le corps.

            Je m’assurai, d’un coup d’œil, que le magnétophone était toujours en marche.

            -Pardonnez-moi, dis-je, mais est-ce qu’on ne s’éloigne pas du sujet ?

            - Si, mais la sexualité est un sujet fascinant, même pour moi.

            Son commentaire me fit rire.

            - Et vous ? demandai-je. Qui êtes-vous ? Avez-vous résidé aussi dans une enveloppe physique ?

            - Certes. Et je me suis incarné plusieurs fois, tant sous les attributs du mâle que sous ceux de la femelle. C’est depuis peu que j’existe sous forme astrale. (À suivre)

 

Shirley MacLaine, L’amour foudre, pp. 253-257